Octobre.

Allée des Baobabs - Morondava, Madagascar.


Antananarivo. 

Lundi 02 octobre, Sao Paulo

Retrouver une nouvelle fois l'aéroport de Bogota; c’est la troisième fois!
Partir pour Sao Paulo. Avoir un passager brésilien à mon côté, cela fait du bien de les retrouver. Passer ces heures en bonne compagnie, à la brésilienne… 

Arriver au Brésil. Adorer écouter ces Brésiliens, leur façons de parler. Retrouver des souvenirs, au fur et à mesure que j’entends des mots et expressions oubliés. "Ah, meu Deus do Ceo", comme ça fait du bien… Patienter 12h dans l’aéroport, entre cafés, négociations pour payer en dollars et liquider mes reals, sieste sur les sièges des salles d’attentes. Fatigue…
C'est à ce moment que j'apprends qu'une épidémie de peste commence à Madagascar! Il est trop tard pour changer de plan, mais la suite du voyage se fera moins insouciante… 

Prendre mon vol, enfin. Et le Brésil me poursuit: à nouveau, mon voisin est un passager brésilen (une brésilienne en l'occurence, qui rejoint son mari en Australie), et me rappelle pourquoi j’aime ces gens. Le contact est si facile, simple, doux et chaleureux. À nouveau, l'échange est bienvenu, agréable. 

Arriver à Johannesburg. J’ai 2h30 pour faire mon escale, devant là aussi sortir de l'espace de transit, récupérer mes bagages, et faire un nouveau check-in. Nous arriverons en retard; et la douane nous empêche de sortir de l'avion suite à un contrôle. Quatre passagers seront emmenés… Nouveau contrôle à la sortie de l’avion. Et un troisième vers les bagages. Ça devient serré! Alors commence une course-poursuite dans cet aéroport immense pour sortir et entrer à nouveau. Décalage entre mon stresse et la nonchalance africaine, où tout le monde semble avoir le temps ici. Frustrant de ne pas avoir plus de temps, pour une fois que l’aéroport (O-R-Tambo) est immense, rempli de boutique et d'artisanat où passer du temps. J'aime cette ambiance décalée entre Artisanat africain et modernité britannique, ressentant toujours aussi cet air de post-colonisation déjà présent dans l'avion (des passagers blancs, du personnel noir). Monter dans un avion minuscule d'une soixantaine de places, à moitié vide, direction Mada… 

Atterrir à Madagascar. Traverser le tarmac à pied, et arriver à l'aéroport. Quatre personnes font office de contrôle des douanes, vérifiant les passeports à la main, dans une salle vide, avec un seul ordinateur, et les bagages sur le seul tapis roulant à l'arrière. En moins de cinq minutes je serai dehors de l’aéroport. 

Prendre un taxi, et commencer à retrouver l’Afrique, ces couleurs, cette vie mélangée. Discuter avec le chauffeur qui parle quelques mots de français. Arriver à l’auberge. Sortir le soir au restaurant, et manger mon premier zébu, au ravitoto. Discuter de la propagation de la peste, comme on discute de la météo, alors que des rats passe sur la terrasse, à quelques mètres de nous… 

 

Mercredi 04 octobre, Antananarivo

Malade. Pas de fièvre, ce n’est pas la peste. Je suis rassuré; mes compagnons de chambre également. Nous surveillons néanmoins mon état de santé de près. Peut-être le contrecoup des 4 nuits de voyage… Passer la journée au lit. Vomir plusieurs fois… 

 

Vendredi 06 octobre, Antananarivo

Rova - Antananarivo, Madagascar.

Se balader dans la ville, traverser les quartiers populaires. Je réalise combien l’Afrique ne me convient pas. Cette nonchalance "inefficace" m’agace, devoir répéter trois fois « non merci », et avoir des marchands qui continuent malgré tout de me proposer des marchandises, ou pire, restent à côté de moi sans rien faire… Je ne fonctionne pas comme cela. 

Faire la connaissance d'une petite équipe de jeunes qui travaillent ici, Tristant, Jaurène, sortir avec eux au Hub. Y rencontrer la patronne, sa soeur, une serveuse, et sortir tous ensemble, drôle de dreamteam! Jusqu’à 4h, faire la fermeture du bar, puis faire la tournée des clubs, qui ferment tous, et finir au bar d'un hôtel, à 7h, avec au comptoir un futur marié déchiré; finir par un café/croissant à 9h avant de rentrer, dormir… Je suis trop vieux pour ces conneries; mais qu’est-ce que c’était une belle soirée! 

 

Samedi 07 octobre, Antananarivo

Passé la plus grande partie de la journée à dormir. Jusque vers 15h. Puis, réalisant que j’ai perdu mes écouteurs la veille, aller au marché, en ville, près de la gare, faire les différents magasin Hi-Teh (toujours ce contraste entre une extrême pauvreté et des magasins ultra modernes!) à la recherche d’écouteurs, mais surtout de l’ADAPTATEUR lightning-jack nécessaire pour mon iPhone. Comme imaginé, impossible de le trouver, malgré quelques faux espoirs. Dommage, avec les heures de taxi-brousse qui s'annoncent, passant de la zouc en continu, ce n'était vraiment pas le moment idéal pour le perdre! 
Me résoudre à faire un mois sans musique…

 

Dimanche 08 octobre, Antananarivo

Partir à 5h30 pour le "stationnement": la gare routière. Arrivé sur place, mon taxi est assailli par des rabatteurs, une quinzaine de jeunes gars suivent la voiture. Ferme, je trace mon chemin jusqu’à la compagnie que je souhaite prendre, suivi par mes rabatteurs. J’entre dans l’"office", toujours accompagné des rabatteurs, et le vendeur me demande 50’000. Malheureusement pour lui, je connais le prix, et il est affiché derrière lui: 26’000! Je lui fais la remarque, sous les rires de tous les autres, et lui mal à l’aise. Alors que je mange au marché pour 2'000, c'est une petite fortune qu'il essaie de me soutirer. 
Je le paie lui, mais c’est un des rabatteurs qui fait mon billet… Attendre. Plus tard, on vient me chercher, me faisant traverser toute la zone, m’emmenant dans tous les coins, posant mon sac sur le toit d’un bus, et me laissant seul. Je ne la sens pas bien. Je ne connais pas le système, mais cela ne me semble pas normal. Après quelques minutes, je vois sur le bus le nom d’une autre compagnie: Sonatra. Je me suis fait avoir par un rabatteur! Après vérification, mon billet et valable, mais ce n’est pas la compagnie que je souhaitais prendre… Bon. Pas si grave… je suis même peut-être gagnant au final. Nombre d'autres touristes rencontrés plus tard me feront part d'arnaques du même genre, je suis loin d'être le seul… 

Après 3h d’attente, le temps que le bus soit plein, nous partons. Prendre place, et être surpris du confort, avoir une place libre à côté de mois. Dix minutes plus tard mes espoirs s’effondrent, lorsque nous nous arrêtons pour laisser monter un malgache corpulent: aie. Assis désormais sur un demi-siège pour les 8 prochaines heures… Nous parlerons tous les deux, ancien malgache vivant désormais au Canada, très cultivé et critique sur son pays. Il aura le malheur de postillonner tout le long, ce qui n’est pas pour me rassurer alors que nous parlons de l’épidémie de peste qui se propage… Arriver à Fianar dans la soirée, et rejoindre mon hôtel… 


Manakara.

Lundi 09 octobre, Fianarantsoa

Madagascar… Passer son temps à le perdre. Après l’Amérique Latine, le contraste est difficile, dur même. Tourner autour du pot, prendre - perdre - son temps, louvoyer, toutes ces attitudes me crispent. De même, ces mendiants qui me suivent sur plusieurs centaines de mètres malgré mes refus, ou ces vendeurs qui restent à côté de moi plusieurs minutes même après avoir refusé leur vente… 

Je pars visiter la ville. Les regards se portent sur moi sans arrêt; cela me met mal à l’aise. De fait, depuis ce matin, je suis le seul blanc, et il me faudra attendre plusieurs heures avant de voir un autre groupe de touristes avec leur guide. Calcul fait, nous sommes en moyenne 1000 touristes par jour à Madagascar, qui fait à peu près la taille de l’Italie! Sachant qu’ils se concentrent sur les zones balnéaires, que nous sommes hors saison, et qu’il y a près de 35%-85% d’annulations à cause de la peste en ce moment, il ne reste plus beaucoup de blancs (Vazaaa!) dans les terres… 

Hauteville - Fianarantsoa, Madagascar.

Hauteville - Fianarantsoa, Madagascar.

Partir pour Hauteville, partie historique de la ville, et enfin sentir cette satisfaction, retrouver de la beauté, de l'histoire, qui redonne un peu de sens à ce que je suis venu chercher ici. Ce paysage, ces couleurs incroyables… 

Et dès la nuit tombée, ces rues complètement noires, devoir prendre des cyclo-pousses pour à peine 400 mètres, et sortir avec rien dans les poches sinon de quoi payer sa soirée. Ne pas aimer ce sentiment, de devoir vivre dans des endroits préservés, à l’abri du monde extérieur, dans des maisons clôturées. Comprendre cette vie post-coloniale, mais ne pas vouloir m’y plier. Et pourtant, cela semble la seule issue…
À aucun moment durant mon séjour je ne sentirais de violence à mon égard. Bien au contraire! Pourtant les histoires sont nombreuses, les avertissements également… 

 

Mardi 10 octobre, Fianarantsoa

Petit déjeuner à l’aurore, faire mon sac et partir pour la gare, y être à 6h30. Déjà, la gare est en ébullition. Je traverse le hall et les différents stands de vendeurs, esquive les rabatteurs, et monte directement dans le train. Le jour n’est pas encore levé, le ciel est gris, brumeux. Dans cette ambiance propice à la méditation, regardant par la fenêtre de ce train arrêté, je me met à penser à la Suisse, et réalise que je commence à vouloir rentrer… 

Puis je suis interpellé par les noms des stations inscrites sur la tablette. Je m’amuse de voir que les noms des villages malgaches sont familiers de nos villes suisses. Avant de réaliser qu’ils sont définitivement VRAIMENT trop familiers! « Yverdon les bains, St-Croix… », c’est un wagon suisse, du nord vaudois! Je profite alors de faire le tour du wagon, et différent panneaux d’informations, adresse mail viennent confirmer ceci. Se retrouver dans un train suisse à Madagascar! 

Puis, voyant une affiche expliquant qu’il ne faut pas mettre les pieds sur les sièges, éclater de rire! Ironie de cette affiche complètement décalée à Madagascar! Et soudain, ne plus du tout avoir envie de rentrer. La suissitude carrée, coincée dirais-je même, attendra encore un peu. Je ne suis pas si pressé de la retrouver. Allons se perdre encore un peu sur les chemins du monde… 

FCE (Fianar-Manakara) - Fianarantsoa, Madagascar.

FCE (Fianar-Manakara) - Fianarantsoa, Madagascar.

FCE (Fianar-Manakara) - Fianarantsoa, Madagascar.

FCE (Fianar-Manakara) - Fianarantsoa, Madagascar.

FCE (Fianar-Manakara) - Fianarantsoa, Madagascar.

FCE (Fianar-Manakara) - Fianarantsoa, Madagascar.

La locomotive se met en marche, chacun remonte, sans vraiment trop s’inquiéter: nous ne dépasserons guère les 15 à 20km/h lors de nos pointes de vitesse. Nous sommes parti pour un trajet devant durer entre 12h-24h selon les pannes que nous rencontrerons, alors s’installe une routine d’admirer ces différents paysages, de saluer les gens qui nous regarde au bord, de prendre des photos, s’arrêtant régulièrement dans des gares ou vendeur nous proposent les spécialité de leur village, galettes de riz, miel, fruits, crustacés, poissons, les enfants demandent des bonbons, se battent pour des bouteilles d’eau vides, se moquent de nous, rigolent, veulent être pris en photo, nous profitant de se dégourdir les jambes. 

Le brouhaha constant de la ferraille, l’odeur du diesel qui emplit le wagon rendront le voyage, à défaut d’être éprouvant, du moins inconfortable. Et à nouveau cette ségrégation, des wagons presque exclusivement rempli de blancs, et d'autres réservés aux locaux… Nous arriverons finalement sans encombres, vers 22h, à Manakara. À peine sorti du wagon que nous sommes assaillis de taxi-brousses et rabatteurs pour les hôtel. Faire mon chemin à travers la foule, et commencer à marcher dans la nuit. Je serai un peu plus tard accosté par un guide, qui m’accompagnera en chemin. Sympathique, je finirais par accepter de préparer l’excursion du lendemain avec lui, un autre couple français nous rejoignant. 

 

Mercredi 11 octobre, Manakara

8h30: Direction le canal de Pangala et premières "arnaques". Notre guide nous avait dit que le prix était «tout compris» nous demande de payer les pousse-pousse. Il oubliera au même moment les sacs de nourriture prévu pour midi… 

Puis arriver au vieux port, abandonné, et voir le pont cassé, qui relirait les deux partie de la ville, le centre et la presqu'île: et dire qu’il a fallu 4 mois pour construire un nouveau pont temporaire -définitif-, empêchant tout transport de voitures et autres matériel durant tout ce temps sur leurs parties respectives. 

Vieux Port, Canal des Pangalanes - Manakara, Madagascar.

Vieux Port, Canal des Pangalanes - Manakara, Madagascar.

Vieux Port, Canal des Pangalanes - Manakara, Madagascar.

Pont Cassé, Canal des Pangalanes - Manakara, Madagascar.

Les couleurs sont incroyables, la lumière, c’et sans doute le plus frappant pour moisi à Mada. En pirogue, voir cette eau turquoise, parfois bleue, parfois verte, parfois transparente, ce ciel, ces terres rouges, et ces verts, ponctués des couleurs vives des malgaches. 

S’arrêter sur la plage de l’océan indien à midi, et manger une langouste, des poissons péchés le matin, et des bananes caramélisées pour le dessert, notre pauvre guide étant retourné acheter le nécessaire entre temps… 

Avant de repartir, nous dire qu’à cause du vent, nous devons laisser les pirogues, et prendre un autre pousse-pousse… à repayer! Mouais… 

Arriver à l’hôtel, et après cette somme tout belle journée, se reposer un peu, et voir alors le premier, puis plus tard le deuxième autre pousse-pousse du matin, qui nous ont finalement attendus pour rien, venir demander compensation… re-mouais… Des explications s'imposeront. 

Passer à la banque, et se retrouver avec deux liasse de 90 billets… 

Puis manger avec mes deux compatriotes français dans un restaurant local, excellent! Porc caramélisé, brochettes… Pour aller aux toilettes, traverser les cuisines, vastes chambres enfumées qui me rappellent le fumoir et la ferme de mes grands-parents, et trouver un maigre siège WC, avec des sauts, et quelques cafards et grenouille pour nous tenir compagnie… 

 

Mercredi 11 octobre, Manakara

Place du marché - Manakara, Madagascar.

Manakara. Ces ambiances. Ces toilettes glauques, avec des sauts fautes aux coupures d’eau, et ces néons. Réaliser combien se balader en short ou en jeans change tout: je passe du touriste à arnaquer à l’expat installé, et les choses sont plus tranquille, simplement en mettant une chemise et un vieux jeans. Se balader au marché, aller réserver ma place pour le taxi-brousse le lendemain… Et toujours, voir ces français, vieux pour la plupart, bedonnants, et loin de toute finesse, qui viennent ici… Mada les a-t-il rendu ainsi, où est-ce parce qu’ils sont comme cela qu’ils viennent à Mada?… 

 

Vendredi 13 octobre, Manakara

Partir pour le Stationnement. À nouveau, mon cyclo-pousse qui m’attendais me demande un tarifs de 15’000. Je sais que le trajet en vaux à peine 3’000, je le négocierais à 8’000 avec peine, avec à l’arrivée des demande de cadeau en plus. Je n’aime pas cette attitude toujours demandante, et cette recherche de l’arnaque extrême, même si cela représente pour moi de petite sommes. 

Arrivé sur place à 10h, nous partirons à 12h. Le temps de voir de pauvres poules chargées sur le toit, et d’autres, que les gens tiennes à la mains en bouquet, les pattes attachées et la tête en bas, et qui finiront dans un sac en plastique, toujours dans la même position. C’est la première fois de ma vie que je reconnaîtrait des cris de détresse chez une poule. Cela me vrie le coeur… Gandhi disait qu’on reconnait la sagesse d’un peuple à la façon dont il traite ses animaux, mais il oubliait de préciser de ramener cela à une échelle commune, celle de la comparaison à l'Humain. Car eux aussi sont entassés: pas moins de 30 dans un minibus, assis à cinq sur des rangées de 4 sièges, pour une douzaine d’heures de route, entrecoupées par une quinzaines de minutes de pause en tout et pour tout. 

Stationnement - Manakara, Madagascar.

Redoutant le pire, je serai surpris en bien en prenant ma place. Mais comme à chaque fois depuis que je suis arrivé, ces faux espoirs ne dureront pas: Une demi-heure après être partis, la femme à côté de moi, souffrant de mal du voyage, commencera à vomir, toutes les 15min, ne s’arrêtant pas. 12 heures de voyages - minimum - nous attendent… 

Après deux heures de voyage, épuisée, elle s’appuie sur moi. Immédiatement les vomissements s’arrêtent. Je sens alors de mon côté un malaise commencer à poindre. Entre elle sur ma gauche et mon voisin de droite qui prend ses aises (si nous en avions!), je sens mon espace vital mis à mal. Réaction émotionnelle, je me sens enfermé, et le malaise augmente avec le temps. Je demande à ma voisine de reprendre sa place, et elle recommence immédiatement à vomir. Soit. Elle se réinstalle sur mon épaule, et mon malaise revient. Intellectuellement, je sais qu’il n’y a rien à faire: soit la faire vomir pour les dix prochaines heures, ou souffrir de mon manque d’espace. Soit elle, soit moi. Guère le choix. Je sais intellectuellement que je ne risque rien, c’est la proximité africaine, mais mon besoin d’espace me manque, mis à mal par ces derniers jours où je n’ai pu être tranquille, avoir un espace pour me ressourcer. 

Quelques heures plus tard, tiraillé entre mon mental et mon émotionnel, je commence à mon tour à vomir. C’est psychosomatique, je n’en ai aucun doute, mais la réaction est violente, et en dit long. Je savais que Mada serait confrontant pour moi, mais pas à ce point. Je renonce à lutter, mon corps ne pourrait être plus clair. Il faudra adapter la suite du voyage. Je passerai les deux heures suivantes à vomir à mon tour, sous les moqueries des autres passagers. Et si le voyage est éprouvant pour nous, glissant à chaque virage ou accélération, je ne peux détourner mes pensées des pauvres poules sur le toit et dans le coffre… 

La nuit tombant, nous nous arrêtons pour regrouper les taxi-brousse, et faire un convois. Dernièrement, de nombreuses attaques ont eu lieu par les "voleurs de Zébus", qui bloque les routes et pilles les taxi-brousses. Ceux-ci ont dorénavant l’obligation de circuler en convois de nuit, parfois même escortés par des militaires. Durant l’arrêt, un jeune m’achète un sac en plastique pour pouvoir vomir, et un autre passager m’aide à négocier avec le chauffeur: arriver à Antaravie vers 22h est dangereux, il va donc me déposer directement à l’hôtel. Mada: mélange d’arnaque, d’hypocrisie, et de grande gentillesse… 

Arrivé Chez Billy, mon hôtel. Rustique, ambiance super chaleureuse, décalée, et sombrer dans le sommeil… 


Tsiribihina. 

Samedi 14 octobre, Antsirabe

À peine le temps de boire mon café que je suis accosté par un guide. Aigre doux: doux, car son tour colle parfaitement à mes projets, mieux que je ne l’espérais, et moins cher! Aigre, car il est impossible de vérifier sa fiabilité, son expérience, malgré la journée passée à chercher des infos (office du tourisme fermé, on est samedi, info et internet inexistant), sachant que je m’embarque pour une excursion de 7 jours. Et qu’il y a trois semaines, une attaque a eu lieu sur ce trajet, laissant un couple de touristes pillés, en sous-vêtements, sans passeports, devant redescendre la rivière sur une journée entière… 

Après mures réflexions, je décide de m’inscrire, mon instinct me disant de lui faire confiance. L’avenir me dira si j’ai eu raison… 

Chez Billy - Antsirabe, Madagascar.

Et cet hôtel, entendre les charrettes qui passent dans la rue, les couples en pleine scène lorsque l’homme rentrera à 5h du matin, les couples qui baisent à 5h de l’après-midi… 

Un jus pomme-concombre dans l’après midi, et le soir, manger « Chez Jenny », des mignons de Zébu au foie gras. À nouveau, un endroit parfait, mais rempli exclusivement de blancs riches, à l’exception de deux familles noires, visiblement très aisées… 

 

Dimanche 15 octobre, Antsirabe

Anstsirabe. Sur la terrasse de mon hôtel. Une bière. Voilà quelques jours que je n’ai pas écris. Et pour cause. Autant l’Amérique du Sud me coulait dans la peau, autant l’Afrique m’est difficile… L'arnaque est omniprésente en tant que blanc, nombre de lieux sont inaccessibles sans transport privé, et se déplacer prend beaucoup de temps. Alors j’en profite pour me détendre, passer des journées dans ma chambre d’hôtel, à dessiner, à travailler mes images, à laisser place à la créativité, et au lien de lutter, je me plie à ce tourisme colonial, où l’on passe de lieu protégé en lieu protégé, où l’on ne fait que peu de choses par soi-même mais où l’on dépend de guides. Difficile de "backpacker" à Madagascar, c’est un tourisme de 4x4, où des couples plus ou moins âgés, ou des tours organisés, sillonnent l’île dans leur 4x4 neufs et leur chauffeur noir. 

Hôtel des Termes - Antsirabe, Madagascar.

Néanmoins Antsirabe est déjà plus calme. Plus de blancs, je passe plus facilement inaperçu, je suis moins sollicité. Je peux me balader au marché, en ville. 

Retirer de l’argent pour payer le tour, des millions d’ariary, en billets de 5’000 et 10’000! Je me retrouve avec des liasses de billets… 

 

Mardi 17 octobre, Antsirabe

Un taxi-brousse réservé à notre occasion nous attends devant l’hôtel. S’installer plus que confortablement, et prendre la route, fenêtres ouvertes, admirant les paysages. Ce mélange de couleurs incroyables, le bleu du ciel, le rouge de la terre et le vert de la végétation. Voir nombre de ces feux de brousse qui ruinent le pays… Voir mes premières termitières africaines, immense monticule de terre, et seuls vestiges qui restent sur ces terres brûlées… 

Sur la route de Miandrivazo - Antsirabe, Madagascar.

Plus loin, s’arrêter pour voir des chercheurs d’or, qui à l’aide d’une simple assiette récolte les paillettes d’or de la rivière. Arriver en fin d’après-midi à notre hôtel, patienter un moment avant d’arriver à faire vaguement fonctionner l’eau, et boire une bière méritée avec une vue magnifique sur la plaine qui s’étend et la rivière au loin, au soleil couchant. Aller se balader jusqu’à la rivière, et y arriver quelques minutes avant la tombée de la nuit. Voir alors ces femmes et ses hommes se baigner nus, profitant de l’obscurité arrivant pour se laver: pouvoir se voir, mais ne pas être vu. 

Mahajilo - Miandrivazo, Madagascar.

 

Mercredi 18 octobre, Miandrivazo

Se lever tôt, départ à 6h30, jusqu’à l’embarcadère des pirogues: un simple banc sableux ou les pirogues attendent… S’installer sur ce maigre bout de bois de 70cm de large et quelques mètres de longs, nos sacs nous servant de dossiers, où nous resterons les 3 jours suivants, avec notre guide et nos 4 piroguiers, une assiette de viande achetée le matin, qui dore au soleil et sous les mouches, et Hay hay, poulet aux pattes liées, viande fraîche assurée pour notre derniers jours. 

Tsiribihina - Tsiribihina, Madagascar.

Très vite, c’est le calme qui s’impose, le silence et la descente, lente, sans courant, sans vent, sous un soleil de plomb, au seul bruit des rames qui plongent dans l’eau régulièrement. Les couleurs incroyables m’émerveillent, si contrastées, sous une lumière si intense, et un soleil de midi si fort et haut qu’il efface toute ombre… Un visuel incroyable… Le rythme continue, lent, au rythme des bras de la rivière, et des bancs de sables qui nous obligent parfois à pousser notre embarcation, faute de fond: l’eau est rarement profonde, le plus souvent à peine à quelques dizaines de centimètres. Gilbert - notre guide -, nous cuisinera des légumes sautés sur la pirogue, et même un café, à l’aide d’un petit réchaud au charbon! S’arrêter sur une berge, sous un manguier immense, et y voir un iguane de 60cm, et un caméléon, que des piroguiers attraperons et lanceront sans remords à l’eau afin de nous montrer qu’il sait nager. Impressionnant de le voir nager par à coups, lentement, tout en flottant, jusqu’à la rive. Et faute au froid ou à la peur, le voir accoster finalement, plus blanc qu’auparavant… Et reprendre notre rythme de voyageurs immobiles, rythmé par les prises de photos, l’étalage de crème solaire, les encas de mangues (nous sommes en pleine saison!), bananes… fourni par notre guide au petits soins. Surprise, voir des lémuriens, ainsi que deux crocodiles qui dorent au soleil de la fin d’après-midi sur les berges. Arriver au campement le soir, un banc de sable où déjà sont arrivés une équipe avec un bateau à moteur. Installer le campement, mais le vent violent nous empêche d’installer les tentes: nous n’avons pas de sardines…! L’autre équipe dormira directement sur le bateau, par sécurité, le bruit courant qu’un meurtre a eu lieu dans la région… Pas des plus rassurés, nous monterons nos deux tentes, mangerons la viande qui a passé une dizaine d’heure en plein soleil, rejoindre un petit feu en admirant les danses et chants africains, et aller se coucher pour la nuit. 

 

Jeudi 19 octobre, Tsiribihina

Le lendemain matin. Réveil à 5h, traverser la rivière et prendre la direction d’une cascade d’eau fraîche, où nous sommes accueilli par une famille de lémuriens venu s’abreuver. Admirer ces couleurs incroyables, l’eau bleu, les algues blancs, et c’est l’occasion de se laver après cette journée d’hier passée à transpirer, et lavé à l’eau brune de la Tsiribihina. 

Lorsque nous partons, une équipe arrive, avec caméra, appareil photo: c’est le ministre de l’éducation en vacances, que nous auront l’occasion d’admirer, en caleçon, avancer dans la marre glissante à quatre pattes… 

Tsiribihina - Tsiribihina, Madagascar.

Puis reprendre la pirogue pour la journée, dans ce rythme lent, de soleil de plomb, et des caquetements de Hayahay. S’arrêter plus loin pour visiter un village de pêcheurs, ou les enfants nous accueillent en nous prenant les mains - soit, l’appareil photo devra rester dans son sac -, et nous emmènent visiter. Ici les choses s’éclaircirons, c’est dans ce village que la veille, un homme a tué son coiffeur par balle, avant de lui-même se faire tuer par la gendarmerie. 

Reprendre la pirogue… S’arrêter pour manger sur la berge, à l’abris de quelques arbres sur lesquels des iguanes nous regardent d’un oeil tranquille. Surprise soudain de voir un serpent à quelques dizaine de centimètre de nous, et un deuxième. Nous avons une chance incroyable de voir tant d’animaux! 

Tsiribihina - Tsiribihina, Madagascar.

Nos guides creusent un trou dans le sable à 20cm du bord, et y puise l’eau de la rivière ainsi filtrée par le sable pour cuisiner, eux-même la buvant directement lors de la descente. Cette eau brunâtre dans laquelle tous les déchets environnants finissent… 

Dans la descente, découvrir nos premiers baobabs! Vers 18h s’arrêter, sous un baobab, magnifique et majestueux, au soleil couchant, et camper. Entendre une dernière fois Hayhay avant de l’entendre couiner lorsqu’on lui tardera le coup, avant de le retrouver quelques minutes plus tard dans nos assiettes… 

 

Vendredi 20 octobre, Tsiribihina

Tsiribihina - Tsiribihina, Madagascar.

Réveil à 5h30 toujours. Voir le soleil se lever sur notre baobab, et reprendre la pirogue. Manger des mangues fraîches comme des pommes, mordant dedans, juteuses et incroyables, avant d’atteindre notre destination, ou nous patienterons sous un arbre en jouant aux morpions avec des enfants… 

Puis charger nos affaires dans une charrette à Zébu, et marcher 4km, traversant des champs de rizières, bordés d’enfants, de travailleurs qui dorment à l’ombre des arbres, de femmes, de gens qui se lavent dans les canaux… 

Rejoindre nos 4x4, et s’installer, roulant sur de la piste, bien accrochés, secoués dans tous les sens. Prendre un Ferry - plateforme assemblée sur deux barques - au coucher du soleil, magnifique moment. En chemin, perdre un moteur, admirer une pirogue qui traverse la rivière tirée par des zébus se renverser, marchandise et passagers à l’eau, nageant pour rejoindre la rive. Arriver enfin à Belo-sur-Tsiribine, passer la nuit dans un hôtel… 

Tsiribihina - Tsiribihina, Madagascar.

Samedi 21 octobre, Tsiribihina

Départ tardif, vers 9h. La piste est « bumpy », à l’arrière du 4x4, les mains accrochées à la poignée et la tête à la fenêtre, profitant de l’air. Un nouveau ferry, plus petit. Nous nous enfonçons dans la rivière avec la jeep, le ferry ne pouvant rejoindre le bord, de l’eau au niveau du bas de caisse. Au moment de monter sur les rails accédant sur le pont du ferry, la porte arrière s’ouvre, laissant différents matériels, bouteilles d’eau et nos tentes s’éparpiller dans le fleuve. Le temps de tout récupérer, de faire sécher les tentes sur le toit de la voiture, et repartir. 

Nous nous arrêtons à Bekopaka un peu après midi. Nous attends le repas, cuisiné par une villageoise, à l’aide de deux petits feux de bois et quelques casseroles. Incroyable ce qu’elle arrive à faire avec rien. Sur la table, du poisson grillé, qu’une petite centaine de mouches squattent, régulièrement chassées d’un coup de main par notre hôte. Repenser à ce poisson vu au marché, déjà couvert de nuages de mouches également, passant la journée au soleil en attendant d’être acheté… 

La route a été difficile, impossible de manger. Avoir le mal de mer sur terre, le comble! Se sentir comme une femme enceinte, l’estomac remonté suites aux cahins de la piste. Le manque d’air, les secousses et la chaleur ont eu raison de mon appétit. Se forcer à manger un peu, mais sentir que c’est critique. Quelques minutes plus tard, me diriger vers l’arrière cours et vomir. 

Reprendre la route et quelques minutes plus tard arriver à notre hôtel. Y installer ma tente, les autres prenant un Bungalow, et profiter de notre après-midi. Faire une petite sieste dans un hamac, se reposer, prendre une bonne douche bienvenue! 

Caméléon - Bekopaka, Madagascar.

Se balader dans le parc, y voir un caméléon borgne changer de couleur, planter un baobab dans la pépinière, et admirer toute cette flore incroyable, mélange d’arbre, cactus et autres plantes. 

Le soir, retourner manger chez notre hôte, cette fois-ci avec plus d’appétit. Nous avons chacun un poisson chat entier nous attendant! Délicieux… 

 

Dimanche 22 octobre, Bekopaka

Partir pour les fameux Tsingy. Rendez-vous pour le départ avec le guide à 7h, petit déjeuner rapide et prendre la route - la piste devrais-je dire - avec les jeeps. Durant le trajet, notre guide nous raconte une anecdote concernant son oncle, attaqué par un crocodile dans la région dans se jeunesse. À l’africaine, remplie de circonvolutions à chaque occasion, lentement, l’histoire durera plus de 45minutes, rebondissant à chaque nouveau détail. Le paysage nous montre cette forêt desséchée, Le brun des troncs se mélangeant à celui de la terre. Mais à la saison des pluie, tout ceci redeviendra pour un tant vert et luxuriant! 

Tsingy - Bekopaka, Madagascar.

À peine arrivés, nous sommes accueilli par une mangouste qui dore au soleil, et quelques mètres plus loin, par un groupe de lémuriens; comme depuis le début de notre parcours, nous continuons d’avoir une chance incroyable, même notre guide en sera surpris! 

Durant la journée, d’autres lémuriens, que nous pourrons approcher de très près, milles pattes, oiseaux, viendront compléter le tableau. 

Après une brève marche sous les arbres, nous entamons l’escalade de ces fameuses formations rocheuses, coupantes comme des rasoirs, sous un soleil de plomb. Arrivés au sommet, la vue est à couper le souffle, ces monuments s’étendent à perte de vue. Si nous n’en voyons qu’une toute petite partie, plus de 200km s’étendent ainsi, impossible à visiter faute d’accès. 

Tsingy - Bekopaka, Madagascar.

Tsingy - Bekopaka, Madagascar.

Tsingy - Bekopaka, Madagascar.

Tsingy - Bekopaka, Madagascar.

Nous continuons à marcher au sommet des Tsingys, recherchant avidement la moindre zone d’ombre que l’on peut trouver dans ce décors surréaliste. Puis, après une heure de marche, nous descendons plus de 60 mètres plus bas, aux pieds de ces formations, dans les grottes et cavités formées par ces roches et l’érosion, ou toujours surréaliste se mélange roches, racines des arbres recherchant l’humidité, et cimetières de coquille d’escargots par millier, ramenée par les pluies. 

Avancer lentement dans ces passages très étroits, incroyables, se faufilant, profitant autant que possible de cette fraîcheur bienvenue, alors que le soleil dehors doit nous réserver une température proche des 40°C. 

À nouveau après environs une heure ainsi, nous ressortons dans la forêt bordant les Tsingys, luxuriante, ombragée, nous permettant d’admirer le début -ou la fin - des formations depuis la terre. Décors digne d’Indiana Jones, où se mélange végétation luxuriantes, roches, grottes, racines et mousses. 

Puis, reprendre la route, au rythme des cahots, des Klaxons, des coups de freinage, et arriver vers les bungalows en fin d’après-midi. Le temps de prendre une douche, où des dytiques nagent dans les lavabos, à côté de mantes religieuses, et de différents batraciens qui occupent les toilettes. 

Le repas n’étant pas près à l’heure où nous arrivons, nous retournerons boire un coca tiède chez Narcisse, notre guide du jour, discuter de la situation de Madagascar et des raisons qui poussent à cette pauvreté. 

Traverser cette ville de nuit, et à nouveau réalisé combien la nuit est noire, aucune lumière n’éclairant les rues, deviner les ombres qui vous passent à côté, une ambiance particulière… 

 

Lundi 23 octobre, Bekopaka

Partir le mantin, pour plus e 8h de piste, jusqu’à Belo-sur-Tsiribihine, puis Morondava. Traverser ces petits villages, ces enfants qui bordent les routes, ces contrôles, paysages nommés « poste de contrôle des ristournes ». 

Arriver à Belo sur Tsiribihine, tous les blancs en 4x4 s’arrêtant ici. Ce colonialisme, toujours, les blancs restant entre eux, dans leur circuits protégés… 

Sur la route de Morondava - Bekopaka, Madagascar.

Repartir et, au premier bac, constater que les eaux sont montées: il a plu sur les hauts-plateaux. Les passeurs profitent de faire flamber les prix, source de diverses disputes (et allongement de monnaie), alors même que les jeeps parcourent la distance supplémentaire par elles-même, l’eau jusqu’au moteur, le bac n’ayant pas assez de profondeur pour avancer… 

Au deuxième bac, l’organisation à l’africaine, alors même qu’il y avait moyen de faire beaucoup plus simple. Trop simple peut-être… 

Reprendre la route. Rouler sur la piste, avec des points de vitesse à plus de 80km/h j’imagine -le compteur de la voiture ne fonctionne pas. Manquer de shooter un veau que des enfants promènent, nous passerons à 5cm du choc. Notre chauffeur sortira alors engueuler les enfants, car ici règne la loi du plus fort (du plus riche?), la route appartient à la jeep! 

Sur la route de Morondava - Bekopaka, Madagascar.

S’arrêter au Baobab sacré, monstre de plusieurs dizaines de mètres, de plusieurs mètres de diamètres, que l’on approche respectueusement à pieds nus. Plus tard, le baobab amoureux, deux troncs s’enroulant l’un sur l’autre… 

La piste toujours, et le soleil se couchant, notre chauffeur regarde l’horaire au soleil, pour ne pas manquer le coucher de soleil sur l’allée des baobabs, que nous atteignons quelques minutes plus tard. Endroit magique… 

Allée des Baobabs - Bekopaka, Madagascar.

Arriver à Morondova de nuit, quitter Gilbert et le chauffeur, se reposer, prendre une douche attendue avant que l’électricité ne se coupe… 


MORONDAVA. 

Morondava - Morondava, Madagascar.

Mardi 24 octobre, Morondava

Face à la plage. Une bière fraîche. 

Morandava. La ville semble plus riche, clairement. Pour la première fois depuis que je suis arrivé à Madagascar je peux me balader dans les rues sans être assailli par des « Vaza, vaza! », appellation réservée aux blancs, qui traduit littéralement signifie pirate, étranger. 

Ce matin, réveil vers 5h, la chaleur est déjà suffocante, et le ventilateur éteint: Morondava semble rythmée par les coupures d’électricité. Continuer de découvrir cette vie si étrange, ces deux sociétés qui vivent en parallèle sans se mélanger, les noirs, et les blancs, qui ne peuvent sortir la nuit, ni même difficilement se lier aux malgaches, et vivent d’endroits protégés en endroits protégés… 

Faire mes au-revoir aux autres membres du groupe qui repartent avec un guide le lendemain… 

 

Mercredi 25 octobre, Morondava

Je fatigue. Par ce qui ne fonctionne pas, ces coupures de courant qui rendent impossible de faire quoi que ce soit, d’avoir un peu de planification. Et ce monde colonial, ces touristes en tour-organisé, et ces blancs: français, tous la soixantaine passée, au bras de jeunes malgaches… À midi, manger dans une gargote, du crabes, au son de musique folklorique française des années 60; Claude François, Johny… et se couper les doigts à essayer de briser cette carapace… La peste commence à devenir inquiétante, plus de 1000 cas et plus d'une centaine de morts, et même si j’apprécie d’être venu, je me réjouis néanmoins de repartir. Retrouver un minimum de confort, développer des projets, une vie qui commence à me manquer. 

Morondava - Morondava, Madagascar.

Le soir, à nouveau, manger dans un restaurant soigné, où je suis le seul, boire ma caipirihna, et manger mes brochettes de zébu au miel et gingembre. Prendre un autre verre. Plus tard, d’autres touristes me rejoindrons, alors que l’électricité se fera absente, laissant place à quelques lumières discrètes et au ronflement des générateurs de secours. 

Rejoindre les filles, trois suissesses qui travaillent ici, rencontrées en chemin, et aligner les verres chez «Jean le Rasta», au son d’une jam et du rhum jusqu’à 2h du matin… 

 

Jeudi 26 octobre, Morondava

Réveil difficile. Malade? Gueule de bois? Le rhum d’hier soir était-il de mauvaise qualité? Ou est-ce une réaction aux anti-paludéens? Que sais-je… Mais mon esprit est rempli de rêves glauques, la peur de la peste continue de rôder.. Aujourd’hui, un français est mort à Tanatave, enterré dans une fosse commune. Je ne souhaite pas finir ainsi… Et partout où je vais, ces femmes au visage grimé de cette pâtes blanche les protégeant du soleil me dévisagent, me donnant l’impression que la mort continue de m’observer, de me suivre, à chaque fois que l’un de ces visage se tourne vers moi. 

Aller au marché, acheter quelques bananes, des biscuit, et coca, ne pas se laisser aller. Et là, sur le trottoir, au milieu des fruits, un requin marteau traine au soleil… 

Morondava - Morondava, Madagascar.

L’après-midi, aller profiter de la plage, se baigner, et admirer ces magnifiques couleurs qui emplissent le ciel au coucher du soleil… 

Manger dans un restaurant chic, et toujours ces contrastes, ces lumières tamisées, ce calme, de quelques touristes blancs, de serveurs noirs, dans un calme et un presque silence, manger des camarones, dans ce petit paradis protégé, avant de se retrouver dans la rue, et cette réalité si différente, marcher dans ces rues noires, sans lumière, avec de temps en temps, une ampoules qui semble alors briser la nuit à elle seule, éblouissante! 

 

Vendredi 27 octobre, Morondava

Déjeuner face à l’océan, et boire un jus de Baobab. Regarder ces pirogues qui partent en pleine mer, avec des voiles rapiécées, trouées, de vrai patchwork. Le bruit des vagues, le vent… Et toujours, ce sentiment étrange, de moiteur, de lourdeur. Sentir mon esprit s’engluer dans la moiteur ambiante, dans la chaleur. Une fatigue omniprésente, une nostalgie ou une tristesse lancinante. Même mon corps devient nauséeux… Je ne sais l’expliquer, mais l’Afrique a décidément une influence étrange sur moi… Alors vivre ici, et se sentir à part, rester le blanc colonial, le « vaza », rester de passage, comme un mirage… 

Et partout où je vais, je suis désormais connu comme «Rastaman», le blanc qui s’est fait faire des tresses plaquées. Je ne sais pas qui ils sont, mais tous connaissent mon nom, savent où je loge, mon histoire… 

Aller réserver mon billet de taxi-brousse pour mon retour à Tana prévu dans quelques jours: arriver au bureau, et réveiller le vendeur, endormi sur son ordinateur. Une des nombreuses coupure d’électricité - le délestage comme on l’appelle ici - privant le quartier d’énergie, il m’annonce les yeux encore mi-clos qu’il va démarrer le générateur afin de pouvoir allumer l'ordinateur. Quelques minutes plus tard ma place est réservée, avec la perspective d’une douzaines d’heures de route inconfortables, dans le meilleur des cas… 

Puis rejoindre les trois suissesses rencontrées sur la route, en stage ici, qui m’attendent pour me faire visiter l’hôpital de Morondava, en compagnie du Dr. Michel, jeune médecin du nord, installé ici. 

Hôpital de Morondava (Radiologie)- Morondava, Madagascar.

Parcourir les différentes unités de cet hôpital fondé dans la période coloniale, dans les années 50’. Et comme à chaque fois la vétusté, le manque, la pauvreté, règnent en maître partout. On réutilise le même matériel, plus ou moins stérile, on économise le fil de suture, les compresses, les gants… Et les histoires abondent, tristes pour la plupart, mais que l’on raconte avec un air détaché, rigolant même parfois, pour les rendre plus légères: des deux décès du jour, un nouveau-né d’à peine un mois, et un coma éthylique. Ou cet enfant d’une dizaine d’années, à qui l’on aura arraché la lèvre inférieure avec les dents lors d’une bagarre. Recousu, il aura désormais une toute petite bouche… De ce rapport différent à la douleur, où personne ne se plaint. Les filles me racontent comment elles recousent des plaies à vif, ou comment un accouchement se fait dans le silence total, la femme n’exprimant aucun signe de douleur. Et de ces blessures - attaque à la machette, blessure par balle… - qui témoignent d’une réalité que je ne vois pas, mais qui confirme que Madagascar porte en elle une réalité de violence… Ou de ces voleurs tabassés par la justice populaire - de peur que la police ne se laisse acheter et ne lui rende leur liberté - que l’on conduira aux urgences leur payant leurs soins… Et le manque, toujours. De ces femmes qui, pliées de douleurs par une appendicite, doivent attendre que la famille amène de l’argent avant de recevoir des premiers soins, l’hôpital n’ayant pas d’argent pour acheter les anti-douleurs en avance. Ou de ce voleur, blessé par balle, qui se vide de sont sang dans les urgences faute d’argent, et qui finira par mourir de cette hémorragie… Autant d'histoires, de réalités… 

Hôpital de Morondava (Bloc opératoire) - Morondava, Madagascar.

Hôpital de Morondava (Pédiatrie) - Morondava, Madagascar.

Mais le plus dur sans doute, sera de visiter ensuite, à 20 mètres, le chantier presque terminé d’un hôpital aux normes modernes, abandonné depuis 6 ans pour des raisons politiques: façade en verre, accueil, électricité, supports aux murs, tout y est. Alors que des gens meurent fautes de moyens, des moyens fous sont gâchés et laissés à l’abandon 20 mètres plus loin… 
Des salles de conférence prennent la poussière, leurs chaises parfaitement alignées se craquelant sous l’effet de la chaleur… Alors que les urgences actuelles doivent se contenter d’un seul lit, des chambres prêtes à accueillir des patients, avec lits, armoires, lavabos, restent désespérément vides… Cinq couveuses à l’abandon prennent la poussière dans une salle vide, loin des vies qu’elles pourraient sauver. 

Se sentir en colère contre ce gâchis. Se sentir en colère contre ce pays pauvre qui se complait ainsi dans sa misère. Un pays qui possède mers et montagnes, baobabs, plages, des paysages pouvant attirer des touristes en masse. Qui possède une terre et un climat pouvant faire pousser légumes, riz, fruits en tout genre, mangues, bananes, ananas, vanille… Qui peut pratiquer la pêche et l’élevage, crevettes, crabes, anguilles, poissons, langoustes, zébus… Dont le sol regorge de métaux précieux, or, gaz et pétrole. Un pays au potentiel énorme qui se retrouve être l’un des plus pauvre au monde. Je suis en colère contre ce pays qui choisi sa misère; qui la mérite. 

 

Samedi 28 octobre, Morondava

4h. Le réveil sonne. Finir de préparer mon sac, et sortir. Je pars pour trois jours à Belo-sur-mer, petit village reculé à environs 6h de pirogue d'ici. Mon piroguier est déjà là, il m’attends. Nous prenons la route de la plage. Il est 5h et la vie bat déjà son plein, les trottoirs et la plage sont bondés, chacun profitant de vaquer à ses activités avant la chaleur étouffante de la journée. Au loin, je vois mon embarcation, une pirogue au bord de l’eau, affrétée.

Nous chargeons les affaires, d’autres hommes arrivent et nous aident à pousser l’embarcation sur les flots. Passer les premiers rouleaux à coups de rames, puis, plus au large, mes deux compagnons de route s’activent, montent la voile… Les opérations sont périlleuses, de même que le fait de se croiser lors des déplacements sur cette petite embarcation d’à peine 70cm de large, et de quelques mètres de longs. Les événements ont étés rapides, et je prends enfin le temps d’observer mon embarcation: notre mat n’est tenu à la coque que par une petite corde que gère mon équipage. La seule chose qui nous empêche de nous renverser est le flotteur, lui même n’est qu’attaché à la coque, et emboité dans ses différents supports; aucun clous ne fixe ce matériel.

En direction de Belo-Sur-Mer - Morondava, Madagascar.

Alors que le soleil se lève dans notre dos, la voile se tend, et nous prenons la direction du large, je sens le bois qui joue, le jeu entre chaque pièces, la corde qui se tend. Le vent du Sud s’est levé ce matin, nous devons donc lui faire face, nous obligeant à partir plein large en direction de l’Afrique du Sud, et prenant alors les vagues de plein fouet. À chaque vague nous prenons l’eau, et mon compagnons est allongé le plus à l’extrémité du bateau dans le sens du vent, afin de compenser le poids et d’éviter de chavirer. Je commence immédiatement à ranger mes affaires afin de les protéger au mieux - quelque peu illusoire - et réalise combien la situation est précaire: toute ma vie depuis une année, toute ma richesse, mon sac, mon passeport, mon ordinateur, mon appareil photo, et mes milliers d’images ne sont empêchés de partir par le fond que par une simple cordelette et quelques bouts de bois emboîtés. Je ne dois mon sursit qu’à ce maigre matériel et à l’expertise me mes compagnons de voyage. Alors même que nous partons vers le large, je sens poindre en moi une sensation sourde, inhabituelle: la Peur. Une peur primale, intense, de savoir soudain mon intégrité, ma vie, en danger! Si l’anxiété est quelque chose que je connais bien, devant parfois faire face à des crises d’angoisse, je n’ai pas souvenir d’avoir rencontré une telle peur, et ne crois d’ailleurs pas l’avoir jamais vécu: se sentir en danger de mort. Si je sais consciemment que je pourrais rejoindre le bord, je sais également que rien n’empêchera mon précieux matériel - tout ce qui est le plus cher à mes yeux en ce moment - de partir par le fond à la moindre défaillance. Si j’ai souvent imaginé ce genre de situation, le vivre dans ses tripes est si différent: c’est violent, animal, instinctif: je suis en danger! Une sensation renforcée en apprenant que le père de mon jeune piroguier a disparu en mer quelques années auparavant… Oui, nos sociétés surprotégées nous ont fait oublier la sensation de craindre pour sa vie, et j'admire le courage de ces jeunes qui partent en mer chaque jour… Durant ces minutes, voyant la côte s’éloigner toujours plus, la superstition, le fait de remettre son destin à des forces supérieures, reprend alors tout son sens; comment ne pas le faire quand votre précaire équilibre n’est maintenu que par une maigre cordelette…

En direction de Belo-Sur-Mer - Morondava, Madagascar.

Nous continuons, faisant au mieux pour protéger mes affaires, et gérer mes émotions, faisant confiance à l’expérience de mon équipe. Mais le vent est mauvais, et mon équipe fini par aborder le sujet: c’est le vent du sud, et il souffle fort: voilà presque une heure que nous sommes en mer, et si nous sommes très au large, nous ne sommes que très peu descendu au sud. Pour confirmer ces dires, les quelques pirogues de pêcheurs qui sont sorties ce matin retournent vers la côte… Les idées se bousculent alors dans ma tête, entre la peur, l’envie de continuer, et après quelques minutes, nous décidons de rentrer: il sera impossible de rejoindre Belo de toute façons… Je n'aurais pas l'occasion de voir Belo-sur-mer. Du moins pas cette fois ci. 

Un peu plus tard, le long de la plage, je verrai une pirogue s’étant sans doute renversée, ses passagers faisant sécher leurs habits et affaires sur le bois, et la marchandise, des sacs de charbons, ramenés sur la côte par l’océan, une malheureuse femme cherchant à récupérer sa pauvre marchandise. Cela me consolera quelque peu de ne pouvoir rejoindre Belo, me disant que j’ai peut-être évité le pire… 

S’installer à l’hôtel sur la plage, dans une petite cabane, sur pilotis, à 20 mètres de l’océan. La lumière filtre par les barreaux de la fenêtre, le vent par la porte ouverte, et moi, allongé dans la lumière tamisée de la moustiquaire. J’aime ces moustiquaires, non pas pour la protection qu’elles offrent, mais par cette sensation de se croire dans un autre monde, loin de tout, cotonneux et protégé. Comme enfant, à se croire protégé caché sous les draps, dans un « château » improvisé… 

Boutre - Morondava, Madagascar.

À défaut de pouvoir rejoindre Belo-sur-mer, je repartirais avec mon piroguier un peu plus tard, visiter la mangrove et le village de pêcheurs sur la presqu’île voisine. Un petit village entier dédié à la pêche et à la construction de « Poutre », ces bateaux de pêche plus conséquent que les pirogues, qu’ils mettront entre 2 à 5 ans à construire, faute de moyens… Et ces pirogues, toutes sur le sable, alors qu’hier encore les voiles emplissaient l’océan… 

 

Dimanche 29 octobre, Morondava

Passer la journée à la plage, en compagnie des filles. La mer est démontée, comme ces derniers jours, et même la baignade s’avère éprouvante et difficile. Alors rester à bronzer, et discuter avec des malgaches présents, dont le responsable du ministère de la réforme, qui se prend deux semaines de vacances à cause de la peste; pas étonnant que rien ne bouge… 

 

Lundi 30 octobre, Morondava

Morondava - Morondava, Madagascar.

Une journée tranquille. Rester au lit jusque vers 8h30… Acheter quelques courses pour le voyage de demain… Au passage, voir une femme dans la rue baisser son froc et montrer son cul en signe d’injure… Écrire, préparer mes affaires, dessiner un peu également. Et, ponctuel comme à son habitude, j’irais admirer le coucher du soleil à 18h15, assis sur la plage, avec une bière fraîche, ces couleurs magnifiques qui emplissent le ciel, et ce soleil rougeoyant, rythmé par le bruit des vagues et quelques cris d’enfants… 

 

Mardi 31 octobre, Morondava

Réveil à 4h, partir à l’aube pour rejoindre le taxi-brousse. Un café et une tranche de pain, charger les sacs sur le toit, et nous partons vers 5h30. Compagnie de "luxe", Sonatra partenaire de Cotisse, me donnera l’occasion de passer ces heures de route de manière plus agréable que d’habitude, même si je reste près de la fenêtre et me concentre sur ma respiration, l’estomac toujours nauséeux… Reprendre cette route, ces endroits par lesquels j’ai passé, et ces paysages fabuleux qui s’étendent à perte de vue. 

À midi, profiter de la pause déjeuner pour resserrer les roues du minibus… 

Arriver à Tana bloqué par la circulation à 19h30. Prendre une douche chaude, avec de la pression, qui me donne l’impression d’être dans un SPA, tellement c’est agréable après ces jours à se doucher avec un filet d’eau froide, ou même à coup de sauts d’eau. Se rappeler que ces choses que l’on prend pour acquises ne le sont pas… 

Puis, malgré la fatigue du voyage, rejoindre « l’équipe » au bar le HUB, pour une dernière THB, me faire accueillir à coup d’embrassades, refaire un peu le monde… 

C’est la fête des morts, la ville et la nuit bat son plein!… 


ANTANANARIVO. 

Mercredi 1 novembre, Antananarivo

Profiter de la connexion internet: faire mes paiements, vérifier les mails, facebook, appeler des amis, la famille. Écrire, me renseigner sur Bangkok et la suite du voyage, des visas… Les rues sont calmes, tout est fermé pour la Toussaint, une ambiance étrange pour Tana, mais pas désagréable… Retourner manger au Sakamanga, où j’avais mangé le jour de mon arrivée… 

Le lendemain, un dernier petit déjeuner. Préparer mon sac, et partir pour l’aéroport. Changer mes derniers ariary, traverser un contrôle de santé, prise de température afin de vérifier que je ne porte pas la peste, et me présenter au check-in, dans la confusion la plus totale: aucune info aux écrans - hors service d’ailleurs -, chacun refaisant son sac dans cette file de gens perplexes, à défaut de pouvoir le faire ailleurs. Les gens vont, ressortent dans tous les sens, les guichets s’échangent les clients… Mada! L’hôtesse me demande ma destination et mon vol de sortie -que je n’ai pas - au bluff ça passera, de même que les quelques artisanats locaux dans mon sac que je pourrais me faire confisquer. À nouveau, bouchon, chacun s’arrêtant où il peut dans ces quelques mètres séparant les check-in de la douane, afin de remplir le formulaire de sortie à leur présenter. Passer la douane, à nouveau, les uns se faisant contrôler, d’autres passant tout droit, dans ce mélange de désorganisation de marché. Arriver enfin dans l’une des deux salles d’attente et profiter de mes derniers crédits internet pour "louer" un vol afin d’être sur de ne pas se voir refuser l’entrée en Thaïlande. Puis sortir sur le tarmac, où nous attendent deux avions, dont un immense Boeing 787 en direction de Addis-Abeba, à moîtier vide, extrêmement moderne, les hublots se teintant de bleu à loisir en place de volet… 

Aéroport d'Ivato - Antananarivo, Madagascar.

Quitter le tarmac en repensant à ce pays que je suis somme toute, malgré ses paysages incroyables et la gentillesse de ses habitants, heureux de quitter. Difficile pour moi de fonctionner à l’Africaine. Je ne sais pourquoi. Est-ce dû à la chaleur étouffante? À une ancienne vie que je traîne? Aux esprits africains? Mais comme au Mali il y a des années, je perd ma clarté d’esprit, m’englue dans la nonchalance. Ce pays manque peut-être de nervosité pour moi, trop latin pour l’Afrique… Qui sait? 

Je repense à cette vie simple, simplicité que reflète le Malgache: cette langue sans déterminant, sans pronom, sans différence entre le masculin et le féminin, une grammaire composée de seulement trois temps de verbe: le passé, le présent, et le futur, et sans conjugaison… Suis-je trop complexe pour savoir apprécier la simplicité?… 

En voyant le sol s’éloigner, je repense aussi, le sourire aux lèvres, à tous ces repas -mis à part quelques exceptions - qui crissaient sous la dent, sable ou autres, peut-être mieux vaut-il ne pas savoir… 

À l’heure où j’écris ces lignes, je ne peux m’empêcher d’avoir un sourire aux lèvres, repensant à un pays qui ne me convient pas tout à fait, mais que je ne regrette pas d’avoir découvert. Comme ces soirées arrosées que l’on regrette un peu le lendemain, mais pas tant que ça finalement. On se promet que c’était la dernière… sans vraiment y croire…

Après tout, Madagascar est tellement grand, et il reste tant à découvrir…