Novembre.

Bagan - New Bagan, Myanmar.


Bangkok.

VENDREDI 3 NOVEMBRE, BANGKOK. 

Arriver à Bangkok. Rien que l’aéroport me montre que je suis désormais dans un autre monde: wifi, modernité, même des voitures circulent dans l’aéroport. Suisse, je suis habitué à traverser les contrôles de douane sans difficulté, mais venant d’Afrique, ce sera la première fois où je devrais me présenter à des contrôles de santé, faisant la file plus d’une heure durant, avec prise de température… 

Prendre le train m’emmenant au centre ville, du personnel de sécurité gérant l’entrée et la sortie des gens. Tant d’organisation après le folklore de Madagascar, le contraste est frappant… 

Siam - Bangkok, Thaïlande.

Siam - Bangkok, Thaïlande.

Prendre le BTS - métro aérien - et arriver dans mon hôtel. Comme de coutume, j’ai une chance incroyable: j’arrive à Bangkok le jour des festivités de Loy Kratong, lorsque les Thaïlandais remercie les esprits des eaux avec de petites embarcations d’offrandes décorées et illuminées de bougies et encens. Le temps donc de prendre une douche, de me dire que le repos que je visais attendra, et ressorti manger dans un petit restaurant. Cette ville me fascine, j’ai l’impression d’être dans un film tel Blade Runner: ces buildings immenses, les plus grands que je n’ai jamais vu, ce train suspendu qui traverses la ville, avec ses passerelles piétonnes, sa pollution, ses enseignes publicitaires immenses, ces lumières, ce contraste entre technologie ultra moderne et tradition, richesse et vendeur de rue à la sauvette, ces bouche d’égouts, ces lumières et ces couleurs criardes, dignes des meilleurs films Hollywoodien; j’adore. Et le sentiment de sécurité que j’éprouve après l’Amérique du Sud et l’Afrique, c’en est presque trop facile! Puis se balader en ville vers les parcs, les rivières, où des milliers de petites embarcations sont déposées dans les points d’eau. Plus tard, vers minuit, voir les mendiants venir fouiller les embarcations, à la recherche de quelques offrandes qu’ils pourraient chiper. Marcher beaucoup, et rentrer vers 2h du matin… 

Loy Kratong - Bangkok, Thaïlande.

Le lendemain, première journée en Thaïlande. Passer la journée à faire du shopping, devant trouver un disque-dur, et de nouveaux écouteurs qui m’ont cruellement fait défaut à Madagascar. Bangkok, c’est le retour à la technologie, l’occasion ou jamais de me procurer ce qui me manque pour la dernière partie du voyage. Et ça fait du bien. 

Fidèle à moi même, je passerai la journée pour ces simples petits achats qui pourraient être fait en une demi-heure. D’abord à explorer ces différentes malles, à comprendre et comparer les prix. Puis à vérifier si les prix se négocient en Thaïlande, et dès lors me mettre à apprendre quelques mots de Thai pour favoriser les négociations. Cherchant à élargir mon vocabulaire, je découvrirai la notion du Wai, cette forme de politesse ou une petite inclination de la tête les mains jointe en prière et omniprésente en Thaïlande. Chercher ensuite les différents lieux les moins chers, les horaires, ce qui m’amènera à découvrir qu’aujourd’hui est le parfait moment pour visiter le centre d’art contemporain (Je suis en plein festival de théâtre contemporain à BBK, toujours chanceux!). Remettre alors la suite de mes achats au lendemain, et aller visiter le centre d’Art Contemporain. 

Une journée non productive, mais fidèle à moi-même… 

 

DIMANCHE 5 NOVEMBRE, BANGKOK

Rester endormi. Mon réveil n’a-t’il pas sonné, ou suis-je si fatigué que je ne l’ai pas entendu? Sortir du lit vers 9h30. Déjeuner, et partir prendre le BTS, direction le marché de Chatuchak. Immense marché de week-end, avec de l’artisanat de toute sorte, bois, cuirs, plastiques, habits, nourriture, et même des animaux. Un quartier entier rempli de bébés chiens, écureuils, oiseaux, reptiles, poissons d’eau douce ou de mer… Un méli mélo de tout et de rien, et après les marchés africains, où règnait la pauvreté et le manque de qualité, je suis surpris par tant de belles choses, par le soin apporté. Ça me manquait. Y passer la journée… 

Une amie me conseille de ne pas m'arrêter à Bangkok. Que cette ville n’est pas agréable. Y repenser, et réaliser que je ne voyage pas pour chercher l’agréable, ou ce qui me convient. Je n'aurais pas été jusqu'à Ushuaia pour cela, ou encore moins à Madagascar! Non, je voyage pour découvrir le monde, ces lieux mythique de l'Histoire Humaine. Et en cela je ne suis pas déçu, Bangkok en fait partie! Je retrouve cet imaginaire qui a emplit mon cerveau depuis mon enfance, un nom mystérieux qui trouve enfin sa réalité! Oui, Bangkok me fascine, et correspond à cette ville luxuriante, digne de Blade Runner que je m’imaginais; non, je ne regrette pas d’y passer du temps… 

 

LUNDI, 6 NOVEMBRE, BANGKOK

Réveil vers 9h30. Je sens une fatigue accumulée, et le décalage horaire: j’ai de la peine à être efficace, j’ai besoin de récupérer. Néanmoins, passer une journée efficace: me faire prendre en photo, et remplir la demande de visa pour le Myanmar. Acheter un HD supplémentaire à envoyer en Suisse avec mes photos, ainsi que des sous-vêtements à H&M: jamais je n’avais pensé que H&M pourrait être vu comme une boutique de luxe, mes quelques caleçons coûtent plus cher qu’en Suisse! Siam Paragon, le luxe dans toute sa splendeur: bijoux de luxe, voitures de luxe, mode, gastronomie, technologie, toutes les marques sont présentes dans cet univers surfait, où la plupart des boutiques sont vides, ou ne contiennent qu’un ou deux clients! Un monde fou, spécial. L’explorer avec un regard en coin. 

Siam Paragon - Bangkok, Thaïlande.

De retour, pouvoir faire mes lessives, en machine, chose que je n’avais plus faite depuis mon arrivée à Madagascar! Réarranger mes affaires, mon sac… 

Puis, comme un vrai lundi soir, aller chercher un MacDo, et se poser avec l’ordi, commencer à trier mes images et écrire le blog, rattraper mon retard… 

 

MARDI 7 NOVEMBRE, BANGKOK

Réveil vers 8h30. Je commence à reprendre le rythme. Continuer à « retrouver mes esprits »: terminer les sauvegardes de mes disques-durs à envoyer en Suisse, écrire le blog et les passages manquants de Madagascar. 

Puis, début d’après-midi, prendre la direction de l’office de poste le plus proche, situé dans le parking de «Central World», autre malle immense. Malgré les conseils, demander mon chemin, et ma carte online, il me faudra près de deux heures pour le trouver. Petit office de trois bureaux, au bout d’un escalator, au milieu d’un parking de presque un kilomètre carré… Expliquer tant bien que mal ce que je souhaite, et envoyer mon disque-dur en Suisse… 

 

MERCREDI 8 NOVEMBRE, BANGKOK

Maison Jim Thompson - Bangkok, Thaïlande.

Début d’après-midi, vouloir visiter le temple Wat Pho. Mais d’après les conseils d’un pousse-pousse, il ferme bientôt. Soit. Ne pas trop savoir si c’est vrai ou si c’est une arnaque, je me rabat sur la maison de Jim Thompson, située juste à côté de mon hôtel. Être accueilli par un bouillon de cocons de verres à soie, dont un artisan tir le fameux fil! Et suivre ainsi le processus de fabrication. Visiter ensuite la maison, ensemble de six maisons que cet ancien architecte à fait déplacer ici, et rassemblées selon sa vision. Magnifique architecture traditionnelle revisitée! 

Koshan Road - Bangkok, Thaïlande.

Puis en soirée, rejoindre la fameuse «Koshan road», ruelle devenue célèbre après les recommandations de la première édition du Lonely Planet. Voir une ruelle où se compacte tout ce qui peu attirer le touriste, salon de massage, tatoueurs, restaurant, plat « typqiques », t-shirts, brochettes excentriques de tarentules et scorpions, bars à écrans géants… Trop c’est trop. Ironique de voir comment le Lonely a fini par créer exactement ce qu’il cherche à éviter. La métaphore d’Oedipe prend ici tout son sens… 

Soi Cowboy - Bangkok, Thaïlande.

Soi Cowboy - Bangkok, Thaïlande.

Prendre un taxi direction le quartier de Sukhumvit, et boire une bière dans un bar recommandé par un ami. Boire une bonne bière. Puis, à 1.5km de là, aller visiter «Soi Cowboy», l’un des quartiers rouge de Bangkok. Dans une petite ruelle, sur 400 mètres, entre deux rues, c’est soudain une explosion de lumières, de bars chauds, et d’adolescentes dévêtues qui abordent le badau… Certaines ont le regard triste, d’autres on encore de l’acné… Je me sens quelques peu mal à l’aise, au milieu d’hommes occidentaux venus chercher le sexe facile et bon marché, sans scrupules, et de ces filles qui se donnent, parfois à la demande de leurs parents. Je ne sais pas qu’en penser, comment me positionner. Même si la situation est toujours complexe, les reportages que j’ai vu sur le sujet ne me laisse aucun doute sur le fait que bien que curieux de découvrir ce monde, je ne souhaite en aucun cas l’encourager. La longue route à pied jusqu’à l’hôtel me laissera le temps de repenser le problème dans tous les sens, où s’affrontent morale, liberté, économie, pouvoir, éthique, humanité… 

 

JEUDI 9 NOVEMBRE, BANGKOK

Wat Arun - Bangkok, Thaïlande.

Visite des temples. Ils sont immenses, de toute beauté, et je pourrais y passer des heures. Malheureusement le temps m’est compté. J’y passerai plus de temps que prévu, et laisserai tomber le Palais Royal plutôt que de le survoler à toute vitesse. Ce n’est pas grâve, je sais que cette ville et moi nous reverrons un jour; c’est certain. 

Le retour sera compliqué, comme à chaque fois je peine à trouver un taxis pour de telles distances. Au vu de la taxe d’embarquement, et du prix dérisoire de la course ensuite, je comprend aisément qu’ils préfèrent de petites courses, plus intéressantes. 

Début d’après-midi. Reprendre la direction de l’aéroport, un vol Air Asia, direction Yangon. Dans le bus, rencontrer Isabella, qui fait du volontariat avec des enfants au Myanmar. Prendre le même vol, et boire un café ensemble à l’aéroport de Yangon. Puis prendre un taxi direction le centre ville. Arriver à Yangon, et découvrir les prémisses de cette gentillesse extrême. Fatigué, je mange à l’hôtel, et me couche tôt. 


Rangon. 

Quartier colonial - Rangon, Myanmar.

VENDREDI 10 NOVEMBRE, RANGON

Je suis épuisé. Petit déjeuner immense, mélange de toast, fruits, omelettes, riz… Puis retourner me coucher. Profiter de ce dortoir confortable, es rideaux permettant de se créer un espace « personnel ». Dormir jusqu’à 15h. Puis se rendre dans une malle voisine, à l’image de celles de Bangkok, immense, prendre un café. Manger au marché le soir. 

Alors qu’en Amérique du sud on regroupait tout le monde dans le même dortoir pour limiter le travail, ici on réparti chacun dans un dortoir différent pour plus de confort. Le soucis des hôtes, plutôt que le soucis de l’argent. Je passerai ainsi la semaine entière seul dans un dortoir de six places… 

 

SAMEDI 11 NOVEMBRE, RANGON

On m’avait vanté ses mérites. Mais je ne serai pas séduit; Rangon. J’arrive peut-être trop tard, ou trop tôt. Cette ville est en pleine adolescence, ayant déjà perdu le charme de l’authenticité de ces lieux autrefois préservés, et n’ayant pas encore absorbé et mûri son ouverture au monde. Malgré la gentillesse extrême de son peuple, si curieux de cette nouvelle ouverture, on sent déjà poindre le mécanisme nauséeux du tourisme, donnant naissance au profit facile, à l’exaspération, ou à la lassitude. Les chantiers sont en cours un peu partout, sans avoir encore eu le temps de donner à ses ruines authentiques le renouveau sublime de la restauration. Entre une splendeur passée et nostalgique qu’elle perd au profit de malles immenses, de magasins de marque, et d’hôtels de luxes, et un futur encore incertain et inapprivoisé. Une ville entre deux eaux, à qui il faut encore laisser le temps du changement. 

Visiter son passé colonial, que nous montre de vieux bâtiments décrépis, occupés par des familles et aux balcons desquels dorent des paraboles. Et profiter de la climatisation en buvant un verre au Strand hôtel, hôtel de luxe, parfait pour se rafraîchir de la chaleur étouffante. 

Pagode Shwedagon - Rangon, Myanmar.

Pagode Shwedagon - Rangon, Myanmar.

À la tombée du jour, partir visiter Swedagon, pagode immense, dorée, mélange de religion et marchands, de moines qui se prennent en selfie, dans une effervescence et une ferveur incroyable. Chercher l’emplacement exact permis les dalles de marbres pour voir se refléter sur la coupole les diamants incrustés, bleu, verts rouge, jaunes… se croire Indianan Jones. Le soir des centaines de bougies seront allumées, moment poétique et magnifique. 

Rejoindre le quartier chinois, et manger des brochettes dans la rue. C'est samedi soir, la rue estimée et bondée, mélange de locaux et touristes, la bière coulant à flot, endroit populaire. Ambiance agréable. 

 

DIMANCHE 12 NOVEMBRE, RANGON

Vers 13h, visiter le marché juste à coté. Une énième coupure d’électricité plonge la marché dans le noir, donnant une drôle d’ambiance, particulière. Boire un jus d’avocat, et visiter ces grands hangars du marché à la lampe torche, seul les stands ayant un groupe électrogène ayant un peu de lumière… 

14h, aller prendre le train circulaire, train populaire qui fait une boucle dans Rangon. La gare est immense, défraîchie et décrépie, un air surgit du passé. De jeunes mendiants m’accompagneront, m’aidant à acheter mon billet, l’une d’elle, âgée de treize ou quatorze ans, me demandant de prendre un selfie avec elle, avant de le retravailler de manière experte, agrandissant ses yeux, se blanchissant la peau, et remplaçant mes sourcils blonds d'européen par de gros sourcils noirs plus asiatiques! Et de me monter fièrement le résultat… Étrange de voir ces deux mondes se lier, une jeune mendiante sous le joug de l’industrie de la beauté… 

Train circulaire - Rangon, Myanmar.

Train circulaire - Rangon, Myanmar.

Le train, sans porte, des sièges métalliques chaque côtés, des vendeurs montant à chaque arrêts pour vendre fruits, légumes, pâtisseries, me rappelle Madagascar. S’arrêter plus tard, dans la banlieue, et me rendre au marché au noix de coco, au bord du fleuve, où sont déchargé et trié des milliers de noix de coco. Rentrer dans la soirée. 

 

Rangoun Tea House.
Une de ces maison de thé typique, modernisée. À peine assis que l’on me sert un verre d’eau. L’attention suffit à me convaincre, et je m’enfonce dans ce décors entièrement de noirs et blancs: les perfectionnistes, toujours dans les extrêmes. Surprise en goûtant l’eau, et de la découvrir aromatisée: citrons, lychees, et d'autres plantes que je n'arriverais pas à définir. Tout est basé sur le passé historique de cette ville, et revu par la maison. Les brochettes typiques de la 19ème rue -où j'ai mangé la veille-, version revisitée des plats de leur enfance, et des plats typiques Bir,mans. De la finesse dans chaque détail, une recherche du raffinement. Tout fait sens. Je suis au comble, et trouve en cet endroit un maître à suivre, un modèle, un guide. 

Autrefois existait le compagnonnage. Nous avions des maîtres. Si les maîtres ont changé de visages, ils n’ont pas tout à fait disparus. Les marques véhicules des valeurs, des personnalités les incarnent. Des amis, des proches nous servent encore de guides, nous forment. Ce restaurant est pour moi un maître. Il incarne ce qui fait sens pour moi, la direction à suivre. L’exigence, le raffinement. Gourmandise; plaisir; pour la première fois, le mot gourmandise prend son sens: je n’ai plus faim, mais je rêve de pouvoir découvrir plus. Boire un cocktail au thé de jasmin et gin. Je suis merveilleusement bien. Ivre de joie. 

Prendre la route du retour. Des tongs. Un jeans noir, une chemise cintrée, noire également. Les cheveux attachés. Quelques bracelets qui retracent mes voyages. À la mains, un petit carnet Moleskine, et l’appareil photo en bandoulière, léger, noir, son look rétro, avec un simple 50mm. Depuis presque une année je parcours le monde, indépendant, libre. Je suis devenu ce que je voulais être. Des jeunes me demanderont mon métier alors que je prend des images, et me demande si je suis journaliste… 

 

LUNDI 13 NOVEMBRE, RANGON

Aujourd’hui, jour férié. Le matin, pluie torrentielle, impossible de songer à sortir. 

Les américains. Depuis le début de mon voyage, je n’en ai pas rencontrés énormément. Mais à chaque fois, ma réaction est la même. Je les trouvent soit extraordinaires, intelligents et cultivés, avec une ouverture d’esprit exceptionnelle; soit je les méprise, ignares et conforme à tous les préjugés que l’on peut se faire. Fake. Un groupe d'américains évangélistes, l'un -molosse en short militaire- qui vient donner des cours d’anglais. Le birman à qui il parle ne dit rien, mais n'est pas à l'aise: bras croisés, puis jambes croisées, le corps en retrait. Le langage non verbal est frappant! Il se tourne, croise les bras, le visage crispé. Voilà 3min que l'américain parle sans s'interrompre, puis, le prends par l’épaule et le secoue comme une brindille!… Je me demande à quel point je fais les mêmes erreurs, à quel moment je suis inadéquat… 

Aller acheter le billet de bus pour le lendemain, près de la gare, puis visiter le parque. 

 

MARDI 14 NOVEMBRE, RANGON

Rangon. Ce charme désuet, qui s’installe en douceur. Ces sourires réguliers, cette retenue. Cette végétation luxuriante qui envahi ces bâtiments défraîchis, comme un air de post-apocalypse. Ces bâtiments qui tombent en lambeaux, couvert de moisissures, de mousses, parfois sans toit, mais avec une parabole à chaque balcon. 

Rangon - Rangon, Myanmar.

Manger ses nouilles sur le « trottoir », assis sur un petit tabouret, et soudain se retrouver avec un pot d’échappement d’une voiture qui se parque dans la figure. 

Manger ces nouilles, avec une petite soupe de poisson sur le trottoir, et sentir ces senteurs revenir, coriandre, cacahuètes, souvenir du Vietnam… Manger pour 500.-, ou pour 20’000.-

S’arrêter dans un café européen, apprécier le confort occidental, et préparer la suite à Hpa-An. Prendre un cappuccino. Ironie du sort, il ne passera pas. Je mange dans la rue depuis des mois sans autres soucis, mais c’est un café à l’occidental qui me rendra malade… 

Aller me balader vers le port. 

Partir avec le soleil, le sourire au coin des lèvres. Vu l’heure de pointe, c’est plus de 2h30 de taxi qui m’attendront, avant d’arriver à la gare routière, immense mélange de compagnies, de bus, de rabatteurs, de vendeurs, vraie petite ville dans la ville. 

Dans le bus, penser à ce mélange d’humanité, l’excentricité sud américaine, la nonchalance africaine, et la retenue asiatique, avant de sombrer dans le sommeil. Dormir comme un bébé dans le bus… Arriver à 1h du matin, au bord d’un carrefour. Marcher 5min et arriver à l’hôtel. Réveiller notre hôte, jeune garçon de 18ans, qui dort à la réception. Avoir une chambre pour moi, Comfort inhabituel et bienvenu. Mais regretter le roulement du bus, alors que seul dans mon grand lit je n’arrive pas à trouver le sommeil avant 3h du matin… 


Hpa-An.

Hpa-An - Hpa-An, Myanmar.

MERCREDI 15 NOVEMBRE, HPA-AN

Arriver à 1h du matin. Rejoindre notre hôtel, réveiller notre hôte, un jeune garçon de 18 ans, et m’écraser dans le lit. 

Réveil vers 8h. Petit déjeuner copieux, et la famille qui nous accueille est adorable. Partir en milieu de matinée, louer un Tuk tuk avec deux couples de français. La route secoue, et je me laisse porter… Visite de la Caverne Kawt-Ka-Thaung, petite caverne remplie de bouddhas et de lumières étincelantes kitchs… Plus loin, une centaine de statues en bord de route, dans leur toge rouge, amenant à un petit espace d’eau claire aménagé entre les rocs sera l’occasion d’une baignade plus que bienvenue, et de manger un morceau! 

Kawt-Ka-Thaung - Hpa-An, Myanmar.

Puis nous repartons dans cette campagne magnifique, qui me rappelle le Vietnam. Ces roches karstiques, et ces rizières… 

Arriver à une deuxième caverne, bien plus grande celle-ci. Nous nous enfonçons dans cette caverne au plafond haut, peuplée de chauves-souris, aménagée de lumière de foire de toutes les couleurs, pour ressortir de l’autre côté. Se sera l’occasion de revenir avec un agréable petit trajet en pirogue… 

Puis, le soleil se couchant tôt - dès 15h, le couchant se fait sentir - nous nous dirigeons vers le monastère Kyai-Ka-Lat, monastère surprenant construit sur un roc au milieu d’un point d’eau, et point de vue permettant d’admirer le coucher de soleil. Il n’est pas encore 18h. 

Manger dans un resto plein de choses inconnues. 

 

JEUDI 16 NOVEMBRE, HPA-AN

Mont Zwekabin - Hpa-An, Myanmar.

Partir tôt le matin, prendre un tuktuk qui m’emmène jusqu’au Mont Zwekabin. Traverser ce jardin étrange peuplé de plus de plus de 1000 statues; lonepani. Puis commencer l’ascension. Après à peine quelques minutes, je serai trempé, dégoulinant. Mais cela fait du bien d’être seul, de pouvoir penser tout en marchant, laisser aller mon imagination, de faire du sport. D’être dans le challenge, du moins dans l’effort. Des sacs de sable, et des tas de briques ficelées attendent au bas, que certains pèlerins emmène: porter un fardeau comme sacrifice? Ou moyen intelligent et participatif de monter le matériel nécessaire au monastère? 

En chemin, voir ces femmes qui montent en Sarong, et tongs compensées, toujours sexy. Comment font-elles? 

Lonepani - Hpa-An, Myanmar.

Lonepani  - Hpa-An, Myanmar.

Lonepani - Hpa-An, Myanmar.

Arriver au monastère 1h15 plus tard. Me déchausser, et admirer cette vue imprenable. C’est beau, l’air est frais, il y a un peu de brise. C’est agréable. Me balader, admirer ce monastère, et les touristes, pour la plupart locaux. Un moine me prend en photo à plusieurs reprises. Drôle de voir pour une fois les rôles inversés… 

Entendre les battements d’aile d’un papillon immense se débattre au sol. Ne pas avoir le temps de sortir l’appareil photo qu’un singe - une petite colonie occupe le monastère - se jette dessus et le gobe comme une friandise, assis sur la barricade, une aile démesurée dans chaque main, vision surprenante. Manger au monastère avec deux birmans, du riz aux légumes. Ils traduisent les aliments en birman, je les traduits en anglais; échange de bon procédés. L’un d’entre eux me montrera comment manger, mélangeant les différents aliments, et avalant une demi cuillère à soupe de piment à pleine bouchée, plusieurs fois de site, annonçant "very good!". J’en saupoudrerai pour ma part une pointe de cuillère à café dans mon plat, qui suffira déjà à m’enflammer les papilles… 

Redescendre sur l’autre versant. Sans infrastructure de ce côté, je marcherai un kilomètre pour rejoindre la route principale, et ferai du stop. Je n’aurais pas le temps de finir de lever la main qu’une voiture plantera sur les freins, et que le chauffeur m’aménagera un espace au milieu d’un moine, d’un vieux, et d’un père et son jeune fils. 

Quelques minutes plus tard, vers 15h, j’arrive à l’hôtel, et passerai l’après-midi tranquille, à préparer mes affaires… 

Le soir, sortir avec les français rencontrés ici, et aller manger au marché. Quelques brochettes, un beignet de noix de coco, et très vite je laisse mes compagnons pour rejoindre un groupe d’adolescents, des jeunes chrétiens universitaires, guitare à la main, qui répètent leurs chants pour les louanges du lendemain. Avoir la chance dans le groupe de trouver un étudiant en anglais pour pouvoir communiquer, rigoler avec eux, ils m’offriront le fameux betel, qui très vite me rendra comme ivre… 

 

VENDREDI 17 NOVEMBRE, HPA-AN

Louer une moto. Partir dans la campagne, rouler à faire des pointes de vitesse sur ce scooter sans compteur, avec mon casque qui s’envole. Apprécier cette liberté. Passer dans des gorges, la vallée des Boudas, magnifique et étrange, ces alignement de milliers de statues. L’air frais de la vitesse et suer immédiatement à peine arrêté. Partir dans les rizières, sur des pistes de terre battue qui secouent. 

Mont Zwekabin - Hpa-An, Myanmar.

Revenir à 12h l’hôtel. Puis prendre le bateau, admirer au loin le Mont Zwekabin et arriver à Moulmein vers 17h. Hôtel de « luxe », avec portier, c’est agréable mais je me sens mal à l’aise: dans le but d’être accueillant, ils en font trop; trop de douceur, au reflet de leurs cocktails trop sucrés. Comme trop de douceur, c'en est presque écoeurant. 


Moulmein. 

SAMEDI 18 NOVEMBRE, MOULMEIN

Pagode Kyaikthanlan - Moulmein, Myanmar.

Moulmein. Se balader en ville. Admirer ces maisons coloniales décrépies, cette ville nostalgique, qui semble restée dans un temps passé. Marcher là ou marchèrent Kipling et Orwell. Marcher sur leurs traces. Visiter un vieux cimetière chrétien, des tombes aux noms britanniques, datées pour certaines de 1800. Drôle d’imaginer ces corps ici, ces vies, ces histoires. Me dire que le mien pourrais y être, ou dans une fosse commune à Madagascar… Toujours être surpris par les méandres de la vie, et réaliser combien ma pensée est étroite. Voir des familles s'étant installées dans le cimetière… 

Cimetière chrétien - Moulmein, Myanmar.

Et cette lumières du couchant tamisée dans la poussière. À voir ce port qui semble surgi d’un autre siècle. Admirer le coucher du soleil sur ce fleuve, depuis la pagode. Magnifique ambiance, onirique, cinématographique… 

Puis rejoindre le Nightmarket, et au milieu des brochettes de tripes, des calamars frits et autres spécialités, manger une salade d’avocats, et du riz sauté au poulet, à la consistance très douteuse… 

Night Market - Moulmein, Myanmar.

DIMANCHE 19 NOVEMBRE, MOULMEIN

2h du matin. Je me réveille et vomi. Le poulet du soir - s’il ne s’agissait pas de chat ou de chien vu la plasticité de la viande et son odeur féline en la vomissant - n’a pas passé. Première vraie intoxication alimentaire du voyage; je vomirais chaque trente minutes, alors même que je ne recrache plus rien, juste des hoquets violents. Atmosphère désagréable partagée entre le fait de tenir le coup, de savoir que j’endure, et le mal-être qui perdure pourtant. Ne rien pouvoir faire pour soulager cet état. 

Vomir jusque vers 14h le lendemain. Réserver une nuit supplémentaire, et passer ma journée au lit… 

 

LUNDI 20 NOVEMBRE, MOULMEIN

Dormir jusqu’à 10h. Je me sens déjà mieux. « Manger » un smoothie et passer la matinée à organiser la suite du voyage. Puis louer une moto et quitter la ville. Le temps de se mettre à l’aise avec les changements de vitesses, et cette moto sans freins, et quitter la ville en direction du plus grand Boudda couché du monde. Y aller par quelques routes détournées, à rouler sur des pistes défoncées, me faire arrêter à quelques reprises pour devoir poser pour quelques selfies avec des locaux. 

Le plus grand Bouda couché du monde - Moulmein, Myanmar.

J’apprécie cette liberté, cette solitude, et particulièrement ce calme de la nature. Juste beau, frais, et seul. C’est peut-être pour cela que je me sentais si bien en Patagonie; j’ai plus de peine pour le Myanmar. Loin de moi la magie et l’émerveillement que tous ressentent d’être venu au Myanmar. Comme ce bouddha couché, bien qu’immense et impressionnant, je le trouve kitsch, sans finesse, et alors même qu’il n’est pas encore fini, déjà décrépit. Peut-être suis-je en train de fatiguer, ou alors ai-je déjà trop vécu pour me contenter de choses telles que celles-ci?… 

NLe plus grand Bouda couché du monde - Moulmein, Myanmar.

Le plus grand Bouda couché du monde - Moulmein, Myanmar.

Ce bouda. Rempli de salles aux scènes d’horreurs et de torture, très loin de l’image zen que l’on se fait du bouddhisme. Luxures, violence, meurtre, torture, une atmosphère que je serai heureux de quitter rapidement… Puis ces alignement de centaines de statues, entrecoupées de vaches qui paissent… S’arrêter dans quelques pagodes au milieu de rien, admirer la vue sous le regard surpris et satisfait des moines et pèlerins… 

Puis manger avec quelques touristes à l’hôtel, alors que l’orage éclate… 

 

MARDI 21 NOVEMBRE, MOULMEIN

Se lever à l’aube. Paqueter mon sac. Encore. Partir dans la ville encore endormie. Il fait déjà chaud, et la route s’annonce plus longue qu’imaginée. Arrêter une moto-taxi, et monter à l’arrière avec mes presque 30kg d’affaires… 

Traverser cette ville aux magnifiques lumières du petit matin qui illuminent les pagodes. Arriver au terminal qui lui-aussi sort de son sommeil. Redoutant une clim à fond, je me suis habillé en conséquence, pantalons et pull dans le sac; hélas, mon bus est un vieux bus décrépi, sans clim… 

Patienter pendant que l’équipage se prépare, vivant dans ce bus: ils s’y habillent, se coiffent, enlèvent leurs chaussures pour y monter; leur maison. 

Partir vers les 6h30, et toujours un peu cassé, sombrer dans le sommeil. Me réveiller aux différents coups de Klaxons et arrêts pour laisser monter du monde; jusqu’à un arrêt définitivement plus long que les autres: nous sommes en panne. La chaleur se fera de plus en plus pénible, et l’état du bus semblant sans espoir, nos chauffeurs nous demanderont d’abandonner le navire. Nous voilà tous dehors, assis sur les quelques tabourets en plastique du bus. 

Certains pendront des taxis, une partie du groupe montera dans un autre bus. Tout ça dans une ambiance entre rires et remise au pas sèche… Deux heures plus tard, un autre bus arrive, entièrement neuf, moderne, pour les derniers 60km restant. À peine arrivé à Kyaikto qu’un autre bus, en face, me prend en main (c’est le cas de le dire, je n’aurais pas mon mot à dire que mes affaires seront chargées), et m’emmène à Kindun. 

Arriver, trouver mon hôtel, réserver un bus de nuit pour le lendemain soir. Et avoir quelques heures devant moi pour me reposer… 


Mont Kyaikto.

22.11 - MERCREDI, KINDUN

Matinée à l’hôtel. Sans électricité. Sans eau… Dessiner, écrire. Beaucoup penser au retour. Je retrouve ces abîmes de pensées, vertigineuse, quant à mon avenir. Toutes les possibilités, toutes les inquiétudes surtout. 

J’ai pu prendre une douche. L’électricité et l’eau sont revenues. Quel bonheur de pouvoir s’essuyer dans un linge doux et parfumé après une douche fraîche. Je me sens bien. 

Partir pour le « Golden rock. ». Site religieux important, et financier également: les étrangers sont taxés, et des donations sont demandées à tout moment aux locaux. Après 45min de route de montagne, nous arrivons sur les lieux, où je mangerais des nouilles dans une petite gargote. Cela semble inhabituel de la part des touristes, car j’aurais droit à plusieurs admirateurs, commentaires, et ma vendeuse se fera un plaisir de raconter à ses collègues comment elle a réussi à communiquer avec moi par geste pour montrer ce qu’il y avait à manger. Moment sympathique. Puis visiter ce lieux où les locaux montrent une ferveur démesurée, priant se rocher, achetant des feuilles d’or à la « banque » installée sur la montagne, afin d’aller les déposer sur le roc, revenant couvert de poussière d’or dans les cheveux, ce qui n’aura cesse de me décrocher un sourire à chaque fois. Admirer tout ce monde se prendre en selfie devant ce rock, touristes, locaux et moines confondus!… 

Mont Kyaikto - Kindun, Myanmar.

Rester quelques heures sur le lieu de pèlerinage immense installé au sommet de cette montagne, qui semble trop petit pour accueillir tout ce monde, mélange de restaurants, temples, infrastructures, hébergements, hôtels… 

Les 45min de retour se feront dans un demi-sommeil. Preuve de mon adaptation au voyage, les transports publics sont désormais l’occasion de récupérer quelques précieuses minutes de sommeil; impossible de résister, quelque soit l’heure et le paysage! Je somnolerai donc profondément, rêvant, tout en m’agrippant fermement aux barrières de la camionnette des deux mains dans le même temps. L’expression dormir debout prendra à ce moment tout son sens… 

Arrivé à l’hôtel. À nouveau, l’électricité fera défaut. Rester au restaurant dans le noir, où la cuisine se faire à la lampe torche. La pluie redouble, intense et se calme par intermittence. Alors que je commence à me demander si j’arriverai rejoindre la station de bus sans être trempé, la fille à qui j’ai acheté les billets de bus arrive en camionnette pour me prendre. Elle me dépose quelques minutes plus tard sur la route, où je suis pris en charge par un car entièrement vide. Un car privé! Celui-cime dépose une vingtaines de minutes plus tard en ville (Kyaitko), au bord de la route, où une famille sert de gare routière. Je patienterai sur le trottoir, assis sur un siège en plastique. Deux heures plus tard, on arrêtera mon bus d’un signe de la main, et je prendrai la route de Naypydaw… 


Naypydaw.

23.11 - JEUDI, NAYPYDAW

Ma rencontre avec Naypydaw sera directe. Dans un demi sommeil, je vois la route caillouteuse que nous suivons faire soudain place à un giratoire à trois voies, parfaitement goudronnées, et bordé d’une bordure striée rouge et blanche, si typique de la ville. Il est couronné d’un gazon frais, et de petits arbustes parfaitement taillés, le tout surplombé d’une figure d’une gigantesque rose blanche illuminée par différents spots. Nous prenons la piste à six voies qui s’ensuit, séparée par une allée de bosquets et de palmiers tous aussi bien taillés les uns que les autres, et sur laquelle nous sommes les seuls à rouler. 20 kilomètres plus tard, sur cette même piste, sans n’avoir rien vu d’autre, je me ferais déposer devant un autre de ces rondpoints, couronné lui d’une rose rouge. Il est 5h du matin, et quelques motos traversent ces pistes désertes, et parfaitement entretenues, au milieu de rien. Quelques 500 mètres me séparent de mon hôtel, l’occasion de voir alors apparaître le long de cette piste un alignement de complexes hôteliers, au milieu de rien; vision impromptue. 

Réveiller le veilleur, qui m’emmènera en voiture jusqu’au bâtiment où est ma chambre, à 300 mètres de la réception… 

Après m’être effondré sur mon lit, je mange au restaurant de l’hôtel. Je serai le seul client, l’embarras du choix sur la centaine de chaises aux tables bien tirées, et deux serveurs présents. Juste le bruit de mes services dans l’assiette, et la clim, dans ce décors très soigné. Ambiance… Naypydaw commence à me montrer son fameux visage de l’étrange. 

J’avais prévu de me reposer cet après-midi, profitant du wifi, et de louer une moto demain, mais un bref coup d’oeil sur la météo me fait changer de plan: la journée de demain annonce de grosses pluies. Quelques minutes plus tard, m’encourageant, je loue la moto et vais explorer la ville. La ville n’est pas aussi déserte que je l’imaginais. A-t-elle déjà changé en si peu de temps? Les commentaires des autres voyageurs étaient-ils exagérés? Ou mon imagination s’est-elle emballée? Toujours est-il que cette ville n’est pas complètement déserte; elle est vivante. Mais bien démesurée! 

Waterfountain Park - Naypydaw, Myanmar.

L’alignement de complexes hôteliers sur plusieurs kilomètres le long de la route se termine par un immense hypermarché. Puis, c’est différents giratoires d’une centaine de mètres de diamètres que je traverse, avant de pouvoir rejoindre le « centre » de la ville: un parc immense parfaitement taillé, au gazon coupé à raz, les arbustes taillés, les fontaines nettoyées. Je me baladerai (en moto!) plus d’une heure dans ce parc sans en faire le tour! À voir ces centaines de bancs publiques vides, qui attendent désespérément quelques couples d’amoureux. Ces terrasses aux chaises rabattues. Cette petite forêt remplie de hauts-parleurs diffusant toute sorte de bruits d’animaux, sans personne pour les écouter. Arriver à une tour permettant un point de vue avec pour seul âme une vendeuse avec son petit étal… 

Waterfountain Park - Naypydaw, Myanmar.

Car de fait, mis à part cinq à six personnes, ceux qui peuplent ce parque sont les jardiniers, nettoyeurs, qui par dizaines maintiennent ce parque mieux tenu qu’un jardin anglais. Les voir repeindre ces bordures qui n’ont pas encore eu le temps de s’écailler. Car tout est là depuis 10ans, mais le temps n’a pas pu y laisser son empreinte; les choses commencent à vieillir, mais sont pourtant encore neuves; comme à peine sorties de l’emballage… Ces bancs sur lesquels personne ne s’est assis. Ces tourniquets qu’aucune main n’a poussé. Ces sentiers que personne n’a emprunté… 

Naypidaw se dévoile gentiment dans cette immense étrangeté. À y retrouver tous les mondes de sciences fiction de mon enfance, 1964Le meilleures mondeUn bonheur insoutenable… De cette ville non pas déserte, mais vide, sans réels habitants, peuplée uniquement de ceux qui la maintienne en état: des jardiniers pour tondre le gazon des giratoires, des peintres pour repeindre les bordures de routes, des policiers pour garder des giratoires, et du personnel pour maintenir étincelant quelques complexes hôteliers vides… 

Naypydaw - Naypydaw, Myanmar.

Reprendre ma route, et ma piste à 6 voies fera soudain place à une piste à 12 voies!! Sans pour autant y voir plus d’une dizaine de voitures à la fois… 

Visite de la pagode, démesurée elle aussi, et dépeuplée également. Cela change après les foules qui se pressaient à Shwedagon… 

Tous m’ont demandé ce que je venais faire ici. Et pourtant. Cette étrangeté m’inspire, m’excite! Je m’y sens à ma place. Peut-être parce que je peux l’appréhender, plus que ces villes ordinaires qui m’échappent. Pour une fois les rôles sont inversés: je me retrouve dans un monde qui les perd. Je suis à ma place, étrange parmi l’étrange… 

Un autre facteur rend les choses étranges, que je n’identifierai pas tout de suite: une sensation, quelque chose qui ne « colle » pas, inhabituel. Puis soudain, cela fait sens: je ne vois aucun vieux. Tout le monde semble avoir 25 ans, le personnel, les gens dans la rue. La plus vielle personne que je rencontrerai sera mon chauffeur de taxi, âgé d’une trentaine d’années. Comme dans un monde futuriste à la Orwell, le monde semble s’être figé dans une jeunesse parfaite!… 

 

24.11 - VENDREDI, NAYPYDAW

Toujours cette lourde fatigue de nuits de bus, nuits de dortoirs, nuits de fêtes. Après un considérable petit-déjeuner occidental-birman, et un peu d’organisation, retourner à ma chambre, et passer la matinée allongé sur mon lit; ne rien faire. Il n’y a pas de bus directes pour continuer ma route; et le train est à 22h. Alors à midi, faire le checkout, et passer les 9h restantes entre le restaurant de l’hôtel et la réception; rien n’est accessible à moins de 2h de marche, alors autant profiter du maigre wifi et m’organiser: avec une connexion qui tourne autour de 3ko/sec, il me faudra environs 7h pour arriver à réserver mon vol en direction de l’Inde (le vol de retour devra attendre une meilleure connexion…) et faire ma demande de visa indien. Particulièrement chanceux pour le coup, ils feront une mise à jour du site pendant que je rempli mon formulaire de 4 pages (noms des parents, nationalité des grands-parents, précédentes professions, pays visités les dix dernières années?!?) me forçant à tout recommencer! 

Gare de Naypydaw - Naypydaw, Myanmar.

Gare de Naypydaw. Ce qui devait être une nuit de voyage plutôt calme et reposante est à nouveau une nuit sans sommeil. À 21h, un taxi commandé par l'hôtel doit me déposer à la gare. De là, à 22h, un train doit m'emmener jusqu'à Kalaw pour environs 10h de voyage. Juste à se laisser porter jusqu'au petit matin, une nuit de sommeil agréable. Mais les choses ne se passeront pas comme prévues. Pour la troisième fois depuis le début de ce voyage, le Pape croise ma route, mon train se retrouvant du coup avec environs 5h de retard. La perspective de me retrouver à 22h15 confortablement installé sur mon fauteuil de 1ère classe à me laisser porter et sombrer tranquillement dans le sommeil se transforme à devoir attendre jusqu'à 2h du matin, à essayer de trouver un moyen de savoir quel train prendre dans cette gare démesurée où il est impossible de trouver le moindre mot d'anglais, et où les annonces se font en birman. À nouveau, seul tête blanche au milieu des birmans. C'est compter sans la gentillesse des birmans, qui m'adressent spontanément la parole avec quelques maigres mots d'anglais pour me guider et m'aider. À nouveau une leçon de vie envers ma méfiance et leur gentillesse gratuite de gens voulant juste m'aider. 

 

25.11 - SAMEDI, NAYPYDAW

Se réveiller dans ce train. À la lumière du jour il semble déjà moins lugubre. Et un rapide coup d’oeil sur la carte me montre que nous n’avons guère avancé. Nous arrivons à Thazi, où le train s’arrête plus de 2h, à faire différentes manipulations. 

Sur la route de Kalaw - Kalaw, Myanmar.

Puis nous repartons, avec notre 20km/h de moyenne, s’arrêtant dans les petits villages. Le trajet commence à se faire long, heureusement les sièges sont confortables. Somnoler. À coup de 45min de sieste - afin de ne pas louper mon arrêt -, mais voir que nous n’avançons guère. S’enfoncer dans la jungle. Le train taille sa route, au premier degré, « taillant » les branches qui ont poussé sur la voie depuis le dernier passage, donnant aux wagons un doux parfums frais et mentholé. 

Passer ainsi la journée, aux côtés des birmans, qui comme moi patientent comme ils peuvent. 20h après avoir rejoins la gare de Naypydaw, j’aurais parcouru les 250km reliant Kalaw. Le temps de trouver mon hôtel, une douche, un restaurant italien où je ne résisterai pas à manger une pizza pour me changer des nouilles, et dormir… 

Kalaw - Kalaw, Myanmar.

26.11 - DIMANCHE, KALAW

Se réveiller à l’aube, mes voisins de lit se préparant pour le treck. Impossible toujours pour moi de prendre le rythme; j’aimerais me lever tôt et me coucher tôt pour être plus en phase avec les birmans, mais je n’y arrive pas. J’arrive pourtant relativement tôt au déjeuner, mais je serai le dernier… 

Copieux petit déjeuner, et se diriger en ville. Le tour de la ville sera fit rapidement, quelques achats au marché, et point de vue. Réserver le trek pour le lendemain. Ici, les birmans éprouvent un mélange entre indifférence et joie de me voir. Ça fait du bien de ne plus être toujours le centre d’attention. 

Manger des nouilles, et retourner à l’auberge profiter calmement de l’après-midi. 

Le soir, manger dans un restaurant typiquement birman. C’est agréable de voir ces serveuses qui travaillent avec le sourire, détendues, faisant leur travail mais sans excès. À vitesse humaine. Je prendrais un curry, pour l’équivalent de 3 chfs et c’est plus de 13 plats que l’on me servira, plus un thé ainsi qu’un café en plus de la bière que j’aurais commandée! À la mode birmane, le tout en même temps! J’aurais le malheur de finir un plat qu’il sera immédiatement rempli à nouveau. À la table en face de moi, une famille birmane mange, et c’est pas moins de six serveuses qui restent à un mètre derrière eux, soucieuses de leur bien-être. 

Comme ces dessert trop doux qui en deviennent écoeurant, cette gentillesse et cette attention extrême fini par m’étouffer, c’est trop d’attention, et la nervosité de l’Amérique du sud me manque soudain, sa douce agressivité… 

 

27.11 - LUNDI, KALAW

Treck du lac Inle - Kalaw, Myanmar.

Partir pour le treck devant m'emmener au lac Inle vers 9h. La chaleur est éprouvante, et je sue de toute part. Le paysage, mélange de colline et forêts me rappelle un peu la Suisse si ce n’est les cultures de piments et de riz. Voir ces paysans en habits colorés qui travaillent dans les champs, ces femmes en habits traditionnels qui cueillent les piments. 

Treck du lac Inle - Kalaw, Myanmar.

Traverser un bosquet envahi de milliers d’araignées, les voir grouillant par centaines le long des troncs, ou par dizaine réunies sur des toiles parfois de plus de 2m de diamètres… 

Arrivés à notre village pour la nuit, où nous dormons chez l’habitant. Voir une de ces maison sobre, sans rien si ce n’est quelques photos aux murs, et quelques nattes au sol en lieu et place de lits. Profiter de la fin d’après-midi, et voir les enfants rentrer de l’école, en chemise blanche et longyis ou pantalons verts, leur petit set de gamelles à la main. Et voir les adultes jouer au foot-beachvolley, sport omniprésent ici. 

Puis aller manger, dans cette chambre aux murs noircis par la fumée, qui ne contient rien si ce n’est un foyer et une table basse, vers laquelle nous nous asseyons à même le sol. Et notre hôte de nous préparer une multitude de plats, tous plus délicieux et plus incroyables les uns que les autres, le tout cuisiné avec seulement quelques casseroles et un feu de bois. Lorsque nous tenterons de stopper le service devant l’abondance des plats, nous nous verrons répondre par notre guide: « If the plate is empty, it's not beautiful!». À nouveau la générosité et gentillesse birmane… 

À 19h, sans électricité et sans lumière, se coucher sous les couvertures, et s’endormir pour une nuit paisible… 

 

28.11 - MARDI, KALAW

Se réveiller dans la fraîcheur brumeuse du matin, et voir le village se réveiller en douceur. À nouveau se voir offrir un petit déjeuner incroyable, et notre guide de nous confirmer cette générosité birmane par le dicton suivant: « Sharing is caring ». 

Treck du lac Inle - Kalaw, Myanmar.

Treck du lac Inle - Kalaw, Myanmar.

Commencer la marche dans ce paysage vallonné encore parsemé de brume, traversant des rizières asséchées et de petits villages fermiers où des étales de piments sèchent au soleil… 

Arrivé à la tombée du jour au monastère où nous passerons nuit, et disputer un match de foot avec les moines. Moment incroyable que de partager le quotidien de ces moines, pour qui nous ne faisons que passer, et de vivre l’espace de quelques heures dans ce lieu sacré. 

Treck du lac Inle - Kalaw, Myanmar.

Amélie ayant son anniversaire, nous arriverons à trouver quelques pâtisseries sur lesquelles nous planterons quelques bougies à offrande, et partagerons un vin de riz… Sharing is caring

Le soir, voir les plus jeunes moines captivés à regarder la TV, un film hollywoodien de guerre moyenâgeuse… mais nous ne sommes plus à une incongruité près… 

 

29.11 - MERCREDI, KALAW

Se lever avec le soleil. Voir la vie du monastère se mettre en place, chacun jouant son rôle, dans le calme et sans bruit. La nuit était glaciale, l’air est encore froid. Voir les petits moines, des patins aux pieds, ou tirant l’un d’entre eux assis sur un draps, nettoyer le sol du monastère. Ils ont l’air appliqués et heureux, sereins. Sortir et voir la multitudes des petites sandales posées à l’entrée (le monastère - comme tous lieux sacré - étant réservé aux pieds nus) me collera un sourire sur le visage… 

Treck du lac Inle - Kalaw, Myanmar.

Nous commençons à marcher dans la lumière du soleil déjà intense, qui illumine la brume matinale encore présente, donnant à ces premiers pas un air de magie, dans une ambiance irréelle et magnifique… Plus loin et bien plus tard, la terre rouge, quelques troupeaux de zébus et une végétation rase me rappellera les paysages de Madagascar. Ne manquera que quelques cris d’enfants… 

Manger, et plus tard croiser un paysan qui lave soin muffle dans la rivière. Se baigner. Reprendre la route. 

Treck du lac Inle - Nyaung Shwe, Myanmar.

Puis, lentement, le lac fait son apparition. En douceur. Les paysages deviennent plus verts, l’eau plus présente. Les maisons sont désormais construites sur pilotis, des barques sont posées en bordure du chemin. Un décors qui me rappelle le Vietnam. S’arrêter chez une famille, et manger dans une de ces maison, entre terre ferme et marécages… Puis prendre un bateau, et longeant un de ces petits canal, rejoindre le lac. Impressionnant de voir cette végétation qui envahi toute la surface de l’eau, nous avons l’impression de tailler notre route au travers. Traverser une heure durant le lac, et commencer à appréhender ce lieu magnifique, admirant au passage les pêcheurs que l’on voit éparpillés sur le lac. 

Arriver à Naung Shwe, et l’entrée par le canal est saisissante, comme un air de Venise, voir cette ville entièrement liées à l’eau, ces barques par centaines, des maisons sur pilotis… 

Arrivé vers 15h à l’hôtel. L’auberge est parfaite, propre, soignée, des prises électriques en nombre, c’est un confort plus que bienvenu! Prendre une longue douche chaude, faire une lessive de toutes mes affaires, et refaire mon sac après avoir dû séparer mes affaires pour le treck… L’hôtel propose des grillades sur le toit le soir; ça tombe bien, et me permet de continuer de ranger mes affaires sans devoir sortir pour trouver à manger. Se coucher vers 21h… 

 

30.11 - JEUDI, NYAUNG SHWE

Malgré la fatigue qui commence à se faire vraiment tenace, et mon envie d’un jour « off », réveil tôt. Petit déjeuner copieux, et départ à 8h pour le port. Nous embarquons à 4 sur une pirogue extrêmement longue, pesant sur le moteur à l’arrière, toute la moitié avant ne touchant pas l’eau. 

À peine sorti du canal de Nyaung Shwe, que de faux-pêcheurs traditionels nous attendent pour prendre la pause, avec leur grille de pêche si caractéristique et leur façon de tenir la pagaie avec une jambes. Nous passerons tout droit sans nous arrêter. 

Treck du lac Inle - Nyaung Shwe, Myanmar.

Quelques minutes plus tard, notre piroguier dévoué nous emmène au milieu d’un groupe de pêcheurs - réels cette fois-ci - à peine à quelques mètres, moteurs éteint… Magnifique moment que de regarder ce balais de pécheurs en équilibre sur leurs petites barques, les mains occupées au filet, et pagayant d’un pied. Moment magique! 

Puis reprendre la « route » , plus d’une heure sur ce lac immense, avec la brume enrobant les montagnes alentours, paysage magnifique! Arrivé à la rive opposée, et s’enfoncer dans un labyrinthe de canaux, couverts de concombres d’eau! De la végétation à perte de vue, alors même que nous sommes en plein lac: ce sont des centaines de jardins flottants, petit radeaux de terre sur lesquels les villages (flottants eux aussi!) environnant cultivent tomates, courges… 

Lac Inle - Nyaung Shwe, Myanmar.

Lac Inle - Nyaung Shwe, Myanmar.

S’enfoncer dans ce décors impressionnant, aquatique, surréel: mélange de jardins flottants, de maisons sur pilotis, de canaux qui ressembles parfois à des autoroutes, emprunté par une multitude de barques, écoliers, travailleurs, moines… À voir ces panneaux publicitaires au milieu de ces marais, couvert de végétations, et se sentir projeté soudain dans ces décors post-apocalyptiques de villes englouties… 

S’arrêter dans un atelier de bijouterie, tenu par une famille depuis 3 générations, et voir tout le travail fait depuis l’extraction jusqu’à la conception et la vente! Si le circuit est clairement touristique, il n’en reste pas moins également authentique, à cette manière si particulière du Myanmar. 

Lac Inle - Nyaung Shwe, Myanmar.

Visiter également une tisserie, et de la même manière découvrir la fabrication de soie de Lotus, fabriquée à partir de fibres de la tige de celles-ci: travail minutieux et laborieux, qui donne soudain un autre sens au travail (et au prix) de ces tissus! Voir la fabrication des longyis ainsi tissé, et le claquement de ces métiers à tissé rythmé par le travail des femmes. Impressionnant. 

Vers midi, s’arrêter dans un restaurant, et appréhender cet étrange paysage, mélangeant des parties terrestres et d’autres inondées. S’enfoncer à nouveau dans ce village où les rues sont des canaux où se croisent des dizaines de barques, qu’elles soient taxis, scolaires… et où l’eau inonde le devant de son pas de porte. 

Visiter la pagode de Indein, saisissant complexe de centaines de petites stupas, dont certaines en ruine, leur donnant une atmosphère encore plus étrange… 

Sur le chemin du retour, s’arrêter vers un monastère anciennement réputé pour ses chats sautant à travers différents cerceaux. Classique de l’incongruité de ces monastères, y trouver au milieu des portraits et peintures de bouddha, encadré dans un magnifique cadre doré, une ancienne publicité de Louis Vuitton, devant daté des années 80… 

Traverser à nouveau le lac en sens inverse, pouvant admirer à nouveau le travail des pêcheurs, et exprimer toute la reconnaissent à notre piroguier si dévoué et attentionné, et prendre une bière méritée, seul sur la terrasse de mon auberge, savourant ces quelques heures à n’avoir rien à faire, et admirant le soir tombant sur la ville… 

Plus tard, sortir manger, et en chemin réalisé que je commence à apprécier le Myanmar. Je commence à me laisser toucher, porter par cette gentillesse extrême, me surprenant à décrocher des sourires à tout va, et à en recevoir tout autant… Le Myanmar aura finalement réussi à m’apprivoiser semble-t-il… 

Au milieu de mon repas, voir soudain les deux italiens avec qui j’ai partagé le treck passer le pas de porte! Après des retrouvailles avec effusions comme seul savent le faire les italiens (comme si nous nous retrouvions après des années!), manger ensemble, et passer la soirée tous les trois. Refaire le monde, et ils me complimentent sur mon courage de voyager seul, mon indépendance, et venant de leur part, sincères et prôfonds compliments, cela me touche profondément. 

Étre rejoins par Amélie, et aller boire un dernier verre - ils ferment à 23h - dans un bar, jouant au Jenga. Incroyable moment, à la fois de compétition, et de complicité, de communion, à faire monter cette tour de 18 à 35 étages! Un moment de communion d’esprits… Nous sommes soudain l’espace de ces quelques heures des amis de longue date… 

 

01.12 - VENDREDI, NYAUNG SHWE

Grasse matinée; jusqu’à 8h. Puis un bon petit déj’, et faire le check out. Rester à l’hôtel, profiter du wifi, commencer à organiser le retour, les paiements (nous sommes la fin du mois) et répondre à différents mails. Vérifier le visa indien… Rattraper mon retard et écrire sur ces derniers jours en attendant le bus de nuit pour Mandalay… 


Mandalay.

02.12 - SAMEDI, MANDALAY

Mandalay - Mandalay, Myanmar.

Notre bus devait arriver à 6h30 du matin, mais comme à l’accoutumée ici (et plutôt surprenant!) nous arriverons avec 2h d’avance. 4h du matin, terminal de Mandalay. Rejoindre l’hôtel, et vu l’heure, ne voulant pas payer une nuit supplémentaire, nous somnolons à la réception. À 6h, prendre un petit déjeuner de nouilles dans un café populaire dans la rue. Cette ville se reveille tard - rien n’est ouvert avant 9h - retourner à la réception, avant de partir en ville. Louer des vélos, et faire le tour des sites principaux, le Palais Royal, et voir plusieurs birmans prendre des selfies discrètement, avec moi an arrière plan. Ou, pour la plupart, venir directement me demander et poser avec moi. Drôle de voir pour une fois les rôles inversés, et ces birmans curieux de poser à côté d’un étranger, comme nous les photographions habituellement. Inversion des rôles. 

Drôle aussi de voir ces moines boudhistes poser de la même manière, se prenant en selfie devant les lieux qu’is visitent… 

Palais royal - Mandalay, Myanmar.

Visiter différentes pagodes et monastères, dont la pagode qui renferme le livre le plus grand du monde, écrit sur des tablettes abritées par des centaines de stupas. Visiter ces sites, silencieux, si ce n’est le bruit des clochettes qui couronnent les stupas… 

Puis rejoindre la pagode de Mahamuni, l’un des lieu saint les plus important du bouddhisme au Myanmar, et admirer ce bouda grossi, dont le volume augmente à force de feuilles d’or que les birmans déposent sur sa statue comme offrandes. 

Rentrer à l’hôtel, et aller se faire masser. Un massage Thai, vraiment douloureux, qui sera loin d’être agréable… 

Manger dans un restaurant de rue, où nous auront loisir de voir passer rats et cafards… 

 

04.12 - DIMANCHE, MANDALAY

Avec mes amis italiens, partir visiter les anciennes capitales, vestiges de trois veilles villes royales qui entourent Mandalay. Lors de notre premier arrêt, Muhumani - que nous avons visité la veille -, le site est bondé! Nous sommes un jour de pleine lune, et comme de coutume ici, la journée est fériée, les jeunes profitant de visiter les temples, et les plus vieux allant se recueillir sur les mêmes lieux. Bref, les sites sont bondés, et ce n’est vraiment pas le jour idéal pour visiter. 

Commencer par la capitale Amapura et visiter le monastère Maha Gandar, où des milliers de moines vont recevoir leurs offrandes, leur permettant de manger pour la journée. 

Puis prendre la route de Sagaing, deuxième capitale. Toujours, les sites sont bondés, et notre guide, extrêmement soucieuse de notre bien être, montre beaucoup trop de sollicitude pour mon esprit indépendant. Postillonnant une fois lors de ses explication, elle nous parlera désormais chaque fois avec une main devant la bouche, s’excusant… 

Inwa - Mandalay, Myanmar.

Puis, dernière capitale, Ava (Inwa), que nous visitons sur une calèche. Les sites sont magnifiques, des ruines mélangées à des rizières et des palmiers, mais toujours bondés de monde. 

Notre dernier arrêt, le fameux pont U Bein. Saturant, je m’éloigne du groupe, jusqu’au milieu du pont, dans l’espoir d’y trouver un peu plus d’espace, et m’assois sur un ponton. Je verrai alors passer - et ce n’est pas pour me déplaire - toutes les candidates de « Miss Myanmar », toutes plus mignons les unes que les autres, revenant d’un shooting sur le pont! Si cela me redonne quelque peu le sourire, c’est un jeune moine de 28 ans qui me redonnera le sourire définitivement. Il m’abordera et nous passerons le reste de la soirée à discuter les deux, à philosopher, échangeant sur nos cultures respectives, les bienfaits et les dangers de leur rencontre, à refaire le monde. C’est la première fois que je pourrais échanger autant avec un moine, et le prendre dans mes bras. Un moment fort, intense! 

Pont U Bein - Mandalay, Myanmar.

Une amie m’avait dit combien ces soirs de pleine lune étaient des journées spéciales lors de ses voyages, et je me souviens alors de cette soirée magique de pleine lune sur les lignes de Nazca. Je me dis que cette journée également est spéciale. Si elle a clairement commencé de pas la meilleure manière, elle représente pour moi le Myanmar: trop de sollicitude, des sites beaux mais qui ne sont pas non plus exceptionnels, et soudain, cette gentillesse, cette rencontre qui fait tout basculer, qui suffit à elle seule à redonner du charme à l’ensemble de cette journée! 


Bagan.

04.12 - LUNDI, MANDALAY

Prendre le bus au matin. Se retrouver assis à côté d’un Colombien, thérapeute. De beaux échanges. Arriver à Bagan vers 14h, le temps de faire le check-in, de prendre une douche, et 5 min plus tard de partir sur la rivière admirer le couché de soleil. Se retrouver avec des gens qui prennent mille selfies, des filles de vingt ans qui parleront maquillage et « Instagram stories », plantées sur leur téléphone alors que nous traversons des lieux parsemés de temples somptueux sous une lumières du soir magnifiques; c’est ça le retour à la civilisation… Néanmoins, embarquer dans une barque en teck, et savourer une bière fraîche et quelques légumes grillées en admirant un coucher de soleil magnifique… jaune dense qui emplit l’air, une intensité que je n’ai jamais vue ailleurs! 

De retour, retrouver les italiens, et se retrouver à manger une pizza, ainsi qu’un excellent tiramisu, au milieu du Myanmar! Gagner une bière en jouant à l’un de ces concours à l’arrière de la capsule… Puis se coucher tôt, le réveil est prévu pour 4h30… enfin normalement… 

 

05.12 - MARDI, BAGAN

Le réveil sonne. Il est 4h30. Dans le dortoir, je ne suis pas le seul. Presque tous nous sortons, pour voir le lever de soleil sur la plaine. 15min plus tard, louer un e-bike, sorte de scooter électrique, et partir sur la route. J’ai repéré divers temples à l’écart des circuits touristiques, en espérant être un peu à l’écart des attroupements. Rouler dans le noir, dérapant dans le sable des pistes. Et commencer à voir les multitudes de temples. J’éprouve les mêmes sensation qu’en vol à voile, ressentant la vitesse, mais sans aucun bruit si ce n’est celui du vent, une sensation grisante! En chemin, je passe près d’un autre temple repéré la veille. Il est encore tôt, je profite de m’arrêter pour explorer les lieux. Il n’y a personne, je suis seul. Le temple est accessible, je peux monter sur le toit. Et la vue est magnifique. Plutôt que de continuer, je décide de m’arrêter ici pour le lever de soleil. J’aime cette ambiance, cette solitude, si ce n’est le bruit des oiseaux qui commencent à s’éveiller. Le soleil se lève lentement sur la plaine, je vois ces centaines de temples lentement modelés par la lumière. C’est de toute beauté, et je ressens à nouveau cet émerveillement que je n’avais plus vraiment ressenti depuis l’Amérique du Sud, et qui m’avait désespérément fait défaut au Myanmar… La brume se lève lentement sur la plaine, se mélangeant au rayons du soleil rasant. C’est magnifique.

Bagan - New Bagan, Myanmar.

Au loin, je vois les montgolfières décoller pour survoler le site. Ils sont un peu loin, et je me dis qu’un temple plus près aurait peut-être été plus stratégique… mais à peine quelques minutes plus tard, alors que je suis toujours dans un mélange d’excitation et de sérénités dans ce lieu paisible, seul loin de tout, je vois les ballons se rapprocher, pour finalement passer juste au dessus de moi! Une sensation forte, une exaltation devant tant de beauté, le soleil, la plaine, la brume, et ces dizaines de ballons qui passe devant mes yeux! Je suis proche de la perfection, je ne pouvais espérer mieux, et cela dépasse mes attentes! Je suis émerveillé, ne sait plus que regarder, que photographier, et qu’éprouver, tant mes sens sont attirés par tant de beauté, de magie! C’en est presque irréel, la fatigue du matin donnant à l’ensemble un petit coté onirique… Tout semble fait juste pour moi, l’Univers tout entier semble s’être réuni pour m’offrir un cadeau merveilleux… Merci! De tout coeur, merci! 

Bagan - New Bagan, Myanmar.

Je resterai ainsi plus de 3h, seul, à marcher (courir) pieds nus (comme sur tous les sites sacrés) sur ce temple en ruine, regardant dans toutes les directions, mélange d’excitation , de joie, d’émerveillement, de sérénité et de paix. Vers 8h, je me décide à partir, et je croise alors mes premiers compatriotes, des femmes qui mènent paitre un troupeau de chèvres. Je croise plus tard une charrette tirée par deux boeufs. Des images gravées dans ma mémoire, la lumière rasante du matin et la poussière, et ces gens. 

Rejoindre un autre site, où je croise les premiers autres touristes, trois jeunes birmans… 

À 9h, il est temps de rentrer prendre le petit déjeuner, et je prend la route du retour, encore émerveillé… 

À midi, je rejoins mes compagnons italiens, avant de repartir de mon côté visiter différents sites… Malgré le tourisme, le site est tellement grand qu’il est facile de se retrouver seul, et je me plais ainsi à découvrir différents temples. J’arrive à la pagode Shwezigon, avec sa majestueuse coupole dorée que le soleil de fin d’après-midi illumine d’une manière incroyable. Je me sens continuellement chanceux. Les rayons rasant sont d’une intensité incroyable! C’est magnifique!

Bagan - New Bagan, Myanmar.

Il est temps de rejoindre un site pour le coucher de soleil! Mais le site que j’envisage s’avère fermé suite au tremblement de terre de l’année passée; pas grave, j’ai un point de repli, mais un local me conseille un autre site, semble-t-il parfait ! Il me suit, insistant trois fois de suite, et il est attachant. Je finis par céder, et c’est une erreur. Le site sur lequel il m’emmène n’est pas exceptionnel, et il est tard pour faire des images. Je suis déçu, mais conscient que j’ai été tellement chanceux jusque là, je n’ai pas trop à me plaindre… 

Sur le chemineau retour, je tombe sur deux petites pagodes complètement illuminées de centaines de bougies. La déception aura été de courte durée, et laisse place à la reconnaissance alors que je me ballade seul dans ces pagodes… 

 

06.12 - MERCREDI, BAGAN

Réveil à 4h30. À 5h, je retrouve les deux Alessio devant l’hôtel, et nous partons pour le temple que nous j’ai repéré la veille d’après divers conseils. Arrivé sur place, le temple est fermé. Nous nous dirigeons juste en face sur une vue presque aussi agréable, mais des locaux lancent divers feux qui enfument la vue. Il est 5h50, dernier moment pour envisager un déplacement, et nous décidons de revenir sur un autre temple vu la veille; un essaim d’abeille s’est installé dans la voûte des escaliers et nous passons à quelques centimètre sous lui pour monter… Nous admirons le lever du soleil, une dizaine de personnes sont présentes… Aujourd’hui je me consacre à la photo, et qu’importe qu’il y ait plus de monde sur le temple. Si l’expérience est moins intense, la vue n’en reste pas moins magnifique. Trente minutes plus tard, je rejoins notre premier emplacement pour une autre série d’images. Les rayons lumineux dorant ces temples et se mélangeant à la brume sont magiques, et il n’y a pas trop à se demander d’où Bagan tient sa popularité… 

Bagan - New Bagan, Myanmar.

Nous repartons ensuite vers nos hôtels respectifs prendre le petit déjeuné, et pour ma part faire le check-out; un processus que je commence à connaître par coeur… 

Nous nous retrouvons ensuite et partons visiter différents sites, avec cette drôle d’impression de voir des temples sans fin, qui se ressembles mais toujours différents. Je ne me lasse pas de ce jeux de découverte, de ces ballades en scooter tout terrain. Je me sens comme un enfant dans un immense jeux d’aventure… 

Manger, puis je prendrai congé de mes compagnons pour me balader seul, et visiterai différents temple, et repérage d’un lieu idéal pour les photos de ce soir. Je me décide pour un endroit, qui je pense sera particulièrement bondé. Plus loin, un temple semble fermé par des briques. Mais en en faisant le tour, je trouve un accès et je peux monter sur le toit. À voir l’état du toit et la végétation qui l’envahi, personne ne monte ici; les briques qui ferme l’accès doivent les en dissuader. Cela fera un excellent point de repli le cas échéant pour le coucher de soleil ce soir. 

Je rejoins mes compagnons quelques heures plus tard et nous partons pour le coucher de soleil. Après quelques aventures sur notre piste quelque peu compliquée pour nos scooters, nous arrivons sur le site déjà bien rempli, mais nous sommes un peu tard pour nous déplacer sur l’autre site que j’avais repéré dans l’après-midi. Qu’importe, le ciel couvert nous réserve un coucher de soleil moins intense que la veille, et cela ne vaut pas la peine de nous battre pour chercher mieux. J’aurais été peu chanceux pour mes coucher de soleil à Bagan… 

Retour à l’auberge, rendre les e-bikes, se diriger vers notre petit restaurant délicieux où nous seront les seuls clients. Quelques bières plus tard, rassasiés d’un délicieux porc style Bagan, nous nous dirigons vers l’hôtel pour rejoindre mon bus qui m’emmène à Yangoon… 

La journée a été longue, et les nuits courtes des derniers jours. Une nuit de bus m’attend, ainsi que deux jours d’aéroports avant d’arriver à Calcutta… 

 

07.12 - JEUDI, RANGON

Aéroport de Rangon. Une dizaine d’heures à attendre. Des musiques de Noël tournent en boucle, me rappelant vaguement quelle période nous sommes; je n’ai plus aucune notion des jours de la semaine, ou de la saison; décembre ne veut plus rien dire pour moi. Mon quotidien se vit au jour le jour, rythmé par des durées de visa, et un soleil omniprésent. 

Je suis arrivé ce matin à 5h au terminal de bus. Une nuit confortable en bus, une des meilleure. Sièges inclinables, bonne couverture, nous n’étions que 4 dans le bus. Et la gentillesse du personnel, gentillesse gratuite et désintéressée qui désormais a fait son chemin et me touche au coeur à chaque fois… Somnolant, bercé par les roulements du bus, cela faisait longtemps que je n’avais pas aussi bien dormi, malgré l’habituel arrêt de 30min à 2h du matin… Il n’y a rien à dire, j’ai un faible pour ce moyen de transport; regarder les paysages défiler lentement, confortablement assis… Sans doute une influence des longs voyages en bus-camping de mon enfance… 

Le terminal est à 2km de l’aéroport, et à plus d’une heure du centre ville, peut-être deux selon la circulation. Pas la peine de passer la journée en ville, je patienterai à l’aéroport. Prendre un café et patienter… L’occasion d’écrire, de trier mes photos, de refaire mon sac. 

Je quitterai Rangon les larmes aux yeux. Non pas à regret comme l’Amérique du Sud, mais parce qu’un couple d’Italiens fait un scandale au check-in, à coup de demandes ridicules, menaçant le personnel. Et voir ces jeunes birmans, faisant de leur mieux, n’osant pas monter le ton pour se défendre, se faire ainsi maltraiter. Je suis triste pour ce peuple qui ne mérite pas ça, de ces gens qui voyagent sans chercher à s’adapter, à comprendre, qui piétinent sur leur passage la plus grande richesse de ce pays: la gentillesse de son peuple…

Octobre.

Allée des Baobabs - Morondava, Madagascar.


Antananarivo. 

Lundi 02 octobre, Sao Paulo

Retrouver une nouvelle fois l'aéroport de Bogota; c’est la troisième fois!
Partir pour Sao Paulo. Avoir un passager brésilien à mon côté, cela fait du bien de les retrouver. Passer ces heures en bonne compagnie, à la brésilienne… 

Arriver au Brésil. Adorer écouter ces Brésiliens, leur façons de parler. Retrouver des souvenirs, au fur et à mesure que j’entends des mots et expressions oubliés. "Ah, meu Deus do Ceo", comme ça fait du bien… Patienter 12h dans l’aéroport, entre cafés, négociations pour payer en dollars et liquider mes reals, sieste sur les sièges des salles d’attentes. Fatigue…
C'est à ce moment que j'apprends qu'une épidémie de peste commence à Madagascar! Il est trop tard pour changer de plan, mais la suite du voyage se fera moins insouciante… 

Prendre mon vol, enfin. Et le Brésil me poursuit: à nouveau, mon voisin est un passager brésilen (une brésilienne en l'occurence, qui rejoint son mari en Australie), et me rappelle pourquoi j’aime ces gens. Le contact est si facile, simple, doux et chaleureux. À nouveau, l'échange est bienvenu, agréable. 

Arriver à Johannesburg. J’ai 2h30 pour faire mon escale, devant là aussi sortir de l'espace de transit, récupérer mes bagages, et faire un nouveau check-in. Nous arriverons en retard; et la douane nous empêche de sortir de l'avion suite à un contrôle. Quatre passagers seront emmenés… Nouveau contrôle à la sortie de l’avion. Et un troisième vers les bagages. Ça devient serré! Alors commence une course-poursuite dans cet aéroport immense pour sortir et entrer à nouveau. Décalage entre mon stresse et la nonchalance africaine, où tout le monde semble avoir le temps ici. Frustrant de ne pas avoir plus de temps, pour une fois que l’aéroport (O-R-Tambo) est immense, rempli de boutique et d'artisanat où passer du temps. J'aime cette ambiance décalée entre Artisanat africain et modernité britannique, ressentant toujours aussi cet air de post-colonisation déjà présent dans l'avion (des passagers blancs, du personnel noir). Monter dans un avion minuscule d'une soixantaine de places, à moitié vide, direction Mada… 

Atterrir à Madagascar. Traverser le tarmac à pied, et arriver à l'aéroport. Quatre personnes font office de contrôle des douanes, vérifiant les passeports à la main, dans une salle vide, avec un seul ordinateur, et les bagages sur le seul tapis roulant à l'arrière. En moins de cinq minutes je serai dehors de l’aéroport. 

Prendre un taxi, et commencer à retrouver l’Afrique, ces couleurs, cette vie mélangée. Discuter avec le chauffeur qui parle quelques mots de français. Arriver à l’auberge. Sortir le soir au restaurant, et manger mon premier zébu, au ravitoto. Discuter de la propagation de la peste, comme on discute de la météo, alors que des rats passe sur la terrasse, à quelques mètres de nous… 

 

Mercredi 04 octobre, Antananarivo

Malade. Pas de fièvre, ce n’est pas la peste. Je suis rassuré; mes compagnons de chambre également. Nous surveillons néanmoins mon état de santé de près. Peut-être le contrecoup des 4 nuits de voyage… Passer la journée au lit. Vomir plusieurs fois… 

 

Vendredi 06 octobre, Antananarivo

Rova - Antananarivo, Madagascar.

Se balader dans la ville, traverser les quartiers populaires. Je réalise combien l’Afrique ne me convient pas. Cette nonchalance "inefficace" m’agace, devoir répéter trois fois « non merci », et avoir des marchands qui continuent malgré tout de me proposer des marchandises, ou pire, restent à côté de moi sans rien faire… Je ne fonctionne pas comme cela. 

Faire la connaissance d'une petite équipe de jeunes qui travaillent ici, Tristant, Jaurène, sortir avec eux au Hub. Y rencontrer la patronne, sa soeur, une serveuse, et sortir tous ensemble, drôle de dreamteam! Jusqu’à 4h, faire la fermeture du bar, puis faire la tournée des clubs, qui ferment tous, et finir au bar d'un hôtel, à 7h, avec au comptoir un futur marié déchiré; finir par un café/croissant à 9h avant de rentrer, dormir… Je suis trop vieux pour ces conneries; mais qu’est-ce que c’était une belle soirée! 

 

Samedi 07 octobre, Antananarivo

Passé la plus grande partie de la journée à dormir. Jusque vers 15h. Puis, réalisant que j’ai perdu mes écouteurs la veille, aller au marché, en ville, près de la gare, faire les différents magasin Hi-Teh (toujours ce contraste entre une extrême pauvreté et des magasins ultra modernes!) à la recherche d’écouteurs, mais surtout de l’ADAPTATEUR lightning-jack nécessaire pour mon iPhone. Comme imaginé, impossible de le trouver, malgré quelques faux espoirs. Dommage, avec les heures de taxi-brousse qui s'annoncent, passant de la zouc en continu, ce n'était vraiment pas le moment idéal pour le perdre! 
Me résoudre à faire un mois sans musique…

 

Dimanche 08 octobre, Antananarivo

Partir à 5h30 pour le "stationnement": la gare routière. Arrivé sur place, mon taxi est assailli par des rabatteurs, une quinzaine de jeunes gars suivent la voiture. Ferme, je trace mon chemin jusqu’à la compagnie que je souhaite prendre, suivi par mes rabatteurs. J’entre dans l’"office", toujours accompagné des rabatteurs, et le vendeur me demande 50’000. Malheureusement pour lui, je connais le prix, et il est affiché derrière lui: 26’000! Je lui fais la remarque, sous les rires de tous les autres, et lui mal à l’aise. Alors que je mange au marché pour 2'000, c'est une petite fortune qu'il essaie de me soutirer. 
Je le paie lui, mais c’est un des rabatteurs qui fait mon billet… Attendre. Plus tard, on vient me chercher, me faisant traverser toute la zone, m’emmenant dans tous les coins, posant mon sac sur le toit d’un bus, et me laissant seul. Je ne la sens pas bien. Je ne connais pas le système, mais cela ne me semble pas normal. Après quelques minutes, je vois sur le bus le nom d’une autre compagnie: Sonatra. Je me suis fait avoir par un rabatteur! Après vérification, mon billet et valable, mais ce n’est pas la compagnie que je souhaitais prendre… Bon. Pas si grave… je suis même peut-être gagnant au final. Nombre d'autres touristes rencontrés plus tard me feront part d'arnaques du même genre, je suis loin d'être le seul… 

Après 3h d’attente, le temps que le bus soit plein, nous partons. Prendre place, et être surpris du confort, avoir une place libre à côté de mois. Dix minutes plus tard mes espoirs s’effondrent, lorsque nous nous arrêtons pour laisser monter un malgache corpulent: aie. Assis désormais sur un demi-siège pour les 8 prochaines heures… Nous parlerons tous les deux, ancien malgache vivant désormais au Canada, très cultivé et critique sur son pays. Il aura le malheur de postillonner tout le long, ce qui n’est pas pour me rassurer alors que nous parlons de l’épidémie de peste qui se propage… Arriver à Fianar dans la soirée, et rejoindre mon hôtel… 


Manakara.

Lundi 09 octobre, Fianarantsoa

Madagascar… Passer son temps à le perdre. Après l’Amérique Latine, le contraste est difficile, dur même. Tourner autour du pot, prendre - perdre - son temps, louvoyer, toutes ces attitudes me crispent. De même, ces mendiants qui me suivent sur plusieurs centaines de mètres malgré mes refus, ou ces vendeurs qui restent à côté de moi plusieurs minutes même après avoir refusé leur vente… 

Je pars visiter la ville. Les regards se portent sur moi sans arrêt; cela me met mal à l’aise. De fait, depuis ce matin, je suis le seul blanc, et il me faudra attendre plusieurs heures avant de voir un autre groupe de touristes avec leur guide. Calcul fait, nous sommes en moyenne 1000 touristes par jour à Madagascar, qui fait à peu près la taille de l’Italie! Sachant qu’ils se concentrent sur les zones balnéaires, que nous sommes hors saison, et qu’il y a près de 35%-85% d’annulations à cause de la peste en ce moment, il ne reste plus beaucoup de blancs (Vazaaa!) dans les terres… 

Hauteville - Fianarantsoa, Madagascar.

Hauteville - Fianarantsoa, Madagascar.

Partir pour Hauteville, partie historique de la ville, et enfin sentir cette satisfaction, retrouver de la beauté, de l'histoire, qui redonne un peu de sens à ce que je suis venu chercher ici. Ce paysage, ces couleurs incroyables… 

Et dès la nuit tombée, ces rues complètement noires, devoir prendre des cyclo-pousses pour à peine 400 mètres, et sortir avec rien dans les poches sinon de quoi payer sa soirée. Ne pas aimer ce sentiment, de devoir vivre dans des endroits préservés, à l’abri du monde extérieur, dans des maisons clôturées. Comprendre cette vie post-coloniale, mais ne pas vouloir m’y plier. Et pourtant, cela semble la seule issue…
À aucun moment durant mon séjour je ne sentirais de violence à mon égard. Bien au contraire! Pourtant les histoires sont nombreuses, les avertissements également… 

 

Mardi 10 octobre, Fianarantsoa

Petit déjeuner à l’aurore, faire mon sac et partir pour la gare, y être à 6h30. Déjà, la gare est en ébullition. Je traverse le hall et les différents stands de vendeurs, esquive les rabatteurs, et monte directement dans le train. Le jour n’est pas encore levé, le ciel est gris, brumeux. Dans cette ambiance propice à la méditation, regardant par la fenêtre de ce train arrêté, je me met à penser à la Suisse, et réalise que je commence à vouloir rentrer… 

Puis je suis interpellé par les noms des stations inscrites sur la tablette. Je m’amuse de voir que les noms des villages malgaches sont familiers de nos villes suisses. Avant de réaliser qu’ils sont définitivement VRAIMENT trop familiers! « Yverdon les bains, St-Croix… », c’est un wagon suisse, du nord vaudois! Je profite alors de faire le tour du wagon, et différent panneaux d’informations, adresse mail viennent confirmer ceci. Se retrouver dans un train suisse à Madagascar! 

Puis, voyant une affiche expliquant qu’il ne faut pas mettre les pieds sur les sièges, éclater de rire! Ironie de cette affiche complètement décalée à Madagascar! Et soudain, ne plus du tout avoir envie de rentrer. La suissitude carrée, coincée dirais-je même, attendra encore un peu. Je ne suis pas si pressé de la retrouver. Allons se perdre encore un peu sur les chemins du monde… 

FCE (Fianar-Manakara) - Fianarantsoa, Madagascar.

FCE (Fianar-Manakara) - Fianarantsoa, Madagascar.

FCE (Fianar-Manakara) - Fianarantsoa, Madagascar.

FCE (Fianar-Manakara) - Fianarantsoa, Madagascar.

FCE (Fianar-Manakara) - Fianarantsoa, Madagascar.

FCE (Fianar-Manakara) - Fianarantsoa, Madagascar.

La locomotive se met en marche, chacun remonte, sans vraiment trop s’inquiéter: nous ne dépasserons guère les 15 à 20km/h lors de nos pointes de vitesse. Nous sommes parti pour un trajet devant durer entre 12h-24h selon les pannes que nous rencontrerons, alors s’installe une routine d’admirer ces différents paysages, de saluer les gens qui nous regarde au bord, de prendre des photos, s’arrêtant régulièrement dans des gares ou vendeur nous proposent les spécialité de leur village, galettes de riz, miel, fruits, crustacés, poissons, les enfants demandent des bonbons, se battent pour des bouteilles d’eau vides, se moquent de nous, rigolent, veulent être pris en photo, nous profitant de se dégourdir les jambes. 

Le brouhaha constant de la ferraille, l’odeur du diesel qui emplit le wagon rendront le voyage, à défaut d’être éprouvant, du moins inconfortable. Et à nouveau cette ségrégation, des wagons presque exclusivement rempli de blancs, et d'autres réservés aux locaux… Nous arriverons finalement sans encombres, vers 22h, à Manakara. À peine sorti du wagon que nous sommes assaillis de taxi-brousses et rabatteurs pour les hôtel. Faire mon chemin à travers la foule, et commencer à marcher dans la nuit. Je serai un peu plus tard accosté par un guide, qui m’accompagnera en chemin. Sympathique, je finirais par accepter de préparer l’excursion du lendemain avec lui, un autre couple français nous rejoignant. 

 

Mercredi 11 octobre, Manakara

8h30: Direction le canal de Pangala et premières "arnaques". Notre guide nous avait dit que le prix était «tout compris» nous demande de payer les pousse-pousse. Il oubliera au même moment les sacs de nourriture prévu pour midi… 

Puis arriver au vieux port, abandonné, et voir le pont cassé, qui relirait les deux partie de la ville, le centre et la presqu'île: et dire qu’il a fallu 4 mois pour construire un nouveau pont temporaire -définitif-, empêchant tout transport de voitures et autres matériel durant tout ce temps sur leurs parties respectives. 

Vieux Port, Canal des Pangalanes - Manakara, Madagascar.

Vieux Port, Canal des Pangalanes - Manakara, Madagascar.

Vieux Port, Canal des Pangalanes - Manakara, Madagascar.

Pont Cassé, Canal des Pangalanes - Manakara, Madagascar.

Les couleurs sont incroyables, la lumière, c’et sans doute le plus frappant pour moisi à Mada. En pirogue, voir cette eau turquoise, parfois bleue, parfois verte, parfois transparente, ce ciel, ces terres rouges, et ces verts, ponctués des couleurs vives des malgaches. 

S’arrêter sur la plage de l’océan indien à midi, et manger une langouste, des poissons péchés le matin, et des bananes caramélisées pour le dessert, notre pauvre guide étant retourné acheter le nécessaire entre temps… 

Avant de repartir, nous dire qu’à cause du vent, nous devons laisser les pirogues, et prendre un autre pousse-pousse… à repayer! Mouais… 

Arriver à l’hôtel, et après cette somme tout belle journée, se reposer un peu, et voir alors le premier, puis plus tard le deuxième autre pousse-pousse du matin, qui nous ont finalement attendus pour rien, venir demander compensation… re-mouais… Des explications s'imposeront. 

Passer à la banque, et se retrouver avec deux liasse de 90 billets… 

Puis manger avec mes deux compatriotes français dans un restaurant local, excellent! Porc caramélisé, brochettes… Pour aller aux toilettes, traverser les cuisines, vastes chambres enfumées qui me rappellent le fumoir et la ferme de mes grands-parents, et trouver un maigre siège WC, avec des sauts, et quelques cafards et grenouille pour nous tenir compagnie… 

 

Mercredi 11 octobre, Manakara

Place du marché - Manakara, Madagascar.

Manakara. Ces ambiances. Ces toilettes glauques, avec des sauts fautes aux coupures d’eau, et ces néons. Réaliser combien se balader en short ou en jeans change tout: je passe du touriste à arnaquer à l’expat installé, et les choses sont plus tranquille, simplement en mettant une chemise et un vieux jeans. Se balader au marché, aller réserver ma place pour le taxi-brousse le lendemain… Et toujours, voir ces français, vieux pour la plupart, bedonnants, et loin de toute finesse, qui viennent ici… Mada les a-t-il rendu ainsi, où est-ce parce qu’ils sont comme cela qu’ils viennent à Mada?… 

 

Vendredi 13 octobre, Manakara

Partir pour le Stationnement. À nouveau, mon cyclo-pousse qui m’attendais me demande un tarifs de 15’000. Je sais que le trajet en vaux à peine 3’000, je le négocierais à 8’000 avec peine, avec à l’arrivée des demande de cadeau en plus. Je n’aime pas cette attitude toujours demandante, et cette recherche de l’arnaque extrême, même si cela représente pour moi de petite sommes. 

Arrivé sur place à 10h, nous partirons à 12h. Le temps de voir de pauvres poules chargées sur le toit, et d’autres, que les gens tiennes à la mains en bouquet, les pattes attachées et la tête en bas, et qui finiront dans un sac en plastique, toujours dans la même position. C’est la première fois de ma vie que je reconnaîtrait des cris de détresse chez une poule. Cela me vrie le coeur… Gandhi disait qu’on reconnait la sagesse d’un peuple à la façon dont il traite ses animaux, mais il oubliait de préciser de ramener cela à une échelle commune, celle de la comparaison à l'Humain. Car eux aussi sont entassés: pas moins de 30 dans un minibus, assis à cinq sur des rangées de 4 sièges, pour une douzaine d’heures de route, entrecoupées par une quinzaines de minutes de pause en tout et pour tout. 

Stationnement - Manakara, Madagascar.

Redoutant le pire, je serai surpris en bien en prenant ma place. Mais comme à chaque fois depuis que je suis arrivé, ces faux espoirs ne dureront pas: Une demi-heure après être partis, la femme à côté de moi, souffrant de mal du voyage, commencera à vomir, toutes les 15min, ne s’arrêtant pas. 12 heures de voyages - minimum - nous attendent… 

Après deux heures de voyage, épuisée, elle s’appuie sur moi. Immédiatement les vomissements s’arrêtent. Je sens alors de mon côté un malaise commencer à poindre. Entre elle sur ma gauche et mon voisin de droite qui prend ses aises (si nous en avions!), je sens mon espace vital mis à mal. Réaction émotionnelle, je me sens enfermé, et le malaise augmente avec le temps. Je demande à ma voisine de reprendre sa place, et elle recommence immédiatement à vomir. Soit. Elle se réinstalle sur mon épaule, et mon malaise revient. Intellectuellement, je sais qu’il n’y a rien à faire: soit la faire vomir pour les dix prochaines heures, ou souffrir de mon manque d’espace. Soit elle, soit moi. Guère le choix. Je sais intellectuellement que je ne risque rien, c’est la proximité africaine, mais mon besoin d’espace me manque, mis à mal par ces derniers jours où je n’ai pu être tranquille, avoir un espace pour me ressourcer. 

Quelques heures plus tard, tiraillé entre mon mental et mon émotionnel, je commence à mon tour à vomir. C’est psychosomatique, je n’en ai aucun doute, mais la réaction est violente, et en dit long. Je savais que Mada serait confrontant pour moi, mais pas à ce point. Je renonce à lutter, mon corps ne pourrait être plus clair. Il faudra adapter la suite du voyage. Je passerai les deux heures suivantes à vomir à mon tour, sous les moqueries des autres passagers. Et si le voyage est éprouvant pour nous, glissant à chaque virage ou accélération, je ne peux détourner mes pensées des pauvres poules sur le toit et dans le coffre… 

La nuit tombant, nous nous arrêtons pour regrouper les taxi-brousse, et faire un convois. Dernièrement, de nombreuses attaques ont eu lieu par les "voleurs de Zébus", qui bloque les routes et pilles les taxi-brousses. Ceux-ci ont dorénavant l’obligation de circuler en convois de nuit, parfois même escortés par des militaires. Durant l’arrêt, un jeune m’achète un sac en plastique pour pouvoir vomir, et un autre passager m’aide à négocier avec le chauffeur: arriver à Antaravie vers 22h est dangereux, il va donc me déposer directement à l’hôtel. Mada: mélange d’arnaque, d’hypocrisie, et de grande gentillesse… 

Arrivé Chez Billy, mon hôtel. Rustique, ambiance super chaleureuse, décalée, et sombrer dans le sommeil… 


Tsiribihina. 

Samedi 14 octobre, Antsirabe

À peine le temps de boire mon café que je suis accosté par un guide. Aigre doux: doux, car son tour colle parfaitement à mes projets, mieux que je ne l’espérais, et moins cher! Aigre, car il est impossible de vérifier sa fiabilité, son expérience, malgré la journée passée à chercher des infos (office du tourisme fermé, on est samedi, info et internet inexistant), sachant que je m’embarque pour une excursion de 7 jours. Et qu’il y a trois semaines, une attaque a eu lieu sur ce trajet, laissant un couple de touristes pillés, en sous-vêtements, sans passeports, devant redescendre la rivière sur une journée entière… 

Après mures réflexions, je décide de m’inscrire, mon instinct me disant de lui faire confiance. L’avenir me dira si j’ai eu raison… 

Chez Billy - Antsirabe, Madagascar.

Et cet hôtel, entendre les charrettes qui passent dans la rue, les couples en pleine scène lorsque l’homme rentrera à 5h du matin, les couples qui baisent à 5h de l’après-midi… 

Un jus pomme-concombre dans l’après midi, et le soir, manger « Chez Jenny », des mignons de Zébu au foie gras. À nouveau, un endroit parfait, mais rempli exclusivement de blancs riches, à l’exception de deux familles noires, visiblement très aisées… 

 

Dimanche 15 octobre, Antsirabe

Anstsirabe. Sur la terrasse de mon hôtel. Une bière. Voilà quelques jours que je n’ai pas écris. Et pour cause. Autant l’Amérique du Sud me coulait dans la peau, autant l’Afrique m’est difficile… L'arnaque est omniprésente en tant que blanc, nombre de lieux sont inaccessibles sans transport privé, et se déplacer prend beaucoup de temps. Alors j’en profite pour me détendre, passer des journées dans ma chambre d’hôtel, à dessiner, à travailler mes images, à laisser place à la créativité, et au lien de lutter, je me plie à ce tourisme colonial, où l’on passe de lieu protégé en lieu protégé, où l’on ne fait que peu de choses par soi-même mais où l’on dépend de guides. Difficile de "backpacker" à Madagascar, c’est un tourisme de 4x4, où des couples plus ou moins âgés, ou des tours organisés, sillonnent l’île dans leur 4x4 neufs et leur chauffeur noir. 

Hôtel des Termes - Antsirabe, Madagascar.

Néanmoins Antsirabe est déjà plus calme. Plus de blancs, je passe plus facilement inaperçu, je suis moins sollicité. Je peux me balader au marché, en ville. 

Retirer de l’argent pour payer le tour, des millions d’ariary, en billets de 5’000 et 10’000! Je me retrouve avec des liasses de billets… 

 

Mardi 17 octobre, Antsirabe

Un taxi-brousse réservé à notre occasion nous attends devant l’hôtel. S’installer plus que confortablement, et prendre la route, fenêtres ouvertes, admirant les paysages. Ce mélange de couleurs incroyables, le bleu du ciel, le rouge de la terre et le vert de la végétation. Voir nombre de ces feux de brousse qui ruinent le pays… Voir mes premières termitières africaines, immense monticule de terre, et seuls vestiges qui restent sur ces terres brûlées… 

Sur la route de Miandrivazo - Antsirabe, Madagascar.

Plus loin, s’arrêter pour voir des chercheurs d’or, qui à l’aide d’une simple assiette récolte les paillettes d’or de la rivière. Arriver en fin d’après-midi à notre hôtel, patienter un moment avant d’arriver à faire vaguement fonctionner l’eau, et boire une bière méritée avec une vue magnifique sur la plaine qui s’étend et la rivière au loin, au soleil couchant. Aller se balader jusqu’à la rivière, et y arriver quelques minutes avant la tombée de la nuit. Voir alors ces femmes et ses hommes se baigner nus, profitant de l’obscurité arrivant pour se laver: pouvoir se voir, mais ne pas être vu. 

Mahajilo - Miandrivazo, Madagascar.

 

Mercredi 18 octobre, Miandrivazo

Se lever tôt, départ à 6h30, jusqu’à l’embarcadère des pirogues: un simple banc sableux ou les pirogues attendent… S’installer sur ce maigre bout de bois de 70cm de large et quelques mètres de longs, nos sacs nous servant de dossiers, où nous resterons les 3 jours suivants, avec notre guide et nos 4 piroguiers, une assiette de viande achetée le matin, qui dore au soleil et sous les mouches, et Hay hay, poulet aux pattes liées, viande fraîche assurée pour notre derniers jours. 

Tsiribihina - Tsiribihina, Madagascar.

Très vite, c’est le calme qui s’impose, le silence et la descente, lente, sans courant, sans vent, sous un soleil de plomb, au seul bruit des rames qui plongent dans l’eau régulièrement. Les couleurs incroyables m’émerveillent, si contrastées, sous une lumière si intense, et un soleil de midi si fort et haut qu’il efface toute ombre… Un visuel incroyable… Le rythme continue, lent, au rythme des bras de la rivière, et des bancs de sables qui nous obligent parfois à pousser notre embarcation, faute de fond: l’eau est rarement profonde, le plus souvent à peine à quelques dizaines de centimètres. Gilbert - notre guide -, nous cuisinera des légumes sautés sur la pirogue, et même un café, à l’aide d’un petit réchaud au charbon! S’arrêter sur une berge, sous un manguier immense, et y voir un iguane de 60cm, et un caméléon, que des piroguiers attraperons et lanceront sans remords à l’eau afin de nous montrer qu’il sait nager. Impressionnant de le voir nager par à coups, lentement, tout en flottant, jusqu’à la rive. Et faute au froid ou à la peur, le voir accoster finalement, plus blanc qu’auparavant… Et reprendre notre rythme de voyageurs immobiles, rythmé par les prises de photos, l’étalage de crème solaire, les encas de mangues (nous sommes en pleine saison!), bananes… fourni par notre guide au petits soins. Surprise, voir des lémuriens, ainsi que deux crocodiles qui dorent au soleil de la fin d’après-midi sur les berges. Arriver au campement le soir, un banc de sable où déjà sont arrivés une équipe avec un bateau à moteur. Installer le campement, mais le vent violent nous empêche d’installer les tentes: nous n’avons pas de sardines…! L’autre équipe dormira directement sur le bateau, par sécurité, le bruit courant qu’un meurtre a eu lieu dans la région… Pas des plus rassurés, nous monterons nos deux tentes, mangerons la viande qui a passé une dizaine d’heure en plein soleil, rejoindre un petit feu en admirant les danses et chants africains, et aller se coucher pour la nuit. 

 

Jeudi 19 octobre, Tsiribihina

Le lendemain matin. Réveil à 5h, traverser la rivière et prendre la direction d’une cascade d’eau fraîche, où nous sommes accueilli par une famille de lémuriens venu s’abreuver. Admirer ces couleurs incroyables, l’eau bleu, les algues blancs, et c’est l’occasion de se laver après cette journée d’hier passée à transpirer, et lavé à l’eau brune de la Tsiribihina. 

Lorsque nous partons, une équipe arrive, avec caméra, appareil photo: c’est le ministre de l’éducation en vacances, que nous auront l’occasion d’admirer, en caleçon, avancer dans la marre glissante à quatre pattes… 

Tsiribihina - Tsiribihina, Madagascar.

Puis reprendre la pirogue pour la journée, dans ce rythme lent, de soleil de plomb, et des caquetements de Hayahay. S’arrêter plus loin pour visiter un village de pêcheurs, ou les enfants nous accueillent en nous prenant les mains - soit, l’appareil photo devra rester dans son sac -, et nous emmènent visiter. Ici les choses s’éclaircirons, c’est dans ce village que la veille, un homme a tué son coiffeur par balle, avant de lui-même se faire tuer par la gendarmerie. 

Reprendre la pirogue… S’arrêter pour manger sur la berge, à l’abris de quelques arbres sur lesquels des iguanes nous regardent d’un oeil tranquille. Surprise soudain de voir un serpent à quelques dizaine de centimètre de nous, et un deuxième. Nous avons une chance incroyable de voir tant d’animaux! 

Tsiribihina - Tsiribihina, Madagascar.

Nos guides creusent un trou dans le sable à 20cm du bord, et y puise l’eau de la rivière ainsi filtrée par le sable pour cuisiner, eux-même la buvant directement lors de la descente. Cette eau brunâtre dans laquelle tous les déchets environnants finissent… 

Dans la descente, découvrir nos premiers baobabs! Vers 18h s’arrêter, sous un baobab, magnifique et majestueux, au soleil couchant, et camper. Entendre une dernière fois Hayhay avant de l’entendre couiner lorsqu’on lui tardera le coup, avant de le retrouver quelques minutes plus tard dans nos assiettes… 

 

Vendredi 20 octobre, Tsiribihina

Tsiribihina - Tsiribihina, Madagascar.

Réveil à 5h30 toujours. Voir le soleil se lever sur notre baobab, et reprendre la pirogue. Manger des mangues fraîches comme des pommes, mordant dedans, juteuses et incroyables, avant d’atteindre notre destination, ou nous patienterons sous un arbre en jouant aux morpions avec des enfants… 

Puis charger nos affaires dans une charrette à Zébu, et marcher 4km, traversant des champs de rizières, bordés d’enfants, de travailleurs qui dorment à l’ombre des arbres, de femmes, de gens qui se lavent dans les canaux… 

Rejoindre nos 4x4, et s’installer, roulant sur de la piste, bien accrochés, secoués dans tous les sens. Prendre un Ferry - plateforme assemblée sur deux barques - au coucher du soleil, magnifique moment. En chemin, perdre un moteur, admirer une pirogue qui traverse la rivière tirée par des zébus se renverser, marchandise et passagers à l’eau, nageant pour rejoindre la rive. Arriver enfin à Belo-sur-Tsiribine, passer la nuit dans un hôtel… 

Tsiribihina - Tsiribihina, Madagascar.

Samedi 21 octobre, Tsiribihina

Départ tardif, vers 9h. La piste est « bumpy », à l’arrière du 4x4, les mains accrochées à la poignée et la tête à la fenêtre, profitant de l’air. Un nouveau ferry, plus petit. Nous nous enfonçons dans la rivière avec la jeep, le ferry ne pouvant rejoindre le bord, de l’eau au niveau du bas de caisse. Au moment de monter sur les rails accédant sur le pont du ferry, la porte arrière s’ouvre, laissant différents matériels, bouteilles d’eau et nos tentes s’éparpiller dans le fleuve. Le temps de tout récupérer, de faire sécher les tentes sur le toit de la voiture, et repartir. 

Nous nous arrêtons à Bekopaka un peu après midi. Nous attends le repas, cuisiné par une villageoise, à l’aide de deux petits feux de bois et quelques casseroles. Incroyable ce qu’elle arrive à faire avec rien. Sur la table, du poisson grillé, qu’une petite centaine de mouches squattent, régulièrement chassées d’un coup de main par notre hôte. Repenser à ce poisson vu au marché, déjà couvert de nuages de mouches également, passant la journée au soleil en attendant d’être acheté… 

La route a été difficile, impossible de manger. Avoir le mal de mer sur terre, le comble! Se sentir comme une femme enceinte, l’estomac remonté suites aux cahins de la piste. Le manque d’air, les secousses et la chaleur ont eu raison de mon appétit. Se forcer à manger un peu, mais sentir que c’est critique. Quelques minutes plus tard, me diriger vers l’arrière cours et vomir. 

Reprendre la route et quelques minutes plus tard arriver à notre hôtel. Y installer ma tente, les autres prenant un Bungalow, et profiter de notre après-midi. Faire une petite sieste dans un hamac, se reposer, prendre une bonne douche bienvenue! 

Caméléon - Bekopaka, Madagascar.

Se balader dans le parc, y voir un caméléon borgne changer de couleur, planter un baobab dans la pépinière, et admirer toute cette flore incroyable, mélange d’arbre, cactus et autres plantes. 

Le soir, retourner manger chez notre hôte, cette fois-ci avec plus d’appétit. Nous avons chacun un poisson chat entier nous attendant! Délicieux… 

 

Dimanche 22 octobre, Bekopaka

Partir pour les fameux Tsingy. Rendez-vous pour le départ avec le guide à 7h, petit déjeuner rapide et prendre la route - la piste devrais-je dire - avec les jeeps. Durant le trajet, notre guide nous raconte une anecdote concernant son oncle, attaqué par un crocodile dans la région dans se jeunesse. À l’africaine, remplie de circonvolutions à chaque occasion, lentement, l’histoire durera plus de 45minutes, rebondissant à chaque nouveau détail. Le paysage nous montre cette forêt desséchée, Le brun des troncs se mélangeant à celui de la terre. Mais à la saison des pluie, tout ceci redeviendra pour un tant vert et luxuriant! 

Tsingy - Bekopaka, Madagascar.

À peine arrivés, nous sommes accueilli par une mangouste qui dore au soleil, et quelques mètres plus loin, par un groupe de lémuriens; comme depuis le début de notre parcours, nous continuons d’avoir une chance incroyable, même notre guide en sera surpris! 

Durant la journée, d’autres lémuriens, que nous pourrons approcher de très près, milles pattes, oiseaux, viendront compléter le tableau. 

Après une brève marche sous les arbres, nous entamons l’escalade de ces fameuses formations rocheuses, coupantes comme des rasoirs, sous un soleil de plomb. Arrivés au sommet, la vue est à couper le souffle, ces monuments s’étendent à perte de vue. Si nous n’en voyons qu’une toute petite partie, plus de 200km s’étendent ainsi, impossible à visiter faute d’accès. 

Tsingy - Bekopaka, Madagascar.

Tsingy - Bekopaka, Madagascar.

Tsingy - Bekopaka, Madagascar.

Tsingy - Bekopaka, Madagascar.

Nous continuons à marcher au sommet des Tsingys, recherchant avidement la moindre zone d’ombre que l’on peut trouver dans ce décors surréaliste. Puis, après une heure de marche, nous descendons plus de 60 mètres plus bas, aux pieds de ces formations, dans les grottes et cavités formées par ces roches et l’érosion, ou toujours surréaliste se mélange roches, racines des arbres recherchant l’humidité, et cimetières de coquille d’escargots par millier, ramenée par les pluies. 

Avancer lentement dans ces passages très étroits, incroyables, se faufilant, profitant autant que possible de cette fraîcheur bienvenue, alors que le soleil dehors doit nous réserver une température proche des 40°C. 

À nouveau après environs une heure ainsi, nous ressortons dans la forêt bordant les Tsingys, luxuriante, ombragée, nous permettant d’admirer le début -ou la fin - des formations depuis la terre. Décors digne d’Indiana Jones, où se mélange végétation luxuriantes, roches, grottes, racines et mousses. 

Puis, reprendre la route, au rythme des cahots, des Klaxons, des coups de freinage, et arriver vers les bungalows en fin d’après-midi. Le temps de prendre une douche, où des dytiques nagent dans les lavabos, à côté de mantes religieuses, et de différents batraciens qui occupent les toilettes. 

Le repas n’étant pas près à l’heure où nous arrivons, nous retournerons boire un coca tiède chez Narcisse, notre guide du jour, discuter de la situation de Madagascar et des raisons qui poussent à cette pauvreté. 

Traverser cette ville de nuit, et à nouveau réalisé combien la nuit est noire, aucune lumière n’éclairant les rues, deviner les ombres qui vous passent à côté, une ambiance particulière… 

 

Lundi 23 octobre, Bekopaka

Partir le mantin, pour plus e 8h de piste, jusqu’à Belo-sur-Tsiribihine, puis Morondava. Traverser ces petits villages, ces enfants qui bordent les routes, ces contrôles, paysages nommés « poste de contrôle des ristournes ». 

Arriver à Belo sur Tsiribihine, tous les blancs en 4x4 s’arrêtant ici. Ce colonialisme, toujours, les blancs restant entre eux, dans leur circuits protégés… 

Sur la route de Morondava - Bekopaka, Madagascar.

Repartir et, au premier bac, constater que les eaux sont montées: il a plu sur les hauts-plateaux. Les passeurs profitent de faire flamber les prix, source de diverses disputes (et allongement de monnaie), alors même que les jeeps parcourent la distance supplémentaire par elles-même, l’eau jusqu’au moteur, le bac n’ayant pas assez de profondeur pour avancer… 

Au deuxième bac, l’organisation à l’africaine, alors même qu’il y avait moyen de faire beaucoup plus simple. Trop simple peut-être… 

Reprendre la route. Rouler sur la piste, avec des points de vitesse à plus de 80km/h j’imagine -le compteur de la voiture ne fonctionne pas. Manquer de shooter un veau que des enfants promènent, nous passerons à 5cm du choc. Notre chauffeur sortira alors engueuler les enfants, car ici règne la loi du plus fort (du plus riche?), la route appartient à la jeep! 

Sur la route de Morondava - Bekopaka, Madagascar.

S’arrêter au Baobab sacré, monstre de plusieurs dizaines de mètres, de plusieurs mètres de diamètres, que l’on approche respectueusement à pieds nus. Plus tard, le baobab amoureux, deux troncs s’enroulant l’un sur l’autre… 

La piste toujours, et le soleil se couchant, notre chauffeur regarde l’horaire au soleil, pour ne pas manquer le coucher de soleil sur l’allée des baobabs, que nous atteignons quelques minutes plus tard. Endroit magique… 

Allée des Baobabs - Bekopaka, Madagascar.

Arriver à Morondova de nuit, quitter Gilbert et le chauffeur, se reposer, prendre une douche attendue avant que l’électricité ne se coupe… 


MORONDAVA. 

Morondava - Morondava, Madagascar.

Mardi 24 octobre, Morondava

Face à la plage. Une bière fraîche. 

Morandava. La ville semble plus riche, clairement. Pour la première fois depuis que je suis arrivé à Madagascar je peux me balader dans les rues sans être assailli par des « Vaza, vaza! », appellation réservée aux blancs, qui traduit littéralement signifie pirate, étranger. 

Ce matin, réveil vers 5h, la chaleur est déjà suffocante, et le ventilateur éteint: Morondava semble rythmée par les coupures d’électricité. Continuer de découvrir cette vie si étrange, ces deux sociétés qui vivent en parallèle sans se mélanger, les noirs, et les blancs, qui ne peuvent sortir la nuit, ni même difficilement se lier aux malgaches, et vivent d’endroits protégés en endroits protégés… 

Faire mes au-revoir aux autres membres du groupe qui repartent avec un guide le lendemain… 

 

Mercredi 25 octobre, Morondava

Je fatigue. Par ce qui ne fonctionne pas, ces coupures de courant qui rendent impossible de faire quoi que ce soit, d’avoir un peu de planification. Et ce monde colonial, ces touristes en tour-organisé, et ces blancs: français, tous la soixantaine passée, au bras de jeunes malgaches… À midi, manger dans une gargote, du crabes, au son de musique folklorique française des années 60; Claude François, Johny… et se couper les doigts à essayer de briser cette carapace… La peste commence à devenir inquiétante, plus de 1000 cas et plus d'une centaine de morts, et même si j’apprécie d’être venu, je me réjouis néanmoins de repartir. Retrouver un minimum de confort, développer des projets, une vie qui commence à me manquer. 

Morondava - Morondava, Madagascar.

Le soir, à nouveau, manger dans un restaurant soigné, où je suis le seul, boire ma caipirihna, et manger mes brochettes de zébu au miel et gingembre. Prendre un autre verre. Plus tard, d’autres touristes me rejoindrons, alors que l’électricité se fera absente, laissant place à quelques lumières discrètes et au ronflement des générateurs de secours. 

Rejoindre les filles, trois suissesses qui travaillent ici, rencontrées en chemin, et aligner les verres chez «Jean le Rasta», au son d’une jam et du rhum jusqu’à 2h du matin… 

 

Jeudi 26 octobre, Morondava

Réveil difficile. Malade? Gueule de bois? Le rhum d’hier soir était-il de mauvaise qualité? Ou est-ce une réaction aux anti-paludéens? Que sais-je… Mais mon esprit est rempli de rêves glauques, la peur de la peste continue de rôder.. Aujourd’hui, un français est mort à Tanatave, enterré dans une fosse commune. Je ne souhaite pas finir ainsi… Et partout où je vais, ces femmes au visage grimé de cette pâtes blanche les protégeant du soleil me dévisagent, me donnant l’impression que la mort continue de m’observer, de me suivre, à chaque fois que l’un de ces visage se tourne vers moi. 

Aller au marché, acheter quelques bananes, des biscuit, et coca, ne pas se laisser aller. Et là, sur le trottoir, au milieu des fruits, un requin marteau traine au soleil… 

Morondava - Morondava, Madagascar.

L’après-midi, aller profiter de la plage, se baigner, et admirer ces magnifiques couleurs qui emplissent le ciel au coucher du soleil… 

Manger dans un restaurant chic, et toujours ces contrastes, ces lumières tamisées, ce calme, de quelques touristes blancs, de serveurs noirs, dans un calme et un presque silence, manger des camarones, dans ce petit paradis protégé, avant de se retrouver dans la rue, et cette réalité si différente, marcher dans ces rues noires, sans lumière, avec de temps en temps, une ampoules qui semble alors briser la nuit à elle seule, éblouissante! 

 

Vendredi 27 octobre, Morondava

Déjeuner face à l’océan, et boire un jus de Baobab. Regarder ces pirogues qui partent en pleine mer, avec des voiles rapiécées, trouées, de vrai patchwork. Le bruit des vagues, le vent… Et toujours, ce sentiment étrange, de moiteur, de lourdeur. Sentir mon esprit s’engluer dans la moiteur ambiante, dans la chaleur. Une fatigue omniprésente, une nostalgie ou une tristesse lancinante. Même mon corps devient nauséeux… Je ne sais l’expliquer, mais l’Afrique a décidément une influence étrange sur moi… Alors vivre ici, et se sentir à part, rester le blanc colonial, le « vaza », rester de passage, comme un mirage… 

Et partout où je vais, je suis désormais connu comme «Rastaman», le blanc qui s’est fait faire des tresses plaquées. Je ne sais pas qui ils sont, mais tous connaissent mon nom, savent où je loge, mon histoire… 

Aller réserver mon billet de taxi-brousse pour mon retour à Tana prévu dans quelques jours: arriver au bureau, et réveiller le vendeur, endormi sur son ordinateur. Une des nombreuses coupure d’électricité - le délestage comme on l’appelle ici - privant le quartier d’énergie, il m’annonce les yeux encore mi-clos qu’il va démarrer le générateur afin de pouvoir allumer l'ordinateur. Quelques minutes plus tard ma place est réservée, avec la perspective d’une douzaines d’heures de route inconfortables, dans le meilleur des cas… 

Puis rejoindre les trois suissesses rencontrées sur la route, en stage ici, qui m’attendent pour me faire visiter l’hôpital de Morondava, en compagnie du Dr. Michel, jeune médecin du nord, installé ici. 

Hôpital de Morondava (Radiologie)- Morondava, Madagascar.

Parcourir les différentes unités de cet hôpital fondé dans la période coloniale, dans les années 50’. Et comme à chaque fois la vétusté, le manque, la pauvreté, règnent en maître partout. On réutilise le même matériel, plus ou moins stérile, on économise le fil de suture, les compresses, les gants… Et les histoires abondent, tristes pour la plupart, mais que l’on raconte avec un air détaché, rigolant même parfois, pour les rendre plus légères: des deux décès du jour, un nouveau-né d’à peine un mois, et un coma éthylique. Ou cet enfant d’une dizaine d’années, à qui l’on aura arraché la lèvre inférieure avec les dents lors d’une bagarre. Recousu, il aura désormais une toute petite bouche… De ce rapport différent à la douleur, où personne ne se plaint. Les filles me racontent comment elles recousent des plaies à vif, ou comment un accouchement se fait dans le silence total, la femme n’exprimant aucun signe de douleur. Et de ces blessures - attaque à la machette, blessure par balle… - qui témoignent d’une réalité que je ne vois pas, mais qui confirme que Madagascar porte en elle une réalité de violence… Ou de ces voleurs tabassés par la justice populaire - de peur que la police ne se laisse acheter et ne lui rende leur liberté - que l’on conduira aux urgences leur payant leurs soins… Et le manque, toujours. De ces femmes qui, pliées de douleurs par une appendicite, doivent attendre que la famille amène de l’argent avant de recevoir des premiers soins, l’hôpital n’ayant pas d’argent pour acheter les anti-douleurs en avance. Ou de ce voleur, blessé par balle, qui se vide de sont sang dans les urgences faute d’argent, et qui finira par mourir de cette hémorragie… Autant d'histoires, de réalités… 

Hôpital de Morondava (Bloc opératoire) - Morondava, Madagascar.

Hôpital de Morondava (Pédiatrie) - Morondava, Madagascar.

Mais le plus dur sans doute, sera de visiter ensuite, à 20 mètres, le chantier presque terminé d’un hôpital aux normes modernes, abandonné depuis 6 ans pour des raisons politiques: façade en verre, accueil, électricité, supports aux murs, tout y est. Alors que des gens meurent fautes de moyens, des moyens fous sont gâchés et laissés à l’abandon 20 mètres plus loin… 
Des salles de conférence prennent la poussière, leurs chaises parfaitement alignées se craquelant sous l’effet de la chaleur… Alors que les urgences actuelles doivent se contenter d’un seul lit, des chambres prêtes à accueillir des patients, avec lits, armoires, lavabos, restent désespérément vides… Cinq couveuses à l’abandon prennent la poussière dans une salle vide, loin des vies qu’elles pourraient sauver. 

Se sentir en colère contre ce gâchis. Se sentir en colère contre ce pays pauvre qui se complait ainsi dans sa misère. Un pays qui possède mers et montagnes, baobabs, plages, des paysages pouvant attirer des touristes en masse. Qui possède une terre et un climat pouvant faire pousser légumes, riz, fruits en tout genre, mangues, bananes, ananas, vanille… Qui peut pratiquer la pêche et l’élevage, crevettes, crabes, anguilles, poissons, langoustes, zébus… Dont le sol regorge de métaux précieux, or, gaz et pétrole. Un pays au potentiel énorme qui se retrouve être l’un des plus pauvre au monde. Je suis en colère contre ce pays qui choisi sa misère; qui la mérite. 

 

Samedi 28 octobre, Morondava

4h. Le réveil sonne. Finir de préparer mon sac, et sortir. Je pars pour trois jours à Belo-sur-mer, petit village reculé à environs 6h de pirogue d'ici. Mon piroguier est déjà là, il m’attends. Nous prenons la route de la plage. Il est 5h et la vie bat déjà son plein, les trottoirs et la plage sont bondés, chacun profitant de vaquer à ses activités avant la chaleur étouffante de la journée. Au loin, je vois mon embarcation, une pirogue au bord de l’eau, affrétée.

Nous chargeons les affaires, d’autres hommes arrivent et nous aident à pousser l’embarcation sur les flots. Passer les premiers rouleaux à coups de rames, puis, plus au large, mes deux compagnons de route s’activent, montent la voile… Les opérations sont périlleuses, de même que le fait de se croiser lors des déplacements sur cette petite embarcation d’à peine 70cm de large, et de quelques mètres de longs. Les événements ont étés rapides, et je prends enfin le temps d’observer mon embarcation: notre mat n’est tenu à la coque que par une petite corde que gère mon équipage. La seule chose qui nous empêche de nous renverser est le flotteur, lui même n’est qu’attaché à la coque, et emboité dans ses différents supports; aucun clous ne fixe ce matériel.

En direction de Belo-Sur-Mer - Morondava, Madagascar.

Alors que le soleil se lève dans notre dos, la voile se tend, et nous prenons la direction du large, je sens le bois qui joue, le jeu entre chaque pièces, la corde qui se tend. Le vent du Sud s’est levé ce matin, nous devons donc lui faire face, nous obligeant à partir plein large en direction de l’Afrique du Sud, et prenant alors les vagues de plein fouet. À chaque vague nous prenons l’eau, et mon compagnons est allongé le plus à l’extrémité du bateau dans le sens du vent, afin de compenser le poids et d’éviter de chavirer. Je commence immédiatement à ranger mes affaires afin de les protéger au mieux - quelque peu illusoire - et réalise combien la situation est précaire: toute ma vie depuis une année, toute ma richesse, mon sac, mon passeport, mon ordinateur, mon appareil photo, et mes milliers d’images ne sont empêchés de partir par le fond que par une simple cordelette et quelques bouts de bois emboîtés. Je ne dois mon sursit qu’à ce maigre matériel et à l’expertise me mes compagnons de voyage. Alors même que nous partons vers le large, je sens poindre en moi une sensation sourde, inhabituelle: la Peur. Une peur primale, intense, de savoir soudain mon intégrité, ma vie, en danger! Si l’anxiété est quelque chose que je connais bien, devant parfois faire face à des crises d’angoisse, je n’ai pas souvenir d’avoir rencontré une telle peur, et ne crois d’ailleurs pas l’avoir jamais vécu: se sentir en danger de mort. Si je sais consciemment que je pourrais rejoindre le bord, je sais également que rien n’empêchera mon précieux matériel - tout ce qui est le plus cher à mes yeux en ce moment - de partir par le fond à la moindre défaillance. Si j’ai souvent imaginé ce genre de situation, le vivre dans ses tripes est si différent: c’est violent, animal, instinctif: je suis en danger! Une sensation renforcée en apprenant que le père de mon jeune piroguier a disparu en mer quelques années auparavant… Oui, nos sociétés surprotégées nous ont fait oublier la sensation de craindre pour sa vie, et j'admire le courage de ces jeunes qui partent en mer chaque jour… Durant ces minutes, voyant la côte s’éloigner toujours plus, la superstition, le fait de remettre son destin à des forces supérieures, reprend alors tout son sens; comment ne pas le faire quand votre précaire équilibre n’est maintenu que par une maigre cordelette…

En direction de Belo-Sur-Mer - Morondava, Madagascar.

Nous continuons, faisant au mieux pour protéger mes affaires, et gérer mes émotions, faisant confiance à l’expérience de mon équipe. Mais le vent est mauvais, et mon équipe fini par aborder le sujet: c’est le vent du sud, et il souffle fort: voilà presque une heure que nous sommes en mer, et si nous sommes très au large, nous ne sommes que très peu descendu au sud. Pour confirmer ces dires, les quelques pirogues de pêcheurs qui sont sorties ce matin retournent vers la côte… Les idées se bousculent alors dans ma tête, entre la peur, l’envie de continuer, et après quelques minutes, nous décidons de rentrer: il sera impossible de rejoindre Belo de toute façons… Je n'aurais pas l'occasion de voir Belo-sur-mer. Du moins pas cette fois ci. 

Un peu plus tard, le long de la plage, je verrai une pirogue s’étant sans doute renversée, ses passagers faisant sécher leurs habits et affaires sur le bois, et la marchandise, des sacs de charbons, ramenés sur la côte par l’océan, une malheureuse femme cherchant à récupérer sa pauvre marchandise. Cela me consolera quelque peu de ne pouvoir rejoindre Belo, me disant que j’ai peut-être évité le pire… 

S’installer à l’hôtel sur la plage, dans une petite cabane, sur pilotis, à 20 mètres de l’océan. La lumière filtre par les barreaux de la fenêtre, le vent par la porte ouverte, et moi, allongé dans la lumière tamisée de la moustiquaire. J’aime ces moustiquaires, non pas pour la protection qu’elles offrent, mais par cette sensation de se croire dans un autre monde, loin de tout, cotonneux et protégé. Comme enfant, à se croire protégé caché sous les draps, dans un « château » improvisé… 

Boutre - Morondava, Madagascar.

À défaut de pouvoir rejoindre Belo-sur-mer, je repartirais avec mon piroguier un peu plus tard, visiter la mangrove et le village de pêcheurs sur la presqu’île voisine. Un petit village entier dédié à la pêche et à la construction de « Poutre », ces bateaux de pêche plus conséquent que les pirogues, qu’ils mettront entre 2 à 5 ans à construire, faute de moyens… Et ces pirogues, toutes sur le sable, alors qu’hier encore les voiles emplissaient l’océan… 

 

Dimanche 29 octobre, Morondava

Passer la journée à la plage, en compagnie des filles. La mer est démontée, comme ces derniers jours, et même la baignade s’avère éprouvante et difficile. Alors rester à bronzer, et discuter avec des malgaches présents, dont le responsable du ministère de la réforme, qui se prend deux semaines de vacances à cause de la peste; pas étonnant que rien ne bouge… 

 

Lundi 30 octobre, Morondava

Morondava - Morondava, Madagascar.

Une journée tranquille. Rester au lit jusque vers 8h30… Acheter quelques courses pour le voyage de demain… Au passage, voir une femme dans la rue baisser son froc et montrer son cul en signe d’injure… Écrire, préparer mes affaires, dessiner un peu également. Et, ponctuel comme à son habitude, j’irais admirer le coucher du soleil à 18h15, assis sur la plage, avec une bière fraîche, ces couleurs magnifiques qui emplissent le ciel, et ce soleil rougeoyant, rythmé par le bruit des vagues et quelques cris d’enfants… 

 

Mardi 31 octobre, Morondava

Réveil à 4h, partir à l’aube pour rejoindre le taxi-brousse. Un café et une tranche de pain, charger les sacs sur le toit, et nous partons vers 5h30. Compagnie de "luxe", Sonatra partenaire de Cotisse, me donnera l’occasion de passer ces heures de route de manière plus agréable que d’habitude, même si je reste près de la fenêtre et me concentre sur ma respiration, l’estomac toujours nauséeux… Reprendre cette route, ces endroits par lesquels j’ai passé, et ces paysages fabuleux qui s’étendent à perte de vue. 

À midi, profiter de la pause déjeuner pour resserrer les roues du minibus… 

Arriver à Tana bloqué par la circulation à 19h30. Prendre une douche chaude, avec de la pression, qui me donne l’impression d’être dans un SPA, tellement c’est agréable après ces jours à se doucher avec un filet d’eau froide, ou même à coup de sauts d’eau. Se rappeler que ces choses que l’on prend pour acquises ne le sont pas… 

Puis, malgré la fatigue du voyage, rejoindre « l’équipe » au bar le HUB, pour une dernière THB, me faire accueillir à coup d’embrassades, refaire un peu le monde… 

C’est la fête des morts, la ville et la nuit bat son plein!… 


ANTANANARIVO. 

Mercredi 1 novembre, Antananarivo

Profiter de la connexion internet: faire mes paiements, vérifier les mails, facebook, appeler des amis, la famille. Écrire, me renseigner sur Bangkok et la suite du voyage, des visas… Les rues sont calmes, tout est fermé pour la Toussaint, une ambiance étrange pour Tana, mais pas désagréable… Retourner manger au Sakamanga, où j’avais mangé le jour de mon arrivée… 

Le lendemain, un dernier petit déjeuner. Préparer mon sac, et partir pour l’aéroport. Changer mes derniers ariary, traverser un contrôle de santé, prise de température afin de vérifier que je ne porte pas la peste, et me présenter au check-in, dans la confusion la plus totale: aucune info aux écrans - hors service d’ailleurs -, chacun refaisant son sac dans cette file de gens perplexes, à défaut de pouvoir le faire ailleurs. Les gens vont, ressortent dans tous les sens, les guichets s’échangent les clients… Mada! L’hôtesse me demande ma destination et mon vol de sortie -que je n’ai pas - au bluff ça passera, de même que les quelques artisanats locaux dans mon sac que je pourrais me faire confisquer. À nouveau, bouchon, chacun s’arrêtant où il peut dans ces quelques mètres séparant les check-in de la douane, afin de remplir le formulaire de sortie à leur présenter. Passer la douane, à nouveau, les uns se faisant contrôler, d’autres passant tout droit, dans ce mélange de désorganisation de marché. Arriver enfin dans l’une des deux salles d’attente et profiter de mes derniers crédits internet pour "louer" un vol afin d’être sur de ne pas se voir refuser l’entrée en Thaïlande. Puis sortir sur le tarmac, où nous attendent deux avions, dont un immense Boeing 787 en direction de Addis-Abeba, à moîtier vide, extrêmement moderne, les hublots se teintant de bleu à loisir en place de volet… 

Aéroport d'Ivato - Antananarivo, Madagascar.

Quitter le tarmac en repensant à ce pays que je suis somme toute, malgré ses paysages incroyables et la gentillesse de ses habitants, heureux de quitter. Difficile pour moi de fonctionner à l’Africaine. Je ne sais pourquoi. Est-ce dû à la chaleur étouffante? À une ancienne vie que je traîne? Aux esprits africains? Mais comme au Mali il y a des années, je perd ma clarté d’esprit, m’englue dans la nonchalance. Ce pays manque peut-être de nervosité pour moi, trop latin pour l’Afrique… Qui sait? 

Je repense à cette vie simple, simplicité que reflète le Malgache: cette langue sans déterminant, sans pronom, sans différence entre le masculin et le féminin, une grammaire composée de seulement trois temps de verbe: le passé, le présent, et le futur, et sans conjugaison… Suis-je trop complexe pour savoir apprécier la simplicité?… 

En voyant le sol s’éloigner, je repense aussi, le sourire aux lèvres, à tous ces repas -mis à part quelques exceptions - qui crissaient sous la dent, sable ou autres, peut-être mieux vaut-il ne pas savoir… 

À l’heure où j’écris ces lignes, je ne peux m’empêcher d’avoir un sourire aux lèvres, repensant à un pays qui ne me convient pas tout à fait, mais que je ne regrette pas d’avoir découvert. Comme ces soirées arrosées que l’on regrette un peu le lendemain, mais pas tant que ça finalement. On se promet que c’était la dernière… sans vraiment y croire…

Après tout, Madagascar est tellement grand, et il reste tant à découvrir… 


Septembre.

Vallée de Cocora - Salento, Colombie.


Leticia.

Mercredi 30 août, Leticia

Tout déjà paraît plus riche: je vois des drônes et des ordinateurs dans cette petite ville perdue au milieu de l'Amazonie! Nombre de magasin de marque, de supermarchés remplis, de magasin de mode, il est clair que cette ville est plus riche… 

Je me pose pour un café, et je tombe en voyant l’addition: 1'900 COP. Moins de 0.50.- euros! 

Si Iquitos comptait nombre "d’occidentaux", il s’agissait d’expats, le reste de la population typée indien. Ici, un tiers de la population est blanche, mais il est clair qu’il s’agit de locaux. Je suis surpris de constater une telle différence entre les deux pays en traversant simplement le fleuve. 

 

Jeudi 31 août, Leticia

Leticia - Leticia, Colombie.

Un café. Noir. Le meilleur depuis longtemps. Rester dans la chambre, le bruit de la vie au dehors, et du ventilateur juste à côté. À nouveau une de ces ambiances particulière, dans la lumière tamisée des rideaux, une ambiance de fiction. À croire ma vie étalée sur de la pellicule, ou à l’encre sur du papier. Ne plus se sentir réel. Écrire. 

Me rendre à l’aéroport, et voir sur la route un poste de contrôle de police. Voir alors absolument TOUS les véhicules faire demi tour pour éviter le contrôle. Cela laisse présager de la qualité de la police… 

Aéroport: deux offices, et un point de migration climatisé dans lequel le douanier regarde la préparation du match Colombie/Vénézuela pour les qualifications 2018: officialiser mon entrée en Colombie, et acheter un billet d’avion pour Bogota pour le lendemain. Revenir en ville, ou des chemises jaunes emplissent les rues, et où les bars se remplissent à l’approche du match. Chaque TV, radio, passe en écho le même match. Marcher dans les rues et avoir l'impression d'entendre le match en stéréo par des centaines de radios. Prendre une bière, et m’installer dans un bar local. Exception faite des serveuses, il n’y a que des hommes, une seule femme est présente. Et moi, gringo. Voir ces hommes enchaîner les bières bon marché, entrecoupé de pauses cigarettes, hurlant comme une seule entité à chaque action: les fans de foot sont les mêmes quelque soit le pays. Et le commentateur qui parle à une vitesse incroyable, comme un sprint, sans reprendre son souffle pendant presque deux minutes, ponctué de Ave Maria, et seulement entrecoupé de pubs auditives pour du papier toilette, une banque ou une université, qui coupe le son une dizaine de seconde en plein match. 

Et à nouveau, alors qu’en Suisse il me faut une semaine pour acheter un billet d’avion, ici j’ai en une journée planifier la suite de mon voyage, vu le contrôle de migration, acheté un billet d’avion, regardé un match de foot, changé ma monnaie, et fini la soirée dans un restaurant chic à manger du piranhas… 

 

Vendredi 1 septembre, Leticia

Préparer mon départ, et pourtant. Dans cette ambiance hors du temps, cette atmosphère moite et cotonneuse, où les jours s’enchaînent et se ressemblent, je pourrais y rester des années. Laisser couler les jours, comme coule l’Amazone. Rencontrer une allemande, qui travaille ici depuis deux mois. Elle me répondra exactement ça, que si c’est une chance, le danger est de se laisser piéger par le temps: « lost in time ». Quelque chose m’appelle, j’adorerais me laisser perdre par le temps. Rester ici. Mais comme toujours, j’ai encore trop de contrôle, je n’arrive pas à laisser tomber mes objectifs pour me laisser porter par ce qui arrive. Lâcher prise, encore et toujours ma difficulté. J’ai l’impression d’aller encore trop vite, alors même que pourtant je voyage plus lentement que la majorité des gens que je rencontre. Et plus que tout, j’ai peur si je m’arrête, de ne pas réussir à repartir: des années pourraient se passer avant que je commence à sentir la lassitude… 

Ne rien faire. Mais le faire ensemble. Là est toute la différence par rapport à la Suisse. Ne rien faire seul, source d’anxiété et mal vu. Tout l’inverse d’ici, comme durant mon enfance, où l’on ne fait rien de concret, mais de le faire en famille, ensemble, comme le font de manière primaire ces troupeau d’animaux… 

Le voyage continue de me défaire, comme dirait Nicolas Bouvier, lentement, patiemment. Je sens que je touche une nouvelle étape, après m’avoir déconstruit, secoué, puis reconstruit avec de nouvelles habitudes, c’est désormais autre chose qui commence à changer, plus profond: une autre philosophie, d’autres attentes, peut-être que je commence enfin à lâcher le contrôle, gentiment. Je commence à me sentir loin de ma vie d’avant, comme si c’était la vie de quelqu’un d’autre, une vie qui ne m’appartient plus. 

Rencontrer deux Suisses qui ont fait le même parcours que moi; mais à vélo. Je les admire. Nous referons le monde, nous retrouverons dans nos expériences et nos philosophies. Agréable de pouvoir le temps d’une soirée discuter en profondeur, avec finesse, de plonger dans les méandres de notre monde, qu’il soit occidental ou à travers nos expériences de voyage. Réaliser avec eux comme nous sommes revenus à la base, comme la recherche de moins a désormais plus de sens que la recherche de plus. Voilà 6 mois que je n’ai pas regardé un film, qu’internet se limite à quelques blogs de voyage, et que mes préoccupations se limitent à trouver un lieu où dormir, ou manger, et comment me déplacer. Réaliser que revenir à la base nous fait du bien, que nous n’avons pas besoin de plus. Et que ce qui me manque, c’est la recherche de sens: être utile, donner du sens à ce voyage. 

Rire de l’Amérique du Sud, et en une phrase résumé ça: « Tout est possible, mais rien n'est sûr ». Parler de la suisse et de son rythme de travail qui nous paraît absurde (l'exemple d'un facteur qui a droit à 35 secondes par boîtes aux lettres) comparé à ici, où l’on fait ce que l’on veut, ou un bateau/bus ne part que quand il est plein, et où 30min de retard ne sont rien. Où l'on fait ce qu'il y a à faire à un rythme humain. 

Loger dans une auberge fondée par un Suisse, marié à une Colombienne. Il a parcouru 40’000km d’Amazone dans une barque mue par un bicyclette montée sur le pont. J’espère le rencontrer, et apprendre de son expérience. Je ne le rencontrerai pas, l’auberge ayant été rachetée par une famille. Mais renseignement pris, il s’avère que le personnage est relativement malhonnête. Après avoir quitter deux colombiennes, il développe de nouveaux projets, profitant des touristes pour développer ses projets et exploitant des locaux, les payants au dessous du salaire minimum. Comme quoi, il est important de différencier les actions et réalisations des gens, de leur personnalité, l’un est l’autre n’étant pas forcément lié. Et que la Suisse recèle aussi son lot de malhonnêteté…  

Leticia. Cette petite ville agréable, plaque tournante de drogue il y a encore 10 ans, avant que l’armée ne vienne nettoyer la place. Aujourd’hui, les dealeurs restant se repèrent facilement, ils roulent en BMW, les seules voitures de la ville, les habitants roulant en motos. 

Partir pour l’aéroport. Petit aéroport avec juste deux offices vendant les billets, et deux bureau de check-in pour les deux compagnies qui y passent. Il y a deux hôtesses en tout et pour tout dans l'aéroport. Le hall fait au maximum 5m de large, pour une cinquantaine de mètres de profondeur. Regarder le stand d’emballage qui, à l’aide de vieux cartons récupérés, devra emballer des packs d’oeufs, des hélices de bateau… Faire la seule file durant presque deux heures, passer dans le petit bureau de l’immigration, et passer le portique de contrôle, avant de monter dans l’avion. À peine assis que je vois le faux-plafond au dessus de moi se décrocher… confiance. 

Arriver à Bogota 2h30 plus tard. Prendre une navette gratuite qui m’amène jusqu’au Portal El Dorado, noeud de passage du TransMileno, le Métro-Bus de la ville. Prendre un de ces bus de plus de trois wagons, pour plus de 45min, m’amenant à la Candelaria, quartier de Bogota… Chercher une auberge… 


BOGOTA

Monserrate - Bogota, Colombie.

Samedi 2 septembre, Bogota

Après une bonne nuit, trouver un petit café « Suiza Vieja » et y rester la matinée pour écrire le blog. Première bonne surprise de la Colombie, le wifi est excellent! Ça me change. Le soir, partir avec l’hôtel pour une soirée à Andres carne de res: sur place, une atmosphère dingue, mélange de restaurant et de club, dans un décors absurde, digne des plus étranges films de Tim Burton. L’ambiance est bon enfant, les gens dansant partout, entre les tables, avec sensualité, les couples s’embrassent avec passion, et les gens dansent avec une sensualité exacerbée sans aucun malentendu pour autant… 

Le lendemain, passer une partie de la journée à l’hôtel à écrire et préparer la suite du voyage. Trouver un petit café sympa, avec une cour intérieure dans une atmosphère anarchique et absurde, artistique décalée, et y passer l’après-midi. J’aime cet endroit, de part sa liberté, et réalise combien notre rigueur et contrôle suisse restreint tant de belles choses et possibilités. 

 

Lundi 4 septembre, Bogota

Partir pour la cathédrale de sel à Zipaquira. Prendre le TransMilenio, puis au terminus un minibus, qu'un vieil homme hélera pour nous à 50m en bord d'un semi autoroute. Incroyable, mais le bus s'arrête, l'assistant du conducteur nous demandant où nous allons. Nous repartons, l'assistant criant par la porte du bus ouverte la direction du bus… Première impression: les gens sont incroyablement gentils, n'hésitant pas à nous aider spontanément, ou à nous attendre pour nous donner des infos supplémentaires. Des gens vraiment soucieux d'aider. De même que chacun n'hésite pas à donner de l'argent aux divers artistes qui viennent faire leur show dans le bus, ou expliquer leur situation. Une générosité de coeur.  

Arriver, et après avoir fait un tour de la ville, dont la place centrale est magnifique, et vérifier les horaire de la mine, manger un repas copieux dans un resto local, et prendre un café excellent. Ça m'avait manqué. Visiter la cathédrale avec un guide qui parlera anglais avec un accent espagnol/indien à couper au couteau. La cathédrale est construite dans une mine de sel de 4 étages, chaque étage ayant une méthode d'exploitation différente: 1:fourmilière, 2:fourmilière avec piliers larges, 3:poches horizontales, 4:poches verticales. La première cathédrale, au premier étage, c'est écroulée. Elle a désormais été refaite au troisième étage, 180m sous terre. Impressionnant réseau de galeries desquelles partent des poches d'exploitation parallèles de 10/16m et plusieurs centaines de mètres de profondeur. Il existe plus de 150 poches, faites à la dynamite. L'étage du dessous, exploité à l'eau à haute pression diluant le sel, possède trois poches chacune de la taille de la tour Eiffel ! Si des milliers de mineurs travaillaient à l'origine, ils n'étaient plus que 150 au troisième étage, et plus que 7 actuellement, tout étant optimisé. À eux seuls ils produisent 40 tonnes d'eau saturée en sel par jour ! 

Cathédrale de Zipaquira  - Zipaquira, Colombie.

Cathédrale de Zipaquira - Zipaquira, Colombie.

Cathédrale de Zipaquira - Zipaquira, Colombie.

Cathédrale de Zipaquira - Zipaquira, Colombie.

La cathédrale, dispersée dans la mine, occupe 15 poches racontant l'histoire du christ, une chapelle, un dôme, et un espace aussi grand qu'une cathédrale terrestre, mais souterrain ! Impressionnant ! Le tout dispersé selon la structure de la mine. Un autre espace, délirant, est consacré au commerce : cinéma 3d, attractions, café, boutiques en tout genre, luxueuses, avec parquet au sol, signaux lumineux clignotants. Une ambiance irréelle, kitsch, complètement décalée, à se croire dans un film de Tim Burton ! Boire un café dans une cathédrale, à 180m sous terre : check ! 

Rêver de monter une boîte de nuit démesurée, avec des navettes reliant Bogotà toute la nuit, un truc immense, chaque étage ayant son style (Rock, Latino…) et de multiple salles! Un son incroyable, une acoustique parfaite, des plafonds hauts, une ambiance délirante, le tout sans jamais voir la lumière du jour, dans ces salles en tubes au bout desquelles se trouverait le bar, et au dessus le DJ, sur une plate-forme dominant la foule! Une boîte de nuit pour des dizaines de milliers de personnes! Les possibilités sont immenses! Je suis frustré: j'adorerai développer un tel projet! 

Au retour, notre minibus sera bondé et se retrouve bloqué dans le trafic; cela laisse présager de la suite. Prendre le TransMileno, metrobus de Bogotá à l'heure de pointe. C'est bondé, le traffic extrêmement dense, et un flux de passagers ininterrompu. Dans le stress et le chaos ambiant, finalement trouver notre bus. Les 45min de trajet se feront au rythme des freinages/accélérations et des cahins de la route, entassés. 

Le lendemain visiter le Musée de l’or. Immense musée fondé par la Banque de la République de Colombie, qui contient des dizaines de milliers(!) de pièces d’or retraçant toute l’histoire de 9’000 ans de la métallurgie de l’Amérique du Sud. Manger dans un petit restaurant local, où se côtoie quelques tables, puis rejoindre le téléphérique pour monter au sommet surplombant la ville: Monserrate. Redescendre en cheminant, et croiser nombre de policiers et militaires qui surveillent le site. Car si le lieu, très touristique, est parfaitement sécure, les choses changent dès 16h, où il devient clairement impossible de marcher sous peine de se faire dérober. 

 

Mercredi 6 septembre, Bogota

Rencontrer deux étudiants universitaires qui interviewent des touristes sur leur vision de la Colombie: parler avec eux plus d’une heure, très agréable moment de partage culturel. Visiter le Musée Botero, statues et peintures "grossies", puis le musée de la monnaie et la collection d'art adjacent, le tout appartenant à la banque nationale…

Visite du Pape - Bogota, Colombie.

Visite du Pape - Bogota, Colombie.

Puis, se préparer à la visite du Pape qui arrive en Colombie. Vers 16h, comprendre que le Pape n’arrivera à la place centrale -déjà occupée par nombre de personnes- que le lendemain, mais qu’il atterrit et rejoins le centre ville. Alors partir à sa rencontre, et dans l’excitation ambiante, le voir passer sur l’avenue principale, 6 voies complètement fermées pour l’occasion, qui seront réouvertes au traffic sans trop se soucier de la foule encore présente. Puis rentrer, voir son image projetée sur la façade entière d’un building, et plus tard manger des galettes de maïs. Si les rues étaient vivantes et remplies à 18h, tout semble déjà sur le point de fermer. Lima se couche tôt, nous ne sommes pas encore habitués. Rechercher un bar où boire des bières durant plus de 2h, tout étant fermé, avant de trouver une place très animée: mais aucun alcool ne se vent: suite à la visite du Pape, tout est fermé et aucun bar me vend d'alcool; les Bogotiens décident de rester sages aujourd’hui, le Pape est là… 

 

Jeudi 7 septembre, Bogota

Matinée à l’auberge, il pleut. Aller manger, et se poser dans un café près de l’hôtel, profiter du wifi et lire un peu. 

Guère rien à faire sinon traîner dans les bistrots en attendant notre vol: suite à la visite du Pape, tout est fermé, ou ferme, aucun alcool vendu, aucun tour non plus, la ville étant complètement paralysée par des milliers de policiers protégeant la route du Pape le menant à la place centrale… 

Prendre un taxi pour l’aéroport; on s’entasse à 4 avec nos gros sac dans une voiture minuscule, les sacs entre le coffre et le siège avant, nous trois à l’arrière. Prendre une grande marge de temps, qui finalement s’avérera très utile: le Pape repartant le soir même, toutes les rues sont bloquées, nous feront de nombreux détours et plus de 1h15min pour un trajet de normalement 20min… 

Prendre notre avion à 19h, et arriver à Carthagène. À nouveau, sentir la chaleur humide des Caraîbes: quel bien ça fait, après le petit coup de froid des nuit Bogotiennes… j’ai vraiment besoin de chaud! Prendre un taxi, arriver à l’hôtel et sorti boire une bière, sur une place proche de l’hôtel à Getsemani, où se mélangent touristes et locaux, boire des bières qu’une petite boutique vend à la chaîne, en regardant des groupes danser, chanter, pour quelques pièces. Une ambiance très agréable, dehors dans la chaleur de la nuit, j’adore ce genre de moment… Puis aller au Havana Club, bar à salsa situé juste à côté, bar typique où Hilary Clinton avait passé une soirée!… Danser, boire des Mojitos sous les ventilateurs et ce décor en bois, désuet, où une femme gère la file des toilettes indiquant à qui est le tour… 


CARTHAGÈNE

Vendredi 8 septembre, Carthagène

San Felipe - Carthagène, Colombie.

Le matin, partir voir les fortifications de la ville, le Château San Felipe, et toute l’histoire de Carthagène selon sa localisation si particulière. Regarder ces murailles, ses tunnels, ses batteries de canons, et comprendre toute l’histoire intense de ces lieux. Manger au Coron Coro, restaurant local, ou nous mangerons de la cuisine des Caraibes/Créole, mélange de poissons, riz, avocats, noix de coco et citrons verts, bananes plantains, maïs, dans une ambiance des plus populaire! 

L’après-midi, visiter le palais de l’inquisition, retraçant l’histoire de l’Inquisition espagnole à Carthagène, de ces souffrances, intolérances, tortures… Trouver beau d’essayer de se libérer de ce passé à travers l’ouverture, la compréhension, et tolérance comme le prône le musée, pour ne pas céder à la peur comme par le passé. Se libérer l’esprit avec quelques bières sur les remparts, à admirer le coucher de soleil et les touristes qui alignent les selfies les uns après les autres… Repasser par la place, profiter un peu de l’ambiance… 

 

Samedi 9 septembre, Carthagène

À nouveau, le Pape croise notre chemin, avec malheureusement les inconvénients qui le précèdent: tout est fermé, nous passons la matinée à chercher comment rejoindre l'île Isla Grande pour laquelle nous partons le lendemain. Il nous faudra la matinée, mais nous finirons par trouver un bateau avec l’aide de l’hôtel. 

Carthagène - Carthagène, Colombie.

Café Havana - Carthagène, Colombie.

Plaza de la Trinidad - Carthagène, Colombie.

Plaza de la Trinidad - Carthagène, Colombie.

Même si la compagnie de mes compagnons est agréable, j'ai de la peine à fonctionner en groupe. J'ai besoin de ma solitude, de mon indépendance. Même s'ils ne m’imposent rien, mon énergie change dès que je suis accompagné: je n'arrive pas à faire abstraction du groupe, c'est plus fort que moi. Alors retrouver ma solitude, et partir de mon côté. Moins de 5min plus tard, je suis assis sur un banc à regarder des enfants jouer au foot, et des vieux qui boivent, sur la place: j’y reste un long moment. Puis je me balade dans le quartier résidentiel derrière, et regarde un père qui apprend à son fils à jouer au base-ball sur le trottoir, sport populaire ici: j’entame une discussion avec le voisin, assis sur le proche de sa maison : vive le voyage solitaire, ça fait du bien de se retrouver avec des locaux, ça me manquait. Nous parlons de philosophie de voyage, comparons nos expériences, nos pays. Un très chouette moment. Puis se balader sur les remparts, voir des enfants des rues jouer au baseball, regarder cette vie calme. La pluie arrivant, je mange dans un resto italien, puis irait prendre un café, écrire, lire… De retour à l'hôtel, nous partons manger un ceviche à l’avocat, délicieux… 

 

Dimanche 10 septembre, Carthagène - Isla Grande

Isla Grande - Isla Grande, Colombie.

Partir au port pour 8h30, et prendre une lancha pour l’île, petit bateau surpuissant d’une trentaine de places. La chaleur est étouffante. Charger les affaires et s’asseoir à l’avant de la barque. Pousser par les moteurs, nous naviguons 45min, avec des secousses à chaque vague, nous démontant le dos. Arriver à Isla Grande, magnifique île de 1200 personnes, d’à peine 3km de long, avec de l’eau turquoise, une barrière de corail, des plages de sable blanc. Le temps se gâte, très venteux, sans doute les conséquences de l’ouragan Rita dont nous subissons les turbulences; de fait, il n'est qu'à 500km… 

Isla Grande - Isla Grande, Colombie.

Profiter de la plage, manger, et partir pour Playa Libre, de l’autre côté de l’ile. Arriver sur cette magnifique plage, où la météo est meilleure, cette côte coupée du vent, se baigner, et à peine quelques minutes après être arrivés, un guide nous aborde et nous propose d’aller voir la maison de Pablo Escobar et de faire du Snorkling. Première fois pour moi, si intense, de plonger jusqu’à 5m, de voir ces coraux, ces poissons, de voir ce vert s’illuminer de couleurs magnifiques dès que s’en approche! Sentiment étrange de s’enfoncer dans un autre monde, et plus étrange encore lorsque vidé de son air, notre corps reste inerte à cette profondeur, immobile, à flotter au raz des coraux, à presque en oublier le monde du dessus jusqu’à ce que le besoin de respirer se fasse intenable. Sensation de vertige, pour lapremière fois le Grand bleu fait sens pour moi: s'oublier dans l'eau… Partir un peu plus loin, et admirer depuis la barque la maison abandonnée de Pablo Escobar. Juste en face, où nous sommes, à 30 mètres de la côte, nous plongeons à 5m de profondeur où se trouve un avion de Pablo Escobar échoué. Rentrer au lodge, et dans le noir, sans grand chose à faire, se coucher tôt. 

Avion de Pablo Escobar - Isla Grande, Colombie.

Lundi 11 septembre, Isla Grande

Il fait grand beau! Passer la matinée à faire du snorkling juste devant l’hôtel, passer des heures dans cette barrière de corail. À midi, manger du poisson à la noix de coco, plat typique, avec bananes plantins. À 15h, partir en canoë visiter trois lagunes reliées par des tunnels de mangroves. Impressionnant écosystème entre eau de mer et eau douce, de lagunes d’à peine 50cm de fond parfois, peuplées de petits crabes, avec leurs racines en arc par milliers. Monde étrange… Acheter de la nourriture au village, quelques poitrines de poulets, tomates, fruits et se cuisiner à manger. Puis partir pour la Laguna Encantada, marcher à la frontale, 45min dans la nuit, et croiser nombre de crabes bleus, de Bernard Lermittes de plus de 10cm, avant d’arriver à la fameuse lagune. D’un petit ponton, plonger dans cette lagune noire, et voir à chacun de nos gestes, le plancton phosphorescent qui y vit s’illuminer. Magique de nager dans cette eau noire et de voir ses mains, bras, couvert de particules illuminées par intermittences. La lagune enchantée porte bien son nom, c'est magique! 

Corail - Isla Grande, Colombie.

Corail - Isla Grande, Colombie.

Corail - Isla Grande, Colombie.

Mardi 12 septembre, Isla Grande

Se réveiller au petit matin, au bruit des vagues qui s’écrasent sur la côte, des poules, oiseaux, et du village qui commence à s’animer. Prendre un petit déjeuner d’oeufs brouillés et de galettes de maïs, de fruits frais, pastèques, fruits de la passion, et d’un bon café. 

Orica - Isla Grande, Colombie.

Puis rejoindre Playa libre, à l’autre bout de l’île: 35min de marches dans une chaleurs étouffante: il fait 35°, humide et lourd: un orage se prépare, sans doute les retombées de l’ouragan José. L’air que l’on respire est chaud, notre peau perle de toute part. Mais l’enjeux en vaut la peine, arrivé sur cette plage magnifique, ou seuls quelques touristes et locaux sont présents. Lire, se baigner… 

Playa Libre - Isla Grande, Colombie.

Rejoindre le camp vers 14h, et préparer les sacs. Le vent s’est levé, le ciel est assombri, et l’île semble soudain déserte: l’expression « le calme avant la tempête » prends alors tout son sens. Il commence pleuvoir… Le bateau, une lancha -petit hors-bords - pour une trentaine de personnes, nous attend pour rejoindre la côte. Le bateau précédent n’ayant pas circulé à cause de la météo, nous devront donc nous serrer pour deux horaires. Le retour est mouvementé, en quelques minutes nous seront tous trempés par les éclaboussures, la lancha rebondissant sur les vagues de l’océan agité, nous faisant faire des bonds durant parfois plusieurs secondes… 

Arriver à Carthagène, et rejoindre l’hôtel non sans goûter au passage de ces mangues vertes que l’on consomme avec du sel et un peu de piment… 

Manger près de l’hôtel dans un restaurant Indien. La nourriture est excellente, le service aussi. Rejoindre la place, et prendre une dernière bière en regardant des jeunes faire du break danse, leur Samsung branché sur un ampli qui se coupe à tout moment. 

 

Mercredi 13 septembre, Carthagène

Matinée calme à l'hôtel, trier les photos, et profiter du wifi. À midi, manger avec Clémence, une française rencontrée le matin, au petit italien en face. Puis se balader dans la vieille ville, prendre un café sur une terrasse. Là, voir un touriste faire un accident avec sa voiture de location, risquer d'en aligner un deuxième dans la foulée, tout ca pour chercher sa femme, et pouvoir poser, en mode selfie, devant sa voiture de location, pendant qu'elle le photographie… 

Rejoindre le terminal avec un taxi pressé de finir sa journée qui roulera comme un fou. Manger au terminal, et faire rire tous le staff lorsque je négocierai le prix du bus en demandant un descunento: je parle vraiment espagnol me dira-t-on, le sourire aux lèvres! Prendre le bus, dormir à moitié, rire avec le chauffeur à minuit à un arrêt lorsqu’il me montre du doigt un touriste noir, en me répétant negro francès trois fois de suite pour être sûr que j’ai bien compris. Les noirs ne courent pas les rues ici… 


MEDELLÍN

Jeudi 14 septembre, Medellín

Arriver au terminal vers 8h30, après 13h de bus. Prendre un café, et de nouveau la gentillesse des gens, qui nous aident spontanément. Prendre le métro et rejoindre péniblement notre hostel à cause de la chaleur. Sortir se balader, découvrir un peu le quartier… Incroyable de marcher dans ces rues, où il y a 20 ans, se battaient des gangs de drogues, les fusillades étaient fréquentes, les policiers se faisaient descendre, et la ville possédait le plus haut taux d’homicide du monde… 

Le soir, boire une bière et commencer la première soirée de fiesta à Medellín: salsa jusqu’à 1h30, les gens dansent vraiment bien, et les filles, superbes, sophistiquées, sensuelles, sexy, arrivent par centaines, alors que nous n'en avons croisé aucune dans la journée. Le beau monde de Medellín est appelé par les nuit à Provenza… 

Provenza - Medellín, Colombie.

Vendredi 15 septembre, Medellín

Déjeuner/Bruncher dans une boulangerie suisse, devant les images du Cervin; typiques. Puis partir pour visiter le parque Jarví. Prendre le métro, et les téléphériques qui montent à plus de 2500m, superbe point de vue sur la ville. Visiter le parque, immense réserve que l’on ne peut qu’à peine aborder. À se croire en plein Jura - si ce n’est la couleur de la terre très jaune - le côté typique reste. Il est 15h, grand soleil au milieu de la nature, en pleine zone touristique, et nous sommes soudain abordés par deux policiers qui nous demandent de rebrousser chemin, la zone vers laquelle nous allons étant « tendue »… Soit. Cette Colombie où il est si difficile d’évaluer si une zone est dangereuse ou non… Revenir en ville par le câble, les quartiers pauvres du dessous étant « déconseillés » de s’y aventurer. Au centre ville, le quartier est très populaire, un marché pauvre s’étant sous les voies du métro aérien, où se mélange chaussures d’occasion, pièces de voiture, vieilles revues pornos et DVD usagés, et divers pièces en tout genre, barbies, jouets… mélangé aux graffitis, aux mendiants… 

Marché - Medellín, Colombie.

Arriver à la place centrale, touristique, ou nombre de marchants ambulants nous proposent, à haute voix et dans l’ordre: 

  1. De la Marijuana

  2. De la Cocaïne

  3. De l’eau

  4. Des boissons gazeuses…

Admirer les statues de Botero qui servent de prétextent pour nombre de selfies… Puis rejoindre Problado, et manger une planchette de charcuterie avec une bonne bière, on finit cette journée typique Suisse en beauté! Un concert improvisé et un Ceviche de poulpe cloront cette journée. Puis sortir, et voir ce mélange de Salsa, de reggeton, ce quartier entier dédié à la fête, mélange de bars, restaurant, clubs… La fumée des club emplit les rues et se mélange aux ampoules et lumières qui emplissent les rues, donnant une atmosphère de cinema. Vers 3h, voir ces jeunes/vieux qui dansent, à l'image de tous ces clips latino qui me paraissaient être des fantasmes, sensuellement collés, mélangés entre couples, trio, sensuels, sexuels même… 

 

Dimanche 17 septembre, Guatapé

Piedra del Peñol - Guatapé, Colombie.

Couchés à 3h, levé à 6h. Prendre le métro, incroyable comme la vie est active à 7h un dimanche. Prendre le bus pour Guatapé, petit bus dans un sâle état. Somnoler presque immédiatement, et se faire réveiller par un vendeurs ambulant, qui me glisse deux barres de céréales dans les main et commence son discours: des barres céréales naturelles, sans sucre, bonnes pour la santé (4 barres pour soigner un mal d’estomac), ou équivalentes à un repas sain. S’endormir lorsqu’il descendra du bus et se réveiller à la Piedra de Guatapé: monolithe sorti de terre, incongru… 

Piedra del Peñol - Guatapé, Colombie.

Monter son escalier de 650 marches, qui semble construit au fur et mesure des besoins, sans réelle prévision, presque un labyrinthe. Profiter de la vue au sommet, et rejoindre Guatapé et notre hôtel. Nos réservations n’auront pas passées, puisque faite sur un vieux site internet, toujours présent mais plus actif (!). Néanmoins, il y a de la place, et nous nous installons. Magnifique hostel avec vue, hamacs, bon wifi, café… 

Nous allons nous balader sur le Malécon, admirons la carcasse d'un bâteau touristique qui a sombré il y a deux mois environs, faisant quelques morts et disparus. Nous prenons également une barque, et visitons le lac, la maison de Pablo Escobar avec terrain de foot et de motocross, sa discothèque privée, le tout relié par des tunnels souterrains. Nous verrons également le sommet de l’église du village englouti lors de la création de ce lac artificiel, qui pointe hors de l’eau, vision incongrue… 

Et toujours ces couleurs, cette lumière que j’apprécie plus que tout, ces ciels si contrastés, j’aime cette peinture céleste, ces lumières si intenses… 

 

Lundi 18 septembre, Guatapé

Piedra del Peñol - Guatapé, Colombie.

Le réveil sera magnifique. Après une bonne nuit de sommeil, une vue imprenable sur la Pierre et le lac au sortir de la chambre, c’est un des meilleurs déjeuners de mon voyage qui nous est servi. Puis partir explorer le village: il est 10h, et le soleil tappe déjà, nous sentons la peau brûler. Le village, mélange de petites maisons et HLM tous colorés, de rues pavées typiques, de palmiers, de gens calmes qui viennent et vont tranquillement, discutant dans la rue, de vieux qui s’attardent sur les terrasses des cafés, ambiance typique des caraïbes… 

Guatapé - Guatapé, Colombie.

Alors faire de même, boire un premier jus, puis un second, manger, et reboire un café, le tout entrecoupé de petites balades au pas lent dans ces rues multicolores… 

À 6h, prendre le minibus direction Medellín. Arriver plus tôt que prévu au terminal, rejoindre notre hostel, récupérer et préparer nos sacs, et avoir encore le temps de manger au restaurant. Puis départ au terminal, presque désert vu l’heure. Drôle ces ambiances de grands espaces dépeuplés. Il est 23h30, nous nous installons pour une nouvelle nuit d’inconfort, espérant dormir, mais sans trop y croire… 


Salento.

Mirador - Salento, Colombie.

Mardi 19 septembre, Salento

Une nouvelle nuit sans guère de sommeil: la route est sinueuse, et le bus inconfortable. Notre chauffeur se fera également un plaisir de parcourir la distance en cinq heures au lieu des sept prévues, à grand renfort de freinages et accélération. Autant dire qu’entre les 23h30 de l’embarquement et les 5h de l’arrivée, nous n’avons que guère dormi. Arriver à Armenia, et prendre directement un autre bus pour Salento; l’occasion de somnoler à nouveau quelques dizaines de minutes, en entrouvrant de temps en temps les yeux pour admirer ce paysage montagneux, humide et beau qui passe derrière les vitres. 

Arriver à Salento, alors encore endormi. Patienter sur la place du village en profitant du wifi libre, d’ici à ce qu’un café ouvre. Puis, aligner quelques cafés bien corsés, faisant honneur à la région, jusqu’en milieu de matinée. Alors reprendre un bus jusqu’à Boquia, où m’attend ma réservation. 

Après une courte marche, je tombe sur cet hôtel loin de tout, avec un jardin immense, fleuri et bien entretenu, traversé par une petite rivière, plusieurs petits bancs, plages… un coin magnifique, reposant, serein, où je suis à nouveau seul résident… 

Profiter du hamac, lire, se reposer, se balader dans le parc… À 16h, rejoindre Salento par une marche de 2h dans la vallée, qui me donne un aperçu de la région: un air de Jura, avec une végétation luxuriante, des citrons, des cafés, des fleurs aux couleurs vives et intenses incroyables: orange, rose vif, rouge… et de toute les formes: douce ou dure, selon… 

De Salento, rejoindre l’auberge La Serrena, à 30min de marche, pour me renseigner sur la possibilité d’une cérémonie Ayahuasca; il y en a eues dans cette région par le passé. Les nouvelles seront mauvaises, la personne qui organisait ces cérémonies ayant cessé cette activité. Une forme de malaise entoure ma question, je ne saurai pas ce qu’il en retourne, si ce n’est que mes espoirs semblent vains. 

Manger dans u restaurant local, avant de reprendre le bus et de rentrer dans le noir… Si le chemin du retour est quelque peu intimidant, cela ne rend que plus intense mon arrivée à l’hostel où je découvre que tous les bâtiments sont illuminés de guirlandes, donnant à ce jardin un air de magie… 

 

Mercredi 20 septembre, Salento

Vallée de Cocora - Salento, Colombie.

Vallée de Cocora - Salento, Colombie.

Passé une nuit magnifique, à l’extérieur, abrité par la moustiquaire, se réveiller dans ce petit paradis au milieu de rien, juste cette magnifique nature nous entourant. 

Petit déjeuner, excellent, et prendre le bus pour Salento. Arriver alors que les jeeps -taxi local- sont presque pleines. Juste le temps d’acheter quelques bananes pour la route, et de grimper à l’arrière d’une jeep. Parcourir ainsi les 10km qui nous mènent jusqu’à Cocora, cheveux au vent, debout sur le par-chocs de la jeep. Le paysage est magnifique, vert, luxuriant, et ce n’est rien en comparaison de la vallée: une prairie qui fait penser au jura, couverte de Palmier immenses. Magnifique, un peu irréel, oniriques, sentiment que la brume mouvante vient renforcer. 

Faire la randonnée dans le sens inverse de la majorité des gens, est se retrouver seuls dans ce paysage. Monter à travers les bosquets, la végétation, redescendre dans des sentier escarpés, boueux, en philosophant, et arriver à un point de repos, Acaime. Aicaime, petite maisonnette qui propose des chocolats chauds garnis de fromage(!), et entourée de dizaine de colibris magnifiques. Impressionnant de voir ces petits oiseaux butiner, qui semblent vivre dans un monde hors de notre temps, si rapides et vifs, dans des mouvements saccadés. Avoir de la peine à les suivre… 

Colibri - Salento, Colombie.

Colibri - Salento, Colombie.

Redescendre vers 15h, le temps de prendre une jeep, et de revenir à Salento, se balader dans l’animation de la fin d’après-midi, monter au Mirador, et boire une bière. Puis aller souper et jouer au « Tejo », sorte de pétanque populaire qui consiste à jeter des poids de métal sur une surface de boue argileuse sur laquelle sont disposé de petits explosifs, le but consistant à les faire exploser, dans cette ambiance populaire où se mélange alcool, cris animés, et odeur de poudre… 

Rentrer sur la place déserte, et chercher un moyen de rentrer à Boquia. Les taxis sont couchés, un bus privé fera l’affaire, le chauffeur extrêmement gentil me racontant que la gare où je vis n’a servi à presque rien, puisque le train n’est venu qu’une seule fois… 

Le lendemain, passer la journée à l’hostel, à profiter du jardin, me reposer… 
Admirer encore ces fleurs, aux dégradés du rouge vif au jaune vif, en passant par le rose, pourpre, orange, le violet… Des formes simples aux formes les plus sophistiquées, douce et fragile ou dure comme le bois, parfois rondes, parfois anguleuses… Une nature de toute les formes, imaginative, belle! 

Fleurs - Salento, Colombie.

Fleurs - Salento, Colombie.

Fleurs - Salento, Colombie.

Fleurs - Salento, Colombie.

Vendredi 22 septembre, Salento

Passé la matinée à l’hostel à parler avec Liza, mon hôte, de l'Ayahuasca. À nouveau, les choses sont compliquées, mais se font malgré tout. Je sens qu’une partie de moi complique les choses, à ne pas aller droit au but. À trop vouloir mettre des gants, à être trop « sensible », réceptif aux stimulis des autres. Liza sera chou, et me conseillera avec beaucoup de gentillesse. Mais je sens que les choses pourraient être plus simples… 

Bus de Santo jusque sur le semi-autoroute, ou il s’arrête en double file pour me laisser descendre. Traverser avec mon sac sur le dos sur l’autre voie, et attendre un autre bus pour Fildandia, avec un chauffeur essayant sans succès de m’arnaquer; dommage, cela gâche l’image des Colombiens parfaite jusqu’alors. Arriver à Filandia, petit Salento en mieux, avec un tourisme national uniquement! Et voir, comme au brésil, ces maisons qui s’ouvrent directement sur la rue, donnant sur le salon, sans vie privée, dans lequel on fait rentrer la moto pour la ranger… 

Le soir, manger chez Helena Adentro la meilleure nourriture que j’ai mangée jusqu’alors et passer la soirée à l’hôtel, ou un groupe de musique improvisé se forme dans les espace communs: magnifique de voir ces gens jouer ensemble en improvisant, et retrouver de ces choses simples (la musique) qui prennent tout leur sens dans ces conditions: quand on a rien, quelques guitare et de bons musiciens illuminent la soirée et notre humanité. J’imagine ces peuples anciens et combien les artistes avaient alors une place comme les chasseurs, les uns dans la force, les autres dans le charme et la magie… 

 

Samedi 23 septembre, Filandia

Café - Filandia, Colombie.

Le matin, partir pour une Finca (ferme) de café écologique à 10km. Avant de partir, recevoir la confirmation de Liza qu'une cérémonie Ayahuasca a bien lieu ce soir à El Caico près de Arménia, et stresser pour organiser ma participation à cette cérémonie pour le soir même. En 20 minutes, préparer mes affaires, aller à la place du village et acheter du crédit pour charger ma carte sim avec un nouveau paquet, et pouvoir appeler le chaman. Divers sms et appels plus tards, je recois la confirmation que je peux assister à la cérémonie. Ouf! Rejoindre la ferme en bicyclettes, complètement usées et mal entretenues, et avec une carte dessinée à la craie sur un tableau noir. Nous y arriverons malgré tout, et Javier, le propriétaire, nous accueille avec une forme et un débit de parole incroyable. À le croire sous cocaïne! Découvrir son lieu où il vit en autarcie, avec peu, mais en respectant ses valeurs et l’environnement. Sa ferme, avec ses sept chiens, sa femme, et ses différents jardins immenses: cannabis, terreau pour les vers, bananiers, goyaves, oiseaux, cafés, fleurs en tout genre, orchidées… ses forêt de bambous. Il nous fait visiter, j’ai de la peine à suivre le rythme de folie qu’il a à 55 ans! Marcher sous ces bambous de 20 mètres, ces fougères plus grandes que moi, de presque 2 mètres! Aller manger, et l’après-midi découvrir le processus de fabrication du café, à sa manière artisanale. Avant de remonter sur son pick-up pour rejoindre une jeep qui nous ramènera. Vu la montée qui nous attends et l’état des bicyclettes, on ne pense même pas à essayer de remonter à vélo. Mais en 5 minutes, une tempête de vent et de pluie arrive, bloquant tout, faisant tomber des arbres sur la route, forçant les voitures à s’arrêter vu les trombes d’eau. Il est 15h30, je devrais partir vers 17h de Filandia (cérémonie à 19h), j’ai encore le temps. Une première petite jeep refuse de nous prendre lorsque nous essayons de charger tant bien que mal les bicyclettes sous la pluie battante. Puis, vu l’état des routes et de la météo, plus rien. À 17h, après 1h30 d’attente mouillés, nous arrêtons une jeep minuscule, chargée de déjà 5 personnes. Nous sommes 4, et autant de bicyclettes. Mes compagnons, me sachant stressé, me proposent d’y aller en premier, mais c’est sans compter Javier, qui nous fera charger les 4 en plus, et en attachant les vélos sur les côtés de la jeep avec une corde…! Nous serons donc 9, puis 10, plus 4 bicyclettes, dans une jeep de la taille d’une mini-cooper… Le lonely disait qu’une jeep n’est jamais vraiment pleine, je comprend ce qu’ils voulaient dire… Arriver à 18h à l’hôtel, trempé, je me douche, prépare mes affaires et repars 10min pus tard pour la soirée, très en retard. J’essaie de me calmer et de me mettre en état d’esprit pour la cérémonie pendant le trajet qui dure 45min jusqu’à Arménia. Arrivé au terminal, chercher de l’argent (il ne me reste que 50’000 plus un peu de monnaie), mais le bancomat est hors service. Pas le temps d’aller au centre ville, je cherche le moyen de rejoindre El Caico, mais je vois le bus me passer sous le nez! Il est déjà 19h30. Pas le temps de faire la fine bouche, je prend un taxi (15’000), cela me paraît une fortune sur le moment, alors qu’il ne s’agit que de 5.- Arrivé sur place, le taxi ne sait pas où se trouve la Finca en question, le temps de chercher, de demander notre chemin à plusieurs reprises, de faire des allers-retours, nous arriverons sur place à 20h! Tout cela pour constater que je suis un des premiers sur place…! 

Finca Javier - Filandia, Colombie.

Une grande hutte de bambou, aménagée pour l’occasion, pouvant contenir une centaine de personnes, avec des toilettes prévues pour les cérémonies Yavé, et des aides qui m’accueillent avec une douceur et un calme surprenant, m’offrent un thé. Je m’installe sur une natte, avec mes couvertures, et médite, me calme. 

En repensant à ma première cérémonie, c’est la douche froide, un frissons glacé me parcours le dos : je croyais que la première cérémonie n'avait rien fait, et je réalise soudain en repensant à mes souhaits formulés (équilibre dans ma vie et équilibre dans mon corps) que je ne me souviens plus de la dernière fois où je me suis mouché(!) Qu'en est-il de mes allergies ?!? Est-ce que mon souhait aurait été exaucé, qu'il aura juste fallu un peu plus de temps que juste une nuit, et que je ne m'en serai pas rendu compte? 

Les gens arrivent les uns après les autres, tous vêtus de blanc: mes habits sont entièrement noirs… De même, ils distribuent des sacs en plastique noir pour vomir, ceux que j’ai pris sont blancs… Vers 23h arrive Taita, le chaman, qui commence la cérémonie, avec des chants, prières, ses aides parcourent la hutte avec de l’encens parfumée qui emplit la hutte, un feu est allumé au dehors. Les symbols (alcool, tabac, prières) rejoignent la cérémonie que j'ai faite, mais en plus fin, plus travaillé, plus soigné. J’aime, mais je me sens pris dans une secte; je redoute un peu. Tout se fait en non-dit, on devine, on suit le mouvement, je suis moyennement à l’aise. Il faut payer; je m’étais dit que si je n’avais pas assez, je pourrai emprunter à Liza, mais elle n’est finalement pas venue à voir. Je redoute, et me dirige au centre de la pièce pour payer: 50000. Ouf! Il ne me reste plus qu’un peu de monnaie, juste de quoi pouvoir rentrer à Filandia le lendemain. Je suis le seul touriste, pour une trentaine de Colombiens, dont des enfants de moins de 10 ans, et des personnes mourantes avec leur assistance respiratoire… c’est une communauté locale, et je suis le seul étranger. À nouveau, je sors des sentiers battus et me retrouve à vivre quelque chose de on ne peut plus authentique. C’est authentique et le parfait opposé de ma première cérémonie: nous sommes un grand groupe, et tout est soigné, organisé, plus « moderne ». Je ne suis pas le seul nouveau, et certains colombiens sont aussi stressés que moi. Ça me rassure. 

Puis à la queue, à minuit, aller boire Yavé. Le goût et plus doux que la première fois. Je sais à quoi m’attendre, je gère les premières minutes de l’envie de vomir, et m’allonge. Taita éteint la bougie qui nous éclairait, et nous plonge dans le noir. Après une quinzaine de minutes peut-être, sachant que cela fait partie du processus, je décide de ne pas résister plus longtemps, et vais vomir. On verra bien. Et c’est la clé! Je me rallonge, détendu, et je peux alors laisser de côté mon contrôle et mon « conscient » qui se concentrait sur mon estomac, et c’est là que tout commence. Comme si je passais de la méditation à l’hypnose. Je sens mon corps et mon esprit conscient qui s’enfonce dans le sol et disparaît. Je suis toujours conscient, mais sous une autre forme, plus transparente. Comme en hypnose, conscient mais sans volonté, spectateur actif; je suis incapable de bouger mon corps, et des formes se dessinent gentiment dans mon esprit les yeux fermés. Des fougères-tentacules, comme des milles-pattes, multicolores et fluo dansent devant mois, comme bercée par le courant. C’est magnifique, et les images se crystalisent en divers formes selon le thème de mes pensées, comme un kaléidoscope que l’on tourne. Wow! Mon conscient navigue habituellement dans un monde binaire de noir et blanc et je découvre mon inconscient qui lui est dans des couleurs très colorées, fluo, magnifiques! J’ouvre les yeux, et je reprend totalement conscience, tout disparait. Puis gentiment, ce monde se superpose à la réalité, en créant un nouveau. Je suis tout à fait conscient désormais, mais dans une autre réalité. Lorsque je referme les yeux, je reviens dans ma dimension première. En ouvrant/fermant les yeux, je peux naviguer dans ces deux dimensions différentes et pourtant simultanées. Je referme les yeux, celle-ci me paraît plus intense, et je me laisse porter par ces images magnifique, et cette sensation de bien être. Ces images-visions incroyable, deviennent plus magnifiques encore lorsque le chaman commence à chanter les chants protecteurs traditionnels, et à jouer de la musique! Puis, je réalise qu’au fur et à mesure que je m’enfonce, les formes deviennent plus sombres, presque cauchemardesques, plus anguleuse, brunes et noires, agressives, et j’ai l’impression que mon esprit bascule vers l’arrière. Je sais qu’un des passage de l’expérience peut provoquer ce genre de moment noir, et je redoute ce qui va arriver, jusqu’à ce que je réalise que c’est que je m’endors! 

Ce « déclic » illumine alors mes formes qui se recolorent et explosent de lumière: je peux contrôler mon expérience! Plus mon cerveau est actif, plus ce que je ressens est fou! Je prend conscience de plein de choses, je me concentre sur mes sensations, ma vision, mes idées, et ce sont de multiples explosions de couleurs/lumières qui m’illuminent. Je ressens une grande joie à cette idée, et mes émotions sont alors extrêmes: je pleurs à plusieurs reprise de joie, j’ai des spasmes dans mon corps tellement les choses sont intenses. Je ressens un amour immense pour ce qui arrive, je suis serein, et les émotions me tirent l’esprit et le corps, avec des spasmes tellement c’est intense, et je redirige les choses vers le positif lorsque je sens poindre un moment noir. Je comprend que les gens qui voient le diable ou on des visions noires durant ces expériences, le sont parce qu’il le génère, et plus ils le redoute et lutte, plus ils le génère. 

Puisque je peux contrôler ce qui m’arrive, tout en étant « inconscient », j’explore tout ce que je peux: moi pour commencer. Et je réalise, comme en hypnose, cet état où je suis conscient, mais sous une autre forme: lorsque je reprend réellement conscience, tout disparaît: je dois lâcher le contrôle, et garder cet état léger et fragile de somnolence entre deux état, état de conscience modifié. Je réalise qu’il y a ce spectateur, mon moi habituel. Puis mon enfant intérieur, que je visualise et dont je cherche à me rapprocher. Et, pour la première fois, comme à travers une vitre, cet espace que je ressens, visualise, qui est mon inconscient! Je le vois comme à travers une vitre: je ne peux traverser, mais je peux le voir entièrement, et même dialoguer avec, seule une « vitre » nous sépare, mais la transparence est TOTALE! Mon âme, tout ce qui est moi mais dont je n’ai pas accès! Là, j’ai un accès total à mon inconscient: je décide de parcourir mon corps, avec les problèmes que je ressens et les régler, et je sens des sensations incroyables dans ces zones lorsque j’y pense, et je sens les tiraillement et lutte dans mon corps et esprit quand je discute avec mon inconscient pour dénouer mes problèmes (contrôle, tensions, allergies…); l’avenir me dira si ça marche, mais dans tous les cas je me sens libéré. Puis je me concentre sur mes problèmes mentaux, et là aussi c’est fou: je dialogue avec moi: je vois et ressens mes traumatisme. Je vois ce qui est et ce qui devrait être. Je suis capable des deux, de les concevoir et de les ressentir! 

Je réalise aussi que tout ce qui me bloque est mon contrôle. Je dois le lâcher, pas complètement, mais plus m’ouvrir à la vie. Et là, les émotions sont incroyables, si intense de beauté lorsque je réalise ceci: mon inconscient est exactement ce que j’aimerais être: plus de peur, juste la sérénité, l’ouverture au monde, aux autres, je vois ce que je cherche à être et réalise que je le suis déjà, je dois juste faire confiance à qui je suis, ma partie inconsciente, la partie consciente étant la source de mes difficultés. Je me sens si serein, si apaisé, les larmes me coulent sur les yeux, et les émotions sont démultipliées par mille! C’est si intense! Comme une séance d’hypnose démultipliée! Alors je me lance dans la poursuite de ces idées, et je tente de les garder, mais à chaque déclic, je sens un noeud qui se défait en moi, avec un feu d’artifice dans mon esprit, et les idées fusent à une telle vitesse que je n’arrive pas à les retenir… Je file dans l’univers, d'idée en idée. Après un moment, et nombre de liens/compréhhentions, libérations, je décide de me recentrer sur mes objectifs: mon corps c’est fait, mon inconscient est en lien et mon conscient en paix, je pars vers mes doutes: je me pose des questions, je comprend que les émotions sont primordiales pour moi dans ma vie, ce que je ressens si vif en ce moment. Je dois garder ça dans ma vie, ne pas émousser mes perceptions. On continue, je veux profiter de chaque instant de cet état: j’ai des réponse sur ma vie, je me concentre sur mes allergie, qui sait, je pourrais les soigner: alors, je réalise que je peux sentir mon cerveau!! Je peux sentir mes sens! Soit sentir une odeur, de manière intellectuelle (tient, de la coriandre), ou sentir au premier degré, comme en méditation. Comme voir un coucher de soleil, et se dire, tiens, voici le soleil, un nuage, ou juste percevoir le dégradé de couleurs sans rien interpréter intellectuellement. Et je ressens la différence dans mon cerveau entre ces deux sensations différentes, deux niveaux d’interprétation. Je décide de me souvenir de ce moment, et cherche à le mémoriser et sens alors une autre partie de mon cerveau s’activer! Ma mémoire! C’est fou! Je décide alors d’explorer mes sens: la vue c’est fait, l’audition aussi, la musique que joue le chaman influence sur les visions, l’odorat ok, et je pars sur le toucher, et là aussi c’est une autre partie de mon cerveau que je percoit. C’est fou! Je décide d’explorer mon cerveau et les différentes partie qui y sont liées, mes nerfs, le bas de mon corps avec lequel je suis si peu en contact, mon dos, et toujours je sens des spasmes et des dénouements lorsque je me concentre sur des choses qui me posent problème. J’essaie de libérer le maximum de mon potentiel de mon cerveau, et ce sont des millier de feu d’artifice dans mon esprit! Tout est parfait, je ne pouvais rêver mieux, j’atteint un de ces état de connection avec moi-même et de sérénité jamais imaginé! Fatigué, je me lève et je pars vers le feu, le contact avec la réalité et étrange, bien que conscient. Puis sentir la chaleur sur ma peau génère d’autres sensations, du même genre, mais différentes, plus lourdes, plus profondes. Je sens que l’effet s’affaiblit lentement. Je suis triste de le sentir partir, mais en même temps j’en ai tellement profité. Je vois les autres, et ressens un tel amour pour eux, ce que j’aimerai pouvoir vivre au quotidien sans me forcer: juste les apprécier sans jugement (mais pas sans critique), sans me forcer aucunement, ce que prône la méditation qui me parait si difficile à atteindre: juste constater, parfaitement à l’abri dans ma sérénité. Alors essayer de mettre de la musique de mon iPhone, et la musique en stéréo dans mon casque est cristalline, incroyable de son, pleine, totale! C’est beau. Je veux alors écouter Halleluia de Jeff Buckley, mais une assistante arrive et me dit d’écouter la musique du chaman, ce sont des chants guérisseurs. Un peu frustré, mais je suis ses conseils. Elle me fait sentir une odeur qui m’ouvre l’esprit, et retourne me coucher, et continue à apprécier cet état et les chants magnifiques au fur et à mesure que l’effet disparait… 

Cela fait plus de 4h que je suis en transe, et la chaman nous réveille pour prendre une seconde dose. Cette fois-ci, rien ne se passe, je suis fatigué, et je pense avoir épuisé mon cerveau. De plus, je pense avoir résisté à l’envie de vomir trop longtemps, l’estomac me pèse même après avoir vomi. Je me dis que mon corps sait ce qui est bon pour lui, que je n’aurais pas du chercher à garder l’Ayahuasca en moi pour augmenter l’effet, mais juste vomir quand j’en avais envie. J’aurais de légères visions au fur et à mesure que je m’enfonce dans le sommeil. Mais que demander de plus? Je suis déjà plus que comblé. 

Je me réveille à 6h, alors que le chaman commence une session de soins. Il crache une substance (alcool?) en brume sur les gens, chasse les mauvaises énergies avec des feuilles, chantant et battant le rythme, les massent, accompagné de ces musiciens et des aides: c’est fou de voir tous ces gens unis pour soigner et guérir, avec conviction et amour. C’est beau. On voit les trace de Yavé, certains sont en pleurs, profondément, d’autres en extase, la nuit a été intense pas que pour moi. Deuxième session, à mon tour de me faire soigner. Contre tout attente, alors que je suis assis au milieu de tous, les accord du musicien me tire l’oreille, je les reconnais: c’est Halleluya de Jeff Buckley! La fameuse chanson que je voulais écouter la veille. J’en pleurs, à nouveau tout est parfait, alors même que je ne suis plus sous l’emprise de Yavé. Puis les soins commencent: le chaman me crache dessus, puis me frotte sur tout le corps (bras, mains, jambes, pieds, ventre, dos) avec des orties. Ça brule, réveille, et fait du bien au final. Je serai pris en photo discrètement par certains, voyant mon corps blancs couvert des brûlures d’orties. Puis, la cérémonie touchera gentiment à sa fin… le temps de remercier Taita Carlos, et de m’en aller discrètement, avec mes 10’000 restant en poche, soit 3.-, juste de quoi rejoindre Filandia… et ce qui doit être la plus belle expérience de ma vie à ce jour, comme un sixième sens, l’occasion de faire enfin ma connaissance dans mon entier, et de mes limites et possibilités, et de mes liens avec mon corps, le monde, les autres… Ça a été sans doute les instants les plus beaux et intenses de ma vie. Merci, je ne suis plein que de gratitude d’avoir pu vivre une telle expérience, merci à la vie, merci à cette communauté si remplie d’amour et d’attention, et merci à ma capacité de persévération et à me donner les moyens d’aller au bout de mes envies! 

En y repensant, je réalise que la première expérience Ayahuasca n’était pas si incomplète: je me sens serein et calme exactement de la même manière, et j’ai eu des réponses sur mon avenir dans le même genre… 

 

Dimanche 24 septembre, Filandia

Retour à Filandia. Entre fatigue et somnolence, passer une journée tranquille à Filandia, à récupérer mes esprits… 

Le lendemain, préparer mes affaires et me préparer à quitter cette petite auberge avec cette ambiance si familiale, où chacun y reste pour des mois, alors même qu’ils n'étaient venu que pour quelques jours. Le hasard des rencontres, où de se sentir bien quelque part… 

Sortir manger un menu du jour, admirer une dernière fois ces filles aux longues jambes caramels, et ces hommes aux allures de westerns. Puis prendre le bus pour Arménia, une nouvelle fois parcourir ses rues en tout sens. Prendre un autre minibus pour Cali, le chauffeur roulant à toute vitesse, ne s’arrêtant jamais, une pauvre vendeuse de rue voyant le bus lui passer sous le nez alors qu’elle allait vendre un sandwich, le chauffeur n’en ayant que faire. Puis, plus tard, une dispute éclatera dans le bus pour une fenêtre ouverte, chacun prenant position, le sang chaud latino, qui me fait rire et redouter qu'on en vienne aux mains dans le même temps… 


Cali.

Mardi 26 septembre, Cali

Le soir, sortir dans un club de salsa et découvrir la salsa de Cali. Dans cet esprit toujours bon enfant, dans ce bar aux murs rouges et à plafond haut, sous les ventilateurs, et les mojitos, admirer cette salsa si différente, plus rapide, plus démonstrative, jeux de jambes élégants qui me rappelle le swing… 

Le lendemain, partir à 11h pour le Cerro de las tres Cruces. En chemin, croiser un iguane de plus d’1.50m.  Même si la marche est courte (3km), la chaleur rend la montée très éprouvante. Petite vue de Cali, ville qui finalement n’est pas si grande. Redescendre assez vite, la police quittant les lieux l’après-midi (13h), et comme à Bogota, le parc devenant alors insécure, et la zone risquée. 

 

Jeudi 28 Septembre, Cali

Visiter le musée, des oeuvres sensuelles, sexuelles, et l’histoire de Cali. Voir les gardiens de musée, de jeunes étudiants, qui font leurs œuvres sur leurs heures de travail. Aimer cet esprit où l’on fait son travail, mais sans déraison, et où, du moment que ce qui doit être fait est fait, nous sommes libres de faire d’autres choses, de vivre, libres. Une forme de travail intelligent, utile, est qui laisse une forme de liberté. Cela fait sens ici. 

Se balader dans les différents quartiers, San Antonio, au centre ville, dans cette ambiance qui tire sur l’Afrique, mélange de graffitis, les rues remplies d’africains, de femmes pressant la canne à sucre, de café… Ses partybus, plein de reggeaton, où chacun s’amuse en folie! 

Cette ville qui respire la salsa, qui vit la salsa, qui mange salsa. Orgueilleuse! 

 

Le soir, rejoindre un parque de la ville, où une centaine de personnes, mélange de jeunes et vieux, se rejoignent pour danser sur des airs andins, des pas andins et traditionnels, sautillants en rythme. Les suivre, et en moins de quelques minutes, être trempés de sueur. 

Puis sortir, danser la salsa… 

 

Vendredi 29 Septembre, Cali

Partir en groupe au festival de Salsa. Admirer un show, nombre de figures, de jeunes sautant ou se jetant dans le vide rattrapés par les autres, impressionnant! 

Puis regarder un concert ou tout le public va danser, dans une ambiance bon enfant, sans jugement, où tout le monde s’anime, jeunes et vieux. En moins de quelques minutes, être transpirant, mais apprécier. 

Ne pas voir le show, notre programme étant décalé par rapport au programme officiel: le concert de « las 33 » n’aura pas lieu non plus, l'Amérique du sud… 

 

Samedi 30 Septembre, Cali

À 16h, partir pour les finales du Festival Mondial de Salsa. En chemin, voir nombre de décoration de Noël qui emplissent déjà les vitrines. Drôle de voir ceci à l’envers, alors qu’ici l’été est en train de faire son apparition… 

Les portes du festival censées s’ouvrir à 16h30 ne le seront qu’à 17h30 finalement, et le show commençant vers 18h. Et admirer ces couples, Salsa swing, Salsa Cabaret, Salsa Cali, les couples et les catégories s’enchaînent, les danses à un rythme effréné, des figures acrobatiques et des filles toutes plus sensuelles et sexy les unes que les autres, rivalisant de tenues les plus aguichante, dans des styles parfois africain, tirant vers le tango, ou swing paillettes, années 70'… 

Admirer ce spectacle incroyable, la joie de ces visages des danseurs qui malgré la compétition éprouvent une joie évidente à danser, cette synchronisation parfaite avec la musique. 

Et ce public qui s’anime avec le même enthousiasme, les uns jouant de la clave au rythme de la musique, et des gradins entiers se levant et criant à tout rompre pour soutenir leurs idoles. Rester aussi longtemps que possible, jusqu’à la dernière minute, puis reprendre le chemin de l’hôtel. 

 

Prendre la direction du terminal pour ma dernière nuit en bus en Amérique du Sud. Direction Bogota, en espérant qu'Avianca, dont le personnel entame sa deuxième semaine de grève, n'annule pas mon vol… 


Août.

Isla de Los Monos - Iquitos, Pérou.


NAZCA.

Dimanche 6 août, Nazca

Dans un bus de nuit, qui m'emmène en direction de la mythique Nazca. Je suis malade, transpirant; j’espère que mon estomac tiendra jusqu’au matin. Arriver au levé du jour à Nazca. Nazca, un nom mythique, trop lourd à porter pour cette petite ville enlisée dans la misère. Le temps de trouver l’hôtel, et dormir, me reposer. Ce n’est que le soir que je sors manger, une soupe de poulet, sur les conseils de Marybelle, mon hôte. 

 

Lundi 7 août, Nazca

Mieux. Un peu. Marybelle prend soin de moi bien au-delà du professionnalisme qui l'y oblige. Elle me soigne et me prépare mes excursions pour ces prochains jours, en fonction de mon état et de mes envies. 8h, partir pour l’aéroport, afin d'admirer ces fameuses lignes de Nazca, un des plus grand mystère encore non résolu de notre monde: je fais partie des premiers vols, et le ciel est grand bleu! Parfait! 

Arriver à l’aéroport, plus contrôlé que ceux des grandes capitales: passeport à plusieurs reprises, portiques de sécurité, tout cela pour quelques petits Cessna qui nous attendent bien alignés sur la piste. Un de mes voisins fait sonner le portique de sécurité; le gardien lui fait signe discrètement de passer, et retourne pianoter sur son natel… Tout ça pour ça! Le Pérou… 

Tassés dans le petit Cessna qui nous emmène, nous nous envolons au dessus des kilomètres carrés de lignes, formes et figures dessinées il y a plus de deux mille ans dans ce désert, par ce peuple extrêmement évolué, à la découverte de ce mystère qui n'a pour l'instant pas révéler ses secrets. 

Même si je sais à quoi m’attendre, quelques secondes après le décollage, le paysage d'abord, et les lignes ensuite, m'émerveillent. C’est immense! Le vol aussi est intense, pas le temps de s’ennuyer: les figures s’enchaînent, et le vol est acrobatique, pour que chaque côtés de l’avion ait une vue sur les figures. Difficile aussi de les distinguer rapidement entre les tracés laissés par l'érosion des rares pluies, et les routes… Car découvertes très tardivement, lors des premiers vols commerciaux, les lignes sont traversées par quelques routes - dont la transaméricaine… 

Les lignes de Nazca (Le colibri) - Nazca, Pérou.

Les lignes de Nazca (L'araignée) - Nazca, Pérou.

Ce que l’on sait: les lignes auraient été créées par le peuple Nazca sur plus de 1000 ans, entre 500 av. JC et l’an 500. Le site est immense: c’est plusieurs milliers de dessins, lignes et formes géométriques, dispersés sur une superficie de 750km²! 

De multiples théories existent leur sujet, toutes contenant une part de plausibilité, mais aucune réellement satisfaisante. Certains avancent que les lignes auraient été destinées à être vues par les dieux depuis le ciel. D’autres que que les tracés des Nazcas faisaient partie d’un culte aux dieux de l’eau, extrêmement importants dans cette région aride. D’autres encore penchent plutôt pour son utilisation comme un un observatoire astronomique, certaines lignes pointant vers des coordonnées importantes durant les solstices. Ou, comme le pensait Maria Reiche, que certaines des figures représentaient des constellations. Pour ma part, je pense que la vérité se trouve dans un mélange de ces diverses théories: mille ans, et le fait que certaines figures aient étés retravaillées après leur construction initiale, me laisse penser que les motivations ont pu évoluer au fil du temps, ou même se cumuler… 


Cimetière de Chauchilla - Nazca, Pérou.

Continuer ma journée en visitant le cimetière de Chauchilla, grand cimetière qui date environ de l’an 900, et utilisé durant plus de 700 ans. Au milieu du désert, dans une brume de poussière dans laquelle se reflète la lumière du soleil de fin d’après-midi, ponctué de petites tornades de sable. Un décors qui ne ressemble en rien à celui de la scène d’Indiana Jones (The Kingdom of The Crystal Skull) qui se déroule dans ce même cimetière! 

Comme un peu partout sur le continent, le site a été saccagé. Les espagnols d’abord, les huaqueros - pilleurs de tombes -, ou les locaux à la recherche d’or et de bijoux à revendre lors des crises péruviennes de la fin du siècle sont les principaux responsables. Mais les corps ont étés incroyablement bien préservés, grâce au climat sec du désert et aux rituels funéraires. Mille ans plus tard, les corps ont toujours des cheveux et des restes de peau! Des cheveux longs de parfois 3 mètres, propre aux responsables religieux, et roux! Plus de 2000 ans avant l'arrivée des espagnols, qui amenèrent officiellement les "premiers" roux sur le continent. Ces membres illustres étaient enterrés avec des offrandes, qui se constituaient parfois de nouveaux nés, tués pour la circonstance. 

Admirer ces momies. C'est toujours pour moi une sensation bizarre que celle de contempler des morts exposés. Ainsi, après avoir étés honorés, priés, et avoir reposés en paix, les revoilà à nouveau exposés à la lumière, aux flashs des appareils photo, et au regard des touristes. 

Reprendre la route - qui s'avérera très vite devenir une piste - et partir pour les aqueducs, autre invention des Nazcas, amenant l’eau des montagnes andines, et leur permettant de survivre dans ce désert. 

En chemin, nous faire arrêter par la police. Le chauffeur, sans beaucoup d’expérience, sera nerveux, et notre guide, à l’arrière, nous prédit que ça va mal se passer: cela sera très vite confirmé, notre chauffeur devant sortir, et revenant quelques minutes plus tard, maugréant. Il aura fallu les soudoyer. À moins de savoir les caresser et les flatter comme il faut, la police péruvienne, corrompue, cherchera des problèmes jusqu’à ce que le chauffeur, résigné, se décide à payer 2 à 3 soles pour pouvoir continuer son chemin. Soit le prix d’un coca… 

Pas si cher au final de soudoyer la police… 


Cahuachi - Nazca, Pérou.

Puis partir dans le désert au soleil couchant, dans la direction de Cahuachi, ensemble de pyramides, et plus grand site Nazca connu à ce jour. Et plus d’une heure plus tard, voir le site surgir de nulle part entre deux dunes de sable, dans la lumière du soir. Moment incroyable! Arriver sur le site désert: nous sommes seuls! Et l’explorer dans le couchant. 

Site incroyable, 4 pyramides visibles, sur plus de 35 encore ensevelies, plus grand centre religieux et commercial des Nazcas, le peuple traversant 40km de désert pour y arriver, venant parfois même de la jungle! Un site préservé de l’invasion espagnole, car les Nazcas, pour une raison encore inconnue, l’ensevelir complètement lorsqu’ils abandonnèrent les lieux. 

J’admire cette civilisation, extrêmement intelligente et dotée d’un très grand perfectionnisme dont témoigne la construction des lignes. Un peuple paisible (aucune trace d’armes n’a été retrouvée, ni de murailles sur les centres vitaux), mais qui pratiquait les sacrifices humains. Un peuple dont la langue, le Quechua, ne contient pas le mot « amis », remplacé par celui de « frère », une philosophie d’un peuple unis, où tous ne sont qu’un, et qui leur permis de devenir une telle civilisation: construire ensemble!

Rentrer dans le noir… La tête contre la vitre, à regarder ces montagnes qui se découpent dans la lumière pâle de la pleine lune, entre les dunes. 

Planétarium de Nazca - Nazca, Pérou.

Comme toujours avoir une chance incroyable! Arriver à 19h25 en ville, et m’arrêter au planétarium pour me renseigner: la visite commence à 19h30. Et de plus, c’est la pleine lune. Observer alors les constellations du ciel de l’hémisphère sud, comprendre leur lien avec les lignes de Nazca. Voir au télescope Saturne et ses anneaux, et la lune, pleine!… Ambiance particulière aussi dans cet hôtel qui hébergea Maria Reich, mathématicienne qui consacra sa vie à l’étude des lignes, après qu’elle ait vécu 10 ans dans ce désert…


Huacachina.

Oasis de Huacachina - Ica, Pérou

Mardi 8 août, Nazca

Nazca, sans doute la ville où j’entend le plus de klaxons, cette plaie péruvienne! Ces péruviens qui klaxonnent pour un rien, lorsqu’ils arrivent à un carrefour, lorsqu’une voiture s’arrête devant eux, lorsque vous traverser devant eux, lorsqu’ils arrivent derrière une file - même si une dizaines de voitures sont déjà arrêtées devant eux. Pas plus de 4secondes sans un klaxon, et une moyenne d’un klaxon à chaque seconde. 

De cette population pauvre, à voir les enfants jouer dans les rues ou travailler, mais les chiens habillés de survét’. 

Et cette manie péruvienne de ne jamais vous laisser le temps: que ce soit pour regarder un menu, une vitrine, qu’importe, ils vous abordent en moins de quelques secondes: une chose importe: on ne vous laisse jamais seul! 

Prendre le bus pour Huacachina. J’y arriverai vers 21h. Le temps de prendre un taxi avec lequel je referais toutes les théories des lignes de Nazca, avant d’arriver à cet petit oasis qu’est Huacachina. 

 

Mercredi 9 août, Huacachina

Un lieu clame et paisible, parfait pour écrire et se ressourcer. Je passerai mes journées à classer mes photographies, trier mes affaires, et écrire mon journal en retard, avec une bière sur la terrasse, à regarder l’oasis et les buggys qui partent dans le désert. 

Se balader dans les dunes. Alors que l’oasis est dans une cuvette, ne laissant voir qu’une montée de sable l’entourant, à peine atteint le sommet de ces dunes que l’horizon s’ouvre à l’infini, sur une désert immense. Incroyable de le découvrir sous la lumière de fin d’après-midi, le soleil se troublant dans cette lumière rasante et brumeuse, de voir Ica, cette ville qui s’enfonce dans le dessert, où la limite entre la ville et le désert se trouble. Monter au sommet de la plus haute dune. Dans cette ambiance de désert et de réflexions, ce n’est pas l’esprit de Dieu que j’entendrais, mais celui des buggys qui partent dans le désert… 

Rester là, à regarder le coucher du soleil, si intense, alors que le vent me recouvre lentement de sable. 

Ce sont comme quelques jours de vacances dans mon voyage. Me poser dans le sable, un livre à la main. Me détendre, ne penser à rien. 

Oasis de Huacachina - Ica, Pérou

Oasis de Huacachina - Ica, Pérou

Oasis de Huacachina - Ica, Pérou

Monter dans un de ces fameux bolides, et partir dans le désert. Incroyables sensations que de se sentir déraper, glisser, dans les dunes. Regarder ce désert. Le souffle du vent qui draine cette fine couche de sable, le regarder danser, recouvrir nos traces, se mouvoir comme un banc de poisson dans l’océan! Quelle beauté! 

Voir des rivières de sable le long des dunes, qui se forme depuis le bas, et où le sable glisse lentement de plus en plus haut, sous l’effet de l’érosion… 

Et, moment toujours triste, voir également ces déchets, sacs plastiques surgissant de nulle part et volant dans ce désert, ou cadavre déjà à moitié enseveli, qui laisse présager des nombreux autres invisibles déjà enterrés. 

Oasis de Huacachina - Ica, Pérou

Se promener une dernière fois sur ces dunes de sable. Difficile de m’arracher à ce spectacle, une attraction forte pour ce vide, ce « désert » qui me semble pourtant si plein. Regarder en arrière, et voir la beauté d'un oasis, ces arbres au milieu du sable, ce contraste du vert sur le sable; mélange de couleurs apaisant et improbable. 

Puis retrouver le fracas de la vie sud-américaine au terminal de Ica. Quelques trois heures plus tard, me retrouver en pleine civilisation à Lima, dans l’agitation d’un samedi soir. Poser mes affaires à l’hôtel, et aller manger un sandwich. La nourriture est vraiment excellente et présage de plusieurs plaisirs gastronomiques à venir dans cette ville réputée pour la qualité de sa gastronomie… 


Lima / La nostalgique. 

Miraflores - Lima, Pérou.

Dimanche 13 août, Lima

Lima ressemble à une ville américaine. Alors passer la matinée au Starbucks, profiter du wifi et régler nombre de points en attente, et la suite du voyage. 

Se balader en ville, visiter le parc central où, le dimanche après-midi, les vieux se retrouvent dans une petite arène pour danser, salsa, cumbia… sous les applaudissements et rires du publique qui s’amoncèle. Drôle de sensation de voir ces vieux se retrouver, voir que rien n’a changé entre leurs 20 ans et aujourd’hui, si ce n’est qu’ils sont un peu plus rouillés. Voir le charmeur, voir celui qui essaye de se rendre intéressant, voir les couples qui dansent entre eux, et ceux qui au contraire se fuient le plus possible. Voir les hommes se prendre des râteaux, et les femmes jaser. Voir ceux qui se sont fait beaux pour l’occasion. Et voir les regards scrutateurs, discrets ou appuyés. Et les regarder danser, flirter, couples, célibataires, dans cette atmosphère bon enfant où se mélange les odeurs de parfums à la rose trop appuyés, et de transpiration aigre typique des veilles personnes. 

Et ici aussi, comme partout en Bolivie, voir ces objets dont on a pas enlevé le film plastique protecteur; de ces télévisions que l’on regarde, ainsi emballées dans leur plastique, et par dessus, l’étiquette de consommation énergétique toujours collée. Ou de ces panneaux routiers en bord de route encore emballés… 

Le Malecón - Lima, Pérou.

Il ne pleut presque jamais à Lima, située sur la côte sablonneuse et désertique. Mais une brume provenant de la l’océan l'enveloppe de mai à novembre, fine vapeur d'eau opaque, dégageant une atmosphère fantomatique si particulière. Se balader au bord de l’océan, et sentir cette atmosphère, mélange de beauté et de tristesse; nostalgie. Ces parcs, cette côte digne de Miami, et de toute les plages, ou pourtant aucun soleil ne brille, et qui laisse place à cette brume omniprésente. Cet océan sans horizon, qui se perd dans la brume lui aussi, cette humidité qui entoure chaque chose, chaque palmier, et qui vole même à la lumière son éclat. Une certaine poésie à ce rideau de nuages toujours baissé, une ville maussade, dont Herman Melville disait qu'il s'agissait de la ville la plus triste de la terre... Et cette impression de grandeur, d’immensité, ces buildings très hauts, tous très espacés. Cette immense galerie marchande peuplée de toutes les marques, de restaurants chics, vrai labyrinthe commercial qui s’étend sur cette plage sans charme… 

Une nostalgie que je retrouve aussi chez les liméniens, qui semblent avoir tout, et qui pourtant cherchent à s’échapper, à s’enfuir, ambitieux de quitter cette ville creusée par des écarts sociaux immenses et une mentalité trop étroite. Lima, une ville à leur image… 

 

Lundi 14 août, Lima 

Retrouver des centres commerciaux, oubliés depuis bien longtemps. Et toujours cette brume, cette grisaille triste et nostalgique qui empli la ville. Aller manger au marché central. De ces habitudes qui se mettent en place, une nouvelle routine: chercher les lieux les moins chers, et comme toujours être surpris par une telle différence de prix. Je mange pour 7 à 8 soles, un menu complet avec entrée et boisson, alors que les menus des restaurants touristiques tournent à plus de 40 soles… 

Puis rejoindre le centre historique qui, sans surprise, est fermé suite à des manifestations. Sourire de voir les nombreux policiers, bouclier au bras, qui gardent les points névralgiques. Les voir profiter de manger auprès des vendeurs ambulants présents, ou de se faire cirer les chaussures par les cireurs de rue… 

Profiter de voir ces places vides, sans touriste. Et, si drôle et triste à la fois, visiter le Parque de la Muralla, parc verdoyant, beau, historique, de ces lieux qui manquent en Amérique du Sud, et soudain voir le train marchandise qui le traverse par son milieu… 

Visiter le couvant Franciscano, et ses catacombes qui recèlent plus de 70’000 restes humains… 

 

Mardi 15 août, Lima 

Prendre le Metropolitanos - système de bus faisant office de métro -, toujours surpris de la vitesse de ces bus qui roulent à quelques centimètres de la borne centrale. Descendre à Barranco, joli quartier bohème, avec un petit air de Valparaíso. 

Visiter le « Mate », musée de photographie contemporaine, et sentir combien la création me manque. Revenir en marchant le long du Malecon, boulevard qui longe l'océan, toujours aussi beau et nostalgique, et arriver à l’hôtel en début de soirée. Sortir le soir vers 23h dans un club de Salsa…

Le Malecón - Lima, Pérou.


IQUITOS.

Vendredi 18 août, Iquitos 

10h30, les roues de mon avions frottent sur le tarmac d’Iquitos. Iquitos, ville au milieu de l’Amazone, uniquement accessible par avion ou bateau; aucune route ne la relie au reste du contient. Prendre un moto-taxi, et à nouveau cette sensation de me sentir chez moi. L’humidité, les odeurs, ces rues remplies de motos dans une excitation complètement désorganisée… 

Arriver en ville, je profite pour dormir un peu à l’hôtel. Au réveil, une petite pluie couvre la ville. Je ne me souviens plus de la dernière fois où j’ai admiré la pluie: drôle de sensation… 

Je prends contact avec le guide que l’on m’a conseillé à Lima, qui me presse de partir avec lui le lendemain. Cela en est presque agressif. Je ne sait quoi penser: d’un côté je veux me laisser porter, de l’autre je me sens trop pressé, et ce qu’il propose me paraît trop « mainstream ». Je ne sais que faire, et dis à mon guide que je veux attendre un jour de plus… Je rencontre un ancien toxicoman, venu ici pour découvrir l’Ayahuasca, cette plante hallucinogène. Nous parlons, il me raconte combien c’était exceptionnel pour lui. 

Le Malecón - Iquitos, Pérou.

Vers 18h, se diriger vers la Plazza de Armas, le centre de la ville. Une trentaine de minute de marche, et à peine 2 à 3 soles en moto-taxi. Je me balade au Malecon, très animé. Si jusque là je n’avais rencontré aucun touriste, je les retrouve tous ici. 

 

Samedi 19 août, Iquitos 

Se lever, et constater que la batterie de mon iPhone, malgré avoir été branché toute la nuit, n’excède pas les 20%. Vu l’état des prises, je ne m’étonne pas plus que cela. Mais je commence à stresser tout de suite peu plus lorsque je vois la batterie continuer de se vider, avant de s’éteindre complètement. Que ce soit via des prises murales, via mon ordinateur - qui lui se charge très bien - je ne peux le recharger que 1% à 2% à peine… 

Je me sens tout de suite plus vulnérable. Ce n’est pas vraiment le moment, ici, au milieu de la jungle, sans bonne connexion wifi, pour ce genre d’incident. J’essaie tous les moyens, via les différentes aides que je trouve sur internet. En sortant mon vieil iPhone de secours, je réussi à briser l’embout métallique dans la fente prévue pour changer la carte sim. Je fini par réussir, mais impossible de configurer l’ancien téléphone, la connexion internet étant trop lente… 

Bref, je me retrouve sans téléphone, et stresse… J’essaie les différentes astuces: hard reboot, nettoyage du port de charge, le câble est neuf et se connecte très bien à l’ordi… 

Sur les conseils des membres de l’hôstel je me rends dans un magasin de réparation. Je m’arrête à la place centrale le temps de déjeuner, et réalise mon premier handicap lorsque je veux vérifier l’heure: je n’ai plus de montre. Après avoir demandé l’heure à quelqu’un, confirmé l’adresse auprès de la serveuse, je pars. M’y rendre est déjà très différent: je n’ai pas de carte, aucun moyen de me situer, à peine une adresse sur un bout de papier. Je me sens vulnérable, sans filet de sécurité. Je suis en parallèle beaucoup plus attentif, mon instinct éveillé et vif, j’apprécie beaucoup plus l’instant, alors que je dois mémoriser les rues si je devais m’y retrouver de mémoire. Je ne suis pas attiré par le réflexe de regarder ma carte pour vérifier ma position. La vie est clairement plus intense, les perceptions différentes. Si ce n’était pas aussi handicapant (de mon téléphone dépend ma montre, mon réveil, ma carte, mon dictionnaire, mes guides, mes contacts externes et internes, ma lampe de poche, ma musique, mes réservations d’hôtel, mes billets d’avion, mon appareil photo, ma banque, mes accès à ma carte de crédit… ), cela en serait presque agréable. 

Le magasin: une petite pièce, avec un comptoir, et deux jeunes. À peine 4 mètres carrés. Après avoir essayé de le brancher sans succès, l’un deux me prend d’office le téléphone, et commence à l’ouvrir, l’air très sûr de lui, en rigolant. Il m’explique que lorsqu’elles se vident complètement, les batteries ne se chargent plus. Il va la réparer, et elle se rechargera à nouveau. Soit, je ne crois pas entièrement son discours, mais les prises électriques ici n’étant pas les meilleures, et vu le taux d’humidité, cela fait peut-être sens. Dans tous les cas, je suis rassuré par le fait que cela a l’air courant, il n’est pas étonné plus que cela… Cela, jusqu'à ce qu'il me demande quel modèle de téléphone il s’agit, aucun iPhone n’arrivant dans la région… La confiance acquise s’envole aussitôt, et je me met à regarder ce qu’ils font, prêt à agir si besoin est. 

Toujours rigolant, il me demandera le prix du téléphone, et son sourire s’effacera de la même manière que le mien quelques instants plus tôt lorsque je lui répondrai; il deviendra dès lors beaucoup plus attentif et concentré! Sans trop savoir ce qu’il fait, il finira par réussir à le recharger, soit disant en court-circuitant la batterie. Soit… 

Quoi qu’il en soit, la batterie charge. 13% Je patiente environs 1h dans cet atelier, avant qu’il me rende mon téléphone chargé à 26%. Soulagement. Ce n’est pas gagné, mais la batterie semble en état! C’est une bonne nouvelle, je peux fonctionner avec ça. 

Avant de partir, je lui montre mon câble, voulant le tester. De nouveau, sans me concerter, il taille le plastique, et le métal de sécurité du câble et finalement me confirme que le câble ne fonctionne pas - actuellement, je n’ai plus aucun doute non plus… Bref, je suis trop content pour faire une scène, et il me propose de me vendre le sien d’occasion à 20 soles. Sachant que neuf ils coûtent le quadruple, et que celui-ci vient de faire ses preuves, je ne rechigne pas. Une fois sorti, je marche moins de 200m avant que l’une de mes sandales me lâche. Après avoir perdu un téléphone, un câble, voilà mes chaussures! Je me retrouve donc pied nus en pleine ville, sous le regard amusé d’une vendeuse de rue qui éclate de rire, avant de m’indiquer la prochaine adresse où je pourrais trouver des sandales. Les événements se cumulent, je commence à saturer! Passant devant un magasin d’électronique ayant des câbles adéquats, je profite d’en acheter un supplémentaire; je sais trop comment les choses marchent ici, je ne veux pas me retrouver pris au dépourvu. 

Il est temps d’aller boire une bière méritée après cette journée. De retour à l’hôtel, je branche mon téléphone afin de vérifier ce qu’il en est: la batterie ne charge pas! Mes sueurs froides recommencent. Pourtant, la prise que j’utilise charge très bien mon mac! Je stresse. Le temps de prendre l’autre câble que je viens d’acheter, et de refaire le branchement… celui-ci charge! 1%. 2%. Puis beaucoup plus… ça marche! Je suis soulagé, même si encore sur mes gardes jusqu’à ce que je soit convaincu que la batterie fasse ses preuves plusieurs jours de suite. 

Plazza de Armas - Iquitos, Pérou.

Nous sommes samedi soir. Je repars au Malecon, il est temps de profiter un peu de cette journée. Arrivé à la Plazza de Armas, au centre, il y a foule. Le monde sort, vendeurs ambulants, stands de nourriture, artistes de rue… Les filles sont superbes, magnifiques: simples, un léger maquillage, leur peau tannée, leur jambes, fines et sensuelles, en talons. Elles portent toutes des jupes très courtes, des shorts moulants qui descendent à peine plus bas que le pubis, ou des robes moulantes, les épaules dégagées, des décolletés aguichants, et des attitudes sensuelles. Je suis amoureux à chaque pas: une belle femme, ce qu’il y a de plus magnifique, et de plus terrible à la fois…

Depuis le Malecon, en une rue, la ville s’arrête et laisse place à la jungle. La vue sur la jungle qui s’étend devant est incroyable… Je profite de l’ambiance, me ballade, bois un verre, j’adore cette ambiance, cette vie… 

 

Dimanche 20 août, Iquitos 

Au matin, on me confirme que malgré ma demande de prolonger mon séjour suite à mes incidents de la veille, je dois quitter ma chambre. Soit. Le destin ne me facilite vraiment pas les choses, et me pousse à partir. Je trouve un hôtel à moins d’1km, moins cher, et avec piscine. 

Ancienne maison de maître, avec une architecture improbable, une salle de bain plus grande que mon salon, des meubles en bois immenses datant d’une autre époque. Et je suis seul! Un hôtel pour moi. Des sensations qui se partagent entre Shinning, et luxe. Je profite de la piscine; la dernière fois que je suis entré dans une piscine doit remonter à environs une année… C’est tellement agréable, l’eau est chaude, fraîche. Je profite, me relaxe… 

Je pars pour le centre, prendre un café, en voulant profiter d’internet pour régler la suite du voyage. Le wifi se comportera très bizarrement, et je n’arriverais pas à me connecter: frayeur à nouveau, et si les réparateurs de la veille avait abîmé l’antenne?… Le sort s’acharne… Je ne sais pas comment interpréter ça: dois-je ne pas m'arrêter, continuer mon chemin au plus vite comme prévu, ou au contraire me laisser porter et accepter la situation sans lutter. Pour la première fois de mon voyage, rien n’st fluide, je me sens perdu, j’ai de la peine à me décider; j'ai l'impression que les choses vont de travers. 

À 17h, je rejoins les locaux qui descendent dans le lit du fleuve, et j’irais marcher au bord de la jungle, et du rio Italia. La lumière est magnifique, douce et constatée à la fois. Les herbes paraissent fluorescentes. Un magnifique coucher de soleil à nouveau, strié de lignes droites en plein ciel. Deux carcasses de bateaux, cargos rouillés, attendent là, au milieu des herbes. Et les maisons sur pilotis qui bordent la ville, à plusieurs dizaines de mètres de hauteur. L'Amazonie… 

Ambiance moite, lourde, cette chaleur humide, et ces lumières tamisées, ces ventilateur, ces palmiers, ma bière tiède sur laquelle l’humidité se condense. Si typique, à se croire dans un film… J’aime cette ambiance. Se balader ensuite en ville, c’est dimanche soir, et l’activité est encore plus intense que la veille. 

 

Lundi 21 août, Iquitos 

Réveil tôt, et petit déjeuner. Je suis prêt à partir pour Belén, bidonville flottant en bordure d’Iquitos, quand le responsable de l’hôtel se présente. En quelques mots, nous parlons de la Selva, la jungle, et il me met en doute pour mon guide. En discutant un peu plus, une pluie torrentielle commence, ruinant ma possibilité d’aller à Belén. Décidément, rien n’est fluide ici à Iquitos, tout ce que j’entreprend se complique. Après de nouvelles recherches, discussions, prises de tête, il semble qu’effectivement ce qu’il me propose soit plus authentique, plus ce que je recherchais. Frustration, incompréhension, doutes… 

Alors que je suis arrivé à Iquitos avec un programme et l’adresse d’un guide, que tout s’annonçait simple, et que je me sens vulnérable à l’idée d’essayer l’Ayahuasaca, c’est le moment le plus compliqué de mon voyage. Rien n’est évident. Je ne sais pas quoi faire… 

Je décide d’écouter le conseil reçu récemment d’une amie, de laisser les choses aller. Le hasard m’à poussé ici, je décide de lui faire confiance: je m’inscris pour le tour avec ce guide et l’expérience de l’Ayahuasca. On verra. J’espère ne pas me tromper… 

 

Mardi 22 août, Iquitos 

8h30. Prendre la route jusqu’à Nauta, environs 3h, tassés à 4 dans un minibus, avec nos sacs. Arriver dans ce village, mélange de marché, et en contrebas d’un talus boueux, le port. Charger nos affaires dans une petite barque à moteur, et descendre le fleuve plus d’1h30 pour arriver au campement, modeste maison familiale sur pilotis, cuisine au bois, et quelques chambres avec moustiquaire. Vers 16h, partir explorer la jungle. Suite aux récentes pluies, nous ne verront que peu d’animaux. La nuit tombe, nous continuons à nous balader, sans plus de succès. Et toujours incroyable cette jungle, où la vision dépasse à peine 10 mètres tellement la végétation est dense. Se perdre devient alors très compréhensible… 

Zone portuaire - Nauta, Pérou.

Zone portuaire - Nauta, Pérou.

Mercredi 23 août, Iquitos 

Partir se balader le matin au même endroit, mais toujours sans grand succès. Découvrir la végétation, des plantes médicinales utilisées par les autochtones qui guérissent le diabète ou le cancer. Couper des lianes et en boire l’eau, qui coule tel à travers un robinet. Impressionnant! Retourner au bord du fleuve, où les mouches bourdonnent dans un bruit infernal, un brouhaha comme une radio allumée. On se croirait dans un film d’horreur. 

L’après-midi, partir sur le fleuve pêcher. C’est la première fois de ma vie, et les sensations sont plutôt exaltantes. Attraper des poissons chats, des piranhas, des barracudas… Voir quelques singes au passage. 

Retourner au camps, et se préparer pour l’Ayahuasca. Car depuis longtemps que j’en entend parler, ma décision est prise, je souhaite participer à une cérémonie, et rencontrer l’esprit de l’Ayahuasca, la « liane des morts », cette boisson d’Amazonie utilisée depuis plus de 2500 ans par les chamans, qui émerveille tant de personnes et semble ouvrir les possibilités de l’esprit, et la compréhension de soi et du monde. 

Puerto Miguel - Nauta, Pérou.

Vers 19h, partir pour le village. Après avoir traverser un fleuve, long pont d’une centaine de mètres, arriver à la maison du chaman, un vieil homme de 74 ans. Celui se réveille à notre arrivée. Rien n'est prêt. Nous installons une grande moustiquaire dans la grande pièce vide, que seul occupent une petite table, un tabouret et un hamac. Il installe un matelas avec une couverture sous la moustiquaire. Nous attendons 22h, que la maison d'à côté éteigne son générateur et que le calme arrive. Nous fumons tranquillement, sans presque parler, le vieux dans le hamac. Le tabac endort et calme. Ambiance paisible, juste une bougie sur la table et l’obscurité, nous parlons peu. Peu après 22h, le générateur éteint et le village s’endormant, nous nous installons, le vieux toujours très lent et courbaturé. Il souffle le tabac sur ses potions pour les purifier, contenues dans de vieilles bouteilles de plastique et de verre. Lentement. Il prépare l’Ayahuasca. De couleur brunâtre, des feuilles hachées qui flottent à la surface, le tout dans une bouteille en plastique. Il en remplis une petite coupe en bois, à raz bord. Il me dit de la boire d’un trait, le goût étant extrêmement amer, pour ne pas vomir de suite. Je prie et fait ma demande à l’Ayahuasca, la coupe dans les mains: trouver l’équilibre dans ma vie, et dans mon corps, faisant allusion à mes allergies, et quelle direction donner à ma vie. Je bois d’un trait. Amer, mais moins pire que ce que je redoutais. 30 secondes après, une envie de vomir, réflexe; je manage. Cela me pèse sur l'estomac, mais ça va, l’envie de vomir diminue. Il me dit de fumer, ça aide, atténue le goût amer. Je médite. Il me dit de continuer à fumer pendant qu’il se met à chanter et battre le rythme avec des feuilles séchées, les fameux icaros, chants traditionnels protecteurs. L’air frais qu’amènent les feuilles et sa voix belle et claire me font vraiment du bien. Ils me guident et m’ancrent. J’enchaîne les cigarettes, et cela me pèse également, j’arrête de fumer. Après 30min, rien ne se passe, mais j’ai la sensation d'être ivre, j’ai des vertiges. Pourtant ma conscience et mes perceptions sont parfaites, à la différence de l’alcool. Il me propose une deuxième coupe puisque les effets ne se font pas sentir. Rien! L'estomac est même mieux qu'avant. Après une autre demi-heure, ne vomissant pas, il me propose une dernière coupe: je vomis de suite. C'est presque agréable, un soulagement. J'ai l'impression de me purifier. Il me souffle la fumée de tabac sur les cheveux, me purifie avec une lotion sur les cheveux, le visage, les narines. 

Je me couche, somnolence, mais pas de visions. Il me couvre de la couverture, et va se coucher dans la pièce adjacente. Je me réveille pour vomir, et avant d’avoir réalisé quoi que ce soit, en moins de 5 secondes, il est là, devant moi; je ne l’ai pas entendu arriver, il est souple, assis en face de moi, et chante. Je me couche à nouveau. J’aurais de très légères visions d’anaconda glissant dans de l’eau noire, dans la nuit. J’ai froid, des frissons glaciaux me parcours, et je sais que ce sont des symptômes normaux. Cela passe en quelques minutes. Je me réveille et vomi une dernière fois. Plus difficile cette fois, moins agréable. Au petit matin, vers 4h je perçois dans un demi sommeil un pêcheur qui vient se faire soigner avant de partir travailler. Un peu plus tard, vers 5h, des parents amènent un bébé, pleurant. Des pleurs sincères, violents. Le chaman priera pour lui. 

 

Jeudi 24 août, Iquitos 

Dernier jour dans la jungle. Le chaman me réveille à 6h, et me dirige pour un bain purificateur: une bassine d’eau et quelques herbes. Il insiste pour que je me rince avec, ne laissant aucune feuilles dans la bassine. Choc entre mon état somnolant/ivre et la douche froide, sur une passerelle de sa maison de pilotis, mais cela fait du bien: après le premier rinçage, j’apprécie! Attendre ensuite que je sèche, dans l’air frais du matin. 

30min plus tard, je me rhabille, et nous partons pour mon camp. Il marche lentement, et je me sens bien, calme, léger, même si je n’ai pas eu les visions et l’expérience que j’avais espéré. Arriver sur place, mes compatriotes constaterons néanmoins que je suis différent: je suis serein, calme, je parle peu. Ils notent la différence par rapport à ces derniers jours. Je me sens à ma place dans l’univers, les choses sont justes. Même si je n’ai pas eu ce que j’espérais, les choses sont bien. Alors que j’ai dormi moins de 4h, je me sens étrangement bien, rempli d’énergie. Non pas excité, mais juste bien, calme et énergique en même temps. Je ne sais pas si c’est le résultat de l’Ayahuasca ou de la cérémonie… 

Au camps, je découvre alors que des les deux seuls autres touristes qui sont avec nous, un couple espagnol, sont l’un psychologue et l’autre psychiatre. Hazard bizarre, la psychologie ayant toujours eu une place très importante dans ma vie. Rapport à ma demande à l’Ayahuasca, est-ce un signe ou une coïncidence? Je continue de traverser cette période trouble et incertaine de mon voyage… 

Un peu plus tard partir pour le village: les sensations sont différentes, j’ai l’impression d’avoir un contact particulier avec les oiseaux: j’ai croisé un aigle immense au campement au petit matin, sur un arbre en face. Marchant derrière le groupe, je croise alors un groupe de vautours se partageant un poisson mort, ils seront à moins de 2m. Voir un autre oiseau dans les roseaux, à 2m, qui ne bougera pas quand je passe à côté. À l’entrée du village, c’est un ara rouge que nous voyons dans un palmier, plusieurs minutes durant… hasard?… 

Rejoindre un lac couvert de nénuphars géants. Et au retour s’arrêter dans une cabane où 5 paresseux sont adoptés. Jouer avec eux. Ils se baladent, lents, affectueux. Ils ne s'animeront un peu que pour manger quelques feuilles, et deviendront dès lors plus vifs! Impressionnant de voir ces griffes qui se replient complètement sur son bras. 

Puerto Miguel - Nauta, Pérou.

Rejoindre le campement. Puis partir pour Nauta, dormir dans la barque, rejoindre une plage de sable noir, paysage lunaire, et se baigner dans le rio Marañau. L’eau est chaude… Durant notre baignade, à deux reprises le vent pousse notre barque de la rive et commence à dériver avec le courant, que nous rattrapons de justesse. 

Nous reprenons la barque, avec le capitaine, ses trois enfants et un poulet qu'il va offrir à sa famille à Nauta. Arriver à Nauta après 2h30 de voyage, prendre une voiture, et rejoindre Iquitos 1h30 plus tard… 

 

Vendredi 25 août, Iquitos 

Au matin, partir pour la Isla de Los Monos, une île-réserve dédiée aux singes appelés «new world monkey», cinq espèces actuellement en danger. Comme toujours, ne pas savoir que faire ni qui croire: le site internet de la réserve explique comment l’atteindre, mais le personnel que je joins au téléphone m’explique une autre manière d’y accéder en raison du niveau bas du fleuve. Le gérant de l’hôtel, lui, est plus que sceptique sur cette annonce, ainsi qu’un habitant, et me propose de prendre son bateau… 

Nous rejoignons alors le port des producteurs comme prévu, et le choc est violent: pauvreté, drogue et alcool, déchets, nous marchons sur une mer de plastique qui masque le sol. À la saison des pluies, l’Amazone emportera tout… Traverser cet espace et trouver un bateau qui confirme aller à l’île. Le temps d’attendre qu’il se remplisse, et nous partons. Nous arrivons à l’île après 45min de trajet, où l’on nous pose sur une plage déserte, sur cette île déserte, avant de repartir. Il faudra réfléchir au retour… 

Isla de Los Monos (Pepito, Woolly) - Iquitos, Pérou.

Isla de Los Monos (Howler) - Iquitos, Pérou.

La Isla de Los Monos - Iquitos, Pérou.

Nous marchons dans l’île, et c’est magnifique: odeurs, paysages, un groupe de singes croise notre chemin. Nous arrivons finalement au centre de l’île, et sommes accueilli par deux singes qui nous grimpent dessus sans la moindre hésitation! Quelle sensation! Nous rejoignons alors le centre, deux bâtiments, nos amis toujours sur nos épaules, et rencontrons un guide, qui nous explique comment fonctionne la réserve. Une dizaine de singes apprivoisés, et plus de 300 dans l’île au complet. Nous nous baladons dans la jungle, admirant les singes semi-sauvages, qui s’approchent de nous à la recherche de nourriture, l’un de nos compagnons toujours sur les épaules. Passer la journée entière sur place, à jouer avec les singes, et se faire inviter à manger par les gens de l’île. Je suis alors très intéressé à faire un volontariat d’une semaine sur l’île, pour m’occuper des singes… 

Finalement, profiter d’un bateau qui relie l’autre côte (Indiana), où nous arrivons juste avant une tempête de pluie. 30min plus tard, nous serons dans un autres bateau - enfin rempli! - et prendront le chemin du retour sous une pluie torrentielle. 

 

Samedi 26 août, Iquitos 

Belén - Iquitos, Pérou.

Au matin, partir pour Belén, et son marché. Bidonville flottant de 7000 habitants, les plus pauvres de la ville. Quartier entier flottant sur les eaux durant l’hiver, et posé sur la boue et les détritus durant l’été. Les maisons se retrouvant posées à même le sol, selon son dénivelé, parfois complètement de biais. Néanmoins, Belén possède un marché très populaire: ici s’échange les marchandises provenant de la jungle, et sur les étalages s’étalent aphrodisiaques, remèdes, psychotropes, tabacs, serpents, poissons, fruits, larves grillées, alligator en morceaux, piranhas… Entre le monde et la nervosité des gens, le bruits, les odeurs, le choc est frontal, direct. Savoir aussi que le coin, si accessible durant la journée, et à éviter absolument dès la fin d’après-midi, trop dangereux. Je m’aventure quelque peu hors du marché, m’enfonçant dans le quartier. Une première approche me fait découvrir ce monde étrange de rues humides et emplies de détritus que la prochaine saison des pluies nettoiera, et d’un quartier entier sur pilotis, que l’on voit du sol, levant les yeux, à plus de 3m de hauteur…

Belén - Iquitos, Pérou.

Belén - Iquitos, Pérou.

Belén - Iquitos, Pérou.

Belén - Iquitos, Pérou.

Drôle de sensation de marcher dans ces rues et de savoir que tout ce qui s’y trouve sera inondé par environs sept mètres d’eau par rapport au niveau actuel! Un concept que mon esprit conçoit, constatant par moi-même les marques du niveau de l’eau, mais impossible à appréhender, tellement cela dépasse mon entendement: 7 mètres d’eau!

Belén (Visible, la marque du niveau de l'eau à la saison des pluies) - Iquitos, Pérou.

Et sentir que si je suis toléré dans cet espace, je n’y sis pas non plus tout à fait à ma place. 50 mètres plus loin, alors que je sors mon appareil photo, un vieil homme me conseille de rebrousser chemin. Un autre, moins d’une minute plus tard, sur un ton qui sera à peine un peu trop sournois, me conseille de continuer, que le quartier est sympa; un jeune passant derrière moi au même instant me chuchotera à l’oreille de ne pas continuer dans cette direction; il ne m’en faudra pas plus, le message est reçu: je suis sur la tangente, ne pas aller plu loin. Nous sommes au milieu de la jungle, avec une police inexistante, ancienne place tournante de drogue, et si les choses se sont beaucoup apaisées depuis ces dix dernières années, nombre de cadavres ont rempli le fond du fleuve. Les filles continuent de tomber enceintes à treize ans, les familles sont parsemées par les ruptures, les magouilles omniprésentes, et le passé sulfureux d’Iquitos est encore bien palpable. Ce n’est pas le moment de se faire dérober, le message est assez clair. En revenant sur mes pas, je rencontre un guide qui me propose de l’accompagner, vivant ici-même. Après de dures négociations sur le prix (j’ai l’avantage d’être le seul touriste, je suis en position de force), nous partons pour Belén, le vrai. Impressionnant quartier, d’une pauvreté extrême, posé sur une montagne de détritus plastiques, et de maisons flottantes entassées en vrac. Si lors des pluies Belén doit avoir un charme plus que certain, à la saison sèche il ressemble à une de ces glace fondue lors de ces jours de canicule: ses barques renversées dans l’herbe, ses maisons posées sur le flanc d’un talus, ses détritus que le fleuve devrait emporter, ses bateaux qui rouillent sur le flanc… 

Malgré tout, j’aime cet endroit, de ces choses qui, bien que dangereuses, pauvres et désemparées, me fascinent… 

De retour au marché, sniffer une poudre de tabac à l’aide d’une pipe formée de deux embouts, l’un dans la narine, l’autre dans la bouche, que l’on utilise pour souffler la poudre dans les sinus: l’effet ne se fait pas attendre, les larmes aux yeux, le nez se débouche en un clin d’oeil, et en moins de 15 secondes, je suis aussi ivres que si j’avais empilé quelques whisky, ce qui fera rire sans retenue ma vendeuse… 

Trainer dans le marché, puis rejoindre le centre. Tout comme ces latinos qui passent du rire aux larmes sans transition aucune, sur moins de 100 mètres je passe du quartier le plus pauvre, de son marché populaire, à des magasins de marques, chose rarissime ici. Moins de 50 mètre à peine séparent un lieu où je peux marcher à l’aise, d’un autre où il m’est vivement déconseillé de m’aventurer… 

Marché de Belén - Iquitos, Pérou.

Marché de Belén - Iquitos, Pérou.

Marché de Belén - Iquitos, Pérou.

Marché de Belén - Iquitos, Pérou.

Iquitos. Une ville hypnotisante, au soleil humide, à la pluie tiède, qui m’attire comme la lumière pour un insecte, attirante et dangereuse à la fois… J’avais prévu de n’y rester qu’un ou deux jours. Et des forces extérieures m’ont obligées à rester, et à vivre une réalité très éloignée de mes plans. Hasard? Coïncidences?… Quoi qu’il en soit, je ressens une énergie particulière dans cette ville loin du monde, c’est un moment étrange de mon voyage. 

Étrange aussi, car les jours passés ici auront donné le temps à une de mes connaissance de me contacter: un de ses aïeul ayant vécu ici et y ayant peut-être eu une deuxième famille… Alors, durant ces jours, partir à sa recherche, consulter les annuaires à travers quelques hôtels de luxe, me renseigner auprès de locaux, me rendre au cimetière général, et finalement y trouver une tombe, ainsi que le registre du cimetière. Des locaux continuant de m’aider, ils me dirigeront vers le registre de la ville. Un sourire à la responsable du registre des habitants me permettra finalement de trouver une adresse… Iquitos, décidément troublante, comme un songe irréel dans cette moiteur, de ces sensations propre à l’Amazone où la réalité a tendance à s’estomper. Qui sait ce qui se sera passé pour moi ces quelques jours, mais je suis heureux d’avoir pu être soudain utile, que ce séjour trouble ait trouvé du sens travers ces recherches. J’espère avoir été opportun, et que ces recherches porteront leurs fruits, et pourront s’avérer utiles… 

 

Dimanche 27 août, Iquitos 

Je dois planifier la suite de mon voyage, et l’éventuel volontariat dans l’ile des singes. Après avoir vérifier les billets d’avion, et la suite du voyage, les possibilités sont multiples. Tant de possibilités, que j’en ai le vertige: prolonger la Colombie ou non, partir en Asie, laisser tomber mes projets à Madagascar… Je me perd, avec une connexion lente qui m’empêche d’être efficace dans mes recherches. Profiter de la piscine pour m’éclaircir les idées, et tenter de rationaliser, éliminer les possibilités: je ne peux pas prolonger la Colombie, le climat sera mauvais. Du coup, la question se pose entre l’île et la Colombie. Puis pour la suite?… J’ai de la peine à définir mes envies, j’ai le vertige, je pars en vrille. Je surchauffe. 

À midi, manger dans le quartier, pour 5 soles, dans la rue, des pâtes avec du poulet. Retourner à mes prises de têtes, et essayer d’être efficace, prendre des décisions. Le soir, manger pour 2,5 soles, un hamburger avec frites et salade. Toujours étonné de la différence de prix entre des zones touristiques et ici: ma pizza le premier soir, dans le centre touristique, m’a coûté plus de 40 soles… 

Et comme tous les dimanches soir en Amérique latine, la fête bat son plein. Je passe près d’un centre où des groupes de musique mettent l’ambiance à renfort de cumbia et de salsa, accompagnés par des filles dansant presque nues, sexy. Ne pas résister, et me laisser emporter, envie de vivre chaque instant, de profiter de la fête alors même que je m’étais promis de rentrer rapidement pour mettre au clair la suite. Admirer ces filles superbes, sensuelles et remplies de joie de vivre en dansant. Une fierté de se montrer, de jouer, que l’on ne retrouve chez nous plus que chez les enfants… Je pourrais les regarder des heures… 

Cela me déchire de partir, de quitter Iquitos. Pas juste la nostalgie, un vrai déchirement. Que je ne peux pas expliquer. Le fait que je me sente bien ici, je me sens chez moi, en terrain connu, dans cette ville où se mélange ancienne aristocratie, passé sulfureux, vie intense d’Amérique du sud… 

 

Lundi 28 août, Iquitos 

Ne pas arriver à me décider concernant la Isla de los monos. Je souhaite y aller de tout mon coeur, et ma raison est très claire que je n'ai pas de temps à y consacrer, qu'y aller serait une erreur. 

Ne pouvant me décider, je choisi de remettre cela aux mains du destin. Arrivant devant l'office de la réserve, la porte est fermée : je sonne. Personne ne répond. Je sonne une deuxième fois. Toujours aucune réponse. Ainsi soit-il. Frustré et apaisé à la fois, je reprend ma route. Repassant sur mes pas une dizaine de minutes plus tard, je verrais alors le responsable entrer dans l'office! 5 secondes plus tôt ou plus tard et je n'aurais rien vu. Satané destin! Mais désormais mon choix est fait, je me suis fait à l'idée d'abandonner ce projet, même si cette dernière vision me fait douter à nouveau… Iquitos m’aura troublé jusqu’à la fin. 

Cette frustration me permet néanmoins de comprendre pourquoi je suis si attaché à cette île, elle représente tout ce qui est important pour moi: calme et sérénité; me rendre utile; des valeurs qui me correspondent, altruistes, humaines et écologiques, qui ont du sens. Chose qui me manque dans ce voyage où je me sens trop égoïste. 

Prendre un moto-taxi jusqu'au port des pêcheurs, d'où partent les « lanchas », ferrys lents qui défendent l’Amazone. À nouveau, bref bout de plage boueux où attendent les bateaux. Quelques planches pour y monter, et ces hommes, comme des mules, qui chargent déjà les marchandises. On y monte et descend comme dans un moulin, certains s'installant déjà alors que le bateau ne partira que dans 9h. Pour certains se rendant au Brésil, c’est plus de onze jours de bateau qui les attendent… 

Retourner en ville, chercher mes affaires, boire un dernier café. Vers 15h, retourner au port, acheter un hamac et grimper sur le bateau; je serai le seul « gringo ». J’installe mon hamac, et ma première impression plutôt agréable s’efface vite lorsque je vois le bateau se remplir: nous serons environs 300 à 400 hamacs, certains collés le long des fenêtres, ou au dessus, dessous des autres. À cela, s’ajoute une centaine de personnes, familles et jeunes enfants, nouveaux nés de quelques mois ou semaines pour certains, qui dorment à même le sol, sous les hamacs. Je redoute soudain que mon hamac ne se détache, et que je les écrase en tombant. À cela s’ajoute le balais des vendeurs, femmes, enfants, hommes, qui montent à chaque arrêt pour vendre journaux, papier toilette, nourriture, boisson… 

L'Amazone - Iquitos, Pérou.

L’occasion de manger quelques bons plats, et de voir chacun jeter par dessus le bord les emballages plastiques, les bouteilles vides, les pampers… L’Amazone, compilant, portera le tout jusqu’à l’océan, des milliers de kilomètres plus loin. 

Regarder ces enfants qui jouent, ces comportements affectueux et rudes à la fois, où l’on hésite pas à pousser un enfant, où les femmes s’adressent aux hommes pour monter et défaire les hamacs. Et où ces jeunes mamans de moins de 20 ans, superbes et maternelle, ou ces jeunes couples de 20 ans, encore si jeunes, beaux et doux. Ce garçon de 10 ans, malade, vomissant par dessus le bord, et qui montera malgré tout trois hamacs pour ses soeurs et lui, ainsi que plusieurs aller-retours pour leur marchandise, leur mère les rejoignant plus tard, et la soeur ainée s’occupant de deux jeunes dernières. 

Plusieurs réveils dans la nuit, entre les gens qui viennent et qui partent, le froid surprenant, et le stresse de me faire voler mes affaires. D’autant que le moteur lors des arrêts, alors à fond, ne laisse guère l’occasion de continuer à dormir… Au matin, réveil vers 4h. Nous sommes déjà moins de monde. Le déjeuner se fera attendre et ne sera servi que vers 8h. Une bouillie - pas si mauvaise - et un bout de pain. De quoi caler l’estomac jusqu’à midi, aidé par quelques bananes achetées avant le départ. 

 

Mardi 29 août, Iquitos 

Passer la journée calme, à lire, dormir, regarder le paysage. Voir quelques dauphins… Et essayer de comprendre la vie de ces gens. Des gens qui croient que « Suiza » est une ville, que l’on y parle anglais, ou espagnol. Qui me demandent quelle langue parlent les américains, et les anglais, et les British… En fin de compte, cette journée entière à ne rien faire, coincé sur 20 mètres carrés, passera finalement très vite. Le soir, griller mes derniers soles en achetant quelques plats de nourritures, et empadanadas. Je garde une petite réserve, sachant que le Pérou est doué pour les frais inattendus, ou plus chers qu’imaginés. Il me faut encore de quoi faire tamponner mon passeport, et traverser jusqu’à Leticia. 

Vers 20h, se glisser dans le hamac, et s’endormir assez vite malgré l’agitation… 

 

Mercredi 30 août, Leticia 

L'Amazone - Santa Rosa, Pérou.

Premier réveil vers 4h du matin. Nous sommes à Caballococha, bourgade d’importance, et dans un demi sommeil, j’observe la presque moitié du bateau défaire ses hamacs et faire ses bagages. Sous les projecteurs du bateau, j’observe le débarquement des marchandises, qui durera plus d’une heure: tôles ondulées pour les habitations, porcs, poulets en cage, poissons que l’on sort de glace dans de grandes boîtes en bois après 3 jours de voyage. De ces nombreuses barques « les peqepeqe », qui viennent chercher ceux qui arrivent, famille, parents. À voir une femme charger son nouveau matelas sur une de ces barque, et l’autre son nouveau frigo, tous ces gens de villages isolés qui sont partis acheter leur nécessaire à Iquitos, la ville. Drôle et presque surréel. Loufoque. Mon voisin me confirme que nous arriveront à Santa Rosa vers 10h, arrivée originalement prévue à 6h. Je peux donc couper mon alarme prévue à 4h45, et me détendre encore un peu… 

Nouvel arrêt et semi-réveil vers 6h, puis je me rendors. Ce n’est que vers 6h30 que je me fais réveiller par le cuisinier qui m’apporte le petit déjeuner: sur un plateau, de nombreuses tasses en plastique contenant une sorte de cacao à l’eau, et deux rondelles de biscuit. De quoi caler un peu, même si le fond de la tasse, particulièrement granuleuse, finira par dessus le bord. J’observe ce paysage qui passe, toujours lent. À la manière de la route en Patagonie, mais cette fois si en bateau. Monter à la proue, ou personne ne parle, loin des cris des enfants, et du bruit du moteur, juste quelques vieux qui regardent passer le fleuve. Sentir le vent frais, me sentir serein. Rester de longues minutes. 

Puis revenir sur le pont, vers mon hamac, afin de vérifier que mon sac soit toujours là. Je regrette de ne pas avoir un compagnon pour que nous puissions surveiller nos affaires réciproquement: cela me permettrait de sortir mon appareil photo sans peur. Les 2 fois où j’ai demandé à mes voisins de les surveiller, je les ai vu quelques minutes plus tard se balader ailleurs… Rejoindre mon hamac, avec ce bruit lourd du moteur, les cris et pleurs des enfants, les bruits de métal est de tôle, les bruits des poulets et des porcs, de la musique… Un brouhaha assourdissant, mais que je n’entends presque plus à force… Et dans cette moiteur se mélange encore les odeurs, transpirations, parfums, nourriture… 

Arriver à Santa Rosa, décharger, et dire au revoir à mes voisins de hamacs. Petit village d’une rue, qui fête aujourd’hui son 43ème anniversaire. Après le port - nouveau talus boueux sans aucune infrastructures -, c’est une petite marche de 10min qui nous amène au village, où défilent militaires, policiers et écoliers, tous au pas, synchronisé, les maîtresses guidant tant bien que mal les tout jeunes, encore un peu trop indisciplinés. 

Dégoulinant de sueur, trouver le poste de contrôle, et faire tamponner mon passeport. Ironie, le fond d’écran de l’ordinateur de ma douanière montre un paysage enneigé… 

Retourner au port, et prendre une barque pour traverser le fleuve jusqu’à Leticia, Colombie. 10 minutes plus tard, je pose le pied sur le sol Colombien. Le poste de contrôle est fermé, je me rendrai le lendemain à l’aéroport pour officialiser mon entrée au pays. Je suis au milieu de l’Amazonie, le long du fleuve du même nom, à l’endroit où se rejoignent le Pérou, la Colombie et le Brésil… 


Juillet.

Volcan Chachani (6075m) - Arequipa, Pérou.


Cusco. 

Mercredi 5 juillet, Cusco

Terminal de bus. 5h du matin. Poser les pieds sur le sol péruvien et se faire instantanément harcelé pour de la nourriture, des taxis… Si je commence à avoir l'habitude, ils sont cette fois-ci particulièrement insistants. Sortir du tumulte, et prendre un petit café en bordure du terminal. Un vrai café! Non pas soluble comme ils l'étaient en Bolive. 

Je ne le sais pas encore, mais ce sera ce que représente pour moi mon séjour au Pérou: un confort accru, une qualité soudain retrouvée, mais entouré d'un intérêt extrême pour l'argent, une façon légale ou non de vous soutirer le maximum de ce qu'il est possible. Ce pays me laissera un petit goût d'aigre-doux (la partie aigre plus prononcée)… 

Prendre un taxi, arriver sur la place d’armes au lever du soleil. La place est vide, la ville dort encore. De ces moments que j’aime, hors du temps, privilégiés. Devoir attendre jusqu’à midi que l’auberge me permette de faire le check-in, alors m'installer dans un café… Enfin un de ces moment attendu, un vrai café, internet en état de marche… je me fais plaisir, écris, me pose. J'y resterai entre 4h-5h. 

Au milieu de la journée, le contraste est frappant! La place est envahie de touristes, en pantalons de treck, chapeaux et chaussures de marches! Nous sommes en plein centre ville, je suis en Jeans et Converses… Après tous ces mois hors saisons et dans une solitude relative, le choc est violent; il doit y avoir trois à quatre touristes pour un Cusqueño. En marchant dans la rue, je suis harcelé pour des massages, des restos, des peintures, de la marijuana… Les magasins emplissent les rues, vendant du matériel électronique, des habits de marque… J’ai l’impression d'être rentré en Europe, tout est presque trop facile. J’ai envie d'acheter nombre de choses, juste pour le plaisir de pouvoir le faire, parce que c’est la première fois depuis longtemps que je n'ai pas eu cette possibilité. Apprécier ce soudain regain de confort, d’organisation, qui rend ma vie soudainement plus facile et agréable. Et se confronter à ce tourisme de vacanciers, qui parlent anglais, et ne sont là qu’une à deux semaines le temps de voir le Machu Picchu. 

Plaza de armas - Cusco, Pérou.

Découvrir cette ville, sa richesse et les premières traces flagrantes des Incas. Voir ces murs de pierres, où les pierres taillées et patiemment poncées sont agencées en un puzzle savant; un Tetris grandeur nature, et vieux de plus de 1'000 ans. 

Voir au coin de rue ces fliquettes sexy, maquillées, qui pianotent sur What’s app à longueur de journée. Ou ces caissières, serveuses, guides, qui vous font attendre, le sourire au lèvre, le temps qu’elles finissent d’écrire leur mot doux! 

Et le soir, voir ces policiers dans les rues, donnant du sifflet, mais n’organisant rien. Avec un panneau vert/rouge, véritable feu de signalisation vivant. Ou les voir au milieu de rues droites, sans croisement aucun, parfaitement inutiles, faisant signe aux voitures de continuer à avancer… 


Cerro Vinicunca.

Dimanche 9 juillet, Cusco

Cerro Vinicunca / Rainbow Mountain (5200m) - Cusco, Pérou

Partir pour la « Rainbow Mountain », le mont Vinicunca de son vrai nom, à plus de 5200 mètres d’altitude, montagne colorée de multiples couleurs par ses différents minerais. Départ de l’hostel prévu à 3h du matin, pour ne finalement quitter la ville qu’à 5h. Arriver sur place, le temps de prendre un petit déjeuner et de commencer l’ascension. La communauté locale louera des chevaux aux plus fatigués, faisant ainsi la montée et descente plusieurs fois par jour. Je monterai ainsi à pied, aux côtés de femmes en bottines et maquillées, se prenant en selfie sur leur monture, et paraissant aussi exténuées que si c'est elles qui portaient leur monture… 

Arriver au sommet, non sans sentir le souffle manquer, et soudain le vent souffler à nouveau. Dans le froid et le vent, c'est un nouveau record pour moi! J’ai désormais passé les 5'000 mètres d'altitude! Profiter du sommet, manger un Kinder Bueno ici à 5200 mètres! Puis, avec le guide, et deux autres membres du groupe, le temps nous manquant, nous sprinterons, à 5'000m d'altitude, jusqu’à l’ouverture de la vallée rouge, plus loin… 

Voir une femme péruvienne de notre groupe, la trentaine, au physique parfait et sexy au possible, sans sac ni accessoire, parfaitement adaptée, voyageant avec sa fille de moins de dix ans. Alors que nous, occidentaux, ne ressemblons à rien sous nos divers couches d'habits, d'équipements et de sacs, elle est en tenue moulante, libre, maquillée alors même qu'elle s'est levée à 2h du matin, avec une enfant obéissante et heureuse malgré la fatigue. Elle m’impressionne, par sa légèreté, sa facilité d'adaptation, son organisation: sa liberté!

Il me reste beaucoup à apprendre… 


Salkantay treck. 

Lundi 10 juillet, Mollepata

Le lendemain, partir pour le Salkantay treck, nommé l'un des 25 plus beau treck au monde d'après le National Geographic. 5 jours de marches qui m'amèneront au Machu Picchu. 

Salkantay treck - Cusco, Pérou

Le premier jour, nous chargerons une partie de notre équipement et nourriture sur des mules qui nous accompagneront. Pas plus de 6kg par personne. Petit groupe sympa, nous commençons à monter dans un paysage vert et chaud, mais très vitre la végétation se fait plus rare et laisse place à un paysage de montagne. Nous atteindrons le refuge en début d'après-midi, le temps de s'installer et de continuer en direction d'une lagune, un peu plus haut: la Laguna Humantai

La nuit sera froide. 

 

Mardi 11 juillet, Salkantay

Dans le froid du matin, le paysage montagneux se mélange à une lumière dramatique qui traverse les nuages et nous donne l'impression de se retrouver dans un décor du Seigneur des Anneaux. Nous commençons à monter dans le froid, le soleil se levant timidement. Nous montons, atteignant le col de Salkatay, à 4'600 mètres, son sommet enneigé nous dominant. Le vent, le froid et la neige sont à nouveaux nos compagnons. Arrêt à hauteur du col, le temps pour notre guide de nous initier à une cérémonie de Pachamama (La Terre Mère) en Quechua, à l’aide de feuilles de Coca, d’alcool, invoquant les divers esprits des peuples Incas, tels que l’esprit du Condor, du Puma, ou du serpent… 

Salkantay treck - Cusco, Pérou

Nous commençons la descente de l'autre versant, laissant place à un paysage de mousses et de pierres, nous projetant soudain au milieu de l'Irlande. La descente continue, nous emmenant sans que nous en ayant conscience dans un paysage de jungle, où l'air froid de la montagne a laissé place à un air chaud et humide, et où nous marcherons soudain silencieusement, à la recherche des colibris qui volettent le long du sentier… 

 

Mercredi 12 juillet, Santa Teresa

La descente continue, longeant le fleuve. Nous aurons droit à quelques peintures de guerre faites par notre guide à l’aide de baies sauvages, de se faire humilier lors d'un match de foot Pérou/Europe à 3000m d'altitude, et de profiter de l'ambiance de ce groupe extraordinaire! Arriver au refuge, manger, profiter des hamacs, boire un café cultivé ici même, et prendre un bus qui longera avocatiers, caféiers, fruits de la passion, pour nous enmener à Santa Teresa, l’occasion de se baigner dans des bains thermaux naturels, et première "douche" depuis notre départ… 

Salkantay treck - Cusco, Pérou

Au retour, faire la fête, aidé d'Inca tequila, dansant jusqu'au milieu de la nuit, et terminant au Club du coin, totalement désert avec PM et Tanguy. Merci les gars! 

 

Jeudi 13 juillet, Hydroelectrica / Aguas Calientes

Partir au matin pour la plus grande tyrolienne d’Amérique du Sud: 5 lignes, dont un pont suspendu, des lignes de 500m à 1000m de distance! L'occasion de sensations fortes, que ce soit la tête en haut, en bas, à l'horizontal… 

Arriver ensuite à Hydroelectrica, avant poste le long des voies de chemin de fer, où quelques étales nous permettent de manger. Puis, à pied, suivre les voies de chemin de fer en direction d'Aguas Calientes, la ville située au pied du Machu Picchu. Aujourd'hui, les enseignants en grève*** auront bloqués les trains -seul accès au pied du Machu Picchu et levier important sur le gouvernement- poussant les poteaux électriques sur les voies. Les trains ne circuleront pas, tout le monde longeant les voies sur plus de 10km, jeunes, vieux, vieux en fauteuils roulant, malades, touristes, locaux, porteurs… 

Une écharde dans le pied me gène un peu, qui se cassera en essayant de l’enlever. Peu importe, nous arrivons à Aguas Calientes, ville artificielle dédiée au tourisme, dans la soirée, le temps de manger et de nous coucher tôt: le lendemain matin, le départ pour le Machu Picchu est prévu à 4h. 

***Depuis que je suis arrivé au Pérou, les enseignants sont en grève. Des grèves violantes, bloquant routes, sites, accès. Nombreux sont les touristes (et les locaux) qui devront faire avec, et modifier leurs plans. Leurs motivations: après 8 années d'études financées par leurs propres moyens, leur salaire est 3x moins élevé que celui de la police (corrompue), pour laquelle il n'est demandé qu'une année de formation, payée par l'état. 

 

Vendredi 14 juillet, Machu Picchu

Partir à 4h00 du matin. Dans le noir et le silence, nous voyons l’ensemble de la ville qui s’éveille et marche en silence; les uns en direction du pont reliant l'accès au Machu Picchu, les autres commençant la file d’attente des bus qui y montent. En moins de dix minutes, des centaines de personnes font la file. Arriver au pont vers 4h30, entre trente et 50 personnes devant nous, et attendre l’ouverture prévue à 5h. 

L’ouverture se fait, contrôle des billets et des passeports, et nous commençons l’ascension des marches. Tout le monde se précipite dans la montée afin d’arriver les premiers au Machu Picchu. Plus expérimentés, nous partons légés, en t-shirt dans le froid, à notre rythme, un petit groupe de trois, Tanguy, Hugues et moi. Moins de dix minutes plus tard, nous aurons déjà dépassé la moitié des gens nous précédant, qui s’arrêtent, partis trop vite, ou pour enlever leurs couches d’habits. Nous maintenons notre rythme, soutenu mais pas exagéré, dépassant un à un ceux qui nous précédent. Nous monterons les 1700 marches en 40min, et arriverons respectivement 7, 8, et 9ème au Machu Picchu, tous les trois trempés. 

Machu Picchu - Aguas Calientes, Pérou

Entrer sur le site, admirer le soleil se lever à travers les montagnes et les ruines, un moment particulier. Une visite guidée du site nous permet de mieux l'appréhender, de comprendre son architecture. À la fin de la visite, il sera temps pour le groupe de se séparer. Il est temps pour moi de passer à la deuxième étape, la Montaña (Cerro Machupicchu) dominant le site, mon billet actif jusqu’à 10h. Nous arriverons avec PM à 9h55, et timbrerai mon passage à 9h59… 

Ce sont 1900 nouvelles marches qui nous attendent. Nous montons rapidement, fierté masculine oblige, et 50min plus tard, à 300 mètres du sommet, PM fait un malaise. Position de sécurité, mais cela ne sera pas suffisant; ses bras et ses mains se paralysent suite au manque d’oxygène. Je me sens très vite dépassé, et à plus d’une heure du premier secours, la situation peut vite devenir critique. Je parcours les escaliers au pas rapide, appelant de l’aide! Je trouve un infirmier français, plus que bienvenu, qui nous aidera. 20 minutes plus tard, PM en meilleur état, je profite de vite monter au sommet, puis de redescendre. Arrivé sur place, PM a retrouvé meilleure forme, et nous redescendons gentiment. 

Machu Picchu - Aguas Calientes, Pérou

Arrivé sur le site, je resterai sur place jusqu’à 15h, malgré un billet normalement limité à 12h. Car le Machu Picchu s'est vu depuis le 1er juillet doté de nouvelles mesures par l'UNESCO: en effet, le site s'abaisse de 3cm par année dû à l'abus de tourisme: plus de 12'000 personnes sur place le même jour l'année passée. À nouveau, un de ces profits démesuré que je rencontre au Pérou… 

Le blocage des trains aura au moins eu l’avantage de limiter le nombre de touristes sur le site. D’après les guides, il y aura ce jour-là deux fois moins de personnes qu’habituellement; même si habitué à voir très peu de monde, j’aurais l’impression de voir de nombreux touristes… 

Redescendre à Agua Calientes… 

Plus de 7'200 marches plus tard, après un treck de cinq jours, il est enfin temps de retrouver les copains restés sur place pour une bière bien méritée et un bon repas! 

 

Samedi 15 juillet, Aguas Calientes / Hydroelectrica

Petit déjeûner dans une boulangerie française, plaisir suprême de gastronomie, où deux cafés, un pain au chocolat et un croissant plus tard, nous reprenons la route pour Hydroélectrica. Cette fois-ci, l’écharde toujours présente, qui forme désormais une cloque d’une bonne taille me fait souffrir. Les 3h de descente le long des voies de chemin de fer, sur les cailloux, se fera douloureusement. Ce sera aussi l’occasion e retrouver Lucas en route, l’infirmier de la veille. 

L’occasion aussi de cueillir quelques avocats sauvages en route, et de traverser les tunnels des voies, cette fois-ci les trains circulant. Nous ne faisons pas les malins, les trains ne ralentissant pas, et l’espace entre les trains et le bord du tunnel ne nous laissant guère que quelques dizaines de centimètres. 

Arrivé à Hydroàlectrica, le temps de manger nos snacks achetés au départ, et d’essayer de trouver nos bus dans cette jungle de minibus où chacun hurle le nom de ses clients, ou l'a inscrit sur des feuillets… un joyeux bordel comme à l’accoutumée. 

Les routes du retour seront également chargées de rocs, autre souvenir des professeurs. Nous arriverons finalement à 22h30 à Cusco, fatigués après cette semaine intense. 

Le lendemain, nous nous retrouvons avec une partie du groupe. La journée sera calme, nous avons tous besoin de souffler. Après un bon repas végétarien, nous partirons en direction de St-Blas, le quartier bohème de Cusco, où un couple de français tient une crêperie et propose le meilleur chocolat chaud d'Amérique du sud qu'il m'ait été donné de goûter… 

Le lendemain, je ne peux plus poser mon pied par terre. La cloque, sur laquelle j’ai du marcher durant ces derniers jours sans pouvoir m’en occuper, me fait réellement souffrir. Il est temps de la nettoyer correctement, et m’impose un repos forcé, bien que bienvenu… 


Reserva Tambopata / Les trois grâces

Mercredi 19 juillet, Cusco

Au petit déjeuner, donner quelques conseils à trois filles françaises qui me proposent de les rejoindre le soir pour manger.

Le lendemain, au matin, se décider à se poser un peu, avant de quitter Cusco. Je réserve deux nuits supplémentaires, et me prépare. Les filles m’écrivent et me proposent de les rejoindre pour partir en Amazonie avec elles aujourd'hui même; je décline. Elles insistent, redoutables et ingénues, à tel point que finalement je cède. Redoutables. À défaut de me reposer, me voilà en train de renégocier avec l’hôtel pour annuler ma réservation (faite 15min plus tôt), tout en étant incertain d’avoir une place dans l’excursion, je passe à l’agence, vais chercher du change, confirme mon excursion, confirme mon check-out, fais mon sac, rejoins les filles pour prendre mes billets de bus. Elles auront alors des problèmes, ayant perdu une carte de crédit la veille, et la deuxième ne fonctionnant pas, j’irais rechercher à nouveau du change! Mes "trois grâces" ont la poisse, depuis déjà bien avant, et cela se confirmera jusqu'à bien après. Manger ensemble le soir, arriver au terminal, et prendre le bus pour Tambopata, réserve naturelle en Amazonie… 

Reserve de Tambopata - Puerto Maldonado, Pérou

Arriver au matin à Puerto Maldonado: l’Amazonie. Me sentir soudain de retour à la maison, apaisé. Je suis chez moi. Cette odeur, cette atmosphère humide, ces pistes poussiéreuses remplie de motos… Tout me rappelle mon séjours au sud de la forêt Amazonienne au brésil, il y a dix ans de cela. Je me sens chez moi, bien, sans pouvoir l'expliquer. Accompagné de notre guide et des trois filles qui m’on convaincues de les suivre (merci!), prendre un de ces tout-touc, barque typiquement faite pour traverser les eaux sans fond. Naviguer sur le fleuve Madre de Dios.

Manger un repas cuit dans des feuilles de la famille des bananiers, traverser des ponts suspendus à plus de 30m de hauteur, qui nous donnerons une vue magnifique sur la forêt, avant de s’enfoncer dans la réserve. Arriver à l’embouchure d’un petit fleuve où nous attendent des barques, et à l’aide de celles-ci, s’enfoncer plus encore, en pagayant cette fois-ci. Arriver à l’embouchure, nous donnant une vue incroyable sur le lac Sandoval, petit plan d’eau d’un ou deux kilomètres de diamètres. Alors, observer des loutres géantes jouer et chasser le piranha durant tout l’après-midi, sous un coucher de soleil incroyable. 

Reserve de Tambopata - Puerto Maldonado, Pérou

Reserve de Tambopata - Puerto Maldonado, Pérou

Au coucher du soleil, voir des dizaines de milliers de chrysalides vides tomber des arbres, comme une neige, soit autant de papillons qui éclosent. Un peu plus tard, voir ces mêmes papillons, adultes, venir pondre dans l’eau, dans une forme de danse, laissant leurs oeufs, qui, larves vivront dans l’eau avant de grimper aux arbres le moment venu pour se transformer. Ils sont des dizaines de milliers, à venir se frotter à nos lampes, se prenant dans nos cheveux, nos habits. Le lendemain matin, nous en retrouverons des centaines un peu partout, et dans nos affaires, bottes, sacs… 

La nuit tombée, dormir en moustiquaire et être certain qu’il pleut. De fait, ce n’est que le bruits des feuilles qui tombent portées par le vent, tant et tant… 

Le lendemain, s’enfoncer plus encore dans la réserve, zone où il est recommandé de faire très attention; des serpents très venimeux sont nombreux dans la région, attirés entre autres par le sang des femmes ayant leurs règles. Mes amies -toujours aussi chanceuses- se regardent alors avec un air de dépit… 

Reserve de Tambopata - Puerto Maldonado, Pérou

En chemin, observer les fourmis découpeuses de feuilles, et les regarder travailler de manière si organisées, certaines portant les feuilles, d’autres les découpant… Voir d’autres espèces de fourmis, mesurant presque deux centimètres, dont la morsure se compare à la douleur d’une balle de fusil. Observer tant de végétation différente, en parfaite symbiose, plus ou moins amicale. Des lianes plus grosses que l’arbre qu’elle parasitent, des arbres qui « marchent » selon l’orientation du soleil, créant de nouvelles racines à plus d’un mètre du sol. Goûter termites -gout de mente-, et larves -gout de noix de coco… 

Observer de petits caïmans, des oiseaux de paradis, des martins pêcheurs, les cormorans… 

L’après-midi, reprendre la barque et aller se baigner dans le lac; à trop m’éloigner au large, le guide me rappellera; anacondas, caimants et piranhas ne sont pas si loin. Mes amies sentiront d'ailleurs quelques uns de ces derniers leur mordiller les jambes… 

Sortir de nuit, dans cette forêt qui semble faire tout sauf dormir, dans une cacophonie de chants, bruits tantôt amusant et tantôt plus stressant, observer cette vie qui arrête de se dissimuler à la nuit tombée: Singes capucins, scorpions, fourmis, araignées tigres, tarentules, serpents, crapeaux, grenouilles, tortues, phasmes, chenilles venimeuses, caméléons… Notre guide s’arrête tous les deux mètres, sa lampe découvrant quelque chose, preuve de la biodiversité incroyable de cette forêt, alors même que notre oeil non entraîné nous laisse les bras ballants, incapable de déceler le moindre animal… 

Reserve de Tambopata - Puerto Maldonado, Pérou

Reserve de Tambopata - Puerto Maldonado, Pérou

Reserve de Tambopata - Puerto Maldonado, Pérou

Le lendemain, partir à la recherche des singes. Il ne nous faudra pas longtemps pour tomber sur un groupe de singes araignées, et les observer se gaver durant plusieurs minutes. Puis, trouver un point d’eau, mélange de boue et de sable que les indigènes utilisent à la manière des éléphants pour se laver, et couvrir leur odeur lorsqu’ils vont chasser. Faire de même, s’enduire de ce mélange, et attendre patiemment 20 minutes que cette boue sèche, avant de la rincer, laissant la peau douce, ce qui fera le bonheur des filles. 

À la tombée du jour, partir à la recherche de caïmans, naviguant à la lampe torche, leurs yeux reflétant la lumière des lampes. Trouver nombre de petits caïmans encore jeunes, pouvoir les approcher à moins de 50cm, admirant leurs mouvements ondulés. 

Et au retour, dans la nuit, par hasard tomber sur un caïmans de 3m, que nous suivrons près dune heures, sur ce lac, pagayant doucement, pouvant l’approcher à moins d’un mètre!!! Moment beau et intense! 

Reserve de Tambopata - Puerto Maldonado, Pérou

Dernier jour.

Levé à 3h, et partir dans le noir. Prendre la barque pour traverser le lac, et se retrouver au milieu de l’eau, dans la jungle, sous le ciel étoilé, la Voie Lactée visible à l’oeil nu, La Croix du sud au dessus de nous, juste le bruit des clafoutis de nos rames, à regarder l’aube se lever, et entendre au loin les clans de singes hurleurs émettre une forme de chant rauque et grave, qui berce la nuit. Moment unique, particulier, sauvage et beau! 

Traverser le lac et rejoindre un point où les oiseaux viennent à l’aube se gaver de sels minéraux. Nous pourrons alors observer de magnifiques haras et de petits perroquets, admirer le vols de haras bleus… 

Rejoindre le fleuve, puis Puerto Maldonado, ou nous reprendrons nos affaires et rejoindrons le terminal pour Cusco. La bonne étoile des compagnes de route faisant toujours défaut, notre route sera bloquée par la grève des professeurs pendant 4h, leur faisant manquer leur correspondance à Cusco… 

Fasciné par la patience et tolérance de ce peuple, ou une simple branche en travers de la route obligera une centaine de véhicule à patienter plus de 4h en plein soleil, sans que personne ne s’énerve ou ne cherche à passer… une acceptation de la situation, du destin… 


La vallée sacrée. 

Mercredi 26 juillet, Cusco

Au matin, visiter les ruines Inca de Cusco. Sacsayhuaman, impressionnant poste militaire, immense, toujours avec cet empilement de pierre Inca de plusieurs tonnes et 27 zigzags obligeant l’adversaire à montrer ces flancs en cas d’attaque. 

La Vallée Sacrée: Sacsayhuaman - Cusco, Pérou

Rejoindre Qenqo, ancien centre religieux, labyrinthe construit dans la pierre, où la salle principale était illuminée par une fenêtre en or, lorsque les rayons du soleil passait lors du solstice le 21 juin. 

Continuer en direction de Puca Pucará, ancien poste de contrôle, qui doit son nom à la couleur rosée que prennent les pierres à la tombée du jour. 

Et un des rare temple de l’eau, Tomba Mochay, avec différentes fontaines dont on ignore encore la source, leur débit ne changeant jamais, en pleine saison sèche, où lors de pluies abondantes… 

Puis attraper un bus en bord de route, et se diriger vers Pisac. Petit village entouré de montagnes imposantes qui cachent des ruines et des terrasses immenses. La montée est exigeante, et la fatigue n’aide pas… 

 

Jeudi 27 juillet, Cusco

Au petit matin, prendre un bus pour Ollantaytambo. La haute saison commence à se faire vraiment sentir. Une autre forme de tourisme se met en place. Une population qui ne s'intègre pas, ne parle qu'anglais. Ne s'adapte pas. Qui vient en Amérique du Sud, mais exige des services de qualité européenne. Alors que retrouver des compatriotes était source de réconfort, cela devient une sinécure; se sentir à part. Sentir naître la pitié et la colère. Chercher à les fuir, s'isoler, remettre mes écouteurs de plus en plus, à regarder la vie sans l'entendre, en musique, er calmement regarder les paysages, les choses, les gens, loin d'eux… 

Arriver à Ollantaytambo. Comme toujours, être impressionné par l’intelligence des Incas, et leurs vestiges. Prendre un bus à la place centrale pour les « Salinas », sans vraiment savoir comment y arriver. Après quelques explications avec le chauffeur, il me laissera en bord de route, à 20min de marche du lieu. 

Impressionnante collection de Salines (plus de 800!) depuis un petit ruisseau montagneux rempli de sel. Creuser les parois de la montagne, et sous une fine couche terreuse, les voir constituées exclusivement de sel, incroyable. Plus loin, trouver des milliers de coquillages tapissant le sol. 

Toujours sans réellement savoir comment poursuivre mon chemin, je fini par trouver une voiture qui m’enmène plus loin, à Moray. 

Las Salinas, Maras - La Vallée Sacrée, Pérou

Moray - La Vallée Sacrée, Pérou

Moray, ensemble de terrasses immenses, me fait le plus d’impressions. Ancien laboratoire Inca, avec une différence de 5° entre le bas et le haut des terrasses, permettant d’expérimenter l'adaptabilité des différentes cultures pour l’ensemble de l’empire Inca. 

Prendre un bus de retour, lent, qui me fera arriver à 19h à Cusco. 30 min plus tard, sac prêt, prendre un taxi pour le terminal. Arriver à 19h55, mon bus de nuit partant à 20h. Prendre la route pour Arequipa, le siège avant, au deuxième étage, voir cette ligne blanche continue devant les phares, hypnotisante, et cette conduite péruvienne, pas des plus rassurante… 


Arequipa.

Arrivée à 6h à Arequipa. Une nouvelle ville blanche, mais non pas comme Sucre pour son architecture, mais ici dû à son passé raciste, de ville exclusive de coloniaux (les blancs). Ville damnée, dominée par les volcans actifs Misti & Chachani, qui la surplombent à près de 6000m, impressionnants, et dont une éruption prochaine est prévue… 

Manger dans une Picanteria, de ces restaurants immenses, typiques de l’époque, qui eurent raison, à l’usure à force de nourriture et de boissons, du racisme présent. Terminer par une vue d'un mirador au coucher du soleil, avec une vue sur ces volcans impressionnants, telle une invitation… 

 

Samedi 29 juillet, Arequipa

Le matin, des nouvelles de ma famille m'annoncent que mon grand-père italien -mon Nonno- ne se porte pas bien. Convenir d’un rendez-vous avec mes parents, 3h plus tard, afin de les joindre quand ils seront près de lui. Visiter le plus grand couvent du monde, ayant contenu jusqu'à 400 nonnes. Petite ville dans la ville, remplie de cellules, de chapelles, de cloîtres et même de rues! Y voir une mise en scène de la Cène, où alors que tous les disciples sont blancs, Juda lui est de peau foncée… Arequipa! 

Trouver un wifi à l’intérieur du monastère, et là, dans ce lieu symbolique, parler une dernière fois à mon Nonno… 

Difficile de faire ses adieux à un proche ainsi, par téléphone interposé… 


Canyon de Colca. 

Dimanche 30 juillet, Arequipa

Lever à 2h, prendre un minibus qui m’enmène au Canyon de Colca. Premier arrêt à la Cruz Del Condor, mirador où, sur un bord de falaise bondé, nous admirons l’envol d’une petite dizaine de Condors qui cherchent les premiers thermiques matinaux. Je ne les aurais jamais vu d’aussi près, et ils sont impressionnants, tout comme il est impressionnant de les voir monter de plusieurs mètres en quelques instants, sans même battre des ailes, sous l’effet des thermiques. 

Canyon de Colca - Arequipa, Pérou

L'accès au canyon est payant, avec des tarifs différents pour les péruviens, les latinos et les occidentaux. Au final je ne sais pas si je préfère le risque d’être agressé en Argentine, contre ce vol officialisé au Pérou… 

Reprendre la route jusqu’à la périphérie de Cabanagrande, où tous se préparent avec leur guide, pour descendre dans le Canyon. Je suis le seul sans guide. J’appréhende un peu, mais la route, sentier unique, me rassurera très vite; je n’ai pas besoin de guide. Nous descendons, dans un canyon aride, les pieds glissant sur le sol sablonneux, en zig zag, et sous le soleil tapant; la vue est impressionnante. Arrivé au bas après 2h30 de descente, et 1000m de dénivelé, je poursuis mon chemin jusqu’à un petit bourg où je m’arrête manger. À nouveau, cet abus des prix péruviens: l’eau coûte ici 15 soles, soit 5x plus cher qu'ailleurs! Si la difficulté d'accès explique des prix un peu plus chers, cela reste abusé. 

Puis, contrairement au groupes qui prennent un chemin direct, je m’enfonce un peu plus loin dans la vallée, remontant de 300m et traversant d’autres petits villages, avant de redescendre et rejoindre Sangalle, petit oasis au milieu du canyon. Si tout est partout aride, Sangalle est vert, luxuriant presque, et quelques lodges avec piscines aperçus depuis le chemin me motivent pour les derniers kilomètres. Arrivé vers 15h30, juste avant que le soleil ne disparaisse derrière les falaises, le temps de plonger dans l’eau fraîche qui me fera le plus grand bien! 

Un petit Pisco Sour, une chaise longue, et le temps de se relaxer un peu avant le souper. Puis, vers 20h, aller se coucher sur des lits en pierre, se préparant pour les 1000m de dénivelé qui nous attendent au petit matin, sachant que le bus que je vise de prendre part à 9h de Cabanagrande. 

Canyon de Colca - Arequipa, Pérou

Lever à 4h45, préparer mes affaires dans le noir, et commencer à remonter le canyon. La montée sera longue, dure. Abrupte, en zig zag, sans jamais avoir l’impression d’en voir le bout, croisant les mules qui montent d'autres touristes. Je monte dans ce décor aride, laissant derrière mois l’oasis de Sangalle. Vers 8h, le soleil commence à se faire sentir. Je ferai la montée en 2h30. 

Arrivé à Cabanagrande vers 8h40, le temps de trouver le bus de 9h, de réserver un siège et d’aller prendre un rapide petit-déjeuner. Le bus doit partir à 9h15, je bois mon café en le surveillant du coin de l'oeil. Il ne partira finalement qu’après 9h30, me laissant le temps de prendre mon déjeuner tranquillement si j’avais su. 

Arriver à 15h à Arequipa, dans un bus bondé et chaud, inconfortable, qui peine à la montée des 4000m pour traverser les volcans. Aller prendre un café. Là, je redoute le pire, et active internet… J’apprends alors le décès du Nonno. Même si je le pressentais, le choc est dur… 

Le soir, je me rendrai à la Cathédrale afin de m'y recueillir. Puis je passerai à une agence de treck afin de forcer le destin: aucun groupe n'est formé actuellement pour escalader le volcan Chachani, mais je veux le faire. C’est symbolique, mais tellement important pour moi: je veux gravir ce sommet -passer 6'000 mètres- en mémoire de mon Nonno! Je ne quitterai pas Arequipa avant de l'avoir fait! 

Ensuite, aller manger dans un restaurant haut de gamme. Patienter pour une table, en prenant un whisky à sa mémoire. Ce soir, l’esprit n’est plus au budget, et whiskey, vin, couleront à flots. Ce soir j’honore la mémoire de mon parent dans l’abondance. 

Je réalise une nouvelle fois tout ce que mes grands-parents ont fait pour nous. Combien ils ont étés généreux, et combien ils ont sacrifiés. Et je réalise que nous faisons alors partie de cet héritage qu’ils laissent derrière eux. Nous sommes leurs traces. Leur descendance, leur suite. Nous représentons ce pour quoi ils se sont battus; pour nous. 

Je veux alors être à la hauteur de leur générosité, de leur bonté. Je veux être digne de ce qu’ils ont sacrifié pour nous. Je veux faire fructifier cet héritage qu’ils ont laissé, en être à la hauteur, mériter ce qu’ils ont investi en nous.

Je vais faire de mon mieux pour réussir ma vie, pour être quelqu'un de bien, à la hauteur de votre exemple. Une nouvelle fois, merci du fond du coeur pour avoir fait de nous ce que nous sommes. Je vous suis infiniment reconnaissant… 


Volcan Chachani.

Mardi 1 août, Arequipa

Au petit déjeuner, réussir à former un groupe pour escalader le Chachani. Je suis heureux! Aller dîner dans un restaurant franco-péruvien. Y être accueilli par une journée spéciale «Suisse» pour le 1er août, Stefan Eicher entonnant «Déjeuner en Paix» dans les enceintes; quel bien d’entendre ce morceau par hasard. Le menu propose papais Vaudois, émincé à la Zurichoise… Cela aura l’avantage de me redonner quelque peu le sourire. 

Le lendemain, journée calme. J’encaisse encore la nouvelle. Aller à l’agence. Après les diverses instructions et le choix des équipements, nous passons faire les achats nécessaires pour le lendemain, et retournons à l’hôtel. Le temps de vider nos sacs principaux, et de les remplir avec l’équipements nécessaire, puis nous partons manger. Nous arrêterons dans un Chifa, ces restaurant chinois version péruvienne qui emplissent tous les coins de rue. Retour à l’hôtel, et on se couche tôt. 

 

Jeudi 3 août, Arequipa

Petit déjeûner. Notre prochain repas sera notre souper, nous nous efforçons donc de manger autant que possible. Après être rassasié, nous mangeons encore un peu, histoire de faire le plein d’énergie pour la montée. À 8h, direction l’agence. Le temps de refaire nos sacs avec l’équipement de l’agence, de signer une décharge et d’évaluer nos capacités, et nous repartons en 4x4. Après deux heures de route, bien secoués sur une pistes sablonneuse, nous arrivons au poste de dépôt. Puis direction le camps de base: une petite marche d’une heure qui nous mène à environs 5000m. Monter les tentes, repos, adaptation, et le souper nous attends à 16h. Des pâtes et une boîte de thon pour 5. 

À 17h, le soleil se couche gentiment, et le froid se fait déjà sentir. Le temps d’admirer un coucher de soleil incroyable, et nous allons nous coucher. Mes compatriotes redoutent la montée du lendemain, pour ma part c’est surtout le froid de la nuit que je redoute.

Volcan Chachani - Arequipa, Pérou

Mon instinct et mon expérience en Bolivie ne m’auront pas trompé. Impossible de dormir à cause du froid, je suis parsemé de frissons, et j'ai le ventre noué par le froid. Nous nous levons vers 1h du matin, déjeunons d'un bout de pain et de maté de coca. Il fait à peine plus que zéro degré. Nous commençons à marcher sous la lumière de la lune et malgré mon mal de ventre soutenu, cela me parait plus facile que ce que je redoutais. 

Mais la lune descend derrière l'autre versant, et la nuit se fait plus dense. Et nous savons que plus nous avanceront dans la nuit plus la température s’abaissera, atteignant -15° juste avant l’aube, de même que nous monterons en altitude. Après environs 1h de marche, je vomi, me dégageant un peu le ventre. Mais c’est alors le froid qui prend place, les extrémités gelant. Nous faisons attention à toujours pouvoir bouger nos doigts et doigts de pieds et continuons de monter, de petits pas, de 30cm à peine, nous arrêtant toutes les 3min environs pour une petite pause de quelques secondes, où nous soufflons à toute haleine. Nous montons durant près de 8h. 

Je suis tellement fatigué que je dors presque en marchant, je suis dans un demi-sommeil. Et durant ces pauses de moins de 2min j’arrive à m’endormir. 

L’arrivée de l’aube nous remontera le moral, et la température se fera plus clémente. Nous savourons chaque centaine de mètre de dénivelé gagnée, nous rapprochant du sommet, de même que la respiration se fait difficile au fur et à mesure. Le mal de tête commence… 

Le parcours devient critique; devoir s’arrêter tous les 10 pas. Compter pour ne pas risquer de s'arrêter avant. Parfois, après trois pas, il est nécessaire de s'arrêter à nouveau. Souffler à toute haleine. Avoir la sensation d’étouffer, de ne pas pouvoir reprendre son souffle malgré des inspirations profonde: un poisson hors de l’eau. 

Volcan Chachani - Arequipa, Pérou

Volcan Chachani - Arequipa, Pérou

Arriver au sommet, et s’endormir immédiatement d’épuisement. Le guide nous appelle pour redescendre, je n’ai même pas la force de me réveiller, je continue à dormir. Je resterais 20 minutes ainsi. 

La descente sera plus facile, mais je m’arrête toutes les 3min, je n’ai plus d’énergie. Rien de compliqué, mais incapable de continuer, je suis vidé… 

 

Samedi 5 août, Arequipa

Aujourd'hui a lieu l'enterrement de mon Nonno. Passer la journée tranquillement à l’hôtel, préparer mes affaires, me reposer sur la terrasse. Sentir que je faiblis, je commence à tomber malade, contrecoup de l’ascension. À midi, appeler mes parents, seul sur la terrasse de l’hôtel. Durant l’appel, un colibri, là en pleine ville, viendra voleter près de moi! Pour les Incas, le colibri est l’intermédiaire entre les hommes et les dieux, et une scène particulière du film Benjamin Button me revient en mémoire… 
Mi manchi Nonno… 

Prendre le bus à 21h.