Septembre.

Vallée de Cocora - Salento, Colombie.


Leticia.

Mercredi 30 août, Leticia

Tout déjà paraît plus riche: je vois des drônes et des ordinateurs dans cette petite ville perdue au milieu de l'Amazonie! Nombre de magasin de marque, de supermarchés remplis, de magasin de mode, il est clair que cette ville est plus riche… 

Je me pose pour un café, et je tombe en voyant l’addition: 1'900 COP. Moins de 0.50.- euros! 

Si Iquitos comptait nombre "d’occidentaux", il s’agissait d’expats, le reste de la population typée indien. Ici, un tiers de la population est blanche, mais il est clair qu’il s’agit de locaux. Je suis surpris de constater une telle différence entre les deux pays en traversant simplement le fleuve. 

 

Jeudi 31 août, Leticia

Leticia - Leticia, Colombie.

Un café. Noir. Le meilleur depuis longtemps. Rester dans la chambre, le bruit de la vie au dehors, et du ventilateur juste à côté. À nouveau une de ces ambiances particulière, dans la lumière tamisée des rideaux, une ambiance de fiction. À croire ma vie étalée sur de la pellicule, ou à l’encre sur du papier. Ne plus se sentir réel. Écrire. 

Me rendre à l’aéroport, et voir sur la route un poste de contrôle de police. Voir alors absolument TOUS les véhicules faire demi tour pour éviter le contrôle. Cela laisse présager de la qualité de la police… 

Aéroport: deux offices, et un point de migration climatisé dans lequel le douanier regarde la préparation du match Colombie/Vénézuela pour les qualifications 2018: officialiser mon entrée en Colombie, et acheter un billet d’avion pour Bogota pour le lendemain. Revenir en ville, ou des chemises jaunes emplissent les rues, et où les bars se remplissent à l’approche du match. Chaque TV, radio, passe en écho le même match. Marcher dans les rues et avoir l'impression d'entendre le match en stéréo par des centaines de radios. Prendre une bière, et m’installer dans un bar local. Exception faite des serveuses, il n’y a que des hommes, une seule femme est présente. Et moi, gringo. Voir ces hommes enchaîner les bières bon marché, entrecoupé de pauses cigarettes, hurlant comme une seule entité à chaque action: les fans de foot sont les mêmes quelque soit le pays. Et le commentateur qui parle à une vitesse incroyable, comme un sprint, sans reprendre son souffle pendant presque deux minutes, ponctué de Ave Maria, et seulement entrecoupé de pubs auditives pour du papier toilette, une banque ou une université, qui coupe le son une dizaine de seconde en plein match. 

Et à nouveau, alors qu’en Suisse il me faut une semaine pour acheter un billet d’avion, ici j’ai en une journée planifier la suite de mon voyage, vu le contrôle de migration, acheté un billet d’avion, regardé un match de foot, changé ma monnaie, et fini la soirée dans un restaurant chic à manger du piranhas… 

 

Vendredi 1 septembre, Leticia

Préparer mon départ, et pourtant. Dans cette ambiance hors du temps, cette atmosphère moite et cotonneuse, où les jours s’enchaînent et se ressemblent, je pourrais y rester des années. Laisser couler les jours, comme coule l’Amazone. Rencontrer une allemande, qui travaille ici depuis deux mois. Elle me répondra exactement ça, que si c’est une chance, le danger est de se laisser piéger par le temps: « lost in time ». Quelque chose m’appelle, j’adorerais me laisser perdre par le temps. Rester ici. Mais comme toujours, j’ai encore trop de contrôle, je n’arrive pas à laisser tomber mes objectifs pour me laisser porter par ce qui arrive. Lâcher prise, encore et toujours ma difficulté. J’ai l’impression d’aller encore trop vite, alors même que pourtant je voyage plus lentement que la majorité des gens que je rencontre. Et plus que tout, j’ai peur si je m’arrête, de ne pas réussir à repartir: des années pourraient se passer avant que je commence à sentir la lassitude… 

Ne rien faire. Mais le faire ensemble. Là est toute la différence par rapport à la Suisse. Ne rien faire seul, source d’anxiété et mal vu. Tout l’inverse d’ici, comme durant mon enfance, où l’on ne fait rien de concret, mais de le faire en famille, ensemble, comme le font de manière primaire ces troupeau d’animaux… 

Le voyage continue de me défaire, comme dirait Nicolas Bouvier, lentement, patiemment. Je sens que je touche une nouvelle étape, après m’avoir déconstruit, secoué, puis reconstruit avec de nouvelles habitudes, c’est désormais autre chose qui commence à changer, plus profond: une autre philosophie, d’autres attentes, peut-être que je commence enfin à lâcher le contrôle, gentiment. Je commence à me sentir loin de ma vie d’avant, comme si c’était la vie de quelqu’un d’autre, une vie qui ne m’appartient plus. 

Rencontrer deux Suisses qui ont fait le même parcours que moi; mais à vélo. Je les admire. Nous referons le monde, nous retrouverons dans nos expériences et nos philosophies. Agréable de pouvoir le temps d’une soirée discuter en profondeur, avec finesse, de plonger dans les méandres de notre monde, qu’il soit occidental ou à travers nos expériences de voyage. Réaliser avec eux comme nous sommes revenus à la base, comme la recherche de moins a désormais plus de sens que la recherche de plus. Voilà 6 mois que je n’ai pas regardé un film, qu’internet se limite à quelques blogs de voyage, et que mes préoccupations se limitent à trouver un lieu où dormir, ou manger, et comment me déplacer. Réaliser que revenir à la base nous fait du bien, que nous n’avons pas besoin de plus. Et que ce qui me manque, c’est la recherche de sens: être utile, donner du sens à ce voyage. 

Rire de l’Amérique du Sud, et en une phrase résumé ça: « Tout est possible, mais rien n'est sûr ». Parler de la suisse et de son rythme de travail qui nous paraît absurde (l'exemple d'un facteur qui a droit à 35 secondes par boîtes aux lettres) comparé à ici, où l’on fait ce que l’on veut, ou un bateau/bus ne part que quand il est plein, et où 30min de retard ne sont rien. Où l'on fait ce qu'il y a à faire à un rythme humain. 

Loger dans une auberge fondée par un Suisse, marié à une Colombienne. Il a parcouru 40’000km d’Amazone dans une barque mue par un bicyclette montée sur le pont. J’espère le rencontrer, et apprendre de son expérience. Je ne le rencontrerai pas, l’auberge ayant été rachetée par une famille. Mais renseignement pris, il s’avère que le personnage est relativement malhonnête. Après avoir quitter deux colombiennes, il développe de nouveaux projets, profitant des touristes pour développer ses projets et exploitant des locaux, les payants au dessous du salaire minimum. Comme quoi, il est important de différencier les actions et réalisations des gens, de leur personnalité, l’un est l’autre n’étant pas forcément lié. Et que la Suisse recèle aussi son lot de malhonnêteté…  

Leticia. Cette petite ville agréable, plaque tournante de drogue il y a encore 10 ans, avant que l’armée ne vienne nettoyer la place. Aujourd’hui, les dealeurs restant se repèrent facilement, ils roulent en BMW, les seules voitures de la ville, les habitants roulant en motos. 

Partir pour l’aéroport. Petit aéroport avec juste deux offices vendant les billets, et deux bureau de check-in pour les deux compagnies qui y passent. Il y a deux hôtesses en tout et pour tout dans l'aéroport. Le hall fait au maximum 5m de large, pour une cinquantaine de mètres de profondeur. Regarder le stand d’emballage qui, à l’aide de vieux cartons récupérés, devra emballer des packs d’oeufs, des hélices de bateau… Faire la seule file durant presque deux heures, passer dans le petit bureau de l’immigration, et passer le portique de contrôle, avant de monter dans l’avion. À peine assis que je vois le faux-plafond au dessus de moi se décrocher… confiance. 

Arriver à Bogota 2h30 plus tard. Prendre une navette gratuite qui m’amène jusqu’au Portal El Dorado, noeud de passage du TransMileno, le Métro-Bus de la ville. Prendre un de ces bus de plus de trois wagons, pour plus de 45min, m’amenant à la Candelaria, quartier de Bogota… Chercher une auberge… 


BOGOTA

Monserrate - Bogota, Colombie.

Samedi 2 septembre, Bogota

Après une bonne nuit, trouver un petit café « Suiza Vieja » et y rester la matinée pour écrire le blog. Première bonne surprise de la Colombie, le wifi est excellent! Ça me change. Le soir, partir avec l’hôtel pour une soirée à Andres carne de res: sur place, une atmosphère dingue, mélange de restaurant et de club, dans un décors absurde, digne des plus étranges films de Tim Burton. L’ambiance est bon enfant, les gens dansant partout, entre les tables, avec sensualité, les couples s’embrassent avec passion, et les gens dansent avec une sensualité exacerbée sans aucun malentendu pour autant… 

Le lendemain, passer une partie de la journée à l’hôtel à écrire et préparer la suite du voyage. Trouver un petit café sympa, avec une cour intérieure dans une atmosphère anarchique et absurde, artistique décalée, et y passer l’après-midi. J’aime cet endroit, de part sa liberté, et réalise combien notre rigueur et contrôle suisse restreint tant de belles choses et possibilités. 

 

Lundi 4 septembre, Bogota

Partir pour la cathédrale de sel à Zipaquira. Prendre le TransMilenio, puis au terminus un minibus, qu'un vieil homme hélera pour nous à 50m en bord d'un semi autoroute. Incroyable, mais le bus s'arrête, l'assistant du conducteur nous demandant où nous allons. Nous repartons, l'assistant criant par la porte du bus ouverte la direction du bus… Première impression: les gens sont incroyablement gentils, n'hésitant pas à nous aider spontanément, ou à nous attendre pour nous donner des infos supplémentaires. Des gens vraiment soucieux d'aider. De même que chacun n'hésite pas à donner de l'argent aux divers artistes qui viennent faire leur show dans le bus, ou expliquer leur situation. Une générosité de coeur.  

Arriver, et après avoir fait un tour de la ville, dont la place centrale est magnifique, et vérifier les horaire de la mine, manger un repas copieux dans un resto local, et prendre un café excellent. Ça m'avait manqué. Visiter la cathédrale avec un guide qui parlera anglais avec un accent espagnol/indien à couper au couteau. La cathédrale est construite dans une mine de sel de 4 étages, chaque étage ayant une méthode d'exploitation différente: 1:fourmilière, 2:fourmilière avec piliers larges, 3:poches horizontales, 4:poches verticales. La première cathédrale, au premier étage, c'est écroulée. Elle a désormais été refaite au troisième étage, 180m sous terre. Impressionnant réseau de galeries desquelles partent des poches d'exploitation parallèles de 10/16m et plusieurs centaines de mètres de profondeur. Il existe plus de 150 poches, faites à la dynamite. L'étage du dessous, exploité à l'eau à haute pression diluant le sel, possède trois poches chacune de la taille de la tour Eiffel ! Si des milliers de mineurs travaillaient à l'origine, ils n'étaient plus que 150 au troisième étage, et plus que 7 actuellement, tout étant optimisé. À eux seuls ils produisent 40 tonnes d'eau saturée en sel par jour ! 

Cathédrale de Zipaquira  - Zipaquira, Colombie.

Cathédrale de Zipaquira - Zipaquira, Colombie.

Cathédrale de Zipaquira - Zipaquira, Colombie.

Cathédrale de Zipaquira - Zipaquira, Colombie.

La cathédrale, dispersée dans la mine, occupe 15 poches racontant l'histoire du christ, une chapelle, un dôme, et un espace aussi grand qu'une cathédrale terrestre, mais souterrain ! Impressionnant ! Le tout dispersé selon la structure de la mine. Un autre espace, délirant, est consacré au commerce : cinéma 3d, attractions, café, boutiques en tout genre, luxueuses, avec parquet au sol, signaux lumineux clignotants. Une ambiance irréelle, kitsch, complètement décalée, à se croire dans un film de Tim Burton ! Boire un café dans une cathédrale, à 180m sous terre : check ! 

Rêver de monter une boîte de nuit démesurée, avec des navettes reliant Bogotà toute la nuit, un truc immense, chaque étage ayant son style (Rock, Latino…) et de multiple salles! Un son incroyable, une acoustique parfaite, des plafonds hauts, une ambiance délirante, le tout sans jamais voir la lumière du jour, dans ces salles en tubes au bout desquelles se trouverait le bar, et au dessus le DJ, sur une plate-forme dominant la foule! Une boîte de nuit pour des dizaines de milliers de personnes! Les possibilités sont immenses! Je suis frustré: j'adorerai développer un tel projet! 

Au retour, notre minibus sera bondé et se retrouve bloqué dans le trafic; cela laisse présager de la suite. Prendre le TransMileno, metrobus de Bogotá à l'heure de pointe. C'est bondé, le traffic extrêmement dense, et un flux de passagers ininterrompu. Dans le stress et le chaos ambiant, finalement trouver notre bus. Les 45min de trajet se feront au rythme des freinages/accélérations et des cahins de la route, entassés. 

Le lendemain visiter le Musée de l’or. Immense musée fondé par la Banque de la République de Colombie, qui contient des dizaines de milliers(!) de pièces d’or retraçant toute l’histoire de 9’000 ans de la métallurgie de l’Amérique du Sud. Manger dans un petit restaurant local, où se côtoie quelques tables, puis rejoindre le téléphérique pour monter au sommet surplombant la ville: Monserrate. Redescendre en cheminant, et croiser nombre de policiers et militaires qui surveillent le site. Car si le lieu, très touristique, est parfaitement sécure, les choses changent dès 16h, où il devient clairement impossible de marcher sous peine de se faire dérober. 

 

Mercredi 6 septembre, Bogota

Rencontrer deux étudiants universitaires qui interviewent des touristes sur leur vision de la Colombie: parler avec eux plus d’une heure, très agréable moment de partage culturel. Visiter le Musée Botero, statues et peintures "grossies", puis le musée de la monnaie et la collection d'art adjacent, le tout appartenant à la banque nationale…

Visite du Pape - Bogota, Colombie.

Visite du Pape - Bogota, Colombie.

Puis, se préparer à la visite du Pape qui arrive en Colombie. Vers 16h, comprendre que le Pape n’arrivera à la place centrale -déjà occupée par nombre de personnes- que le lendemain, mais qu’il atterrit et rejoins le centre ville. Alors partir à sa rencontre, et dans l’excitation ambiante, le voir passer sur l’avenue principale, 6 voies complètement fermées pour l’occasion, qui seront réouvertes au traffic sans trop se soucier de la foule encore présente. Puis rentrer, voir son image projetée sur la façade entière d’un building, et plus tard manger des galettes de maïs. Si les rues étaient vivantes et remplies à 18h, tout semble déjà sur le point de fermer. Lima se couche tôt, nous ne sommes pas encore habitués. Rechercher un bar où boire des bières durant plus de 2h, tout étant fermé, avant de trouver une place très animée: mais aucun alcool ne se vent: suite à la visite du Pape, tout est fermé et aucun bar me vend d'alcool; les Bogotiens décident de rester sages aujourd’hui, le Pape est là… 

 

Jeudi 7 septembre, Bogota

Matinée à l’auberge, il pleut. Aller manger, et se poser dans un café près de l’hôtel, profiter du wifi et lire un peu. 

Guère rien à faire sinon traîner dans les bistrots en attendant notre vol: suite à la visite du Pape, tout est fermé, ou ferme, aucun alcool vendu, aucun tour non plus, la ville étant complètement paralysée par des milliers de policiers protégeant la route du Pape le menant à la place centrale… 

Prendre un taxi pour l’aéroport; on s’entasse à 4 avec nos gros sac dans une voiture minuscule, les sacs entre le coffre et le siège avant, nous trois à l’arrière. Prendre une grande marge de temps, qui finalement s’avérera très utile: le Pape repartant le soir même, toutes les rues sont bloquées, nous feront de nombreux détours et plus de 1h15min pour un trajet de normalement 20min… 

Prendre notre avion à 19h, et arriver à Carthagène. À nouveau, sentir la chaleur humide des Caraîbes: quel bien ça fait, après le petit coup de froid des nuit Bogotiennes… j’ai vraiment besoin de chaud! Prendre un taxi, arriver à l’hôtel et sorti boire une bière, sur une place proche de l’hôtel à Getsemani, où se mélangent touristes et locaux, boire des bières qu’une petite boutique vend à la chaîne, en regardant des groupes danser, chanter, pour quelques pièces. Une ambiance très agréable, dehors dans la chaleur de la nuit, j’adore ce genre de moment… Puis aller au Havana Club, bar à salsa situé juste à côté, bar typique où Hilary Clinton avait passé une soirée!… Danser, boire des Mojitos sous les ventilateurs et ce décor en bois, désuet, où une femme gère la file des toilettes indiquant à qui est le tour… 


CARTHAGÈNE

Vendredi 8 septembre, Carthagène

San Felipe - Carthagène, Colombie.

Le matin, partir voir les fortifications de la ville, le Château San Felipe, et toute l’histoire de Carthagène selon sa localisation si particulière. Regarder ces murailles, ses tunnels, ses batteries de canons, et comprendre toute l’histoire intense de ces lieux. Manger au Coron Coro, restaurant local, ou nous mangerons de la cuisine des Caraibes/Créole, mélange de poissons, riz, avocats, noix de coco et citrons verts, bananes plantains, maïs, dans une ambiance des plus populaire! 

L’après-midi, visiter le palais de l’inquisition, retraçant l’histoire de l’Inquisition espagnole à Carthagène, de ces souffrances, intolérances, tortures… Trouver beau d’essayer de se libérer de ce passé à travers l’ouverture, la compréhension, et tolérance comme le prône le musée, pour ne pas céder à la peur comme par le passé. Se libérer l’esprit avec quelques bières sur les remparts, à admirer le coucher de soleil et les touristes qui alignent les selfies les uns après les autres… Repasser par la place, profiter un peu de l’ambiance… 

 

Samedi 9 septembre, Carthagène

À nouveau, le Pape croise notre chemin, avec malheureusement les inconvénients qui le précèdent: tout est fermé, nous passons la matinée à chercher comment rejoindre l'île Isla Grande pour laquelle nous partons le lendemain. Il nous faudra la matinée, mais nous finirons par trouver un bateau avec l’aide de l’hôtel. 

Carthagène - Carthagène, Colombie.

Café Havana - Carthagène, Colombie.

Plaza de la Trinidad - Carthagène, Colombie.

Plaza de la Trinidad - Carthagène, Colombie.

Même si la compagnie de mes compagnons est agréable, j'ai de la peine à fonctionner en groupe. J'ai besoin de ma solitude, de mon indépendance. Même s'ils ne m’imposent rien, mon énergie change dès que je suis accompagné: je n'arrive pas à faire abstraction du groupe, c'est plus fort que moi. Alors retrouver ma solitude, et partir de mon côté. Moins de 5min plus tard, je suis assis sur un banc à regarder des enfants jouer au foot, et des vieux qui boivent, sur la place: j’y reste un long moment. Puis je me balade dans le quartier résidentiel derrière, et regarde un père qui apprend à son fils à jouer au base-ball sur le trottoir, sport populaire ici: j’entame une discussion avec le voisin, assis sur le proche de sa maison : vive le voyage solitaire, ça fait du bien de se retrouver avec des locaux, ça me manquait. Nous parlons de philosophie de voyage, comparons nos expériences, nos pays. Un très chouette moment. Puis se balader sur les remparts, voir des enfants des rues jouer au baseball, regarder cette vie calme. La pluie arrivant, je mange dans un resto italien, puis irait prendre un café, écrire, lire… De retour à l'hôtel, nous partons manger un ceviche à l’avocat, délicieux… 

 

Dimanche 10 septembre, Carthagène - Isla Grande

Isla Grande - Isla Grande, Colombie.

Partir au port pour 8h30, et prendre une lancha pour l’île, petit bateau surpuissant d’une trentaine de places. La chaleur est étouffante. Charger les affaires et s’asseoir à l’avant de la barque. Pousser par les moteurs, nous naviguons 45min, avec des secousses à chaque vague, nous démontant le dos. Arriver à Isla Grande, magnifique île de 1200 personnes, d’à peine 3km de long, avec de l’eau turquoise, une barrière de corail, des plages de sable blanc. Le temps se gâte, très venteux, sans doute les conséquences de l’ouragan Rita dont nous subissons les turbulences; de fait, il n'est qu'à 500km… 

Isla Grande - Isla Grande, Colombie.

Profiter de la plage, manger, et partir pour Playa Libre, de l’autre côté de l’ile. Arriver sur cette magnifique plage, où la météo est meilleure, cette côte coupée du vent, se baigner, et à peine quelques minutes après être arrivés, un guide nous aborde et nous propose d’aller voir la maison de Pablo Escobar et de faire du Snorkling. Première fois pour moi, si intense, de plonger jusqu’à 5m, de voir ces coraux, ces poissons, de voir ce vert s’illuminer de couleurs magnifiques dès que s’en approche! Sentiment étrange de s’enfoncer dans un autre monde, et plus étrange encore lorsque vidé de son air, notre corps reste inerte à cette profondeur, immobile, à flotter au raz des coraux, à presque en oublier le monde du dessus jusqu’à ce que le besoin de respirer se fasse intenable. Sensation de vertige, pour lapremière fois le Grand bleu fait sens pour moi: s'oublier dans l'eau… Partir un peu plus loin, et admirer depuis la barque la maison abandonnée de Pablo Escobar. Juste en face, où nous sommes, à 30 mètres de la côte, nous plongeons à 5m de profondeur où se trouve un avion de Pablo Escobar échoué. Rentrer au lodge, et dans le noir, sans grand chose à faire, se coucher tôt. 

Avion de Pablo Escobar - Isla Grande, Colombie.

Lundi 11 septembre, Isla Grande

Il fait grand beau! Passer la matinée à faire du snorkling juste devant l’hôtel, passer des heures dans cette barrière de corail. À midi, manger du poisson à la noix de coco, plat typique, avec bananes plantins. À 15h, partir en canoë visiter trois lagunes reliées par des tunnels de mangroves. Impressionnant écosystème entre eau de mer et eau douce, de lagunes d’à peine 50cm de fond parfois, peuplées de petits crabes, avec leurs racines en arc par milliers. Monde étrange… Acheter de la nourriture au village, quelques poitrines de poulets, tomates, fruits et se cuisiner à manger. Puis partir pour la Laguna Encantada, marcher à la frontale, 45min dans la nuit, et croiser nombre de crabes bleus, de Bernard Lermittes de plus de 10cm, avant d’arriver à la fameuse lagune. D’un petit ponton, plonger dans cette lagune noire, et voir à chacun de nos gestes, le plancton phosphorescent qui y vit s’illuminer. Magique de nager dans cette eau noire et de voir ses mains, bras, couvert de particules illuminées par intermittences. La lagune enchantée porte bien son nom, c'est magique! 

Corail - Isla Grande, Colombie.

Corail - Isla Grande, Colombie.

Corail - Isla Grande, Colombie.

Mardi 12 septembre, Isla Grande

Se réveiller au petit matin, au bruit des vagues qui s’écrasent sur la côte, des poules, oiseaux, et du village qui commence à s’animer. Prendre un petit déjeuner d’oeufs brouillés et de galettes de maïs, de fruits frais, pastèques, fruits de la passion, et d’un bon café. 

Orica - Isla Grande, Colombie.

Puis rejoindre Playa libre, à l’autre bout de l’île: 35min de marches dans une chaleurs étouffante: il fait 35°, humide et lourd: un orage se prépare, sans doute les retombées de l’ouragan José. L’air que l’on respire est chaud, notre peau perle de toute part. Mais l’enjeux en vaut la peine, arrivé sur cette plage magnifique, ou seuls quelques touristes et locaux sont présents. Lire, se baigner… 

Playa Libre - Isla Grande, Colombie.

Rejoindre le camp vers 14h, et préparer les sacs. Le vent s’est levé, le ciel est assombri, et l’île semble soudain déserte: l’expression « le calme avant la tempête » prends alors tout son sens. Il commence pleuvoir… Le bateau, une lancha -petit hors-bords - pour une trentaine de personnes, nous attend pour rejoindre la côte. Le bateau précédent n’ayant pas circulé à cause de la météo, nous devront donc nous serrer pour deux horaires. Le retour est mouvementé, en quelques minutes nous seront tous trempés par les éclaboussures, la lancha rebondissant sur les vagues de l’océan agité, nous faisant faire des bonds durant parfois plusieurs secondes… 

Arriver à Carthagène, et rejoindre l’hôtel non sans goûter au passage de ces mangues vertes que l’on consomme avec du sel et un peu de piment… 

Manger près de l’hôtel dans un restaurant Indien. La nourriture est excellente, le service aussi. Rejoindre la place, et prendre une dernière bière en regardant des jeunes faire du break danse, leur Samsung branché sur un ampli qui se coupe à tout moment. 

 

Mercredi 13 septembre, Carthagène

Matinée calme à l'hôtel, trier les photos, et profiter du wifi. À midi, manger avec Clémence, une française rencontrée le matin, au petit italien en face. Puis se balader dans la vieille ville, prendre un café sur une terrasse. Là, voir un touriste faire un accident avec sa voiture de location, risquer d'en aligner un deuxième dans la foulée, tout ca pour chercher sa femme, et pouvoir poser, en mode selfie, devant sa voiture de location, pendant qu'elle le photographie… 

Rejoindre le terminal avec un taxi pressé de finir sa journée qui roulera comme un fou. Manger au terminal, et faire rire tous le staff lorsque je négocierai le prix du bus en demandant un descunento: je parle vraiment espagnol me dira-t-on, le sourire aux lèvres! Prendre le bus, dormir à moitié, rire avec le chauffeur à minuit à un arrêt lorsqu’il me montre du doigt un touriste noir, en me répétant negro francès trois fois de suite pour être sûr que j’ai bien compris. Les noirs ne courent pas les rues ici… 


MEDELLÍN

Jeudi 14 septembre, Medellín

Arriver au terminal vers 8h30, après 13h de bus. Prendre un café, et de nouveau la gentillesse des gens, qui nous aident spontanément. Prendre le métro et rejoindre péniblement notre hostel à cause de la chaleur. Sortir se balader, découvrir un peu le quartier… Incroyable de marcher dans ces rues, où il y a 20 ans, se battaient des gangs de drogues, les fusillades étaient fréquentes, les policiers se faisaient descendre, et la ville possédait le plus haut taux d’homicide du monde… 

Le soir, boire une bière et commencer la première soirée de fiesta à Medellín: salsa jusqu’à 1h30, les gens dansent vraiment bien, et les filles, superbes, sophistiquées, sensuelles, sexy, arrivent par centaines, alors que nous n'en avons croisé aucune dans la journée. Le beau monde de Medellín est appelé par les nuit à Provenza… 

Provenza - Medellín, Colombie.

Vendredi 15 septembre, Medellín

Déjeuner/Bruncher dans une boulangerie suisse, devant les images du Cervin; typiques. Puis partir pour visiter le parque Jarví. Prendre le métro, et les téléphériques qui montent à plus de 2500m, superbe point de vue sur la ville. Visiter le parque, immense réserve que l’on ne peut qu’à peine aborder. À se croire en plein Jura - si ce n’est la couleur de la terre très jaune - le côté typique reste. Il est 15h, grand soleil au milieu de la nature, en pleine zone touristique, et nous sommes soudain abordés par deux policiers qui nous demandent de rebrousser chemin, la zone vers laquelle nous allons étant « tendue »… Soit. Cette Colombie où il est si difficile d’évaluer si une zone est dangereuse ou non… Revenir en ville par le câble, les quartiers pauvres du dessous étant « déconseillés » de s’y aventurer. Au centre ville, le quartier est très populaire, un marché pauvre s’étant sous les voies du métro aérien, où se mélange chaussures d’occasion, pièces de voiture, vieilles revues pornos et DVD usagés, et divers pièces en tout genre, barbies, jouets… mélangé aux graffitis, aux mendiants… 

Marché - Medellín, Colombie.

Arriver à la place centrale, touristique, ou nombre de marchants ambulants nous proposent, à haute voix et dans l’ordre: 

  1. De la Marijuana

  2. De la Cocaïne

  3. De l’eau

  4. Des boissons gazeuses…

Admirer les statues de Botero qui servent de prétextent pour nombre de selfies… Puis rejoindre Problado, et manger une planchette de charcuterie avec une bonne bière, on finit cette journée typique Suisse en beauté! Un concert improvisé et un Ceviche de poulpe cloront cette journée. Puis sortir, et voir ce mélange de Salsa, de reggeton, ce quartier entier dédié à la fête, mélange de bars, restaurant, clubs… La fumée des club emplit les rues et se mélange aux ampoules et lumières qui emplissent les rues, donnant une atmosphère de cinema. Vers 3h, voir ces jeunes/vieux qui dansent, à l'image de tous ces clips latino qui me paraissaient être des fantasmes, sensuellement collés, mélangés entre couples, trio, sensuels, sexuels même… 

 

Dimanche 17 septembre, Guatapé

Piedra del Peñol - Guatapé, Colombie.

Couchés à 3h, levé à 6h. Prendre le métro, incroyable comme la vie est active à 7h un dimanche. Prendre le bus pour Guatapé, petit bus dans un sâle état. Somnoler presque immédiatement, et se faire réveiller par un vendeurs ambulant, qui me glisse deux barres de céréales dans les main et commence son discours: des barres céréales naturelles, sans sucre, bonnes pour la santé (4 barres pour soigner un mal d’estomac), ou équivalentes à un repas sain. S’endormir lorsqu’il descendra du bus et se réveiller à la Piedra de Guatapé: monolithe sorti de terre, incongru… 

Piedra del Peñol - Guatapé, Colombie.

Monter son escalier de 650 marches, qui semble construit au fur et mesure des besoins, sans réelle prévision, presque un labyrinthe. Profiter de la vue au sommet, et rejoindre Guatapé et notre hôtel. Nos réservations n’auront pas passées, puisque faite sur un vieux site internet, toujours présent mais plus actif (!). Néanmoins, il y a de la place, et nous nous installons. Magnifique hostel avec vue, hamacs, bon wifi, café… 

Nous allons nous balader sur le Malécon, admirons la carcasse d'un bâteau touristique qui a sombré il y a deux mois environs, faisant quelques morts et disparus. Nous prenons également une barque, et visitons le lac, la maison de Pablo Escobar avec terrain de foot et de motocross, sa discothèque privée, le tout relié par des tunnels souterrains. Nous verrons également le sommet de l’église du village englouti lors de la création de ce lac artificiel, qui pointe hors de l’eau, vision incongrue… 

Et toujours ces couleurs, cette lumière que j’apprécie plus que tout, ces ciels si contrastés, j’aime cette peinture céleste, ces lumières si intenses… 

 

Lundi 18 septembre, Guatapé

Piedra del Peñol - Guatapé, Colombie.

Le réveil sera magnifique. Après une bonne nuit de sommeil, une vue imprenable sur la Pierre et le lac au sortir de la chambre, c’est un des meilleurs déjeuners de mon voyage qui nous est servi. Puis partir explorer le village: il est 10h, et le soleil tappe déjà, nous sentons la peau brûler. Le village, mélange de petites maisons et HLM tous colorés, de rues pavées typiques, de palmiers, de gens calmes qui viennent et vont tranquillement, discutant dans la rue, de vieux qui s’attardent sur les terrasses des cafés, ambiance typique des caraïbes… 

Guatapé - Guatapé, Colombie.

Alors faire de même, boire un premier jus, puis un second, manger, et reboire un café, le tout entrecoupé de petites balades au pas lent dans ces rues multicolores… 

À 6h, prendre le minibus direction Medellín. Arriver plus tôt que prévu au terminal, rejoindre notre hostel, récupérer et préparer nos sacs, et avoir encore le temps de manger au restaurant. Puis départ au terminal, presque désert vu l’heure. Drôle ces ambiances de grands espaces dépeuplés. Il est 23h30, nous nous installons pour une nouvelle nuit d’inconfort, espérant dormir, mais sans trop y croire… 


Salento.

Mirador - Salento, Colombie.

Mardi 19 septembre, Salento

Une nouvelle nuit sans guère de sommeil: la route est sinueuse, et le bus inconfortable. Notre chauffeur se fera également un plaisir de parcourir la distance en cinq heures au lieu des sept prévues, à grand renfort de freinages et accélération. Autant dire qu’entre les 23h30 de l’embarquement et les 5h de l’arrivée, nous n’avons que guère dormi. Arriver à Armenia, et prendre directement un autre bus pour Salento; l’occasion de somnoler à nouveau quelques dizaines de minutes, en entrouvrant de temps en temps les yeux pour admirer ce paysage montagneux, humide et beau qui passe derrière les vitres. 

Arriver à Salento, alors encore endormi. Patienter sur la place du village en profitant du wifi libre, d’ici à ce qu’un café ouvre. Puis, aligner quelques cafés bien corsés, faisant honneur à la région, jusqu’en milieu de matinée. Alors reprendre un bus jusqu’à Boquia, où m’attend ma réservation. 

Après une courte marche, je tombe sur cet hôtel loin de tout, avec un jardin immense, fleuri et bien entretenu, traversé par une petite rivière, plusieurs petits bancs, plages… un coin magnifique, reposant, serein, où je suis à nouveau seul résident… 

Profiter du hamac, lire, se reposer, se balader dans le parc… À 16h, rejoindre Salento par une marche de 2h dans la vallée, qui me donne un aperçu de la région: un air de Jura, avec une végétation luxuriante, des citrons, des cafés, des fleurs aux couleurs vives et intenses incroyables: orange, rose vif, rouge… et de toute les formes: douce ou dure, selon… 

De Salento, rejoindre l’auberge La Serrena, à 30min de marche, pour me renseigner sur la possibilité d’une cérémonie Ayahuasca; il y en a eues dans cette région par le passé. Les nouvelles seront mauvaises, la personne qui organisait ces cérémonies ayant cessé cette activité. Une forme de malaise entoure ma question, je ne saurai pas ce qu’il en retourne, si ce n’est que mes espoirs semblent vains. 

Manger dans u restaurant local, avant de reprendre le bus et de rentrer dans le noir… Si le chemin du retour est quelque peu intimidant, cela ne rend que plus intense mon arrivée à l’hostel où je découvre que tous les bâtiments sont illuminés de guirlandes, donnant à ce jardin un air de magie… 

 

Mercredi 20 septembre, Salento

Vallée de Cocora - Salento, Colombie.

Vallée de Cocora - Salento, Colombie.

Passé une nuit magnifique, à l’extérieur, abrité par la moustiquaire, se réveiller dans ce petit paradis au milieu de rien, juste cette magnifique nature nous entourant. 

Petit déjeuner, excellent, et prendre le bus pour Salento. Arriver alors que les jeeps -taxi local- sont presque pleines. Juste le temps d’acheter quelques bananes pour la route, et de grimper à l’arrière d’une jeep. Parcourir ainsi les 10km qui nous mènent jusqu’à Cocora, cheveux au vent, debout sur le par-chocs de la jeep. Le paysage est magnifique, vert, luxuriant, et ce n’est rien en comparaison de la vallée: une prairie qui fait penser au jura, couverte de Palmier immenses. Magnifique, un peu irréel, oniriques, sentiment que la brume mouvante vient renforcer. 

Faire la randonnée dans le sens inverse de la majorité des gens, est se retrouver seuls dans ce paysage. Monter à travers les bosquets, la végétation, redescendre dans des sentier escarpés, boueux, en philosophant, et arriver à un point de repos, Acaime. Aicaime, petite maisonnette qui propose des chocolats chauds garnis de fromage(!), et entourée de dizaine de colibris magnifiques. Impressionnant de voir ces petits oiseaux butiner, qui semblent vivre dans un monde hors de notre temps, si rapides et vifs, dans des mouvements saccadés. Avoir de la peine à les suivre… 

Colibri - Salento, Colombie.

Colibri - Salento, Colombie.

Redescendre vers 15h, le temps de prendre une jeep, et de revenir à Salento, se balader dans l’animation de la fin d’après-midi, monter au Mirador, et boire une bière. Puis aller souper et jouer au « Tejo », sorte de pétanque populaire qui consiste à jeter des poids de métal sur une surface de boue argileuse sur laquelle sont disposé de petits explosifs, le but consistant à les faire exploser, dans cette ambiance populaire où se mélange alcool, cris animés, et odeur de poudre… 

Rentrer sur la place déserte, et chercher un moyen de rentrer à Boquia. Les taxis sont couchés, un bus privé fera l’affaire, le chauffeur extrêmement gentil me racontant que la gare où je vis n’a servi à presque rien, puisque le train n’est venu qu’une seule fois… 

Le lendemain, passer la journée à l’hostel, à profiter du jardin, me reposer… 
Admirer encore ces fleurs, aux dégradés du rouge vif au jaune vif, en passant par le rose, pourpre, orange, le violet… Des formes simples aux formes les plus sophistiquées, douce et fragile ou dure comme le bois, parfois rondes, parfois anguleuses… Une nature de toute les formes, imaginative, belle! 

Fleurs - Salento, Colombie.

Fleurs - Salento, Colombie.

Fleurs - Salento, Colombie.

Fleurs - Salento, Colombie.

Vendredi 22 septembre, Salento

Passé la matinée à l’hostel à parler avec Liza, mon hôte, de l'Ayahuasca. À nouveau, les choses sont compliquées, mais se font malgré tout. Je sens qu’une partie de moi complique les choses, à ne pas aller droit au but. À trop vouloir mettre des gants, à être trop « sensible », réceptif aux stimulis des autres. Liza sera chou, et me conseillera avec beaucoup de gentillesse. Mais je sens que les choses pourraient être plus simples… 

Bus de Santo jusque sur le semi-autoroute, ou il s’arrête en double file pour me laisser descendre. Traverser avec mon sac sur le dos sur l’autre voie, et attendre un autre bus pour Fildandia, avec un chauffeur essayant sans succès de m’arnaquer; dommage, cela gâche l’image des Colombiens parfaite jusqu’alors. Arriver à Filandia, petit Salento en mieux, avec un tourisme national uniquement! Et voir, comme au brésil, ces maisons qui s’ouvrent directement sur la rue, donnant sur le salon, sans vie privée, dans lequel on fait rentrer la moto pour la ranger… 

Le soir, manger chez Helena Adentro la meilleure nourriture que j’ai mangée jusqu’alors et passer la soirée à l’hôtel, ou un groupe de musique improvisé se forme dans les espace communs: magnifique de voir ces gens jouer ensemble en improvisant, et retrouver de ces choses simples (la musique) qui prennent tout leur sens dans ces conditions: quand on a rien, quelques guitare et de bons musiciens illuminent la soirée et notre humanité. J’imagine ces peuples anciens et combien les artistes avaient alors une place comme les chasseurs, les uns dans la force, les autres dans le charme et la magie… 

 

Samedi 23 septembre, Filandia

Café - Filandia, Colombie.

Le matin, partir pour une Finca (ferme) de café écologique à 10km. Avant de partir, recevoir la confirmation de Liza qu'une cérémonie Ayahuasca a bien lieu ce soir à El Caico près de Arménia, et stresser pour organiser ma participation à cette cérémonie pour le soir même. En 20 minutes, préparer mes affaires, aller à la place du village et acheter du crédit pour charger ma carte sim avec un nouveau paquet, et pouvoir appeler le chaman. Divers sms et appels plus tards, je recois la confirmation que je peux assister à la cérémonie. Ouf! Rejoindre la ferme en bicyclettes, complètement usées et mal entretenues, et avec une carte dessinée à la craie sur un tableau noir. Nous y arriverons malgré tout, et Javier, le propriétaire, nous accueille avec une forme et un débit de parole incroyable. À le croire sous cocaïne! Découvrir son lieu où il vit en autarcie, avec peu, mais en respectant ses valeurs et l’environnement. Sa ferme, avec ses sept chiens, sa femme, et ses différents jardins immenses: cannabis, terreau pour les vers, bananiers, goyaves, oiseaux, cafés, fleurs en tout genre, orchidées… ses forêt de bambous. Il nous fait visiter, j’ai de la peine à suivre le rythme de folie qu’il a à 55 ans! Marcher sous ces bambous de 20 mètres, ces fougères plus grandes que moi, de presque 2 mètres! Aller manger, et l’après-midi découvrir le processus de fabrication du café, à sa manière artisanale. Avant de remonter sur son pick-up pour rejoindre une jeep qui nous ramènera. Vu la montée qui nous attends et l’état des bicyclettes, on ne pense même pas à essayer de remonter à vélo. Mais en 5 minutes, une tempête de vent et de pluie arrive, bloquant tout, faisant tomber des arbres sur la route, forçant les voitures à s’arrêter vu les trombes d’eau. Il est 15h30, je devrais partir vers 17h de Filandia (cérémonie à 19h), j’ai encore le temps. Une première petite jeep refuse de nous prendre lorsque nous essayons de charger tant bien que mal les bicyclettes sous la pluie battante. Puis, vu l’état des routes et de la météo, plus rien. À 17h, après 1h30 d’attente mouillés, nous arrêtons une jeep minuscule, chargée de déjà 5 personnes. Nous sommes 4, et autant de bicyclettes. Mes compagnons, me sachant stressé, me proposent d’y aller en premier, mais c’est sans compter Javier, qui nous fera charger les 4 en plus, et en attachant les vélos sur les côtés de la jeep avec une corde…! Nous serons donc 9, puis 10, plus 4 bicyclettes, dans une jeep de la taille d’une mini-cooper… Le lonely disait qu’une jeep n’est jamais vraiment pleine, je comprend ce qu’ils voulaient dire… Arriver à 18h à l’hôtel, trempé, je me douche, prépare mes affaires et repars 10min pus tard pour la soirée, très en retard. J’essaie de me calmer et de me mettre en état d’esprit pour la cérémonie pendant le trajet qui dure 45min jusqu’à Arménia. Arrivé au terminal, chercher de l’argent (il ne me reste que 50’000 plus un peu de monnaie), mais le bancomat est hors service. Pas le temps d’aller au centre ville, je cherche le moyen de rejoindre El Caico, mais je vois le bus me passer sous le nez! Il est déjà 19h30. Pas le temps de faire la fine bouche, je prend un taxi (15’000), cela me paraît une fortune sur le moment, alors qu’il ne s’agit que de 5.- Arrivé sur place, le taxi ne sait pas où se trouve la Finca en question, le temps de chercher, de demander notre chemin à plusieurs reprises, de faire des allers-retours, nous arriverons sur place à 20h! Tout cela pour constater que je suis un des premiers sur place…! 

Finca Javier - Filandia, Colombie.

Une grande hutte de bambou, aménagée pour l’occasion, pouvant contenir une centaine de personnes, avec des toilettes prévues pour les cérémonies Yavé, et des aides qui m’accueillent avec une douceur et un calme surprenant, m’offrent un thé. Je m’installe sur une natte, avec mes couvertures, et médite, me calme. 

En repensant à ma première cérémonie, c’est la douche froide, un frissons glacé me parcours le dos : je croyais que la première cérémonie n'avait rien fait, et je réalise soudain en repensant à mes souhaits formulés (équilibre dans ma vie et équilibre dans mon corps) que je ne me souviens plus de la dernière fois où je me suis mouché(!) Qu'en est-il de mes allergies ?!? Est-ce que mon souhait aurait été exaucé, qu'il aura juste fallu un peu plus de temps que juste une nuit, et que je ne m'en serai pas rendu compte? 

Les gens arrivent les uns après les autres, tous vêtus de blanc: mes habits sont entièrement noirs… De même, ils distribuent des sacs en plastique noir pour vomir, ceux que j’ai pris sont blancs… Vers 23h arrive Taita, le chaman, qui commence la cérémonie, avec des chants, prières, ses aides parcourent la hutte avec de l’encens parfumée qui emplit la hutte, un feu est allumé au dehors. Les symbols (alcool, tabac, prières) rejoignent la cérémonie que j'ai faite, mais en plus fin, plus travaillé, plus soigné. J’aime, mais je me sens pris dans une secte; je redoute un peu. Tout se fait en non-dit, on devine, on suit le mouvement, je suis moyennement à l’aise. Il faut payer; je m’étais dit que si je n’avais pas assez, je pourrai emprunter à Liza, mais elle n’est finalement pas venue à voir. Je redoute, et me dirige au centre de la pièce pour payer: 50000. Ouf! Il ne me reste plus qu’un peu de monnaie, juste de quoi pouvoir rentrer à Filandia le lendemain. Je suis le seul touriste, pour une trentaine de Colombiens, dont des enfants de moins de 10 ans, et des personnes mourantes avec leur assistance respiratoire… c’est une communauté locale, et je suis le seul étranger. À nouveau, je sors des sentiers battus et me retrouve à vivre quelque chose de on ne peut plus authentique. C’est authentique et le parfait opposé de ma première cérémonie: nous sommes un grand groupe, et tout est soigné, organisé, plus « moderne ». Je ne suis pas le seul nouveau, et certains colombiens sont aussi stressés que moi. Ça me rassure. 

Puis à la queue, à minuit, aller boire Yavé. Le goût et plus doux que la première fois. Je sais à quoi m’attendre, je gère les premières minutes de l’envie de vomir, et m’allonge. Taita éteint la bougie qui nous éclairait, et nous plonge dans le noir. Après une quinzaine de minutes peut-être, sachant que cela fait partie du processus, je décide de ne pas résister plus longtemps, et vais vomir. On verra bien. Et c’est la clé! Je me rallonge, détendu, et je peux alors laisser de côté mon contrôle et mon « conscient » qui se concentrait sur mon estomac, et c’est là que tout commence. Comme si je passais de la méditation à l’hypnose. Je sens mon corps et mon esprit conscient qui s’enfonce dans le sol et disparaît. Je suis toujours conscient, mais sous une autre forme, plus transparente. Comme en hypnose, conscient mais sans volonté, spectateur actif; je suis incapable de bouger mon corps, et des formes se dessinent gentiment dans mon esprit les yeux fermés. Des fougères-tentacules, comme des milles-pattes, multicolores et fluo dansent devant mois, comme bercée par le courant. C’est magnifique, et les images se crystalisent en divers formes selon le thème de mes pensées, comme un kaléidoscope que l’on tourne. Wow! Mon conscient navigue habituellement dans un monde binaire de noir et blanc et je découvre mon inconscient qui lui est dans des couleurs très colorées, fluo, magnifiques! J’ouvre les yeux, et je reprend totalement conscience, tout disparait. Puis gentiment, ce monde se superpose à la réalité, en créant un nouveau. Je suis tout à fait conscient désormais, mais dans une autre réalité. Lorsque je referme les yeux, je reviens dans ma dimension première. En ouvrant/fermant les yeux, je peux naviguer dans ces deux dimensions différentes et pourtant simultanées. Je referme les yeux, celle-ci me paraît plus intense, et je me laisse porter par ces images magnifique, et cette sensation de bien être. Ces images-visions incroyable, deviennent plus magnifiques encore lorsque le chaman commence à chanter les chants protecteurs traditionnels, et à jouer de la musique! Puis, je réalise qu’au fur et à mesure que je m’enfonce, les formes deviennent plus sombres, presque cauchemardesques, plus anguleuse, brunes et noires, agressives, et j’ai l’impression que mon esprit bascule vers l’arrière. Je sais qu’un des passage de l’expérience peut provoquer ce genre de moment noir, et je redoute ce qui va arriver, jusqu’à ce que je réalise que c’est que je m’endors! 

Ce « déclic » illumine alors mes formes qui se recolorent et explosent de lumière: je peux contrôler mon expérience! Plus mon cerveau est actif, plus ce que je ressens est fou! Je prend conscience de plein de choses, je me concentre sur mes sensations, ma vision, mes idées, et ce sont de multiples explosions de couleurs/lumières qui m’illuminent. Je ressens une grande joie à cette idée, et mes émotions sont alors extrêmes: je pleurs à plusieurs reprise de joie, j’ai des spasmes dans mon corps tellement les choses sont intenses. Je ressens un amour immense pour ce qui arrive, je suis serein, et les émotions me tirent l’esprit et le corps, avec des spasmes tellement c’est intense, et je redirige les choses vers le positif lorsque je sens poindre un moment noir. Je comprend que les gens qui voient le diable ou on des visions noires durant ces expériences, le sont parce qu’il le génère, et plus ils le redoute et lutte, plus ils le génère. 

Puisque je peux contrôler ce qui m’arrive, tout en étant « inconscient », j’explore tout ce que je peux: moi pour commencer. Et je réalise, comme en hypnose, cet état où je suis conscient, mais sous une autre forme: lorsque je reprend réellement conscience, tout disparaît: je dois lâcher le contrôle, et garder cet état léger et fragile de somnolence entre deux état, état de conscience modifié. Je réalise qu’il y a ce spectateur, mon moi habituel. Puis mon enfant intérieur, que je visualise et dont je cherche à me rapprocher. Et, pour la première fois, comme à travers une vitre, cet espace que je ressens, visualise, qui est mon inconscient! Je le vois comme à travers une vitre: je ne peux traverser, mais je peux le voir entièrement, et même dialoguer avec, seule une « vitre » nous sépare, mais la transparence est TOTALE! Mon âme, tout ce qui est moi mais dont je n’ai pas accès! Là, j’ai un accès total à mon inconscient: je décide de parcourir mon corps, avec les problèmes que je ressens et les régler, et je sens des sensations incroyables dans ces zones lorsque j’y pense, et je sens les tiraillement et lutte dans mon corps et esprit quand je discute avec mon inconscient pour dénouer mes problèmes (contrôle, tensions, allergies…); l’avenir me dira si ça marche, mais dans tous les cas je me sens libéré. Puis je me concentre sur mes problèmes mentaux, et là aussi c’est fou: je dialogue avec moi: je vois et ressens mes traumatisme. Je vois ce qui est et ce qui devrait être. Je suis capable des deux, de les concevoir et de les ressentir! 

Je réalise aussi que tout ce qui me bloque est mon contrôle. Je dois le lâcher, pas complètement, mais plus m’ouvrir à la vie. Et là, les émotions sont incroyables, si intense de beauté lorsque je réalise ceci: mon inconscient est exactement ce que j’aimerais être: plus de peur, juste la sérénité, l’ouverture au monde, aux autres, je vois ce que je cherche à être et réalise que je le suis déjà, je dois juste faire confiance à qui je suis, ma partie inconsciente, la partie consciente étant la source de mes difficultés. Je me sens si serein, si apaisé, les larmes me coulent sur les yeux, et les émotions sont démultipliées par mille! C’est si intense! Comme une séance d’hypnose démultipliée! Alors je me lance dans la poursuite de ces idées, et je tente de les garder, mais à chaque déclic, je sens un noeud qui se défait en moi, avec un feu d’artifice dans mon esprit, et les idées fusent à une telle vitesse que je n’arrive pas à les retenir… Je file dans l’univers, d'idée en idée. Après un moment, et nombre de liens/compréhhentions, libérations, je décide de me recentrer sur mes objectifs: mon corps c’est fait, mon inconscient est en lien et mon conscient en paix, je pars vers mes doutes: je me pose des questions, je comprend que les émotions sont primordiales pour moi dans ma vie, ce que je ressens si vif en ce moment. Je dois garder ça dans ma vie, ne pas émousser mes perceptions. On continue, je veux profiter de chaque instant de cet état: j’ai des réponse sur ma vie, je me concentre sur mes allergie, qui sait, je pourrais les soigner: alors, je réalise que je peux sentir mon cerveau!! Je peux sentir mes sens! Soit sentir une odeur, de manière intellectuelle (tient, de la coriandre), ou sentir au premier degré, comme en méditation. Comme voir un coucher de soleil, et se dire, tiens, voici le soleil, un nuage, ou juste percevoir le dégradé de couleurs sans rien interpréter intellectuellement. Et je ressens la différence dans mon cerveau entre ces deux sensations différentes, deux niveaux d’interprétation. Je décide de me souvenir de ce moment, et cherche à le mémoriser et sens alors une autre partie de mon cerveau s’activer! Ma mémoire! C’est fou! Je décide alors d’explorer mes sens: la vue c’est fait, l’audition aussi, la musique que joue le chaman influence sur les visions, l’odorat ok, et je pars sur le toucher, et là aussi c’est une autre partie de mon cerveau que je percoit. C’est fou! Je décide d’explorer mon cerveau et les différentes partie qui y sont liées, mes nerfs, le bas de mon corps avec lequel je suis si peu en contact, mon dos, et toujours je sens des spasmes et des dénouements lorsque je me concentre sur des choses qui me posent problème. J’essaie de libérer le maximum de mon potentiel de mon cerveau, et ce sont des millier de feu d’artifice dans mon esprit! Tout est parfait, je ne pouvais rêver mieux, j’atteint un de ces état de connection avec moi-même et de sérénité jamais imaginé! Fatigué, je me lève et je pars vers le feu, le contact avec la réalité et étrange, bien que conscient. Puis sentir la chaleur sur ma peau génère d’autres sensations, du même genre, mais différentes, plus lourdes, plus profondes. Je sens que l’effet s’affaiblit lentement. Je suis triste de le sentir partir, mais en même temps j’en ai tellement profité. Je vois les autres, et ressens un tel amour pour eux, ce que j’aimerai pouvoir vivre au quotidien sans me forcer: juste les apprécier sans jugement (mais pas sans critique), sans me forcer aucunement, ce que prône la méditation qui me parait si difficile à atteindre: juste constater, parfaitement à l’abri dans ma sérénité. Alors essayer de mettre de la musique de mon iPhone, et la musique en stéréo dans mon casque est cristalline, incroyable de son, pleine, totale! C’est beau. Je veux alors écouter Halleluia de Jeff Buckley, mais une assistante arrive et me dit d’écouter la musique du chaman, ce sont des chants guérisseurs. Un peu frustré, mais je suis ses conseils. Elle me fait sentir une odeur qui m’ouvre l’esprit, et retourne me coucher, et continue à apprécier cet état et les chants magnifiques au fur et à mesure que l’effet disparait… 

Cela fait plus de 4h que je suis en transe, et la chaman nous réveille pour prendre une seconde dose. Cette fois-ci, rien ne se passe, je suis fatigué, et je pense avoir épuisé mon cerveau. De plus, je pense avoir résisté à l’envie de vomir trop longtemps, l’estomac me pèse même après avoir vomi. Je me dis que mon corps sait ce qui est bon pour lui, que je n’aurais pas du chercher à garder l’Ayahuasca en moi pour augmenter l’effet, mais juste vomir quand j’en avais envie. J’aurais de légères visions au fur et à mesure que je m’enfonce dans le sommeil. Mais que demander de plus? Je suis déjà plus que comblé. 

Je me réveille à 6h, alors que le chaman commence une session de soins. Il crache une substance (alcool?) en brume sur les gens, chasse les mauvaises énergies avec des feuilles, chantant et battant le rythme, les massent, accompagné de ces musiciens et des aides: c’est fou de voir tous ces gens unis pour soigner et guérir, avec conviction et amour. C’est beau. On voit les trace de Yavé, certains sont en pleurs, profondément, d’autres en extase, la nuit a été intense pas que pour moi. Deuxième session, à mon tour de me faire soigner. Contre tout attente, alors que je suis assis au milieu de tous, les accord du musicien me tire l’oreille, je les reconnais: c’est Halleluya de Jeff Buckley! La fameuse chanson que je voulais écouter la veille. J’en pleurs, à nouveau tout est parfait, alors même que je ne suis plus sous l’emprise de Yavé. Puis les soins commencent: le chaman me crache dessus, puis me frotte sur tout le corps (bras, mains, jambes, pieds, ventre, dos) avec des orties. Ça brule, réveille, et fait du bien au final. Je serai pris en photo discrètement par certains, voyant mon corps blancs couvert des brûlures d’orties. Puis, la cérémonie touchera gentiment à sa fin… le temps de remercier Taita Carlos, et de m’en aller discrètement, avec mes 10’000 restant en poche, soit 3.-, juste de quoi rejoindre Filandia… et ce qui doit être la plus belle expérience de ma vie à ce jour, comme un sixième sens, l’occasion de faire enfin ma connaissance dans mon entier, et de mes limites et possibilités, et de mes liens avec mon corps, le monde, les autres… Ça a été sans doute les instants les plus beaux et intenses de ma vie. Merci, je ne suis plein que de gratitude d’avoir pu vivre une telle expérience, merci à la vie, merci à cette communauté si remplie d’amour et d’attention, et merci à ma capacité de persévération et à me donner les moyens d’aller au bout de mes envies! 

En y repensant, je réalise que la première expérience Ayahuasca n’était pas si incomplète: je me sens serein et calme exactement de la même manière, et j’ai eu des réponses sur mon avenir dans le même genre… 

 

Dimanche 24 septembre, Filandia

Retour à Filandia. Entre fatigue et somnolence, passer une journée tranquille à Filandia, à récupérer mes esprits… 

Le lendemain, préparer mes affaires et me préparer à quitter cette petite auberge avec cette ambiance si familiale, où chacun y reste pour des mois, alors même qu’ils n'étaient venu que pour quelques jours. Le hasard des rencontres, où de se sentir bien quelque part… 

Sortir manger un menu du jour, admirer une dernière fois ces filles aux longues jambes caramels, et ces hommes aux allures de westerns. Puis prendre le bus pour Arménia, une nouvelle fois parcourir ses rues en tout sens. Prendre un autre minibus pour Cali, le chauffeur roulant à toute vitesse, ne s’arrêtant jamais, une pauvre vendeuse de rue voyant le bus lui passer sous le nez alors qu’elle allait vendre un sandwich, le chauffeur n’en ayant que faire. Puis, plus tard, une dispute éclatera dans le bus pour une fenêtre ouverte, chacun prenant position, le sang chaud latino, qui me fait rire et redouter qu'on en vienne aux mains dans le même temps… 


Cali.

Mardi 26 septembre, Cali

Le soir, sortir dans un club de salsa et découvrir la salsa de Cali. Dans cet esprit toujours bon enfant, dans ce bar aux murs rouges et à plafond haut, sous les ventilateurs, et les mojitos, admirer cette salsa si différente, plus rapide, plus démonstrative, jeux de jambes élégants qui me rappelle le swing… 

Le lendemain, partir à 11h pour le Cerro de las tres Cruces. En chemin, croiser un iguane de plus d’1.50m.  Même si la marche est courte (3km), la chaleur rend la montée très éprouvante. Petite vue de Cali, ville qui finalement n’est pas si grande. Redescendre assez vite, la police quittant les lieux l’après-midi (13h), et comme à Bogota, le parc devenant alors insécure, et la zone risquée. 

 

Jeudi 28 Septembre, Cali

Visiter le musée, des oeuvres sensuelles, sexuelles, et l’histoire de Cali. Voir les gardiens de musée, de jeunes étudiants, qui font leurs œuvres sur leurs heures de travail. Aimer cet esprit où l’on fait son travail, mais sans déraison, et où, du moment que ce qui doit être fait est fait, nous sommes libres de faire d’autres choses, de vivre, libres. Une forme de travail intelligent, utile, est qui laisse une forme de liberté. Cela fait sens ici. 

Se balader dans les différents quartiers, San Antonio, au centre ville, dans cette ambiance qui tire sur l’Afrique, mélange de graffitis, les rues remplies d’africains, de femmes pressant la canne à sucre, de café… Ses partybus, plein de reggeaton, où chacun s’amuse en folie! 

Cette ville qui respire la salsa, qui vit la salsa, qui mange salsa. Orgueilleuse! 

 

Le soir, rejoindre un parque de la ville, où une centaine de personnes, mélange de jeunes et vieux, se rejoignent pour danser sur des airs andins, des pas andins et traditionnels, sautillants en rythme. Les suivre, et en moins de quelques minutes, être trempés de sueur. 

Puis sortir, danser la salsa… 

 

Vendredi 29 Septembre, Cali

Partir en groupe au festival de Salsa. Admirer un show, nombre de figures, de jeunes sautant ou se jetant dans le vide rattrapés par les autres, impressionnant! 

Puis regarder un concert ou tout le public va danser, dans une ambiance bon enfant, sans jugement, où tout le monde s’anime, jeunes et vieux. En moins de quelques minutes, être transpirant, mais apprécier. 

Ne pas voir le show, notre programme étant décalé par rapport au programme officiel: le concert de « las 33 » n’aura pas lieu non plus, l'Amérique du sud… 

 

Samedi 30 Septembre, Cali

À 16h, partir pour les finales du Festival Mondial de Salsa. En chemin, voir nombre de décoration de Noël qui emplissent déjà les vitrines. Drôle de voir ceci à l’envers, alors qu’ici l’été est en train de faire son apparition… 

Les portes du festival censées s’ouvrir à 16h30 ne le seront qu’à 17h30 finalement, et le show commençant vers 18h. Et admirer ces couples, Salsa swing, Salsa Cabaret, Salsa Cali, les couples et les catégories s’enchaînent, les danses à un rythme effréné, des figures acrobatiques et des filles toutes plus sensuelles et sexy les unes que les autres, rivalisant de tenues les plus aguichante, dans des styles parfois africain, tirant vers le tango, ou swing paillettes, années 70'… 

Admirer ce spectacle incroyable, la joie de ces visages des danseurs qui malgré la compétition éprouvent une joie évidente à danser, cette synchronisation parfaite avec la musique. 

Et ce public qui s’anime avec le même enthousiasme, les uns jouant de la clave au rythme de la musique, et des gradins entiers se levant et criant à tout rompre pour soutenir leurs idoles. Rester aussi longtemps que possible, jusqu’à la dernière minute, puis reprendre le chemin de l’hôtel. 

 

Prendre la direction du terminal pour ma dernière nuit en bus en Amérique du Sud. Direction Bogota, en espérant qu'Avianca, dont le personnel entame sa deuxième semaine de grève, n'annule pas mon vol…