Mars.

Buenos Aires.

Buenos Aires. Commencer à découvrir ce pays si différent, qui pourtant me laisse un air de déjà vu. Buenos Aires, avec son petit air d’européenne. Sa vie trépidante, ses avenues immenses, ses espaces verts qui rencontrent la pierre. Son soleil de midi, et ses lumières qui s’allument à la nuit tombée, incandescence jaunâtre et faibles si typiques du sud. Son agitation, son organisation si désordonnée, échevelée, comme un groupe d’adolescents. À l’image de Rio, une ville où je me sens à ma place. Peut-être pas indéfiniment cette fois-ci, trop anguleuse, trop agressive. Trop intense. Elle a ce charme européen, mais il lui manque la rondeur de l‘Afrique. 

Buenos Aires. Son rythme effréné. La ville qui ne dors jamais. Le contraste est marquant, directe. Pas le temps de s’acclimater, la cadence est déjà soutenue. Chaque soir les rencontres s’enchainent, l’Argentine ne me laisse déjà aucune chance. La bière coule à flot, le budget explose, et les heures de sommeil font cruellement défaut. Les réveils se font toujours plus tardifs, et les nuits de plus en plus longues. Aucune lutte possible, on suit l’horaire de cette ville où l’on mange jusqu’à 16h, guère avant 22h, et où il serait incongru de sortir avant 4h du matin! Cette ville où les clubs se remplissent alors que le soleil se lève. 

Cementerio Recoleta, Buenos Aires, Argentine.

Buenos Aires. Cette ville fière, de cette fierté d’Amérique du Sud. Comme les femmes, dignes, belles, farouches et effrontées. Passionnées. Elles vous fixent droit dans les yeux, soutiennent vos regards, vous regardent de bas en haut; soudainement se sentir femme. Elles en attendent beaucoup de vous. Comme la ville. À enfin voir le tango prendre tout son sens, expliquer par lui-même mieux que n’importe quel mots la passion des Argentins. Le voilà cet esprit argentin. Une sensualité virile, une fierté trop forcée, l’envie d’être ensemble dans la tension. Pas de place à la sérénité, à la neutralité; place aux extrêmes. Amour, politique, qu’importe, à l’image de ce football qui cristallise les passions, on choisira son camps. Cette ville où tous les deux jours, au rythme des protestations, manifestants, barbecues, et vendeurs de toutes sortes -chaussettes, chocolats, journaux- emplissent les rues. Cette ville où neutralité et nuances n’existent pas. Ces accès d’émotions, où la patience est un défaut, où l’on agit, impulsif, qu’importe la direction, pour peu qu’il y ait le mouvement. Où l’on discute pour ne rien dire, ou l’on écoute réellement qu’en interrompant l’autre. Cette ville où les bus font la compétition, et où les piétons n’ont qu’à bien se tenir. Cette ville magnifique que pourtant si peu d’Argentins apprécient. 

24 de Mayo, Buenos Aires, Argentine.

24 de Mayo, Buenos Aires, Argentine.

Et l’intelligence des Argentins, leur culture, leur franc parler, qui contraste avec leur comportements parfois si infantiles. Comme ces adolescents, si immatures, et qui pourtant font preuve d’un regard si perçant et incisif sur nos habitudes et notre monde. 

Alors marcher, beaucoup. De ces étendues que l’on peine à appréhender, qui nous font défaut, qui nous dépassent. Alors, un 24 mars, se noyer, au milieu de plus de 500’000 argentins exaltés emplissant les rues, rythmés aux cris des « Nunca más ! ». Alors, voir ces femmes, ces mères et ces grand-mères, 40 ans plus tard, qui recherchent toujours leurs enfants disparus. Buenos Aires. Une entrée en matière qui ne me laissera pas intact. Une ville qui me laissera, sans pouvoir vraiment l’expliquer, une envie de revenir… 


Ushuaia.

Atteindre la ville la plus australe de la planète; Ushuaia. De ce nom qui résonne dans mon esprit depuis ma plus tendre enfance, promesse d’aventure et d’exaltations! Et soudain y être. Y arriver pour les premières neiges. Sa nature brute, violente, digne. Ses vents, sa « mer » agitée. Une ville où utilitaire et nécessité sont les maîtres mots. Pas de place au superflu. Et pourtant, malgré sa rudesse, une ville à la fois accueillante et calme. À l’image de ces gens. Ici l’on est loin de tout. Le monde attendra, nous ne sommes pas pressés. 

Cerro Guanaco, parque national Tierra del Fuego, Ushuaia, Argentine.

Premier jour, monter jusqu’au glacier Martial, point de vue sur la ville. En chemin, rencontrer trois hommes, un brésilien, un chilien, et un argentin. Ils montent tranquillement, leur thermos de Maté à la main, joyeux. Plus inquiets, je décide de presser le pas, nous sommes en montagne et la luminosité diminue. Arrivé au pied du glacier, je contemplerais la vue, avant de les voir me rejoindre au moment de redescendre. Et les voir, en t-shirt et baskets, leur thermos d’eau chaude et leur calebasse de maté toujours à la main, commencer l’ascension du glacier. Alors, par fierté, par honneur, les suivre et remonter jusqu’au sommet avec eux, alors que le soleil se couche. Nous redescendrons ensemble, plus tard, en pleine nuit, insouciants et heureux! 

Ushuaia. Terre de feu. Déambuler dans ces rues, où la neige, le froid contrastent soudainement avec des rythmes torrides de Salsa qui emplissent la rue. Explorer sa nature authentique, faire face à ses vents, parcourir son parque national. 

Ushuaia, Argentine.

Ushuaia, Argentine.

Ushuaia, Argentine.

Dernier jour à Ushuaia. Dimanche ensoleillé. Se balader sur les quais, et se croire à Lausanne, à Ouchy. Regarder le lac, les montagnes enneigées à l’arrière. Les joggueurs matinaux, les cyclistes en short. Oui, mais de fait ce n’est pas le lac, mais le canal de Beagle. Ici ce ne sont pas des cygnes, mais des pingouins, des lions de mer et des baleines! Et si tout le monde est en short, il fait pourtant moins de 10 degrés… 

Cette ville, mélange d’utilitaire, de kitch et de décousu. Où l’utilitaire prédomine; on fait avec ce que l’on a. Je ne lui trouve pas de charme particulier, bien que ce lieu soit d’une intensité à toute épreuve. Le quitter me coûte. Je me sens arraché à une terre que j’aime. Être au bout du monde…