Juin.

Cerro Hornocal, La montagne aux 14 couleurs - Humahuaca, Argentine.


Humahuaca.

Dernier jour à Iruya. Quitter cette petite bourgade avec tristesse. Regarder une dernière fois ces gens qui ne font rien qu’attendre, posés à la fenêtre, ou sur le pas de la porte, prenant le soleil. Prendre le bus de retour, et longer à nouveau ces canyons, aux falaises de plusieurs centaines de mètres de hauteur. Et à chaque virages de cette piste de montagne, sentir mon ventre ce serrer en voyant les pneus du bus passer à peine à 30cm du vide. Mais le pire sera quelques minutes plus tard, lorsque, devant croiser un autre véhicule, le bus fera une marche arrière de plusieurs dizaine de mètres. Sentir soudainement la précarité cet équilibre, et comme tout ne tient qu'à si peu. Puis rouler 3h sur cette route caillouteuse, dans le fracas des pierres et de la tôle, la poussière emplissant le véhicule. S’arrêter à tout moment, au milieu de nulle part, pour laisser monter ou descendre des passager, au visage andin, hommes, cholitas chargées de nourriture, jeunes femmes ravissantes, ou familles, sans comprendre d’où ils viennent ni où ils vont. 

Lors d’un arrêt, voir une femme monter pour vendre de la «gélatine» ou des «salades de fruits», faisant son annonce à haute voix, toutes les 30secondes, durant plus de 5minutes, comme si le fait de le répéter allait soudainement nous faire changer d’avis. Et lors du départ, la voir finalement s’installer dans le bus également. Plus tard, retrouver Humahuaca, avec le sentiment rassurant de ces lieux que l’on connait déjà un peu. 

Humahuaca - Argentine.

Cette fois-ci, être décidé à aller voir le mont Hornocal. Rencontrer un autre suisse dans l’auberge. Nous seront finalement 3 suisses sur 6 touristes dans cette auberge au milieu de nulle part! Le lendemain matin, je m’organise, réserve le bus pour Salta, réserve un hostel. Une heure plus tard, j’apprendrai que le col entre Salta et San Pedro de Atacama est fermé pour de nombreux jours suite à une importante tempête de neige. Mes projets tombent à l’eau, je dois m’organiser à nouveau. Dans l’urgence, ma visite au sommet semble à nouveau compromise! Telle une malédiction. Après quelques minutes entre réflexion et stresse, je décide de contrer le mauvais sort: je pars pour Hornocal, et m'organiserai au retour, quoi qu'il advienne. 

La montée est magnifique, de même que la vue. Un nouveau record d'altitude, et de nouvelles images incroyables emplissent ma mémoire, de même que la rencontre fortuite d'un troupeau de vigognes. 

Au retour, tout semble très compliqué. Avec un réseau internet qui me rappelle mon adolescence où je tentais péniblement de télécharger une photo d'une jolie brune dénudée avec un modem de 56ko, et divers coups de téléphones tous plus pessimistes les uns que les autres, je laisse tomber Salta et le nord du Chili, et vais essayer de rejoindre la Bolivie directement par le nord. L'ambiance est improbable, nous sommes plusieurs pris au dépourvus, sans réelles informations, à devoir changer nos plans. Un peu avec regrets, nous envisageons une autre suite. Je ne suis pas préparé à ce départ si soudain de l'Argentine. Il me reste de nombreux pesos Argentins, et après deux mois dans ce pays, je ne me suis pas préparé à le quitter si vite. Je le vis comme une petite mort, une rupture que l'on a pas vu venir: encore trop d'envies, trop de choses à faire, une relation pas tout à fait encore terminée. Le deuil n'a pas eu le temps de se faire. 


Tupiza. 

Se préparer pour rejoindre La Quiaca, dernière ville au bord de la frontière. Attendre au terminus, au milieu des femmes qui vendent cafés, empanadas, lomitos… Dans la précipitation du départ et les changements de programme, je réalise soudain que je quitte définitivement l’Argentine. Je ne m’y suis pas préparé. Ce n’était pas prévu si rapidement. Je n’ai pas eu le temps de prendre un dernier Choripan, de lui faire mes adieux. J’achète donc mes dernières empanadas argentines, afin de savourer un peu ces ultimes instants. La nostalgie me suis, et me serrera le coeur toute la journée. Nous attendons le bus de dix heures, en plein soleil, qui arrivera finalement à midi. Mais ne partira pas. Problème mécanique oblige, nous attendrons donc le suivant, de 12h30. Nous stressons un peu, l’horaire prend du retard, et nous ne sommes pas sûrs d’obtenir une correspondance de l’autre côté de la frontière; la perspective de rester bloqué de nuit en Bolivie n'est pas des plus réjouissante… 

Sur la route de La Quiaca - Argentine.

Finalement, après plusieurs heures de bus, pour à peine 100km, sur une route en plein désert, et dans des nuages de poussières soulevée par le vent, traversant des vilages fantomatiques, nous arriverons à La Quiaca. Traversant à pied le pont/frontière qui la relie à Villazón: la Bolivie. Traverser la frontière comme une place de marché, arriver en Bolivie et réaliser que la douane argentine a oublié le tampon de sortie, revenir en arrière quémander un tampon, revenir en Bolivie… 

Trouver un bus qui nous amènera finalement à Tupiza, pour à peine 2 euros! Le changement de tarifs avec l’Argentine et soudain, et fait du bien! Le bus ne rentrera finalement pas dans Tupiza, la ville est bloquée par ses habitants qui manifestent pour un accès à de l’eau de qualité. On décharge en banlieue, et marchons jusqu'au centre ville. Le contraste est fort, tout semble déjà plus organisé lorsque l'argent entre en jeux, on sent que l’argent ici a plus d’importance qu’en Argentine… 

Tupiza - Bolivie

Tupiza. Toujours ces contrastes. Une ville de Far West, rustique, poussiéreuse, ou passe un Hummer flambant neuf à côté d'un enfant qui mendie. Où des voitures de rallye tunées au-delà de mon imaginaire squattent les trottoirs; le Paris-Dackar est passé par là… Voir également ces jeeps revenant du désert, couvertes de sable, qui traversent les rues. Celles que je prévois de prendre. Alors vouloir préparer l’excursion du Salar, qui m'emmènera à travers le désert jusqu'à Uyuni et son désert de sel. Mais la tempêtes qui m’a empêché de traverser les Andes continue de braver mon chemin: le Parque National, qui recèle les plus beaux lieux du circuit, est fermé suite aux précipitation de neige. Je décide d’attendre quelques jours, dans l’espoir que les beaux jours aient raison de la neige, et que le parque ouvre à nouveau. Je profiterai de me reposer, de pouvoir enfin avoir le temps d’écrire. Un temp suspendu, incertain, sans réel programme, toujours dans ces hôtels à moitiés vides, où se côtoient gens de passage, ou touristes inquiets, tout comme moi. 

Et regarder ces enfants de moins de dix ans qui travaillent dans les restaurants, dans les boutiques, qui aident leurs parents. Cette vie ou travail et foyer ne sont pas si éloignés. Voir ces enfants travailler, et voir ces parents, tendres, affectueux, alors même que la vie est difficile, et que rien n’empêche non plus la fierté, masculine. Être d'abord choqué par la vie de ces enfants, avant de réaliser que j'ai eu la même. Simplement une famille qui travaille, unie, ensemble, où chacun fait la part des choses. 

Et toujours ces contrastes: acheter son matériel technologique au marché noir; ne pas avoir d’eau potable, mais y trouver des legos, des paraboles, des habits de marque. Voir les hommes charger des carcasses de viande de deux fois leur taille à même le dos; voir la viande exposée, ainsi, au soleil; acheter la coca par brassées, et les forfaits internet au giga… 

Tupiza - Argentine

Tupiza - Argentine

Quitte à attendre, aller découvrir les abords de Tupiza. Marcher à peine quelques kilomètres et se croire soudain en plein Far West. Les roches sont rouges, le soleil est fort, et la végétation, arbustes résistants, cactus, contrastant d’un verre vibrant sur les roches. Savoir que Butch Cassidy et le Sundance Kid trouvèrent leur fin à moins de 100km et ne pas avoir besoin de beaucoup plus. Marcher à nouveau, seul. Les montagnes ont fait place au désert, et si je n’escalade plus de sommets, je m’enfonce désormais dans les canyons. Les sensations sont différentes, mais l’impression d’immensité reste. Mon regard se lève sur ces roches tendues vers le ciel, rouges, verticales. Sentir ce soleil qui brûle mon visage, et ces roches pourtant glacées. Sentir ce vent, toujours, qui m’accompagne, cette fois-ci chargé de sable, qui me cisaille le visage. 

Puis rentrer, après 20km de marche, et voir la déchetterie de Tupiza. Simple terrain vague, royaume des chiens errants, ou tout est déposé. Verres, plastiques, pneus, carcasses de voiture, déchets végétaux, déchets de toute sorte. Et voir ce vent qui emmènera alors tout sur des kilomètres; voir ces cactus, désormais arbres de Noël modernes, chargés de sac plastiques multicolores. Me sentir soudain triste, choqué. Comprendre l’absurdité, voir tout ce qui est à faire. Voir toutes les possibilités, tout le potentiel. Sentir au fond de moi cette force, cette envie, cette rage, monter de mes entrailles. Percevoir les enjeux, échafauder des plans, des avenirs possibles; multiples. Comprendre les risques, imaginer les conséquences. Et soudain vouloir rester. Vouloir monter un projet, une déchetterie propre, élaborer un programme de recyclage. S’y projeter. Sentir au fond de moi que c'est possible, que j'en suis capable, que je peux faire du bien et soudain comprendre. Ce qui me porte, ce qui me parle: s’immerger sans limite lorsque cela a du sens, cette envie de développer un projet lorsque tout est à faire! 

Puis, quittant ce terrain, voir cet enfant d’à peine dix ans, fouiller ces détritus à la recherche d’un quelconque trésors… 

Tupiza - Argentine

Tupiza - Argentine


Uyuni (1er jour). 

Les nouvelles et la météo restent incertaines, il ne sert à rien d'attendre plus: il est temps de partir pour le Salar & Uyuni: 4 jours d'excursions en jeeps dans le désert. Départ à l'aube. Nous montons rapidement, et je sens les premiers effets du mal de l'altitude. Premier arrêt après avoir quitté la ville. Les abords de Tupiza sont magnifiques: paysages déserts, érodés par le vent, portant les traces des dernières pluies datant de février, 4 mois plus tôt… 

Plus tard, sur un haut plateau, de l'eau souterraine rend la zone un peu herbeuse, et de nombreux troupeaux de lamas profitent de paître ici. Le temps pour nous de les admirer, étranges animaux que nous côtoierons tout au long de notre périple. 

Sur la route de Uyuni - Bolivie

Nouveau record pour moi, nous sommes à désormais à 4690 mètres! Nous nous arrêtons dans un village fantôme, ancienne mine d'argent épuisée, et soi-disant maudite: les gens vivant ici devenant fous les uns après les autres. Il y a quarante ans, après que même un prêtre, dépêché ici pour apaiser les esprits, soit également devenu fou, le village fût abandonné.

La suite de notre voyage sera plus compliquée: la neige bloque la piste. Les jeeps peinent avec l'altitude, nos guides ne sont pas expérimentés sur la neige, et les pneus sont lisses. Il n'a jamais neigé ici, excepté chaque hiver depuis les 5 dernières années; nouvel impact d'un climat mondial changeant. À plusieurs reprises les voitures seront bloquées. Nous prenons du retard, le soleil tombe, et l'on sent le stresse commencer à se faire sentir chez nos guides: la nuit amènera ses températures en dessous de zéro, et avec elles la glace et le gèle; alors, il sera impossible de continuer! Nous quitterons la piste, impraticable, roulant en tout-terrain à 4800 mètres d'altitude, faisant notre chemin à coups de pèles, poussant les jeeps, ainsi sur plusieurs kilomètres avant de pouvoir enfin rejoindre la piste régulière. 

Sur la route de Uyuni - Bolivie

Nous atteindrons finalement le point culminant -4850 mètres!- en même temps que le coucher du soleil, profitant des cinq dernières minutes de jour, le temps d'apprécier la vue et la satisfaction d'avoir réussi. La suite se fera dans le noir, sous le ciel magnifique du désert, à pouvoir admirer la Voie Lactée à l’oeil nu, avant de voir se lever une lune si éblouissante que nous la prendrons en premier lieu pour les phares d'une autre voiture, projetant des ombres intense alors même que nous sommes en pleine nuit! Nous arriverons à bon port, non sans quelques dernières sueurs froides, et gelés, dans un hôtel désert où nous déchargerons les jeeps. 

La nuit qui nous attend sera glaciale, il fait environs -25°C. À l'intérieur comme à l'extérieur. Le chauffage est inexistant, les portes sont ouvertes… Moi et mes compagnons passeront l'une des nuits les plus froides de notre vie: les températures extérieures sont bien en dessous de zéro, et l'hôtel n'a pas de chauffage, pas plus qu'il n'est non plus réellement fermé ou isolé de l'extérieur. Deux sacs de couchage, des couvertures, et le fait de dormir entièrement habillé avec mon anorak ne suffiront pas à m'épargner une nuit pénible et douloureuse… 

Sur la route de Uyuni - Bolivie

Sur la route de Uyuni - Bolivie

Sur la route de Uyuni - Bolivie

Sur la route de Uyuni - Bolivie


Uyuni (2ème jour). 

Le lendemain, au lieu de le traverser comme prévu puisque inaccessible à cause de la neige, nous sortirons du parque par où nous sommes entrés. Si nous le regrettons tous, nous comprenons désormais les enjeux suite aux expériences de la veille, et acceptons plus facilement notre situation. Je n'ai que peu dormi, et mon corps est resté longtemps crispé par le froid durant la nuit; cela me laisse faible et quelque peu mal, et passe la matinée engourdi sur un siège de la jeep, cherchant les rayons du soleil. En début d'après-midi, nous nous arrêtons dans un village, et devrons à sa suite faire quelques détours inexpliqués. Nous apprendrons plus tard que ce village est un haut lieu de trafique de drogue, et que la route -piste secrète- est bloquée pour une prochaine livraison par avion, nous obligeant ainsi à faire nos détours. Difficile effectivement d'imaginer la police ou l'armée s'aventurer ici, en plein désert, et drôle de sensation d'avoir parcouru ces rues quelques minutes plus tôt… 

Sur la route de Uyuni - Bolivie

Traverser des lits de torrents, aussi secs que larges, allant jusqu'à plusieurs dizaines de mètres de largeur, qui n'existent pourtant qu'à la saison des pluies, un mois par année, et s'assèchent en une trentaine de minutes après que la pluie se soit arrêtée. 

Visiter différent zones rocheuses, des paysages étranges, mélange de roches rouges aux formes bizarres, de soleil du désert et de glace, de mousses, et d’eau… 

Sur la route de Uyuni - Bolivie

Sur la route de Uyuni - Bolivie

Arriver tôt à notre prochain arrêt en fin d'après-midi. Chercher un bar dans ce village pour nous remettre de nos émotions, et finalement revenir avec un six-pack de bières tièdes… 

Et, toujours au milieu du désert, sans pollution lumineuse aucune, grelottant, admirer ce ciel toujours incroyable… 

Sur la route de Uyuni - Bolivie


Uyuni (3ème jour). 

À nouveau, lever à l'aube, dans le froid. Charger les jeeps, et partir. Traverser un champ de pierre, puis visiter la Laguna Negra, entièrement gelée. Traverser un ancien village de mineurs, aujourd'hui abandonné par faute de minerais, une deuxième lagune… 

Sur la route de Uyuni (village de mineurs abandonné) - Bolivie

Enfin, troisième lagune, incroyable, magnifique, une palette de couleurs somptueuses, mélange du bleu turquoise du ciel et de l'eau, de brun et de neige blanche, et tacheté de flamands roses, à 4000 mètres d’altitude! Une émotions intense, une sensation irréelle. 

Laguna Hedionda - Bolivie

Laguna Hedionda - Bolivie

Puis après une dernière lagune, nous repartons et longeons un premier salar, traversé d'une voie de chemin de fer; le vent y est incroyable. Nous nous dirigeons vers un village en bordure, et des nuages de sables y sont visibles plusieurs kilomètres en avant. Une fois arrivé le vent est fou, le vent chargé de sable nous cisaille, les rues sont désertes et personne ne vit à l’extérieur. Paysage de fiction, entre cauchemar et science fiction: dingue! Ne pas comprendre comment des gens continuent de vivre ici. 

Arriver à notre hôtel en bordure du Salar, un bâtiment entièrement construit de sel! Prendre enfin une douche chaude, chronométrée, 10 minutes, la responsable restant devant la porte montre en main… 


Uyuni (4ème jour). 

Se lever à 5h. Dans le froid et la nuit, charger les jeeps, puis partir. Arriver au salar, le deviner par les fenêtre de la voiture. Rouler à 120km/h, filant droit dans la nuit, le paysage ne changeant pas, sur ce sol lisse de sel, juste deviner le sel derrière les phares. Puis arriver à Inkahuasi, île sur ce désert de sel. Monter sur cette île, deviner les silhouette des cactus millénaires hauts de plus de 2 mètres qui la peuplent, cette île de lave et de corail au milieu du désert. Et tous frigorifiés, voir lentement le soleil se lever et le Salar apparaitre dans son immensité. Plus tard reprendre la voiture, et rouler sous cette lumière bleue, si contrastée, si nette, ce contraste de blanc et de bleu, si lumineux et intense. Sentir ses sens se troubler, sans repères, soudain si difficile d’évaluer les distances. Voir une voiture au loin, la croire de la taille d’un jouet. Marcher, et au retour, être incapable d’évaluer la distance jusqu’au groupe. Sensation de vertige. 

Salar de Uyuni - Bolivie

Salar de Uyuni - Bolivie

Salar de Uyuni - Bolivie

Puis reprendre la route jusqu’à Uyuni, s’arrêter au cimetière de train. Vestiges de locomotives offertes par l'Europe au début du siècle dernier. Vieilles carcasses taguées. Être impressionné par ce qu’elles ont dû être, monstres de métal, désormais rouillés, qui devaient autrefois vombrir de feu, de bruit et de vapeur, aujourd’hui support aux tags d’amoureux. Être impressionné par ces pièces de métal, ces boulons énormes, vestiges de cette époque industrielle… 


Potosí. 

Après un bref arrêt à Uyuni, arriver à Potozi: ville la plus haute du monde, ancienne plus grande ville des Amériques du Sud. À flanc du Cerro Rico, voir les infrastructures de la mine qui dévore cette montagne qui domine la ville. Se ballader, faire le tour du marché, dans cette ambiance où tout est mélangé, bruyant, ou chacun vend sa marchandise à l’appel! Ce désordre, ce fouillis, mélange de tapage, de raffut et de désorganisation, ce foutoir bolivien dont je fais gentiment la connaissance. La Bolivie ne vous laisse pas indemne non plus, tôt ou tard elle vous tombera sur les nerfs. 

Le lendemain, journée fériée, Corpus Christi oblige. Assister à la messe, où l’on fera défiler nombre d’objets en argent, telle des trophées. Où l’on dessinera au sol, devant la cathédrale, des icônes et des emblèmes. Où l’on ouvrira les portes de la cathédrale en grand, dans les grincements de celles qui ont l’habitude de rester fermées. Et voir cette vie, de gens qui entrent, sortent, rient, crient, amènes handicapés, aveugles, bref, de cette populace des temps passés qui rentrent dans la cathédrale comme au marché… 

Nouveau jour. Ce matin, partir à la mine. Après s’être changé, en tenues de circonstances, casque et lampe frontale, nous nous arrêterons au « marché », l’occasion de nous expliquer la vie des mineurs, dépendants à la coca, à l’alcool, de « jouer » avec de la dynamite. On nous presse de leur acheter des "cadeaux", coca, alcool, cigarette, dynamite. La sensation de se faire avoir… 

Mine de Potosí - Bolivie

Puis accéder à la mine. De suite, c’est intense! Nous plongeons de 4 mètres, sans escalier ni échelle. Les plus sensibles commencent déjà à être en difficulté. Nous continuons dans ce labyrinthe, percé sans cohérence, à suivre les rails des wagonnets, découvrir stupéfait le plafond soutenu par endroit par quelques bout de bois entassés, frissonner alors pour sa survie. Devoir soudain, en vitesse, se coller contre les parois pour laisser passer un wagonnet d'une tonne poussé par des jeunes mineurs, à toute vitesse, qui nous frôlera à une dizaine de centimètres près. Être là, au milieu de ce monstre qui dévore la montagne, ou de la montagne qui le dévore. De ces mécanisme immense, qui dévore de l’humain. Canibalisme de la société. Car chaque mois, ce sont environs trois mineurs qui laisseront leur vie, sous terre ou à l’hôpital, les poumons chargés de poussière. Durant les 4 siècles de l’exploitation de la mine, plus de 8 millions d’hommes ont péris, indigènes ou esclaves africains, pour la gloire de l’Espagne. 

Mine de Potosí - Bolivie

Mine de Potosí - Bolivie

Côtoyer ces mineurs qui travaillent, leurs donner nos achats dans la mine, et soudain accepter ce «marché». Les enjeux sont tels, que les maigres économies qui nous sont soutirées, ou même le principe discutable de ce fonctionnement, s’effondrent devant tant de misère humaine. Notre guide, âgé d’à peine 35 ans, en fait le double. Sont espérance de vie, s’il était resté mineur, serait d’encore 5 à 10 ans maximum. Son père est mort des la mine, de même que son grand-père. L'on entre pas dans la mine par choix, mais pour subvenir à sa famille, au profit de puissances plus grandes. Depuis l’époque coloniale, alors même qu’actuellement les mineurs sont organisés en coopératives, finalement rien n’a vraiment changé… 

L’après-midi, aller au Musée de la Monnaie. Impressionnante fabrique, qui retrace 400 ans de fabrication de monnaie, de l’époque où l’on « frappait » la monnaie, à celle des mules qui actionnaient les machines inventées par Leonardo Da Vinci, toujours actuelles, préservées grâce à l’altitude, ou celle de la machine à vapeur, et enfin de l’électricité. De l’époque ou le «pesos» s'échangeait au poids et portait alors bien son nom, ou lorsque, afin de préserver les pièces de petites rapines, naquirent les marques délimitant leur circonférences, aujourd’hui toujours d’actualité. Comprendre encore que c'est ici que naquit le signe du dollars, les différentes fabriques signant leur monnaie, et Potosi signant d'un "PTSI" superposé, évoluant au fil du temps vers le signe dollars ($), ou même de l'euro (€). Tout vient d’ici! 

Intense de voir ainsi la théorie rejoindre la pratique, de voir l'histoire rejoindre le présent, dans cette ville perdue qui pourtant porte en elle les racines d'une part de l'histoire humaine. 

En sortant du musée, voir que celui-ci est envahi par des festivités honorant la nourriture locale. Alors se régaler d’une soupe pâteuse, laquelle sera maintenue chaude dans ces températures froides de nuits d'altitude par une pierre volcanique chauffée au rouge glissée à l'intérieure! 

Dernière journée à Potosí. Une matinée tranquille, puis remonter au Cerro Rico. Seul cette fois. L’ambiance ne sera pas la même. Traverser le quartier des mineurs sera plus tendu. Les regards se font plus perplexes ou surpris. Après quelques rues, je range mon appareil photo. Non pas que je craigne de me le faire voler, mais plutôt que je suis déjà suffisamment en décalage par rapport à ces quartiers. Les gens sont pauvres, cela se sent. Pas besoin d’en rajouter. Je poursuivrais ma route au milieu des klaxons, des lamas que l’on se prépare à abattre, des vendeurs, des mineurs, et de tout ce qui occupe la rue, jusqu’à retrouver la mine… 

Puis redescende en direction du terminal de bus. Le temps de découvrir une autre ville, différente plus en banlieue. Et prendre un bus direction Sucre… 

Un petit bus, simple. Rempli de locaux. S’éloigner de Potosí, la voir encore plus industrielle avec la distance. Et voir ces paysages secs, où règne le sable et la roche, et là au milieu des terrains de foot verdoyants, parfaitement entretenus. À nouveau, ne pas comprendre, ou trop bien peut-être… 

Descendre, perdre de l’altitude, et voir ces mers de montagnes, qui se perdent dans l’horizon. Gentiment, lentement, être heureux de voir la végétation revenir, le jaune et brun faire place à un vert tendre. Retrouver un air familier, se prendre à rêver et se croire peut-être en Italie, ou dans le sud de la France… 


Sucre. 

Sucre. Arriver un samedi soir, dans une ville en pleine ébullition: c’est la rentrée universitaire. Dès 17h, et jusqu’à plus de 1h du matin, des filles superbes et courtes vêtues, et de jeunes éphèbes en costumes traditionnels paraderont et danseront non-stop, toutes les facultés confondues, traversant la ville. Incroyables, et épuisés, ils rentreront tous en boitant, les filles pieds nus ne supportant plus leurs talons hauts. 

Sucre - Bolivie

Passer du temps à Sucre, cette ville au climat agréable, ces restaurants, son centre colonial qui lui doit son nom de ville blanche. Une ville blanche qui dès que l’on s'aventure en banlieue fait place à une ville rouge, faite de ces maisons de briques ocres, inachevées, ces maisons qui polluent l'Amérique latine entière. Ces maisons que l'on habite, rideaux aux fenêtres mais sans crépis, sans peinture, et des pans entiers encore en construction, des années durant, afin de pouvoir ainsi économiser les impôts dus pour un bâtiment terminé. 

Et ces publicités peintes sur les mûrs, comme au Brésil: Coca-Cola, compagnies de téléphone, logos, tout sera peint, et repeint… 

Sucre «la ville blanche» - Bolivie

Sucre - Bolivie

Petit café vers le mirador de la ville, l’occasion de se reposer, et de savourer le soleil et la détente tant attendue… Puis, se promener au hasard dans les rues, et monter au sommet adjacent. Sentir le soleil, et le savourer… Savourer cette nouvelle approche, ces sensations différentes. La survie et l'étrange font soudain place à la civilisation et la beauté. Je me sens plus détendu, j’avais besoin de ce repos. 

Et toujours ces contrastes, cette Amérique du Sud qui n’a pas de cohérence, qui ne voit pas à long terme (où ne peut pas voir): une avenue riche, plantée d’arbustes et peinte, et de chaque côtés des maisons semi-abandonnées, pêle-mêle. Voir des voitures «tunées» de dernière génération, côtoyant des véhicules vieux et rouillés, qui tombent en panne faute d’entretien. Dimanche, voir nombre de cyclistes, équipement et vélo de dernier cri, casque, lunettes, maillot, emplir les rues et croisant des voitures rouillées, ou de vieilles camionnettes où s’entassent quelques passagers à l’arrière. Visiter l’un des plus grand site d’empreintes de dinosaures au monde, fabuleux, musée de qualité, le tout se trouvant dans une cimenterie, les travaux d’exploitation continuant sur le site même, endommageant les empreintes. Cette Amérique du Sud pour qui la cohérence n'est pas de mise. 

Passer du temps à Sucre, me reposer. Avoir besoin de me stabiliser. Récupérer. Passer beaucoup de temps calme à l’hostel. Perfectionner mon espagnol, dormir, me reposer dans cette magnifique maison coloniale. Imaginer l’activité à l’époque coloniale, les indigènes faisant le ménage, lavant les draps, la lessive et préparant la nourriture. Et une famille coloniale, plusieurs générations se mélangeant, une vingtaine de personne peut-être, vivant ici. Finalement, les choses ici non plus ne devaient pas être très différentes; les maîtres ont simplement changés de visages, les riches familles étrangères laissant place désormais à de jeunes backpackers au fort pouvoir d'achat… 

Je terminerai mon séjour en festivités, une communauté française locale essayant d'importer la fête de la musique ici. Deux scènes seront montées dans la rue, l'occasion de partir en beauté. 


Tarabuco - Bolivie

Dernier jour. Aller visiter le marché de Tarabuco, petit village traditionnel à 60km. Une vue magnifique durant le trajet, et découvrir ce village où se mélange tradition et modernité. Voir des jeunes en jeans, iPhone et Raybans à la main, côtoyer des vieux en costumes traditionnels, un ferronnier qui active son soufflet pour battre le fer chaud, et monter le long de l’hôpital, un chien errant sur ma droite et un porc errant sur ma gauche.

Sortir un peu en bordure du village, vers des voies de chemin de fer abandonnées. Voir deux enfants, au pas de course, bientôt suivis par une femme âgée, tenter de rattraper un mouton échappé. Me souvenir alors avec tendresse et nostalgie de tous ces moments de mon enfance passés avec mes grands-parents, où nous n’étions finalement pas si différents. Plus loin, voir un homme baisser son froc et déféquer ainsi, en plein jour, au vu et au su de tout le monde, cinq minutes durant. Puis, au détour d’un muret, voir deux jeunes adolescents sortir discrètement après quelques rapides étreintes, faute de ne pouvoir se blottir chez eux dans ce pays conservateur ou le sexe avant le mariage n’est pas si bien vu. Le jeune homme passant le premier l’air de rien, puis quelques minutes plus tard, la fille, se rhabillant, ajustant ses cheveux, et s'essuyant de ses mains. 

Revenir à Sucre pour le début de l’après-midi et profiter encore quelque peu de la ville, de son soleil, de sa chaleur, et de son calme. Partir au terminal vers 19h. Un aperçu soudain de cette réalité oubliée: c’est la pagaille, chacun vendant ses tickets à la volée, les bus étant pleins, ont court dans tous les sens. Le bureau auquel je me suis adressé la veille (et qui refusait de me vendre un billet, ne pouvant le vendre que le jour-même) est fermé, aucun moyen de trouve un bus pour La Paz. Finalement, par hasard, je retrouve Chris avec qui je voyageais à Buenos Aires, et qui m'aidera à trouver un autre bureau de la même compagnie, dans un angle perdu, ayant encore quelques places. Le bus est neuf et ultra-moderne, avec des néons bleus au plafond, mais ses toilettes sont bloquées; il faut dévisser/visser la serrure à chaque fois. Ce non-sens de l'Amérique du Sud, encore et toujours… 

La route ici est sinueuse, avec des accélérations et freinage sans arrêt. La nuit se passera dans une somnolence relative, me faisant regretter les nuits de bus et les étendues droites de la Patagonie. Arriver au terminal de La Paz, conçu par Gustave Eiffel, vers 7h45… 


La Paz. 

La Paz. Ses téléphériques. Son cimetière où les tombes s'empilent comme des HLM. Dominant la ville, le Cerro Illimani à plus de 6400 mètres. Sa cathédrale, aux dimensions immenses également. Son marché aux sorcières, avec ses foetus de Lamas séchés, ses filtres d’amour, de chance, de réussite. Son marché de trois ou quatre étages, où chacun crie sa publicité à tout va. On décrit La Paz comme une jungle urbaine. Je ne pourrais la décrire mieux: mélange de faune et flore luxuriante s'entremêlant pêle-mêle dans cet étrange écosystème. La Paz: plus haute capitale du monde, s'élevant entre 3200 et 4000 mètres d'altitude, son climat variant de 10°C entre le haut et le bas de la ville, à la manière de ses quartiers, riches en bas, et pauvres sur l'altiplano. 

Cerro Illimani & La Paz - Bolivie

La Paz - Bolivie

Sur la place gouvernementale, discrètement, on notera que l'horloge est inversée, les 9h se trouvant à 3h. D’abord pour rappeler à ses habitants qu’ils sont dans l’hémisphère sud, volonté d'affermir un patriotisme du sud, s'opposant au monde occidental. Mais également parce que selon les cultures locales, le temps est ici vu différemment: le future, inconnu, imprédictible, est situé derrière soi. Le passé, lui, connu, déjà vécu, se trouve au devant de soi, visible. Comme si, sur la ligne du temps, nous, occidentaux, nous retournions. 

Visiter le marché noir: on y trouve tout. TOUT! Les maquillages côtoient fruits, légumes, sous-vêtements, viandes, poissons, oeufs, habits de marque, cuisine agencée (!), voitures, perceuses, matériel de construction, téléphones… Marcher tout droit plus de vingt minutes sans jamais voir de fin. 

La Paz - Bolivie

La Paz - Bolivie

La Paz - Bolivie

Puis encore une fois les téléphériques. Ces lignes aux couleurs du drapeau indigène, qui survolent la ville et permettent de rejoindre chaque quartiers de La Paz en quelques minutes, l'Altiplano, le sud, ou Sopocachi. Être impressionné par cette ville, si étendue le long de ces pans de montagne, à la manière des favelas. Et au sommet des collines, ces maisons de maîtres, immenses, de riches expatriés sans doute. Ces maisons superbes, faites pour ne pas avoir besoin de sortir de chez soi. À la foi belles et tristes. 

Voir, en bord de route, ces cholitas qui font danser les enfants, alors qu'en Europe on leur sommerait de se tenir sage ! 


Partir pour le Camino de la Muerte, la Route des Yungas: la route la plus dangereuse du monde, large de 3,20m à son passage le plus large, commençant à 4600mètres, pour finir à 1200mètres! 3400 mètres de dénivelés sur 64km. Passer par toutes les saisons en quelques minutes: d'un climat sec et froid, venteux, à 4000m, à la jungle humide, moite et suffocante. Une route qui tuait 200 à 300 voyageurs chaque année, soit un véhicule toutes les deux semaines. 

La descendre en VTT,  des paysages et des sensations incroyables.
Se faire quelques sueurs froides… 

Camino de la Muerte / Route des Yungas - Bolivie

Camino de la Muerte / Route des Yungas - Bolivie

La journée ne me laissera tout de même pas indemne. Une forte insolation me clouera au lit les deux jours suivants, pris de vertiges et de nausées. La suite du voyage se fera dans le brouillard, malade, mon esprit mélangeant réalité et fiction. L'occasion d'avoir quelques discussions imaginaires avec mon père, ou d'anciennes relations. Quelques jours étranges d'égarement où l'inconscient prendra une part active de ma réalité… 

Mal, je déciderais de poursuivre mon voyage, dans l'espoir de trouver plus de calme à Copacabana, au bord du lac Titicaca. Sur l'autoroute que nous empruntons, les vendeurs ambulants vendront leur marchandise par les fenêtres du bus, dans le stresse des échanges de monnaie et d'un bus qui ne s'arrêtera pas. Un joyeux bordel bolivien et désorganisé comme à l'accoutumée. Je suis fatigué de cette désorganisation. Marre. Tant de choses sont deja si compliquées, pourquoi ne pas rendre simple ce qui pourrait l'être? Mais c'est oublier que le chaos fait partie de l'héritage bolivien, comme ces chansons traditionnelles des peuplades autour de Sucre, où l'on joue volontairement en désaccord, ou en décalage. Ou ces fêtes, où l'on atribue au plus expérimenté du village le rôle de diablotin, devant semer la zizanie dans les festivités! Difficile pour mon esprit fatigué et si cartésien de souscrire à une telle logique, même si elle n'est pas totalement dénuée de charme. Je sens que je pousse mes limites, me fatigue à force d'endurer ces contradictions… 


Copacabana. 

Des jets skis qui slaloment le long des pédalos. Les bateaux de plaisance. Des vendeurs de glaces. Des terrasses avec Happy Hour. La plage de Copacabana! Oui, mais pourtant il fait à peine plus de 10 degrés, et ce matin les températures étaient négatives, l’herbe était gelée. Si la Copacabana bolivienne essaie de se donner des airs de grandeur, elle n’arrive pas à la cheville de sa grande soeur. Drôle de voir ce mélange de touristes, Argentins, Brésiliens -Bolivien même!- et bien sûr occidentaux. Voir cette cholitas provenant d’une communauté, si typée, ses deux tresses de chaque côtés, son chapeau melon caractéristique, et sa jupe en couche, se faire un selfie devant la cathédrale, alors même qu’elle refuse de se faire prendre en photo. Des touristes, mais d’une autre catégorie, locaux ceux-ci. Mélange surprenant… 

Et de retour sur la place, voir une voiture se faire baptiser! Le prêtre, très sérieux, prie avec effervescence devant toute la famille recueillie. Puis, asperge d’eau bénite le capot, le moteur, le volant et enfin les sièges, de ce véhicule préalablement décoré de fleurs! On le couvrira ensuite de pétales de roses et de quelques lys, avant de tous poser fièrement devant l’objet sacré pour une séance photo! 

Le lendemain, se lever à l’aube, faire son sac et partir pour le port. À 8h30, les barques partent pour l’Isla Del Sol. Embarquer sur l’une d’elles, puis, lentement, deux heures durant, naviguer sur le lac Titicaca, pour enfin arriver sur l’île. Soudain, comprendre le nom et la renommée de l’île: ici, la végétation est abondante, fleurie, l’eau ruisselle, et nombre de papillons, d’abeilles bourdonnent sur cette pente raide qui s’ouvre devant nous. Une nature vivante, petit paradis dans ce monde sec et aride. Alors entamer la montée le long des escaliers de pierres, plus d’une heure durant, le paysage devenant à chaque fois plus magnifique, pour enfin rejoindre l’hostel. 

Après une bref pause, partir explorer l’île. Ici le calme règne, aucun véhicule ne circule sur l’île, aucun bruit de moteur. L’eau et tout le commerce vers Copacabana se fait à dos d’hommes ou de mules. Voir ce petit village, mélange d’échoppes à touristes, d’hôtels, et de maisons, où se mélangent porcs, ânes, et quelques moutons. Les sentiers laisse place à un ou autre touriste, ou à un porc… 

Lac Titicaca - Bolivie

Et voir le lac prendre alors toute sa splendeur, saphir dans son écrin, lumineux et éblouissant. Si je ne percevais pas son charme jusqu'alors, je ne peux plus désormais détourner les yeux… 

Plus tard. Terminal de bus. Après quelques minutes de route en longeant le lac, après avoir chargé dans les rues de Copacabana, nous passons la frontière péruvienne. Quelques minutes plus tard, nous nous arrêtons pour 40min au terminus. Nous attendrons 2h30 dans la cacophonie de noms de villes criées par les vendeuses de tickets. Leurs voix traversent même mes écouteurs plantés dans les oreilles, musique à fond. Jeff Buckley a beau donner tout ce qu’il peut, il ne peut rivaliser. Je fatigue de cette désorganisation, de ce chamboulement, chaos perpétuel. Plus qu’inévitable, il est entretenu, voulu, choisi. Voir cette femme en retard, courir dans le terminal, hésitant entre les sorties, à la recherche de son bus, à la fois stressée et pourtant le sourire sur le visage, s'amusant, prenant plaisir de cette situation chaotique, sous les rires des vendeurs… 

Reprendre le bus pour la nuit, direction Cusco et le Pérou…