Août.

Isla de Los Monos - Iquitos, Pérou.


NAZCA.

Dimanche 6 août, Nazca

Dans un bus de nuit, qui m'emmène en direction de la mythique Nazca. Je suis malade, transpirant; j’espère que mon estomac tiendra jusqu’au matin. Arriver au levé du jour à Nazca. Nazca, un nom mythique, trop lourd à porter pour cette petite ville enlisée dans la misère. Le temps de trouver l’hôtel, et dormir, me reposer. Ce n’est que le soir que je sors manger, une soupe de poulet, sur les conseils de Marybelle, mon hôte. 

 

Lundi 7 août, Nazca

Mieux. Un peu. Marybelle prend soin de moi bien au-delà du professionnalisme qui l'y oblige. Elle me soigne et me prépare mes excursions pour ces prochains jours, en fonction de mon état et de mes envies. 8h, partir pour l’aéroport, afin d'admirer ces fameuses lignes de Nazca, un des plus grand mystère encore non résolu de notre monde: je fais partie des premiers vols, et le ciel est grand bleu! Parfait! 

Arriver à l’aéroport, plus contrôlé que ceux des grandes capitales: passeport à plusieurs reprises, portiques de sécurité, tout cela pour quelques petits Cessna qui nous attendent bien alignés sur la piste. Un de mes voisins fait sonner le portique de sécurité; le gardien lui fait signe discrètement de passer, et retourne pianoter sur son natel… Tout ça pour ça! Le Pérou… 

Tassés dans le petit Cessna qui nous emmène, nous nous envolons au dessus des kilomètres carrés de lignes, formes et figures dessinées il y a plus de deux mille ans dans ce désert, par ce peuple extrêmement évolué, à la découverte de ce mystère qui n'a pour l'instant pas révéler ses secrets. 

Même si je sais à quoi m’attendre, quelques secondes après le décollage, le paysage d'abord, et les lignes ensuite, m'émerveillent. C’est immense! Le vol aussi est intense, pas le temps de s’ennuyer: les figures s’enchaînent, et le vol est acrobatique, pour que chaque côtés de l’avion ait une vue sur les figures. Difficile aussi de les distinguer rapidement entre les tracés laissés par l'érosion des rares pluies, et les routes… Car découvertes très tardivement, lors des premiers vols commerciaux, les lignes sont traversées par quelques routes - dont la transaméricaine… 

Les lignes de Nazca (Le colibri) - Nazca, Pérou.

Les lignes de Nazca (L'araignée) - Nazca, Pérou.

Ce que l’on sait: les lignes auraient été créées par le peuple Nazca sur plus de 1000 ans, entre 500 av. JC et l’an 500. Le site est immense: c’est plusieurs milliers de dessins, lignes et formes géométriques, dispersés sur une superficie de 750km²! 

De multiples théories existent leur sujet, toutes contenant une part de plausibilité, mais aucune réellement satisfaisante. Certains avancent que les lignes auraient été destinées à être vues par les dieux depuis le ciel. D’autres que que les tracés des Nazcas faisaient partie d’un culte aux dieux de l’eau, extrêmement importants dans cette région aride. D’autres encore penchent plutôt pour son utilisation comme un un observatoire astronomique, certaines lignes pointant vers des coordonnées importantes durant les solstices. Ou, comme le pensait Maria Reiche, que certaines des figures représentaient des constellations. Pour ma part, je pense que la vérité se trouve dans un mélange de ces diverses théories: mille ans, et le fait que certaines figures aient étés retravaillées après leur construction initiale, me laisse penser que les motivations ont pu évoluer au fil du temps, ou même se cumuler… 


Cimetière de Chauchilla - Nazca, Pérou.

Continuer ma journée en visitant le cimetière de Chauchilla, grand cimetière qui date environ de l’an 900, et utilisé durant plus de 700 ans. Au milieu du désert, dans une brume de poussière dans laquelle se reflète la lumière du soleil de fin d’après-midi, ponctué de petites tornades de sable. Un décors qui ne ressemble en rien à celui de la scène d’Indiana Jones (The Kingdom of The Crystal Skull) qui se déroule dans ce même cimetière! 

Comme un peu partout sur le continent, le site a été saccagé. Les espagnols d’abord, les huaqueros - pilleurs de tombes -, ou les locaux à la recherche d’or et de bijoux à revendre lors des crises péruviennes de la fin du siècle sont les principaux responsables. Mais les corps ont étés incroyablement bien préservés, grâce au climat sec du désert et aux rituels funéraires. Mille ans plus tard, les corps ont toujours des cheveux et des restes de peau! Des cheveux longs de parfois 3 mètres, propre aux responsables religieux, et roux! Plus de 2000 ans avant l'arrivée des espagnols, qui amenèrent officiellement les "premiers" roux sur le continent. Ces membres illustres étaient enterrés avec des offrandes, qui se constituaient parfois de nouveaux nés, tués pour la circonstance. 

Admirer ces momies. C'est toujours pour moi une sensation bizarre que celle de contempler des morts exposés. Ainsi, après avoir étés honorés, priés, et avoir reposés en paix, les revoilà à nouveau exposés à la lumière, aux flashs des appareils photo, et au regard des touristes. 

Reprendre la route - qui s'avérera très vite devenir une piste - et partir pour les aqueducs, autre invention des Nazcas, amenant l’eau des montagnes andines, et leur permettant de survivre dans ce désert. 

En chemin, nous faire arrêter par la police. Le chauffeur, sans beaucoup d’expérience, sera nerveux, et notre guide, à l’arrière, nous prédit que ça va mal se passer: cela sera très vite confirmé, notre chauffeur devant sortir, et revenant quelques minutes plus tard, maugréant. Il aura fallu les soudoyer. À moins de savoir les caresser et les flatter comme il faut, la police péruvienne, corrompue, cherchera des problèmes jusqu’à ce que le chauffeur, résigné, se décide à payer 2 à 3 soles pour pouvoir continuer son chemin. Soit le prix d’un coca… 

Pas si cher au final de soudoyer la police… 


Cahuachi - Nazca, Pérou.

Puis partir dans le désert au soleil couchant, dans la direction de Cahuachi, ensemble de pyramides, et plus grand site Nazca connu à ce jour. Et plus d’une heure plus tard, voir le site surgir de nulle part entre deux dunes de sable, dans la lumière du soir. Moment incroyable! Arriver sur le site désert: nous sommes seuls! Et l’explorer dans le couchant. 

Site incroyable, 4 pyramides visibles, sur plus de 35 encore ensevelies, plus grand centre religieux et commercial des Nazcas, le peuple traversant 40km de désert pour y arriver, venant parfois même de la jungle! Un site préservé de l’invasion espagnole, car les Nazcas, pour une raison encore inconnue, l’ensevelir complètement lorsqu’ils abandonnèrent les lieux. 

J’admire cette civilisation, extrêmement intelligente et dotée d’un très grand perfectionnisme dont témoigne la construction des lignes. Un peuple paisible (aucune trace d’armes n’a été retrouvée, ni de murailles sur les centres vitaux), mais qui pratiquait les sacrifices humains. Un peuple dont la langue, le Quechua, ne contient pas le mot « amis », remplacé par celui de « frère », une philosophie d’un peuple unis, où tous ne sont qu’un, et qui leur permis de devenir une telle civilisation: construire ensemble!

Rentrer dans le noir… La tête contre la vitre, à regarder ces montagnes qui se découpent dans la lumière pâle de la pleine lune, entre les dunes. 

Planétarium de Nazca - Nazca, Pérou.

Comme toujours avoir une chance incroyable! Arriver à 19h25 en ville, et m’arrêter au planétarium pour me renseigner: la visite commence à 19h30. Et de plus, c’est la pleine lune. Observer alors les constellations du ciel de l’hémisphère sud, comprendre leur lien avec les lignes de Nazca. Voir au télescope Saturne et ses anneaux, et la lune, pleine!… Ambiance particulière aussi dans cet hôtel qui hébergea Maria Reich, mathématicienne qui consacra sa vie à l’étude des lignes, après qu’elle ait vécu 10 ans dans ce désert…


Huacachina.

Oasis de Huacachina - Ica, Pérou

Mardi 8 août, Nazca

Nazca, sans doute la ville où j’entend le plus de klaxons, cette plaie péruvienne! Ces péruviens qui klaxonnent pour un rien, lorsqu’ils arrivent à un carrefour, lorsqu’une voiture s’arrête devant eux, lorsque vous traverser devant eux, lorsqu’ils arrivent derrière une file - même si une dizaines de voitures sont déjà arrêtées devant eux. Pas plus de 4secondes sans un klaxon, et une moyenne d’un klaxon à chaque seconde. 

De cette population pauvre, à voir les enfants jouer dans les rues ou travailler, mais les chiens habillés de survét’. 

Et cette manie péruvienne de ne jamais vous laisser le temps: que ce soit pour regarder un menu, une vitrine, qu’importe, ils vous abordent en moins de quelques secondes: une chose importe: on ne vous laisse jamais seul! 

Prendre le bus pour Huacachina. J’y arriverai vers 21h. Le temps de prendre un taxi avec lequel je referais toutes les théories des lignes de Nazca, avant d’arriver à cet petit oasis qu’est Huacachina. 

 

Mercredi 9 août, Huacachina

Un lieu clame et paisible, parfait pour écrire et se ressourcer. Je passerai mes journées à classer mes photographies, trier mes affaires, et écrire mon journal en retard, avec une bière sur la terrasse, à regarder l’oasis et les buggys qui partent dans le désert. 

Se balader dans les dunes. Alors que l’oasis est dans une cuvette, ne laissant voir qu’une montée de sable l’entourant, à peine atteint le sommet de ces dunes que l’horizon s’ouvre à l’infini, sur une désert immense. Incroyable de le découvrir sous la lumière de fin d’après-midi, le soleil se troublant dans cette lumière rasante et brumeuse, de voir Ica, cette ville qui s’enfonce dans le dessert, où la limite entre la ville et le désert se trouble. Monter au sommet de la plus haute dune. Dans cette ambiance de désert et de réflexions, ce n’est pas l’esprit de Dieu que j’entendrais, mais celui des buggys qui partent dans le désert… 

Rester là, à regarder le coucher du soleil, si intense, alors que le vent me recouvre lentement de sable. 

Ce sont comme quelques jours de vacances dans mon voyage. Me poser dans le sable, un livre à la main. Me détendre, ne penser à rien. 

Oasis de Huacachina - Ica, Pérou

Oasis de Huacachina - Ica, Pérou

Oasis de Huacachina - Ica, Pérou

Monter dans un de ces fameux bolides, et partir dans le désert. Incroyables sensations que de se sentir déraper, glisser, dans les dunes. Regarder ce désert. Le souffle du vent qui draine cette fine couche de sable, le regarder danser, recouvrir nos traces, se mouvoir comme un banc de poisson dans l’océan! Quelle beauté! 

Voir des rivières de sable le long des dunes, qui se forme depuis le bas, et où le sable glisse lentement de plus en plus haut, sous l’effet de l’érosion… 

Et, moment toujours triste, voir également ces déchets, sacs plastiques surgissant de nulle part et volant dans ce désert, ou cadavre déjà à moitié enseveli, qui laisse présager des nombreux autres invisibles déjà enterrés. 

Oasis de Huacachina - Ica, Pérou

Se promener une dernière fois sur ces dunes de sable. Difficile de m’arracher à ce spectacle, une attraction forte pour ce vide, ce « désert » qui me semble pourtant si plein. Regarder en arrière, et voir la beauté d'un oasis, ces arbres au milieu du sable, ce contraste du vert sur le sable; mélange de couleurs apaisant et improbable. 

Puis retrouver le fracas de la vie sud-américaine au terminal de Ica. Quelques trois heures plus tard, me retrouver en pleine civilisation à Lima, dans l’agitation d’un samedi soir. Poser mes affaires à l’hôtel, et aller manger un sandwich. La nourriture est vraiment excellente et présage de plusieurs plaisirs gastronomiques à venir dans cette ville réputée pour la qualité de sa gastronomie… 


Lima / La nostalgique. 

Miraflores - Lima, Pérou.

Dimanche 13 août, Lima

Lima ressemble à une ville américaine. Alors passer la matinée au Starbucks, profiter du wifi et régler nombre de points en attente, et la suite du voyage. 

Se balader en ville, visiter le parc central où, le dimanche après-midi, les vieux se retrouvent dans une petite arène pour danser, salsa, cumbia… sous les applaudissements et rires du publique qui s’amoncèle. Drôle de sensation de voir ces vieux se retrouver, voir que rien n’a changé entre leurs 20 ans et aujourd’hui, si ce n’est qu’ils sont un peu plus rouillés. Voir le charmeur, voir celui qui essaye de se rendre intéressant, voir les couples qui dansent entre eux, et ceux qui au contraire se fuient le plus possible. Voir les hommes se prendre des râteaux, et les femmes jaser. Voir ceux qui se sont fait beaux pour l’occasion. Et voir les regards scrutateurs, discrets ou appuyés. Et les regarder danser, flirter, couples, célibataires, dans cette atmosphère bon enfant où se mélange les odeurs de parfums à la rose trop appuyés, et de transpiration aigre typique des veilles personnes. 

Et ici aussi, comme partout en Bolivie, voir ces objets dont on a pas enlevé le film plastique protecteur; de ces télévisions que l’on regarde, ainsi emballées dans leur plastique, et par dessus, l’étiquette de consommation énergétique toujours collée. Ou de ces panneaux routiers en bord de route encore emballés… 

Le Malecón - Lima, Pérou.

Il ne pleut presque jamais à Lima, située sur la côte sablonneuse et désertique. Mais une brume provenant de la l’océan l'enveloppe de mai à novembre, fine vapeur d'eau opaque, dégageant une atmosphère fantomatique si particulière. Se balader au bord de l’océan, et sentir cette atmosphère, mélange de beauté et de tristesse; nostalgie. Ces parcs, cette côte digne de Miami, et de toute les plages, ou pourtant aucun soleil ne brille, et qui laisse place à cette brume omniprésente. Cet océan sans horizon, qui se perd dans la brume lui aussi, cette humidité qui entoure chaque chose, chaque palmier, et qui vole même à la lumière son éclat. Une certaine poésie à ce rideau de nuages toujours baissé, une ville maussade, dont Herman Melville disait qu'il s'agissait de la ville la plus triste de la terre... Et cette impression de grandeur, d’immensité, ces buildings très hauts, tous très espacés. Cette immense galerie marchande peuplée de toutes les marques, de restaurants chics, vrai labyrinthe commercial qui s’étend sur cette plage sans charme… 

Une nostalgie que je retrouve aussi chez les liméniens, qui semblent avoir tout, et qui pourtant cherchent à s’échapper, à s’enfuir, ambitieux de quitter cette ville creusée par des écarts sociaux immenses et une mentalité trop étroite. Lima, une ville à leur image… 

 

Lundi 14 août, Lima 

Retrouver des centres commerciaux, oubliés depuis bien longtemps. Et toujours cette brume, cette grisaille triste et nostalgique qui empli la ville. Aller manger au marché central. De ces habitudes qui se mettent en place, une nouvelle routine: chercher les lieux les moins chers, et comme toujours être surpris par une telle différence de prix. Je mange pour 7 à 8 soles, un menu complet avec entrée et boisson, alors que les menus des restaurants touristiques tournent à plus de 40 soles… 

Puis rejoindre le centre historique qui, sans surprise, est fermé suite à des manifestations. Sourire de voir les nombreux policiers, bouclier au bras, qui gardent les points névralgiques. Les voir profiter de manger auprès des vendeurs ambulants présents, ou de se faire cirer les chaussures par les cireurs de rue… 

Profiter de voir ces places vides, sans touriste. Et, si drôle et triste à la fois, visiter le Parque de la Muralla, parc verdoyant, beau, historique, de ces lieux qui manquent en Amérique du Sud, et soudain voir le train marchandise qui le traverse par son milieu… 

Visiter le couvant Franciscano, et ses catacombes qui recèlent plus de 70’000 restes humains… 

 

Mardi 15 août, Lima 

Prendre le Metropolitanos - système de bus faisant office de métro -, toujours surpris de la vitesse de ces bus qui roulent à quelques centimètres de la borne centrale. Descendre à Barranco, joli quartier bohème, avec un petit air de Valparaíso. 

Visiter le « Mate », musée de photographie contemporaine, et sentir combien la création me manque. Revenir en marchant le long du Malecon, boulevard qui longe l'océan, toujours aussi beau et nostalgique, et arriver à l’hôtel en début de soirée. Sortir le soir vers 23h dans un club de Salsa…

Le Malecón - Lima, Pérou.


IQUITOS.

Vendredi 18 août, Iquitos 

10h30, les roues de mon avions frottent sur le tarmac d’Iquitos. Iquitos, ville au milieu de l’Amazone, uniquement accessible par avion ou bateau; aucune route ne la relie au reste du contient. Prendre un moto-taxi, et à nouveau cette sensation de me sentir chez moi. L’humidité, les odeurs, ces rues remplies de motos dans une excitation complètement désorganisée… 

Arriver en ville, je profite pour dormir un peu à l’hôtel. Au réveil, une petite pluie couvre la ville. Je ne me souviens plus de la dernière fois où j’ai admiré la pluie: drôle de sensation… 

Je prends contact avec le guide que l’on m’a conseillé à Lima, qui me presse de partir avec lui le lendemain. Cela en est presque agressif. Je ne sait quoi penser: d’un côté je veux me laisser porter, de l’autre je me sens trop pressé, et ce qu’il propose me paraît trop « mainstream ». Je ne sais que faire, et dis à mon guide que je veux attendre un jour de plus… Je rencontre un ancien toxicoman, venu ici pour découvrir l’Ayahuasca, cette plante hallucinogène. Nous parlons, il me raconte combien c’était exceptionnel pour lui. 

Le Malecón - Iquitos, Pérou.

Vers 18h, se diriger vers la Plazza de Armas, le centre de la ville. Une trentaine de minute de marche, et à peine 2 à 3 soles en moto-taxi. Je me balade au Malecon, très animé. Si jusque là je n’avais rencontré aucun touriste, je les retrouve tous ici. 

 

Samedi 19 août, Iquitos 

Se lever, et constater que la batterie de mon iPhone, malgré avoir été branché toute la nuit, n’excède pas les 20%. Vu l’état des prises, je ne m’étonne pas plus que cela. Mais je commence à stresser tout de suite peu plus lorsque je vois la batterie continuer de se vider, avant de s’éteindre complètement. Que ce soit via des prises murales, via mon ordinateur - qui lui se charge très bien - je ne peux le recharger que 1% à 2% à peine… 

Je me sens tout de suite plus vulnérable. Ce n’est pas vraiment le moment, ici, au milieu de la jungle, sans bonne connexion wifi, pour ce genre d’incident. J’essaie tous les moyens, via les différentes aides que je trouve sur internet. En sortant mon vieil iPhone de secours, je réussi à briser l’embout métallique dans la fente prévue pour changer la carte sim. Je fini par réussir, mais impossible de configurer l’ancien téléphone, la connexion internet étant trop lente… 

Bref, je me retrouve sans téléphone, et stresse… J’essaie les différentes astuces: hard reboot, nettoyage du port de charge, le câble est neuf et se connecte très bien à l’ordi… 

Sur les conseils des membres de l’hôstel je me rends dans un magasin de réparation. Je m’arrête à la place centrale le temps de déjeuner, et réalise mon premier handicap lorsque je veux vérifier l’heure: je n’ai plus de montre. Après avoir demandé l’heure à quelqu’un, confirmé l’adresse auprès de la serveuse, je pars. M’y rendre est déjà très différent: je n’ai pas de carte, aucun moyen de me situer, à peine une adresse sur un bout de papier. Je me sens vulnérable, sans filet de sécurité. Je suis en parallèle beaucoup plus attentif, mon instinct éveillé et vif, j’apprécie beaucoup plus l’instant, alors que je dois mémoriser les rues si je devais m’y retrouver de mémoire. Je ne suis pas attiré par le réflexe de regarder ma carte pour vérifier ma position. La vie est clairement plus intense, les perceptions différentes. Si ce n’était pas aussi handicapant (de mon téléphone dépend ma montre, mon réveil, ma carte, mon dictionnaire, mes guides, mes contacts externes et internes, ma lampe de poche, ma musique, mes réservations d’hôtel, mes billets d’avion, mon appareil photo, ma banque, mes accès à ma carte de crédit… ), cela en serait presque agréable. 

Le magasin: une petite pièce, avec un comptoir, et deux jeunes. À peine 4 mètres carrés. Après avoir essayé de le brancher sans succès, l’un deux me prend d’office le téléphone, et commence à l’ouvrir, l’air très sûr de lui, en rigolant. Il m’explique que lorsqu’elles se vident complètement, les batteries ne se chargent plus. Il va la réparer, et elle se rechargera à nouveau. Soit, je ne crois pas entièrement son discours, mais les prises électriques ici n’étant pas les meilleures, et vu le taux d’humidité, cela fait peut-être sens. Dans tous les cas, je suis rassuré par le fait que cela a l’air courant, il n’est pas étonné plus que cela… Cela, jusqu'à ce qu'il me demande quel modèle de téléphone il s’agit, aucun iPhone n’arrivant dans la région… La confiance acquise s’envole aussitôt, et je me met à regarder ce qu’ils font, prêt à agir si besoin est. 

Toujours rigolant, il me demandera le prix du téléphone, et son sourire s’effacera de la même manière que le mien quelques instants plus tôt lorsque je lui répondrai; il deviendra dès lors beaucoup plus attentif et concentré! Sans trop savoir ce qu’il fait, il finira par réussir à le recharger, soit disant en court-circuitant la batterie. Soit… 

Quoi qu’il en soit, la batterie charge. 13% Je patiente environs 1h dans cet atelier, avant qu’il me rende mon téléphone chargé à 26%. Soulagement. Ce n’est pas gagné, mais la batterie semble en état! C’est une bonne nouvelle, je peux fonctionner avec ça. 

Avant de partir, je lui montre mon câble, voulant le tester. De nouveau, sans me concerter, il taille le plastique, et le métal de sécurité du câble et finalement me confirme que le câble ne fonctionne pas - actuellement, je n’ai plus aucun doute non plus… Bref, je suis trop content pour faire une scène, et il me propose de me vendre le sien d’occasion à 20 soles. Sachant que neuf ils coûtent le quadruple, et que celui-ci vient de faire ses preuves, je ne rechigne pas. Une fois sorti, je marche moins de 200m avant que l’une de mes sandales me lâche. Après avoir perdu un téléphone, un câble, voilà mes chaussures! Je me retrouve donc pied nus en pleine ville, sous le regard amusé d’une vendeuse de rue qui éclate de rire, avant de m’indiquer la prochaine adresse où je pourrais trouver des sandales. Les événements se cumulent, je commence à saturer! Passant devant un magasin d’électronique ayant des câbles adéquats, je profite d’en acheter un supplémentaire; je sais trop comment les choses marchent ici, je ne veux pas me retrouver pris au dépourvu. 

Il est temps d’aller boire une bière méritée après cette journée. De retour à l’hôtel, je branche mon téléphone afin de vérifier ce qu’il en est: la batterie ne charge pas! Mes sueurs froides recommencent. Pourtant, la prise que j’utilise charge très bien mon mac! Je stresse. Le temps de prendre l’autre câble que je viens d’acheter, et de refaire le branchement… celui-ci charge! 1%. 2%. Puis beaucoup plus… ça marche! Je suis soulagé, même si encore sur mes gardes jusqu’à ce que je soit convaincu que la batterie fasse ses preuves plusieurs jours de suite. 

Plazza de Armas - Iquitos, Pérou.

Nous sommes samedi soir. Je repars au Malecon, il est temps de profiter un peu de cette journée. Arrivé à la Plazza de Armas, au centre, il y a foule. Le monde sort, vendeurs ambulants, stands de nourriture, artistes de rue… Les filles sont superbes, magnifiques: simples, un léger maquillage, leur peau tannée, leur jambes, fines et sensuelles, en talons. Elles portent toutes des jupes très courtes, des shorts moulants qui descendent à peine plus bas que le pubis, ou des robes moulantes, les épaules dégagées, des décolletés aguichants, et des attitudes sensuelles. Je suis amoureux à chaque pas: une belle femme, ce qu’il y a de plus magnifique, et de plus terrible à la fois…

Depuis le Malecon, en une rue, la ville s’arrête et laisse place à la jungle. La vue sur la jungle qui s’étend devant est incroyable… Je profite de l’ambiance, me ballade, bois un verre, j’adore cette ambiance, cette vie… 

 

Dimanche 20 août, Iquitos 

Au matin, on me confirme que malgré ma demande de prolonger mon séjour suite à mes incidents de la veille, je dois quitter ma chambre. Soit. Le destin ne me facilite vraiment pas les choses, et me pousse à partir. Je trouve un hôtel à moins d’1km, moins cher, et avec piscine. 

Ancienne maison de maître, avec une architecture improbable, une salle de bain plus grande que mon salon, des meubles en bois immenses datant d’une autre époque. Et je suis seul! Un hôtel pour moi. Des sensations qui se partagent entre Shinning, et luxe. Je profite de la piscine; la dernière fois que je suis entré dans une piscine doit remonter à environs une année… C’est tellement agréable, l’eau est chaude, fraîche. Je profite, me relaxe… 

Je pars pour le centre, prendre un café, en voulant profiter d’internet pour régler la suite du voyage. Le wifi se comportera très bizarrement, et je n’arriverais pas à me connecter: frayeur à nouveau, et si les réparateurs de la veille avait abîmé l’antenne?… Le sort s’acharne… Je ne sais pas comment interpréter ça: dois-je ne pas m'arrêter, continuer mon chemin au plus vite comme prévu, ou au contraire me laisser porter et accepter la situation sans lutter. Pour la première fois de mon voyage, rien n’st fluide, je me sens perdu, j’ai de la peine à me décider; j'ai l'impression que les choses vont de travers. 

À 17h, je rejoins les locaux qui descendent dans le lit du fleuve, et j’irais marcher au bord de la jungle, et du rio Italia. La lumière est magnifique, douce et constatée à la fois. Les herbes paraissent fluorescentes. Un magnifique coucher de soleil à nouveau, strié de lignes droites en plein ciel. Deux carcasses de bateaux, cargos rouillés, attendent là, au milieu des herbes. Et les maisons sur pilotis qui bordent la ville, à plusieurs dizaines de mètres de hauteur. L'Amazonie… 

Ambiance moite, lourde, cette chaleur humide, et ces lumières tamisées, ces ventilateur, ces palmiers, ma bière tiède sur laquelle l’humidité se condense. Si typique, à se croire dans un film… J’aime cette ambiance. Se balader ensuite en ville, c’est dimanche soir, et l’activité est encore plus intense que la veille. 

 

Lundi 21 août, Iquitos 

Réveil tôt, et petit déjeuner. Je suis prêt à partir pour Belén, bidonville flottant en bordure d’Iquitos, quand le responsable de l’hôtel se présente. En quelques mots, nous parlons de la Selva, la jungle, et il me met en doute pour mon guide. En discutant un peu plus, une pluie torrentielle commence, ruinant ma possibilité d’aller à Belén. Décidément, rien n’est fluide ici à Iquitos, tout ce que j’entreprend se complique. Après de nouvelles recherches, discussions, prises de tête, il semble qu’effectivement ce qu’il me propose soit plus authentique, plus ce que je recherchais. Frustration, incompréhension, doutes… 

Alors que je suis arrivé à Iquitos avec un programme et l’adresse d’un guide, que tout s’annonçait simple, et que je me sens vulnérable à l’idée d’essayer l’Ayahuasaca, c’est le moment le plus compliqué de mon voyage. Rien n’est évident. Je ne sais pas quoi faire… 

Je décide d’écouter le conseil reçu récemment d’une amie, de laisser les choses aller. Le hasard m’à poussé ici, je décide de lui faire confiance: je m’inscris pour le tour avec ce guide et l’expérience de l’Ayahuasca. On verra. J’espère ne pas me tromper… 

 

Mardi 22 août, Iquitos 

8h30. Prendre la route jusqu’à Nauta, environs 3h, tassés à 4 dans un minibus, avec nos sacs. Arriver dans ce village, mélange de marché, et en contrebas d’un talus boueux, le port. Charger nos affaires dans une petite barque à moteur, et descendre le fleuve plus d’1h30 pour arriver au campement, modeste maison familiale sur pilotis, cuisine au bois, et quelques chambres avec moustiquaire. Vers 16h, partir explorer la jungle. Suite aux récentes pluies, nous ne verront que peu d’animaux. La nuit tombe, nous continuons à nous balader, sans plus de succès. Et toujours incroyable cette jungle, où la vision dépasse à peine 10 mètres tellement la végétation est dense. Se perdre devient alors très compréhensible… 

Zone portuaire - Nauta, Pérou.

Zone portuaire - Nauta, Pérou.

Mercredi 23 août, Iquitos 

Partir se balader le matin au même endroit, mais toujours sans grand succès. Découvrir la végétation, des plantes médicinales utilisées par les autochtones qui guérissent le diabète ou le cancer. Couper des lianes et en boire l’eau, qui coule tel à travers un robinet. Impressionnant! Retourner au bord du fleuve, où les mouches bourdonnent dans un bruit infernal, un brouhaha comme une radio allumée. On se croirait dans un film d’horreur. 

L’après-midi, partir sur le fleuve pêcher. C’est la première fois de ma vie, et les sensations sont plutôt exaltantes. Attraper des poissons chats, des piranhas, des barracudas… Voir quelques singes au passage. 

Retourner au camps, et se préparer pour l’Ayahuasca. Car depuis longtemps que j’en entend parler, ma décision est prise, je souhaite participer à une cérémonie, et rencontrer l’esprit de l’Ayahuasca, la « liane des morts », cette boisson d’Amazonie utilisée depuis plus de 2500 ans par les chamans, qui émerveille tant de personnes et semble ouvrir les possibilités de l’esprit, et la compréhension de soi et du monde. 

Puerto Miguel - Nauta, Pérou.

Vers 19h, partir pour le village. Après avoir traverser un fleuve, long pont d’une centaine de mètres, arriver à la maison du chaman, un vieil homme de 74 ans. Celui se réveille à notre arrivée. Rien n'est prêt. Nous installons une grande moustiquaire dans la grande pièce vide, que seul occupent une petite table, un tabouret et un hamac. Il installe un matelas avec une couverture sous la moustiquaire. Nous attendons 22h, que la maison d'à côté éteigne son générateur et que le calme arrive. Nous fumons tranquillement, sans presque parler, le vieux dans le hamac. Le tabac endort et calme. Ambiance paisible, juste une bougie sur la table et l’obscurité, nous parlons peu. Peu après 22h, le générateur éteint et le village s’endormant, nous nous installons, le vieux toujours très lent et courbaturé. Il souffle le tabac sur ses potions pour les purifier, contenues dans de vieilles bouteilles de plastique et de verre. Lentement. Il prépare l’Ayahuasca. De couleur brunâtre, des feuilles hachées qui flottent à la surface, le tout dans une bouteille en plastique. Il en remplis une petite coupe en bois, à raz bord. Il me dit de la boire d’un trait, le goût étant extrêmement amer, pour ne pas vomir de suite. Je prie et fait ma demande à l’Ayahuasca, la coupe dans les mains: trouver l’équilibre dans ma vie, et dans mon corps, faisant allusion à mes allergies, et quelle direction donner à ma vie. Je bois d’un trait. Amer, mais moins pire que ce que je redoutais. 30 secondes après, une envie de vomir, réflexe; je manage. Cela me pèse sur l'estomac, mais ça va, l’envie de vomir diminue. Il me dit de fumer, ça aide, atténue le goût amer. Je médite. Il me dit de continuer à fumer pendant qu’il se met à chanter et battre le rythme avec des feuilles séchées, les fameux icaros, chants traditionnels protecteurs. L’air frais qu’amènent les feuilles et sa voix belle et claire me font vraiment du bien. Ils me guident et m’ancrent. J’enchaîne les cigarettes, et cela me pèse également, j’arrête de fumer. Après 30min, rien ne se passe, mais j’ai la sensation d'être ivre, j’ai des vertiges. Pourtant ma conscience et mes perceptions sont parfaites, à la différence de l’alcool. Il me propose une deuxième coupe puisque les effets ne se font pas sentir. Rien! L'estomac est même mieux qu'avant. Après une autre demi-heure, ne vomissant pas, il me propose une dernière coupe: je vomis de suite. C'est presque agréable, un soulagement. J'ai l'impression de me purifier. Il me souffle la fumée de tabac sur les cheveux, me purifie avec une lotion sur les cheveux, le visage, les narines. 

Je me couche, somnolence, mais pas de visions. Il me couvre de la couverture, et va se coucher dans la pièce adjacente. Je me réveille pour vomir, et avant d’avoir réalisé quoi que ce soit, en moins de 5 secondes, il est là, devant moi; je ne l’ai pas entendu arriver, il est souple, assis en face de moi, et chante. Je me couche à nouveau. J’aurais de très légères visions d’anaconda glissant dans de l’eau noire, dans la nuit. J’ai froid, des frissons glaciaux me parcours, et je sais que ce sont des symptômes normaux. Cela passe en quelques minutes. Je me réveille et vomi une dernière fois. Plus difficile cette fois, moins agréable. Au petit matin, vers 4h je perçois dans un demi sommeil un pêcheur qui vient se faire soigner avant de partir travailler. Un peu plus tard, vers 5h, des parents amènent un bébé, pleurant. Des pleurs sincères, violents. Le chaman priera pour lui. 

 

Jeudi 24 août, Iquitos 

Dernier jour dans la jungle. Le chaman me réveille à 6h, et me dirige pour un bain purificateur: une bassine d’eau et quelques herbes. Il insiste pour que je me rince avec, ne laissant aucune feuilles dans la bassine. Choc entre mon état somnolant/ivre et la douche froide, sur une passerelle de sa maison de pilotis, mais cela fait du bien: après le premier rinçage, j’apprécie! Attendre ensuite que je sèche, dans l’air frais du matin. 

30min plus tard, je me rhabille, et nous partons pour mon camp. Il marche lentement, et je me sens bien, calme, léger, même si je n’ai pas eu les visions et l’expérience que j’avais espéré. Arriver sur place, mes compatriotes constaterons néanmoins que je suis différent: je suis serein, calme, je parle peu. Ils notent la différence par rapport à ces derniers jours. Je me sens à ma place dans l’univers, les choses sont justes. Même si je n’ai pas eu ce que j’espérais, les choses sont bien. Alors que j’ai dormi moins de 4h, je me sens étrangement bien, rempli d’énergie. Non pas excité, mais juste bien, calme et énergique en même temps. Je ne sais pas si c’est le résultat de l’Ayahuasca ou de la cérémonie… 

Au camps, je découvre alors que des les deux seuls autres touristes qui sont avec nous, un couple espagnol, sont l’un psychologue et l’autre psychiatre. Hazard bizarre, la psychologie ayant toujours eu une place très importante dans ma vie. Rapport à ma demande à l’Ayahuasca, est-ce un signe ou une coïncidence? Je continue de traverser cette période trouble et incertaine de mon voyage… 

Un peu plus tard partir pour le village: les sensations sont différentes, j’ai l’impression d’avoir un contact particulier avec les oiseaux: j’ai croisé un aigle immense au campement au petit matin, sur un arbre en face. Marchant derrière le groupe, je croise alors un groupe de vautours se partageant un poisson mort, ils seront à moins de 2m. Voir un autre oiseau dans les roseaux, à 2m, qui ne bougera pas quand je passe à côté. À l’entrée du village, c’est un ara rouge que nous voyons dans un palmier, plusieurs minutes durant… hasard?… 

Rejoindre un lac couvert de nénuphars géants. Et au retour s’arrêter dans une cabane où 5 paresseux sont adoptés. Jouer avec eux. Ils se baladent, lents, affectueux. Ils ne s'animeront un peu que pour manger quelques feuilles, et deviendront dès lors plus vifs! Impressionnant de voir ces griffes qui se replient complètement sur son bras. 

Puerto Miguel - Nauta, Pérou.

Rejoindre le campement. Puis partir pour Nauta, dormir dans la barque, rejoindre une plage de sable noir, paysage lunaire, et se baigner dans le rio Marañau. L’eau est chaude… Durant notre baignade, à deux reprises le vent pousse notre barque de la rive et commence à dériver avec le courant, que nous rattrapons de justesse. 

Nous reprenons la barque, avec le capitaine, ses trois enfants et un poulet qu'il va offrir à sa famille à Nauta. Arriver à Nauta après 2h30 de voyage, prendre une voiture, et rejoindre Iquitos 1h30 plus tard… 

 

Vendredi 25 août, Iquitos 

Au matin, partir pour la Isla de Los Monos, une île-réserve dédiée aux singes appelés «new world monkey», cinq espèces actuellement en danger. Comme toujours, ne pas savoir que faire ni qui croire: le site internet de la réserve explique comment l’atteindre, mais le personnel que je joins au téléphone m’explique une autre manière d’y accéder en raison du niveau bas du fleuve. Le gérant de l’hôtel, lui, est plus que sceptique sur cette annonce, ainsi qu’un habitant, et me propose de prendre son bateau… 

Nous rejoignons alors le port des producteurs comme prévu, et le choc est violent: pauvreté, drogue et alcool, déchets, nous marchons sur une mer de plastique qui masque le sol. À la saison des pluies, l’Amazone emportera tout… Traverser cet espace et trouver un bateau qui confirme aller à l’île. Le temps d’attendre qu’il se remplisse, et nous partons. Nous arrivons à l’île après 45min de trajet, où l’on nous pose sur une plage déserte, sur cette île déserte, avant de repartir. Il faudra réfléchir au retour… 

Isla de Los Monos (Pepito, Woolly) - Iquitos, Pérou.

Isla de Los Monos (Howler) - Iquitos, Pérou.

La Isla de Los Monos - Iquitos, Pérou.

Nous marchons dans l’île, et c’est magnifique: odeurs, paysages, un groupe de singes croise notre chemin. Nous arrivons finalement au centre de l’île, et sommes accueilli par deux singes qui nous grimpent dessus sans la moindre hésitation! Quelle sensation! Nous rejoignons alors le centre, deux bâtiments, nos amis toujours sur nos épaules, et rencontrons un guide, qui nous explique comment fonctionne la réserve. Une dizaine de singes apprivoisés, et plus de 300 dans l’île au complet. Nous nous baladons dans la jungle, admirant les singes semi-sauvages, qui s’approchent de nous à la recherche de nourriture, l’un de nos compagnons toujours sur les épaules. Passer la journée entière sur place, à jouer avec les singes, et se faire inviter à manger par les gens de l’île. Je suis alors très intéressé à faire un volontariat d’une semaine sur l’île, pour m’occuper des singes… 

Finalement, profiter d’un bateau qui relie l’autre côte (Indiana), où nous arrivons juste avant une tempête de pluie. 30min plus tard, nous serons dans un autres bateau - enfin rempli! - et prendront le chemin du retour sous une pluie torrentielle. 

 

Samedi 26 août, Iquitos 

Belén - Iquitos, Pérou.

Au matin, partir pour Belén, et son marché. Bidonville flottant de 7000 habitants, les plus pauvres de la ville. Quartier entier flottant sur les eaux durant l’hiver, et posé sur la boue et les détritus durant l’été. Les maisons se retrouvant posées à même le sol, selon son dénivelé, parfois complètement de biais. Néanmoins, Belén possède un marché très populaire: ici s’échange les marchandises provenant de la jungle, et sur les étalages s’étalent aphrodisiaques, remèdes, psychotropes, tabacs, serpents, poissons, fruits, larves grillées, alligator en morceaux, piranhas… Entre le monde et la nervosité des gens, le bruits, les odeurs, le choc est frontal, direct. Savoir aussi que le coin, si accessible durant la journée, et à éviter absolument dès la fin d’après-midi, trop dangereux. Je m’aventure quelque peu hors du marché, m’enfonçant dans le quartier. Une première approche me fait découvrir ce monde étrange de rues humides et emplies de détritus que la prochaine saison des pluies nettoiera, et d’un quartier entier sur pilotis, que l’on voit du sol, levant les yeux, à plus de 3m de hauteur…

Belén - Iquitos, Pérou.

Belén - Iquitos, Pérou.

Belén - Iquitos, Pérou.

Belén - Iquitos, Pérou.

Drôle de sensation de marcher dans ces rues et de savoir que tout ce qui s’y trouve sera inondé par environs sept mètres d’eau par rapport au niveau actuel! Un concept que mon esprit conçoit, constatant par moi-même les marques du niveau de l’eau, mais impossible à appréhender, tellement cela dépasse mon entendement: 7 mètres d’eau!

Belén (Visible, la marque du niveau de l'eau à la saison des pluies) - Iquitos, Pérou.

Et sentir que si je suis toléré dans cet espace, je n’y sis pas non plus tout à fait à ma place. 50 mètres plus loin, alors que je sors mon appareil photo, un vieil homme me conseille de rebrousser chemin. Un autre, moins d’une minute plus tard, sur un ton qui sera à peine un peu trop sournois, me conseille de continuer, que le quartier est sympa; un jeune passant derrière moi au même instant me chuchotera à l’oreille de ne pas continuer dans cette direction; il ne m’en faudra pas plus, le message est reçu: je suis sur la tangente, ne pas aller plu loin. Nous sommes au milieu de la jungle, avec une police inexistante, ancienne place tournante de drogue, et si les choses se sont beaucoup apaisées depuis ces dix dernières années, nombre de cadavres ont rempli le fond du fleuve. Les filles continuent de tomber enceintes à treize ans, les familles sont parsemées par les ruptures, les magouilles omniprésentes, et le passé sulfureux d’Iquitos est encore bien palpable. Ce n’est pas le moment de se faire dérober, le message est assez clair. En revenant sur mes pas, je rencontre un guide qui me propose de l’accompagner, vivant ici-même. Après de dures négociations sur le prix (j’ai l’avantage d’être le seul touriste, je suis en position de force), nous partons pour Belén, le vrai. Impressionnant quartier, d’une pauvreté extrême, posé sur une montagne de détritus plastiques, et de maisons flottantes entassées en vrac. Si lors des pluies Belén doit avoir un charme plus que certain, à la saison sèche il ressemble à une de ces glace fondue lors de ces jours de canicule: ses barques renversées dans l’herbe, ses maisons posées sur le flanc d’un talus, ses détritus que le fleuve devrait emporter, ses bateaux qui rouillent sur le flanc… 

Malgré tout, j’aime cet endroit, de ces choses qui, bien que dangereuses, pauvres et désemparées, me fascinent… 

De retour au marché, sniffer une poudre de tabac à l’aide d’une pipe formée de deux embouts, l’un dans la narine, l’autre dans la bouche, que l’on utilise pour souffler la poudre dans les sinus: l’effet ne se fait pas attendre, les larmes aux yeux, le nez se débouche en un clin d’oeil, et en moins de 15 secondes, je suis aussi ivres que si j’avais empilé quelques whisky, ce qui fera rire sans retenue ma vendeuse… 

Trainer dans le marché, puis rejoindre le centre. Tout comme ces latinos qui passent du rire aux larmes sans transition aucune, sur moins de 100 mètres je passe du quartier le plus pauvre, de son marché populaire, à des magasins de marques, chose rarissime ici. Moins de 50 mètre à peine séparent un lieu où je peux marcher à l’aise, d’un autre où il m’est vivement déconseillé de m’aventurer… 

Marché de Belén - Iquitos, Pérou.

Marché de Belén - Iquitos, Pérou.

Marché de Belén - Iquitos, Pérou.

Marché de Belén - Iquitos, Pérou.

Iquitos. Une ville hypnotisante, au soleil humide, à la pluie tiède, qui m’attire comme la lumière pour un insecte, attirante et dangereuse à la fois… J’avais prévu de n’y rester qu’un ou deux jours. Et des forces extérieures m’ont obligées à rester, et à vivre une réalité très éloignée de mes plans. Hasard? Coïncidences?… Quoi qu’il en soit, je ressens une énergie particulière dans cette ville loin du monde, c’est un moment étrange de mon voyage. 

Étrange aussi, car les jours passés ici auront donné le temps à une de mes connaissance de me contacter: un de ses aïeul ayant vécu ici et y ayant peut-être eu une deuxième famille… Alors, durant ces jours, partir à sa recherche, consulter les annuaires à travers quelques hôtels de luxe, me renseigner auprès de locaux, me rendre au cimetière général, et finalement y trouver une tombe, ainsi que le registre du cimetière. Des locaux continuant de m’aider, ils me dirigeront vers le registre de la ville. Un sourire à la responsable du registre des habitants me permettra finalement de trouver une adresse… Iquitos, décidément troublante, comme un songe irréel dans cette moiteur, de ces sensations propre à l’Amazone où la réalité a tendance à s’estomper. Qui sait ce qui se sera passé pour moi ces quelques jours, mais je suis heureux d’avoir pu être soudain utile, que ce séjour trouble ait trouvé du sens travers ces recherches. J’espère avoir été opportun, et que ces recherches porteront leurs fruits, et pourront s’avérer utiles… 

 

Dimanche 27 août, Iquitos 

Je dois planifier la suite de mon voyage, et l’éventuel volontariat dans l’ile des singes. Après avoir vérifier les billets d’avion, et la suite du voyage, les possibilités sont multiples. Tant de possibilités, que j’en ai le vertige: prolonger la Colombie ou non, partir en Asie, laisser tomber mes projets à Madagascar… Je me perd, avec une connexion lente qui m’empêche d’être efficace dans mes recherches. Profiter de la piscine pour m’éclaircir les idées, et tenter de rationaliser, éliminer les possibilités: je ne peux pas prolonger la Colombie, le climat sera mauvais. Du coup, la question se pose entre l’île et la Colombie. Puis pour la suite?… J’ai de la peine à définir mes envies, j’ai le vertige, je pars en vrille. Je surchauffe. 

À midi, manger dans le quartier, pour 5 soles, dans la rue, des pâtes avec du poulet. Retourner à mes prises de têtes, et essayer d’être efficace, prendre des décisions. Le soir, manger pour 2,5 soles, un hamburger avec frites et salade. Toujours étonné de la différence de prix entre des zones touristiques et ici: ma pizza le premier soir, dans le centre touristique, m’a coûté plus de 40 soles… 

Et comme tous les dimanches soir en Amérique latine, la fête bat son plein. Je passe près d’un centre où des groupes de musique mettent l’ambiance à renfort de cumbia et de salsa, accompagnés par des filles dansant presque nues, sexy. Ne pas résister, et me laisser emporter, envie de vivre chaque instant, de profiter de la fête alors même que je m’étais promis de rentrer rapidement pour mettre au clair la suite. Admirer ces filles superbes, sensuelles et remplies de joie de vivre en dansant. Une fierté de se montrer, de jouer, que l’on ne retrouve chez nous plus que chez les enfants… Je pourrais les regarder des heures… 

Cela me déchire de partir, de quitter Iquitos. Pas juste la nostalgie, un vrai déchirement. Que je ne peux pas expliquer. Le fait que je me sente bien ici, je me sens chez moi, en terrain connu, dans cette ville où se mélange ancienne aristocratie, passé sulfureux, vie intense d’Amérique du sud… 

 

Lundi 28 août, Iquitos 

Ne pas arriver à me décider concernant la Isla de los monos. Je souhaite y aller de tout mon coeur, et ma raison est très claire que je n'ai pas de temps à y consacrer, qu'y aller serait une erreur. 

Ne pouvant me décider, je choisi de remettre cela aux mains du destin. Arrivant devant l'office de la réserve, la porte est fermée : je sonne. Personne ne répond. Je sonne une deuxième fois. Toujours aucune réponse. Ainsi soit-il. Frustré et apaisé à la fois, je reprend ma route. Repassant sur mes pas une dizaine de minutes plus tard, je verrais alors le responsable entrer dans l'office! 5 secondes plus tôt ou plus tard et je n'aurais rien vu. Satané destin! Mais désormais mon choix est fait, je me suis fait à l'idée d'abandonner ce projet, même si cette dernière vision me fait douter à nouveau… Iquitos m’aura troublé jusqu’à la fin. 

Cette frustration me permet néanmoins de comprendre pourquoi je suis si attaché à cette île, elle représente tout ce qui est important pour moi: calme et sérénité; me rendre utile; des valeurs qui me correspondent, altruistes, humaines et écologiques, qui ont du sens. Chose qui me manque dans ce voyage où je me sens trop égoïste. 

Prendre un moto-taxi jusqu'au port des pêcheurs, d'où partent les « lanchas », ferrys lents qui défendent l’Amazone. À nouveau, bref bout de plage boueux où attendent les bateaux. Quelques planches pour y monter, et ces hommes, comme des mules, qui chargent déjà les marchandises. On y monte et descend comme dans un moulin, certains s'installant déjà alors que le bateau ne partira que dans 9h. Pour certains se rendant au Brésil, c’est plus de onze jours de bateau qui les attendent… 

Retourner en ville, chercher mes affaires, boire un dernier café. Vers 15h, retourner au port, acheter un hamac et grimper sur le bateau; je serai le seul « gringo ». J’installe mon hamac, et ma première impression plutôt agréable s’efface vite lorsque je vois le bateau se remplir: nous serons environs 300 à 400 hamacs, certains collés le long des fenêtres, ou au dessus, dessous des autres. À cela, s’ajoute une centaine de personnes, familles et jeunes enfants, nouveaux nés de quelques mois ou semaines pour certains, qui dorment à même le sol, sous les hamacs. Je redoute soudain que mon hamac ne se détache, et que je les écrase en tombant. À cela s’ajoute le balais des vendeurs, femmes, enfants, hommes, qui montent à chaque arrêt pour vendre journaux, papier toilette, nourriture, boisson… 

L'Amazone - Iquitos, Pérou.

L’occasion de manger quelques bons plats, et de voir chacun jeter par dessus le bord les emballages plastiques, les bouteilles vides, les pampers… L’Amazone, compilant, portera le tout jusqu’à l’océan, des milliers de kilomètres plus loin. 

Regarder ces enfants qui jouent, ces comportements affectueux et rudes à la fois, où l’on hésite pas à pousser un enfant, où les femmes s’adressent aux hommes pour monter et défaire les hamacs. Et où ces jeunes mamans de moins de 20 ans, superbes et maternelle, ou ces jeunes couples de 20 ans, encore si jeunes, beaux et doux. Ce garçon de 10 ans, malade, vomissant par dessus le bord, et qui montera malgré tout trois hamacs pour ses soeurs et lui, ainsi que plusieurs aller-retours pour leur marchandise, leur mère les rejoignant plus tard, et la soeur ainée s’occupant de deux jeunes dernières. 

Plusieurs réveils dans la nuit, entre les gens qui viennent et qui partent, le froid surprenant, et le stresse de me faire voler mes affaires. D’autant que le moteur lors des arrêts, alors à fond, ne laisse guère l’occasion de continuer à dormir… Au matin, réveil vers 4h. Nous sommes déjà moins de monde. Le déjeuner se fera attendre et ne sera servi que vers 8h. Une bouillie - pas si mauvaise - et un bout de pain. De quoi caler l’estomac jusqu’à midi, aidé par quelques bananes achetées avant le départ. 

 

Mardi 29 août, Iquitos 

Passer la journée calme, à lire, dormir, regarder le paysage. Voir quelques dauphins… Et essayer de comprendre la vie de ces gens. Des gens qui croient que « Suiza » est une ville, que l’on y parle anglais, ou espagnol. Qui me demandent quelle langue parlent les américains, et les anglais, et les British… En fin de compte, cette journée entière à ne rien faire, coincé sur 20 mètres carrés, passera finalement très vite. Le soir, griller mes derniers soles en achetant quelques plats de nourritures, et empadanadas. Je garde une petite réserve, sachant que le Pérou est doué pour les frais inattendus, ou plus chers qu’imaginés. Il me faut encore de quoi faire tamponner mon passeport, et traverser jusqu’à Leticia. 

Vers 20h, se glisser dans le hamac, et s’endormir assez vite malgré l’agitation… 

 

Mercredi 30 août, Leticia 

L'Amazone - Santa Rosa, Pérou.

Premier réveil vers 4h du matin. Nous sommes à Caballococha, bourgade d’importance, et dans un demi sommeil, j’observe la presque moitié du bateau défaire ses hamacs et faire ses bagages. Sous les projecteurs du bateau, j’observe le débarquement des marchandises, qui durera plus d’une heure: tôles ondulées pour les habitations, porcs, poulets en cage, poissons que l’on sort de glace dans de grandes boîtes en bois après 3 jours de voyage. De ces nombreuses barques « les peqepeqe », qui viennent chercher ceux qui arrivent, famille, parents. À voir une femme charger son nouveau matelas sur une de ces barque, et l’autre son nouveau frigo, tous ces gens de villages isolés qui sont partis acheter leur nécessaire à Iquitos, la ville. Drôle et presque surréel. Loufoque. Mon voisin me confirme que nous arriveront à Santa Rosa vers 10h, arrivée originalement prévue à 6h. Je peux donc couper mon alarme prévue à 4h45, et me détendre encore un peu… 

Nouvel arrêt et semi-réveil vers 6h, puis je me rendors. Ce n’est que vers 6h30 que je me fais réveiller par le cuisinier qui m’apporte le petit déjeuner: sur un plateau, de nombreuses tasses en plastique contenant une sorte de cacao à l’eau, et deux rondelles de biscuit. De quoi caler un peu, même si le fond de la tasse, particulièrement granuleuse, finira par dessus le bord. J’observe ce paysage qui passe, toujours lent. À la manière de la route en Patagonie, mais cette fois si en bateau. Monter à la proue, ou personne ne parle, loin des cris des enfants, et du bruit du moteur, juste quelques vieux qui regardent passer le fleuve. Sentir le vent frais, me sentir serein. Rester de longues minutes. 

Puis revenir sur le pont, vers mon hamac, afin de vérifier que mon sac soit toujours là. Je regrette de ne pas avoir un compagnon pour que nous puissions surveiller nos affaires réciproquement: cela me permettrait de sortir mon appareil photo sans peur. Les 2 fois où j’ai demandé à mes voisins de les surveiller, je les ai vu quelques minutes plus tard se balader ailleurs… Rejoindre mon hamac, avec ce bruit lourd du moteur, les cris et pleurs des enfants, les bruits de métal est de tôle, les bruits des poulets et des porcs, de la musique… Un brouhaha assourdissant, mais que je n’entends presque plus à force… Et dans cette moiteur se mélange encore les odeurs, transpirations, parfums, nourriture… 

Arriver à Santa Rosa, décharger, et dire au revoir à mes voisins de hamacs. Petit village d’une rue, qui fête aujourd’hui son 43ème anniversaire. Après le port - nouveau talus boueux sans aucune infrastructures -, c’est une petite marche de 10min qui nous amène au village, où défilent militaires, policiers et écoliers, tous au pas, synchronisé, les maîtresses guidant tant bien que mal les tout jeunes, encore un peu trop indisciplinés. 

Dégoulinant de sueur, trouver le poste de contrôle, et faire tamponner mon passeport. Ironie, le fond d’écran de l’ordinateur de ma douanière montre un paysage enneigé… 

Retourner au port, et prendre une barque pour traverser le fleuve jusqu’à Leticia, Colombie. 10 minutes plus tard, je pose le pied sur le sol Colombien. Le poste de contrôle est fermé, je me rendrai le lendemain à l’aéroport pour officialiser mon entrée au pays. Je suis au milieu de l’Amazonie, le long du fleuve du même nom, à l’endroit où se rejoignent le Pérou, la Colombie et le Brésil…