Janvier.

Lac Léman - Ouchy, Suisse.


DelHi.

04.01 - JEUDI, DELHI

Réveil.

Être arrivé la veille au soir et déjà faire le check-out. Ce n’est pas encore le moment de faire connaissance avec Delhi. Sortir, et me diriger vers un café précis. Aujourd’hui, j’ai rendez-vous. Au milieu du marché, dans un petit café sans prétention ouvert sur la rue, je retrouve mon amie Marjolaine. Une année sans s’être vu, et pourtant se retrouver comme si l’on s’était quitté la veille. Passer la matinée à aligner les chai, en se racontant nos vies. 

Puis, se décider à aller visiter un peu la ville en attendant notre train du soir, et rejoindre le fort rouge. Toujours ces paysages, cette pierre qui se mélange à de beaux jardins, et des histoires de mille et une nuits, qui si l’on ferme les yeux prennent soudain vie devant nous, surgies du passé, robe de couleur, diamants, danses… 

Red Fort - Delhi, India.

Red Fort - Delhi, India.

Revenir en fin d’après-midi, le temps de récupérer nos sacs, de manger, et comme rien n’a changé, retrouvé l’habitude d’être un en retard sur nos prévisions horaires… 

Alors manger en vitesse, et dans la rue, négocier rapidement un ricksaw pour rejoindre la gare où nous attend notre train de nuit à 19h20. Nous sommes stressés et joyeux, enivrés entre l’adrénaline et le mélange de nos retrouvailles, stressés et confiants à la fois. Je me décide néanmoins à vérifier le status de notre train, pour découvrir qu’il a… 9h de retard! Le brouillard ambiant continue de faire des siennes… Se retrouver à la gare et faire le point: notre train part donc à 5h du matin. Trop court pour retourner à l’hôtel, et la perspective de patienter à la gare n’est pas non plus des plus réjouissante. De plus que cela compromet nos plans, sachant que nous n’avons pas beaucoup de temps et que nous devons être le 9 janvier à Hyderabad. Soit. Vérifier nos options, les différents trains en retards qui se trouvent du coup à passer prochainement. Nous opterons pour un autre train à 23h, et patienter dans le café de la gare. Et se retrouver là à manger une tomme vaudoise avec des nans, et un chanteur que personne n’écoute qui chante sur des musiques enregistrées, avec la reverb à fond… 


Orchha. 

05.01 - VENDREDI, ORCHHA

Train, Sleeper Class - Delhi, India.

Réveil dans le train, il est 4h45. À nouveau, un bref regard sur la carte me montre que nous n’avons pas avancé. Du tout. Parti de Delhi, nous n’avons pas encore passé Agra, soit 200km en 6h. Reprogrammer le réveil à 8h. Un nouveau réveil, une nouvelle déception. Les indiens commencent à se réveiller, des mouvements, il est temps de se lever, de rabattre le siège, et de s’asseoir. Nous n'avons pas des places optimales, et le reste du trajets va être long. Nos plans semblent désormais décidément compromis, et nous envisageons de nouveaux plans. Nous arriverons à 14h30 à Jhansi, et la perspective de faire 5h de bus supplémentaire après 15h de train nous démotive, et décidons de rester à Orchaa, petite ville voisine qui ne semble pas manquer de charme; surtout que nous attendent 19h de train (dans le meilleures cas) dans deux jours pour rejoindre Hyderabad. 

Prendre un ricksaw, arriver à Orchha, jolie petite ville. Prendre un chai, se balader, et aller manger le soir dans un palace, un serveur au petits soins, avec à peine trois tables d’occupées. Notre serveur est dévoué, et nous discuterons sur l’égalité après l’avoir surpris en l’appelant « sir » et en le traitant d’égal, chose pas forcément évidente dans la culture indienne. Rentrer, Marjo commençant à se sentir un peu mal… 

Gate - Orchhâ, India.

Kunwari Ganeshi Mandir - Orchhâ, India.

06.01 - SAMEDI, ORCHHA

Passé une bonne nuit de sommeil. Et Marjo est malade. 

Prendre un petit déjeuner agréable, le soleil tapant sur la peau. Le personnel étant agréable également. Visite du temple, coloré et très actif. Il fait beau, le soleil, les températures agréables, et la ville est charmante, remplie de monuments anciens, de petits marchés, bref, tout est très bien! 

Visiter un deuxième temple. L’accès est depuis deux mois limité, après qu’un touriste anglais soit décédé en tombant du rebord en faisant un « selfie ». Mais après quelques négociations, je pourrais monter au sommet, m’offrant une vue splendide sur toute la ville et la campagne environnante. Redescendre, et traverser le marché et être touché par ces pigments de couleurs rouges qui servent aux hindous à dessiner leur troisième oeil. Une couleur qui me galvanise, que je cherche, sanguine, intense, parfaite! 

Rejoindre Marjo. Aller manger dans un restaurant familial, où le fils de 13 ans nous tient compagnie, très perspicace et intelligent, nous posant plein de question sur nos pays. Impressionnant d’intelligence et d’instinct, pour son âge. 

Rejoindre le palais. C’est magnifique, cette architecture, le soleil couchant sur les pierres. Voir ces femmes en sari de couleurs vives dans ce décors est incroyable! Passer des heures dans ces vestiges. Chanceux, je verrai également un couple venir poser pour des photos de mariage, le clou du spectacle étant un shooting sur le toit du palais, avec des fumigène, filmés par un drone. Kitch et grandiose… Parfait! Explorer les souterrains, pas vraiment accessibles, mais pas vraiment fermés non plus… 

Palais - Orchhâ, India.

Rejoindre le marché, négocier quelques pigments de couleurs rouges. Sourire de la vendeuse, et jeux entre nous, et finalement la satisfaction des deux côtés. 

Puis une jeune filles aux yeux magnifiques, qui m’aborde dans la rue. Elle m’invite à regarder son shop, et je l’accompagne en lui disant que je ne veux rien acheter. Elle me sort des bijoux, me dit ce qui est de mauvaise qualité et que je ne dois PAS acheté. Me montre des bijoux de qualité. Me fais un prix d’indien, 300 roupies. Elle me dit qu’il faut que je lui demande de baisser son prix, de 20 roupies par exemple, et qu’elle me fera un cadeau ensuite aussi. Je lui demande la moitié du prix. Elle a un air de surprise, perplexe, puis souriant me dit « non, je t’ai fait un prix d’indien, si c’était un prix touriste je t’aurais dis 400/500 roupies ». Nous négocions, en riant, 250/200, 220, un vrai jeu, le sourire se voit sur les deux visage, elle me fait même éclater rire! Un moment complice. Je me laisse volontiers avoir un petit peu, et j’accepte à 220 en échange d’une photo d’elle, elle qui a ce regard magnifique! Nous regardons ensuite les photos ensemble… Petit moment magique… 

Boire un jus d’orange/grenade, et rejoindre Marjo. Plus tard, manger l’un des meilleurs Thalis du voyage. Mélange de fromage frais, de pomme de terre épicées au cumin, de dal… Prendre un chai dans la rue et rentrer. Les vaches ont envahi les rues, à la manière des chiens errants, et fouillent les poubelles; vision étrange… 

Une jeep traverse la rue principale, à plus de 80km/h, le klaxon enfoncé tout au long, plus d’une minute entière, plutôt que de ralentir… 

Refaire le monde et le voyage avec Marjo me permet déjà de prendre du recul avec mon voyage qui se termine. De faire le bilan. C’est agréable, une fin en douceur, je quitte le voyage en y étant encore. Cela me permet de réaliser ce qui me manque, ce que j’ai besoin, de mettre à plat mes pensées, de verbaliser mes sensations et me force à les rendre concrètes. Elle amène aussi un autre point de vue sur les choses, et complète ma vision. Je ne pouvais rêver mieux. 

 

07.01 - DIMANCHE, ORCHHA

Petit déjeuner au soleil. Une nouvelle journée agréable. Visiter la partie Sud du parc, le moulin, les remparts. C’est beau, l’image de l’Inde que j’attendais, ces mélanges que j’attendais, solitude, beauté et histoire. 

L’après-midi je vais marcher dans la partie nord du parc: en contournant une place remplie de jeunes, je verrai un groupe de fillettes me lancer des regards rieurs, et un timide «hi!», en gloussant. Cela attire un groupe de jeune garçon qui eux seront plus provocateurs. Drôle alors, de voir un adolescent les remettre l’ordre, et me saluer d’un profond «namasté» , les mains jointes sur la poitrine. L’Inde et ses énergies en dent de scie… 

Partie Nord - Orchhâ, India.

Se balader dans ces ruines, temples squattés par des paysans, utilisant es barrières du parc comme parc pour des animaux, la coupole du temple comme grange… Être seul tout l’après-midi excepté croiser ces quelques paysans qui vivent ici… Mélange de pierres rouges, de végétation d’un vert lumineux. Magnifique contraste. Rejoindre Marjo. Aller se balader vers la rivière. De magnifique temples occupés par quelques vautours, une lumière tamisée sur la pierre, donnant sur la rivière autour, très beau. 

Chhatris - Orchhâ, India.

Le soir prendre un rickshaw pour rejoindre la gare de Jhansi. Il nous ment effrontément durant les négociations (ne voulais pas baisser les prix car arrivé tard à Jhansi n’aurait plus de clients pour revenir. Mais durant le trajet nous raconte qu’il vit en fait à Jhansi, et ne va donc pas revenir…). Arriver à la gare, et l’écran d’affichage des horaires est complètement foireux; stresser un peu pour trouver notre train. Puis s’installer dans ce train au confort grand luxe… 


HYDERABAD.

08.01 - LUNDI, HYDERABAD

Réveil dans le train. C’est le grand luxe. On nous sert le petit-déjeuner, le journal, des encas. Le wagon est presque vide, nous avons de l’espace. Un confort très agréable après nos derniers voyages. 

Nous regardons passer les paysages, rizières, champs de cotons… 

Nous arrivons en début d’après-midi à Hyderabad. Nous devons rejoindre Manish, un amis indien à Marjolaine, qui vit dans un hôtel. Un uber plus tard, nous entrons avec nos baskets sales et nos backpacks dans un hôtel 5 étoiles, où des gardiens aux gants blancs nous ouvrent les portent… Contraste extrême après avoir partagé le quotidien des indiens les plus pauvres dans mes nuits de train en Sleeper class

Manish n’est pas présent, et quelle n’est pas notre surprise lorsque nous apprenons à la réception que Manish nous a réservé la Suite Présidentielle

Une délicieuse douche plus tard, je fais la rencontre de Manish, et mangeons à l’hôtel. 

Marygold Hôtel - Hyderabad, India.

09.01 - MARDI, HYDERABAD

Réveil vers 9h. C’est l’anniversaire de Manish; ses 50 ans! 

Nous déjeunons à l’hôtel, un buffet dont je n’arrive pas à faire le tour! Puis Manish nous emmène nous promener dans Maqtha, un quartier défavorisé de la ville où une association de grapheurs peignent les murs afin de revaloriser les lieux et donner une opportunité au quartier et ses habitants de pourvoir évoluer. 

Plus tard, nous partons pour Charminar, quartier rempli de marchés et d’un monument immense abritant une mosquée. Prendre un thé, se balader. Marcher et voir ces stands de saris aux multiples couleurs, et motifs m’enivre, me galvanise. C’est beau. Drôle aussi de voir toutes ses femmes en burka noires acheter bijoux, et saris colorés… 

Finir la soirée dans un bar… 

Maqtha - Hyderabad, India.

Marjolaine & Manish, Charminar - Hyderabad, India.

10.01 - MERCREDI, HYDERABAD

Le téléphone sonne. Réveil pour Manish, qui part travailler. Un peu plus tard, dans un demi sommeil, voir Marjo qui arrive… 

Marjo n’est toujours pas bien, et je n’ai pas très faim; nous décidons de rester déjeuner dans la chambre, d’un petit thé et de biscuits, et de notre réserve de bananes… 

Pour attendre Manish, nous décidons de rejoindre une malle touristique voisine, l’occasion d’acheter quelques souvenirs. Comme toujours, de grands espaces vides, des bureaux glauques et finalement peu de choses intéressantes. Nous avons encore du temps devant nous, nous nous dirigeons donc vers une galerie d’art pas trop éloignée. Le quartier est beau, vert, calme. On en oublie presque l’immensité de la ville. Arrivé sur place, je réalise combien cet univers me parle et me manque; combien c’est important pour moi. Les couleurs, les idées, la présentation. Le cadre, soigné et sans prétention, tout me convient. Je pourrai y passer la journée. Même si la réalisation me semble un peu naïve, le sujet traitant de « la cartographie », mélangeant art et science, me touche particulièrement. Avoir été privé de telles choses durant longtemps me permet de réaliser combien ce monde m’est cher, combien je ne peux m’en séparer. Non pas le monde del’art, mais le monde de la création… 

Manish est retenu plus longtemps que prévu. Nous nous dirigeons vers le fort de Golkonda. Un magnifique moment dans ce fort immense, la lumière est belle, rasante, et frappe les pierres. Le site est immense, plusieurs kilomètres carrés, et nous nous délectons. 

Puis il est temps de retrouver l’agitation de la ville, et de rejoindre notre hôtel. Manish est déjà sur place, mais Marjo toujours mal, nous décidons de rester dans la chambre. C’est donc à coup de snacks, de vin, et de discussions intenses que la soirée se poursuit. 

Puis, plus tard, entre hommes, nous irons boire une bière, jouer au billard, et se balader sur la terrasse sur le toit de l’hôtel… 

Golkonda - Hyderabad, India.

Golkonda - Hyderabad, India.

11.01 - JEUDI, HYDERABAD

Réveillé vers 8h. Manish me tend une tasse de thé bouillante. Il est motivé, il veut profiter du temps qui nous reste. Et comme toujours il prend les choses en main. Je prend une douche rapide, et commence à préparer mon sac. Malheureusement Marjolaine se sent toujours mal. Nous descendons déjeuner, sans Marjo qui nous rejoindra plus tard. 

Impossible donc d’être trop actifs; nous montons sur la terrasse sur le toit, et nous enfonçons dans les canapés ombragés, à regarder la piscine. La tranquillité et la douceur ambiante, aidée du soleil qui nous chauffe aura vite raison de nous, et nous retrouvons tous les trois à somnoler… 

Puis il sera temps de partir. Manish le capitaine reprend les choses en main, un bref saut au buffet de dessert durant les 4min d’attente pour le Uber qui doit nous amener à l’aéroport. 

Arriver sur place dans les temps, le capitaine nous facilitant le passage jusqu’au « gate ». Prendre un dernier thé, et se dire au revoir… 
Manish, si tu lis, merci du fond du coeur pour tout! 

Le vol se passe en douceur, et arriver à 18h au terminal domestique de cet aéroport de plus de 5km de long. Manger un dernier repas avec Marjo, puis il est temps pour nous aussi de se séparer… 

Chercher un Uber, qui s’avérera plus compliqué que prévu: j’ai l’impression que les chauffeurs évitent la zone pour ne pas payer la taxe d’entrée de l’aéroport. Il me faudra plus d’une demi-heure pour y arriver, et prendre la route de mon hostel… 


Delhi. 

12.01 - VENDREDI, DELHI

Retrouver gentiment mes esprits. Rester à l’hôtel, faire mes sauvegardes d’images, le blog. Profiter du rooftop ensoleillé. Lessives…
Profiter de l’accueil chaleureux et de la gentillesse du personnel… 

 

13.01 - SAMEDI, DELHI

Incredible India! Elle porte bien son nom. Parfois si premier degré, parfois absurde, énervante, ou aberrante. On croit la cerner, mais elle se défile. Après plus d’un mois dans le pays, c’est une surprise considérable qui me saute au corps lorsque je sors de l’hôtel: sans le savoir, je suis dans le quartier bobo chic de Delhi, où la jeunesse aisée de la ville vient se détendre: quel choc de voir des filles qui laissent voir leurs jambes, ces couples qui se tiennent la main, qui se caressent, et, dissimulés dans un bosquet, je verrai même un couple s’embrasser! 

Je n’avais encore jamais vu une telle liberté et une telle aisance en Inde. Alors que je suis habitué à voir des enfants mendier pour une dizaine de roupies, je verrai ici un groupes d’enfants en veste en simili-cuir m’aborder, et me demander cent roupies! J’éclaterai de rire! 

Et toujours, ce contraste. Alors que la rue donnant face à mon auberge est remplie de cafés chics, de boutiques design, et d’un parc magnifique où se prélassent les jeunes, l’arrière cours est tout autre: des familles se lavant au baquet sur les toits, un parc couvert de détritus où vienne manger des porcs, et où jouent des enfants pieds nus et en haillons… 

Passer l’après-midi dans un café, à boire du masala chai, à écrire, et faire le bilan de ce voyage… 

 

14.01 - DIMANCHE, DELHI

En triant mes affaires, je le réalise: je viens de faire ma dernière lessive. Le vivre soudain comme une petite mort: dernière lessive; dernière ville… Je prend soudain conscience de tout ce qui va se terminer, de ce voyage qui touche à sa fin. 

Passer la journée dans le parc. Début de maladie, j'ai mal dormis. 

Hauz Khas - Hyderabad, India.

 

15.01 - LUNDI, DELHI

Couché dans le parc. Près de l’aéroport, je vois les avions passer régulièrement. Et soudain, touché en plein coeur: j’ai envie d’en être. Je veux être dans cet avion, prendre le chemin du retour. Je sens soudain cette impatience, cette excitation, que je ressens si peu souvent. C’est électrisant. 

Je n’ai plus la motivation de découvrir d’autres choses. J’ai envie de me poser, de m’attacher à tout ce qui m’attends au retour. Ne pas avoir commencé à travailler que je dois déjà poser mes vacances… Ici, mais devoir déjà me préparer pour le retour… 

J’essaye d’avancer dans mon compte rendu de voyage. Pourtant peu de choses viennent, je suis surpris, inquiet. Puis je réalise: la pression que je m’impose m'empêche de profiter des choses, de laisser le naturel se faire. J’ai analyser mon évolution tout au long de ce voyage, je n’ai cessé de le faire. Je n’ai guère plus de question à me poser, le travail est déjà fait. 

Somnoler sur le toit, ça fait du bien de ne rien faire. Se reposer, ce dont j’ai besoin. Plus tard dans l’après-midi, changer d’hôtel. 

 

16.01 - LUNDI, DELHI

Sortir. Aller marcher dans « Old Delhi », y passer la matinée. Des marchés, une foule intense et vibrante, des labyrinthes de ruelles. Des klaxons qui vous vrillent les oreilles à longueur de temps. Une agitation qui me rappelle Kolkata. Me poser dans un parc où je vois mendiants et la classe ouvrière se prélasser dans un des rare parc ouvert. Après le retour de Marjo, c’est à mon tour d’être malade… Vers 15h rentrer à l’hôtel, et me reposer. 

Paharganj - Hyderabad, India.

Paharganj - Hyderabad, India.

 

17.01 - LUNDI, DELHI

Journée pratique. Demain est mon dernier jour, il est temps de faire quelques achats. Le matin traîner un peu. Me reposer. Et l’après midi aller marcher du côté du bazar de Paharganj, visiter les différentes échoppes plus loin dans le quartier. Et toute la journée enchaîner négociations sur négociations. Un jeux auquel je suis rôdé, peut-être un peu trop au goût des marchands… 

Je commence à avoir un regard distant sur les choses, je me détache déjà de ce pays. Alors observer combien l’Inde est un mélange de tout! Un mélange de religion d’abord, où musulmans côtoient hindous et chrétiens. Où l’on parle hindi, anglais, bengali… Où dans les rues se croisent des femmes en saris superbes à côté de jeunes filles en jeans, ou d’hindous en turban. Même les touristes n’y échappent pas: de jeunes couples en quête de découvertes, des hypster branchés, ou le voyageur rôdé. S’y trouve aussi le touriste cliché, en short, lunettes de soleil, appareil photo en bandoulière et - pour les plus beaux - masque anti-pollution sur le visage, qui voyage en tour opérateur, qui quitte sa zone de confort grâce à une agence de voyage qui le dépose en car dans la rue pour voir la « vraie » inde. S’ajoute aussi ceux qui semblent s’être perdu ici depuis des siècles, au look improbable, aux cheveux hirsutes! Et moi… 

 

18.01 - JEUDI, DELHI

Gare centrale - Delhi, India.

Ma dernière journée. Elle sera symbolique. Tout d’abord, traverser la gare, avec ses contrôles de sécurité abérants, sa lumière douce et intense. Puis prendre le métro, et longeant le parc, voir des jeunes musulmans jouer au criquet. De mêmes que les tentes de quelques mendiants installés ici. Rejoindre Qutub Minar, vestiges magnifiques. L’iInde comme je l’imagine: des ruines, dans une lumière douce, une végétation exotique et sèche qui les bordent. Admirer ces pierres, discuter avec un gardien. Regarder passer ces saris. Puis rejoindre le temple du Lotus, temple dédié à l’harmonie entre les religions. Symbole de cette mixité indienne, mélange de tout, où l’on trouve tous les extrêmes. Quelques derniers selfies avec des indiens, et une dernière fois me déchausser et marcher pieds nus sur ces pierres… Sur le chemin du retour, marchander une dernière fois quelques souvenirs… 

Je n’aurais pu avoir une journée plus typique, et je suis reconnaissant de cette beauté et cette vie qui va me manquer… 

Qutub Minar - Delhi, India.

Plus tard, me rendre dans une petite échoppe pour mon dernier souper. Je suis rejoins par trois hommes, qui étalent sur la table d’à côté une petite nappe d’échecs, et commencent à jouer. Et là, c’est incroyable: ils jouent avec 4 à 5 coups d’avances, moins de 2 secondes par coups. Lorsque l’un est déstabilisé, après 5 secondes de réflexion, l’autre commence à taper des doigts d’impatience. Ils se retrouvent avec une reine chacun, et d’un côté un fou, de l’autre une tour: c’est là que le jeu commence vraiment! C’est ça l’Inde: dans une petite échoppe, dans une ruelle misérables, deux joueurs d’échecs incroyables… 

Sortir. Prendre un dernier chai. Par chance la casserole est épuisée, et il le fera du début. Les choses prennent alors une saveur incroyables que seul nous permet de vivre le fait de savoir qu’on va les perdre: un reflet sur des cheveux. La vapeur d’une casserole. Le regard fatigué d’un porteur. les « hello » des rabatteurs. Ce soir, même les klaxons semblent mélodieux. Même si l’on essaye de profiter de chaque instant, rien ne leur donne cette saveur que de savoir qu’on les voit pour la dernière fois. Un mélange de réjouissance et de tristesse. 

À l’hôtel, refaire une dernière fois mon sac. L’occasion de retrouver à l’intérieur les deux objets que j’avais perdu: mon cadenas et ma bague…
Sentir cette fébrilité. Avoir l’impression de partir à l’aventure… 

Chai - Delhi, India.

19.01 - VENDREDI, DELHI

Réveil vers 5h. Une dernière fois, faire mon sac, avec mes dernières affaires: ma trousse de toilette, mon sac de couchage. Puis, en silence, sortir… Drôle de sensation. Les rues s’éveillent, et je les traversent une dernière fois. Chaque instant prend alors une saveur particulière. M’arrêter au coin de rue et prendre un dernier chai. La vapeur s’élève dans l’air froid du matin. C’est bon. J’aimerai que cet instant s’étire, encore et encore… Reprendre la route, et derrière la gare principale se trouve la station de métro. Une ligne directe m’emmène à l’aéroport. Déjà, je sens poindre un autre monde. La ligne est moderne, propre, sophistiquée. Et je me retrouve en moins de quarante minutes dans l’aéroport. 

Mais l’Inde n’en a pas tout à fait finit avec moi. Ce qui me surprend d’abord, c’est de découvrir un «silent airport »! Alors que cette vie est basée sur le bruit, que chaque gare nous inonde d’annonces à n’en plus finir, que l’on parle, crie, se hèle sans arrêt, l’aéroport lui, est silencieux. Aucune annonce. Aucun appel. Soit… Quelques vérifications supplémentaires pour mon passeport et mon visa lors du check-in, cela n’aurait pas pu être autrement. Puis je me retrouve sur le chemin de ma porte d’embarquement. M’installer, et commencer à patienter… Les minutes passent, et l’heure de l’embarquement se rapproche, sans grand signe d’activité. Des vols commencent à être annulé. Un à un, je vois les passagers de mon vol aller se renseigner au guichet, et revenir s’asseoir. Je ne suis pas inquiet, et patiente, regardant le carrousel des défilés. Puis nous prenons du retard. Le carrousel se fait plus intense. C’est cela un aéroport silencieux: aucune information n’est données par hauts-parleur! 

10h30. Nous aurions du décoller. Un peu d‘activité se fait sentir, comme les différentes nouvelles des différents passagers, chacun ayant un autre son de cloche. Ah, l’Inde… Il est temps pour moi de savoir de quoi il en retourne: notre vol doit décoller dans deux minutes… Puis 20 minutes… Puis 4h! Notre avions ne s’est en fait pas encore posé. Il a été détourné pour cause de brouillard. Entre temps, l’armée décide de fermer l’aéroport au complet pour des répétitions en vue d’une cérémonie prochaine. Et tout cela sans aucune information officielle, chacun devant aller se renseigner au près des différent panneaux de vols, qui d’ailleurs n’indiquent pas les mêmes choses que le personnel. Ah, l’Inde… Qu’en est-il des correspondances? D’un dédommagement? D’éventuels repas? Quelques hochements de têtes, et lorsque le ton monte un peu trop, notre personnel s’en va quelques mètres plus loin… Ah, l’Inde… 

Notre vol décollera finalement avec 5h de retard, nombre de passagers particulièrement agacés par la façon dont cela a été géré et le manque de communication du personnel. Il nous faudra attendre d’arriver à Helsinki pour savoir enfin ce qu’il en retourne, même si nous avons tous notre petite idée en tête… 

Arriver à Helsinki. L’air est sec, froid, la neige est partout. Nous sommes une petite cinquantaine à avoir manqué nos correspondances. Nous nous retrouvons tous au bureau des informations. Drôle de voir ces visages d’inconnus que je suis soudain rassuré de retrouver. On échange quelques mots, et je retrouve Flavia, une jeune italienne, compagne d’infortune. Nous sommes chaleureusement accueillis, et comme imaginé, nous passerons tous la nuit à Helsinki. On nous attribue un nouveau vol pour le lendemain, ainsi qu’un hôtel. Le temps de prendre une navette, jouant dans la neige en patientant, et nous voilà dans l’un des hôtel les plus confortable de tout mon voyage. Une douche chaude plus tard, et je me retrouve au restaurant avec Flavia, à refaire monde - l'Inde surtout! - un verre de rouge à la main jusque tard dans la nuit… 


Helsinki.

20.01 - SAMEDI, HELSINKI

Vantaa airport - Helsinki, Finlande.

4h. Un dernier réveil avant l’aube. Un petit déjeuner rapide, et je reconnais quelques visages familiers, encore endormis. La navette est là, ponctuelle, le chauffeur avenant. Je n’aurais passé qu’une nuit à Helsinki, mais elle aura suffit à me séduire: une société moderne, futuriste, intelligente. Tout semble pensé, réfléchi, avec finesse et soin, détaché de cette méfiance et de ce côté conservateur qui pénalisent tant la suisse. 

Arriver à l’aéroport, et c’est là que je le réalise vraiment. Ces peaux blanches, aux cheveux blonds clairs. Non pas ces peaux pâles, un peu maladives, auxquelles je suis habitué, non, une blancheur fine, froide: elfique! Des visages aux traits fins, et à l’intelligence tout aussi fine. Réaliser combien nos mythes puisent leurs racines dans une réalité combien présente. Notre mixité, tant physique que culturelle, est immense. Le seigneur des anneaux, Game of Thrones, tous décrivent non pas un monde fantastique, mais notre monde. L’intelligence froide du nord, la sensualité du sud… 

En moins de 15 minutes je serai vers ma porte d’embarquement. Un contrôle fluide, en souplesse, direct. Nous décollerons de nuit, et j’aurais le luxe de voir le soleil se lever au dessus des nuages. Admirer la beauté de la lumière qui traverse les hublots. Je suis là, au dessus des nuages, à réaliser que dans quelques heures je retrouverai mes proches, mes amis, ma terre natale…