Mai.

Garganta del Diablo, Tilcara, Argentine.

Mendoza.

Arriver au terminal au petit matin, et être attendu par un ami. Chaleureux, et surprenant à la fois de retrouver ainsi une connaissance à l’autre bout du monde, désormais dans une autre vie. Petit café, visite guidée de la ville, admirer la Cordillère de Andes au soleil du matin depuis le sommet d'un des plus haut building de la ville, magnifique! Puis direction la maison. Magnifique villa, avec piscine. Je ne suis plus habitué à un tel confort, mais ce ne sera pas de refus. 

Mendoza, une ville calme, agréable. Retrouver le soleil et la chaleur après ces mois passés en Patagonie. Je me sens à l’aise. Ces espaces immenses de vignobles, cette végétation omniprésente, aux couleurs d’automne, une ville de jaunes et de rouges. Et voir ces canaux d’irrigation, dont dépend toute la ville. Cette ville au milieu du désert, qui doit son existence aux eaux des Andes, qui coulent tous les dix jours depuis les sommets environnants et subviennent à sa population. Impressionnant de voir une population excitée, passionnée par ce sujet, qui parlent d’eau comme nous parlons politique. Ici, nous revenons à la base, nous creusons les strates de la sophistication. Nos crispations tournent moins sur des problèmes de connexions à internet, ni même sur une coupure d’électricité, non, nous nous crispons parce que l’eau n’est pas arrivée. Parce que notre horaire d’irrigation - 45min tous les dix jours! - a lieu le vendredi à 23h45, parce que le voisin a oublié d’ouvrir sa vanne, ou parce que l’eau se répend ici ou là au gré du mauvais entretien des canaux… 

L’eau. Je ne l’aurais jamais regardée aussi intensément, comme un tout, comme ayant une identité propre, indépendante, partenaire à la ville. Quelque soit le canal, la conduite, elle est la même partout, celle dont nous dépendons tous. Celle qui permet à une ville de se développer en plein désert. 

La Cordillère des Andes, Lujàn de Cuyo, Argentine.

Bodega Kaïken , Lujàn de Cuyo, Argentine.

Bodega Kaïken, Lujàn de Cuyo, Argentine.

Visiter les bodegas, en apprendre beaucoup sur le vin. Impressionnant de voir ici l’évolution de la culture du vin, et les dégustations ne seront pas en reste. Et chaque jour, voir les Andes, juste là. Depuis ma fenêtre, voir le coucher de soleil sur les Andes… 

Partager quelques jours la vie d'ici, se perdre en bus, conduire à la mode mendocina, manger en famille, se balader en vélo, traverser le marché populaire où, sur près de 4km en bord de route, on trouvera de tout et de rien, pneus, voitures, animaux, habits, poissons vivants, nourritures, même un uniforme de la poste suisse! 

Visiter un lac artificiel de la Cordillère où un village entier a été englouti lors de la construction du barrage, et vestige suprême, une route qui désormais plonge directement dans le lac! 

Merci Séb et Pati pour ces magnifiques moments!

Que te vaya bien amigo! 


Santiago.

Le terminal. De brefs adieux, puis prendre le bus pour Santiago. Suivre ces voies de chemin de fer désormais abandonnées, qui longent la route, et traverser les Andes. Le surlendemain, le col sera bloqué suite à des précipitations de neige, les bus ne passeront plus! 

Traverser la Cordillère des Andes. De ces noms qui résonnent dans notre esprit depuis la plus tendre enfance, sans jamais vraiment avoir su ce qu’ils signifiaient, sinon l’aventure, l’inconnu. De ces mythes qui nous accompagnent des années durant, sans vraiment les connaître. Et aujourd’hui, je la contemple derrière les vitres du bus. Elle passe, lentement, savoureusement, cette fameuse « Cordillère », ces montagnes rouges, plissées, telles des tissus froissés. Des montagnes qui ne paraissent pas si hautes finalement - pourtant déjà à plus de 2000 mètres - en comparaison de celles qui les surplombent, imposantes, à plus de 5000 mètres! 

Passer la douane au sommet du col, lieu un peu à part, entre industrie et désolation, surpris de voir le douanier me parler en français, tout sourire, ayant vécu à Genève quelques temps! Surpris aussi de découvrir le Chili plus développé que l'Argentine, et de découvrir des gens beaucoup plus démonstratifs. Des couples partout qui s’enlacent, emplissant les parcs de Santiago, les taxis, les voitures, faute à une société trop conservatrice qui ne laisse aucune place au sein du foyer familial à ces amours modernes. 

Se balader en ville sous un temps brumeux, de cette humidité de l'océan bloquée par les montagnes. Se balader dans les parcs, admirer les points de vues, visiter le musée des Beaux-Arts, sa coupole en fer forgé, style art-déco. Voir les groupes de percussions animer les rues, avec une ferveur impressionnante, visiter l’université, impressionnante architecture également. Et depuis le sommet de la colline San Cristóbal, surplombant Santiago, admirer le soleil couchant… 


Valparaíso.

À peine à 1 heure de route de Santiago, ce port brut, où se rencontre la tôle des docks et le bleu de l’océan. Où le bruit des mouettes nous dit plus que n’importe quoi où nous sommes. Où se mélange les couleurs de la mer et celui de la peinture, rouge, jaune, vert, vifs! Où les mouettes blanches nagent dans un ciel bleu uni, cicatrices dans ce bleu infini. Où quelques notes de jazz, si appropriées, élèvent ce petit monde dans un univers onirique de cinema, où se mélangent fumées, odeurs de poissons et d'hommes forts, de fer, de rouille, de vie, de sexe. 

Valparaíso, Chili.

Un port où la créativité, l’intensité, l'excentricité son palpables. Valparaíso a beaucoup à donner, à chaque carrefour, à chaque instant. À comprendre ce que Pablo Neruda lui trouvait, son charme décalé d’une jeune fille un peu bohème, un peu adolescente, un peu rebelle. Vouloir y passer plus de temps, vouloir y rester. Continuer à me perdre sans raison dans ses rues sans direction. 

Ses rues sombres et hautes, ses funiculaires ferreux, ses bus rétros, ses câbles électriques, et voir l'univers de Blade Runner prendre forme à chaque carrefours. Valparaíso… 

La Cordillère des Andes, Chili.

Partir au matin, retourner à Santiago, prendre un taxi pour l’aéroport, puis s'envoler par dessus les Andes. À nouveau, contempler ces montagnes, cette mer de sommets, paysage sauvage et somptueux, moment unique et incroyable! Arriver à Buenos Aires, pour la deuxième fois. Retrouver mes marques dans cet aéroport, se sentir un peu chez soi… 


Córdoba.

Arriver dans un hôtel désert. Il y a de la place pour une centaine de personnes; nous sommes à peine sept. Il fait froid. À cela s’ajoute une ville magnifique, mais qui me laisse indifférent. Pire, je rêve de fuir. Hors-saison, le temps se refroidit, les touristes font défaut. Moi qui habituellement recherche la solitude, je me sens seul. Pire, à l’écart. Je sens que je suis en décalage. Où sont les autres? Que fais-je ici? Les bus de touristes, habituellement remplis par mes pairs, ne sont désormais plus remplis que de quelques vieux, touristes locaux venus des environs. Mon ventre me tire, mes muscles se crispent: il faut partir; il n’est plus temps de rester, tu as déjà trop tardé. Le froid arrive, il faut monter au nord. Vers le soleil. 

J’aurais néanmoins l’occasion de me poser dans un café un après-midi, à regarder Córdoba passer derrière la vitre. Plaisir suprême de ralentir, de me poser, enfin retrouver un peu de pouvoir sur ce torrent qui m’enmêne à toute vitesse. 

Les éléments et ma tristesse s’accumulent. Je suis triste, et pour la première fois depuis mon départ, l’enthousiasme fait place à la lassitude. Córdoba est une ville magnifique, mais je reste de glace. Il est temps pour moi de partir plus loin… 


Cafayate. 

Prendre le Bus pour Salta, et sans s’arrêter repartir pour Cafayate. Je m’arrêterai à Salta plus tard, en redescendant, avant de rejoindre San Pedro de Atacama, au Chili. Le ciel de Salta est couvert, nuageux, pourtant la météo annonçait 26° à Cafayate; je commence à avoir des doutes… Nous nous enfonçons dans les montagnes, et soudain, sans transition aucune, au fil d’un virage, le ciel passe du brouillard à un bleu pur! Le paysage est magnifique, on longe une route de montagne, sous le soleil et la roche rouge, à toute vitesse! Je suis excité, fébrile, je sens mon besoin de soleil, je dois résister à la tentation de sortir du bus, je n’aspire plus qu’à cela, et me réjouis de ce moment. Le bus fait des arrêts au milieu de nulle part, laissant monter ou descendre des écoliers. J’arrive à Cafayate, et c’est tout ce qu’il me faut: soleil, calme, sérénité. Je me sens bien. L’hostel est parfait également, un dortoir entier pour moi tout seul m'attend, une terrasse au soleil… 

Les visages sont définitivement andins, les gens plus réservés. Je commence par visiter le musée local, ode à l'histoire du vin depuis qu’il accompagne l’Homme. Nous sommes ici vers les vignobles les plus hauts du monde, où se produit le Torrontes! Je me sens bien. 

Le soir, j’opte pour un bar à vins. Y rencontrer deux français, Kevin et Christelle. Après une belle soirée, ils me proposent de les rejoindre le lendemain pour voyager avec eux, et leur voiture de location. Explorer la Quebrada et les canyons alentours sera plus facile et plus agréable; j’accepte avec plaisir! Nous irons manger des empanadas, les meilleures de mon voyage, dans une Peña «La Casa Del Empanadas», au rythme de la guitare et de sons péruviens, guitare que clients et musicien s’échangeront, sous l’excitation d’un chien qui se mettra à danser au rythme de la musique! 

Quebrada de Cafayate, Argentine.

Quebrada de Cafayate, Argentine.

Quebrada de Cafayate, Argentine.

Le lendemain, fête de l'indépendance de l'Argentine: cortèges et défilés emplissent les rues de la petite ville. Tous le monde défilera, politiques, police, armée, élèves, clubs de sport, professeurs, chevaux… Nous prendrons la route à la fin du défilé, vers 13h. Je m'émeus une nouvelle fois de cette route incroyable. Voir ces canyons, cette terre rose et rouge, qui contraste avec ces arbustes d’un vert presque fluorescent! 

Le soir nous mangerons dans un restaurant populaire, fait de trois tables sur le trottoir, et d’un grill rempli de pièces de viandes fabuleuses. Le cuisinier nous demande celles que nous voulons, nous avons l'embarras du choix… Plus tard nous assisterons à un concert dans une Peña et mes amis me proposeront de partir avec eux le lendemain. Plus tard, je rejoindrai la banlieue du village où une fête pour l’indépendance a lieu. Groupe local, cumbia et bières, à l'image des fêtes de village! 

Si Cafayate, cette ville calme, est ce que j’ai cherché depuis le début de mon voyage pour me ressourcer, je ferai néanmoins mon sac à dos et rejoindrai mes amis le lendemain matin. La perspective d’avancer plus vite avec eux et de rattraper mon retard, comme celle de pouvoir s’arrêter pour prendre des photos, et de voyager en bonne compagnie, m’y décide! 

La route sera incroyable, magnifique de rudesse et de solitude, les paysages changeant complètement tous les 500 mètres. Ce pays me rend dingue, les émotions sont en montagnes russes, j’adore! Nous roulons sur une piste de gravier, ils nous faudra presque 8h pour faire les 150km qui relient Cafayate à Cachì, sans jamais dépasser les 40km/h. Notre route traverse nombre de lits de rivières asséchés, larges de dizaines de mètres, qui doivent être impraticables à la saison des pluies. Un troupeau de mouton nous bloquera également la route… 

Sur la route de Cachì, Argentine.

Le nord. Cette route de terre, sous la poussière, le soleil, où il fait si chaud la journée, et glacial la nuit. Ces paysages magnifiques, de roches, sans interruption, ces plaques tectoniques tournées de 45°, voir presque verticales parfois! Rouler entre ces montagnes, des roches de plusieurs mètres de hauteur à perte de vue. 

Si la Patagonie faisait place à la solitude, le nord lui fait place au silence. Au milieu de nulle part, au soleil, et plus que la solitude cette fois, c’est de n’entendre que le seul bruit du vent qui impressionne! Nous sommes seuls et le monde est silencieux. 

Nous arriverons épuisés, mais heureux, et un excellent repas nous remettra sur pied. Nous sentons que nous sommes désormais dans le nord, les journées sont chaudes, mais les nuits froides, presque glaciales. 


CachÌ & Jujuy. 

Petite ballade dans cette petite ville mignonne. J’aime son calme, sa petitesse. J'y resterais bien. Marcher jusqu’au cimetière, et son point de vue. Admirer sa magnifique et surprenante piste d’atterrissage, vide, en plein désert, alors même que la ville contient à peine 2600 habitants! Je regrette de partir si vite, j’aurais voulu passer du temps à ne rien faire, juste rester dans cette ville. Mais il est plus prudent de continuer, l’hiver arrive! Nous prenons la route, magnifique, désertique, traversée de vols d’oiseaux verts ressemblant à des perruches, et bordée de cactus.

Sur la route de Jujuy, Argentine.

Un bref arrêt et quelques pas trop rapides vers un point de vue me font comprendre que nous sommes en altitude; je n’ai plus de souffle, et mon coeur bat à tout rompre dans ma poitrine! Impressionnant! Nous repartons, sous les panneau de signalisation « Attention Lama! ». Cette route droite, sans fin, qui traverse le désert!

Nous arriverons au sommet d’un col, et verrons, stupéfaits, que nous sommes au dessus des nuages! Incroyable moment que de survoler les nuages les pieds sur terre. Voir les montagnes qui bloquent les nuages et créent une mer de ouate… Puis, en l’espace de cinq minutes, redescendre et passer de la chaleur et du ciel bleu à un brouillard extrêmement dense, ne voyant plus à cinq mètres. Nous ne verrons rien de la vue qui devait être somptueuse. Arrivé en bas, nous seront stoppé par un policier pour cinq minutes, suite à la construction -impressionnante - d’un pont; nous attendrons une heure. Puis traversons le lit de la rivière, pour continuer notre chemin. La route sera longue, pour arriver à Jujuy, où nous nous arrêterons pour la nuit. À nouveau, je serai le seul dans le dortoir, et seront quatre dans l’auberge. Le lendemain, tôt, nous repartirons. 


Tilcara. 

Contrôle de police: le policier me demandera la couleur de mes yeux?! Bleu, oui, je sais, ce n'est pas habituel ici! Puis nous demandera si nous savons ce que signifie le panneau indicateur de vitesse 20km/h. C’est ainsi que l’on vérifie si nous savons conduire! Et sachant que les limitations de vitesse ont la même importance que la ponctualité ici… 

Sur la route des Salinas Grandes, Argentine.

Nous arriverons à Pumcamarca, petit village isolé, pour admirer la montagne des sept couleurs. Le fait qu’il n’y ait pas de station d’essence nous poussera à aller jusqu'à Tilcara, revenir, puis continuer vers les Salinas Grandes. La route monte, passe un col à 4000 mètres! Nous peinerons, la voiture aussi. Mâcher un peu de coca nous aidera, et la vue impressionnante nous galvanisera! Arrivée aux salines, ce désert de sel, que l’ont voit à distance. Sensation étrange, et beauté! Explorer les salines, si contrastées, si lumineuses. Puis chemin de retour, toujours sur cette route magnifique. 

Arrivée à Tilcara, les phares éclairent ces petites rues poussiéreuses. Après une douche, nous sortons boire une bière bien méritée. Après quelques recherches, nous nous arrêterons dans une Peña. J’essaierai le « locro », bouillon gras local, et ne pouvant plus repousser ce moment, le cocktail argentin par excellence, un « Fernet-Coca », sous des airs de musique péruvienne et de flute de pan; le nord et la frontière se fait de plus en plus sentir. 

Mes amis reprennent la route le lendemain, mais je décide de rester. Il est temps pour moi de ralentir un peu. Petit café au soleil, puis marche aux gorges du diable. Cela change des marches de Patagonie, ici tout est sec. À nouveau, le souffle me manque vite, je suis pris de vertiges, et les jambes sont fébriles au moindre effort. Je comprend désormais pourquoi ici tout est lent. Nouvelle soirée à la Peña, où un groupe met une ambiance dans tout le restaurant. Mis à part deux français, les touristes seront Porteños, Mendocinos, et même d'Ushuaia. Je me retrouverai à devoir improviser une Cumbia avec une Porteñas devant tout le monde! Moment de grands rires! 


Humahuaca. 

Visite de Pumcara, ancienne cité fortifiée, café, puis je pars prendre un bus pour Humahuaca. Mon bus, rouillé, qui s'arrête tous les 50 mètres, me fait découvrir ce désert que remplissent les plastiques et bouteilles de verres portés par le vent. Triste résultat de la modernité. Nous longeons ces voies de chemin de fer abandonnées… 

Arrivée à Humahuaca. La nuit tombe, froide. Je mange un choripan dans la rue, en discutant de Messie et Maradona avec les locaux, autour du barbecue, dans le noir et des températures proches de 0°. 

Je sens que je commence à fatiguer, je peine à supporter les températures. Après l’hiver en Suisse, et deux mois de froid ici, je rêve de chaleur, et d’humidité. 

Le lendemain, visiter la ville. Je suis presque seul. Tout est calme, mais je vois de nombreux stands touristiques se préparer. Ne pas comprendre. À midi moins dix pourtant, voir de nombreux cars arriver, et déverser un flot de touristes, argentins pour la plupart. Dix minutes plus tard, une statue animée présentera la messe sur la place centrale, centre de toute l'attention. Moins d’une heure plus tard ils seront tous repartis, après avoir fait le bonheur des stands. 

Patienter pour visiter le sommet Hornocal, la fameuse montagne des « 14 colores! ». À 15h, mon guide arrive en disant qu’il n’y a pas assez de personnes et qu’il annule l’expédition. Alors partir en ville. Trouver des taxis, qui me disent d'aller me promener 30min en attendant que d’autres personnes nous rejoignent et faire un groupe. 25 minutes plus tard, ils m’annonceront qu’une voiture est déjà partie, sans moi… 

Cette ville me porte la poisse, et je n’aime pas ses nuits glaciales. Je décide de préparer mon départ pour le lendemain, quitte à m’y arrêter à nouveau sur mon chemin de retour vers le sud et Salta… 

Humahuaca, Argentine.


Iruya.

Dernière destination tout au nord du pays avant de redescendre: Iruya. Petit village de montagne avec une réputation à l'inverse de sa taille. Prendre le bus devant arriver vers 13h, après 3h de route sur une piste de caillasses. Voir le bus arriver, moteur ouvert afin d’éviter la surchauffe dans ce climat désertique, si froid la nuit et chaud la journée, et l’altitude! Le bus précédent, tombé en panne, nous bloquera la voie un peu plus tard, au milieu des montagnes. Ces passagers, le long de la route, et leur chauffeur, attendent simplement. Apparement, le levier de vitesse est cassé. Notre chauffeur, boîte à outil en main, part le réparer. Dix minutes plus tard, le bus ronronne à nouveau, redémarre, ses passagers courant derrière lui en faisant de grands signes pour qu'il les attende! 

Le trajet est incroyable! Les paysage de montagne désertiques et les canyons sont magnifiques. Le bus. À nouveau, les choses prennent une autre dimension. Le bruit du vent sur ma fenêtre mal isolée, les griffures et la poussière de la vitre que le soleil matinal réfléchi. Le bruit de la tôle qui tremble, et la route qui se reflète sur le plafond du bus. Et cette solitude: s’arrêter au milieu de nulle part pour laisser monter des enfants. Voir une maison de pierre, surmontée d’un panneau solaire, avec une moto, et quelques lamas. Rien d'autres à des kilomètres. La route continue, sur cette caillasse qui fait craquer la tôle du bus. Ces secousses omniprésentes me mettent dans un état second, et je croise les doigts pour que mon ordinateur tienne le coup. Et voir ces petits bleds d’une dizaine de maisons, faites de terre, avec un toit en tôle ondulée, que ne retiennent que quelques grosses pierres. 

Sur la route d'Iruya, Argentine.

Iruya. Jolie bourgade de montagne, au paysage fantastique! Monter au mirador « Los Condores », point de vue incroyable. Et, comme à chaque fois depuis un moment, souffrir du mal des montagnes, mais arriver à une vue magnifique! Redouter d’aller plus loin dans ce paysage sauvage et escarpé, et quelques minutes plus tard, voir deux enfants s’y engouffrer sans peur, en courant. 

Iruya, Argentine.

Je rencontrerai deux belges et Fanny, réalisatrice française, qui fait un documentaire sur le foot féminin ici, et ces filles à qui il arrive de devoir marcher plus de 4h en plein soleil pour simplement rejoindre le lieu de leur match. Nous finiront la soirée à l’hôtel dominant le village, endroit luxueux où nous seront les seuls au bar, avec le serveur congolais, à boire du mauvais whisky! Soirée mythique et improbable, tous francophones, belges, français, congolais et suisse, au fin fond de l’Argentine! 

Le lendemain, marcher au village de San Isidro, village désert d’à peine 10 maisons. Un vieux et un jeunes, posés, attendent que le temps passe, en regardant un cheval brouter quelques maigres herbes sèches. Reprendre le chemin de retour, et m’étonner de ce lit de fleuve asséché que ma route emprunte, de presque une centaine de mètres de largeur, actuellement uniquement irrigué par un mince filet d’eau. Imaginer ce chemin, alors inondé et impraticable lors des pluies d’été. 

Marcher 2h le long de cette route de caillasse, uniquement partagées par quelques condors, quelques ânes, et de temps en temps, un local chargé, rentrant à la maison…