Photothèque #1 / Photographie numérique.

Soit, je vous l'avais promis.

Premier volet donc, sur la façon dont j'organise, catalogue, et archive mes photographies. Sans doute la plus accessible, cette partie est consacrée à l'organisation des images issues de mes différents boîtiers professionnels, l'un de mes principaux flux de travail. 

 

I. Introduction

Que l'on se mette d'accord, je ne cherche pas ici à avoir un accès illimité à mes fichiers originaux afin de les travailler n'importe où et à tout moment. Là n'est pas l'enjeu. J'utilise clairement deux workflows différents, l'un mobile, l'autre statique. Lorsque je suis chez moi, je travaille sur mes images issues de mes boîtiers reflex; je travaille alors de manière soignées, au stylet, et sur un écran calibré. Lorsque je suis en déplacement, je me concentre alors sur mes images d'iPhonographie, issues de mes mobiles; pas de risque d'être désoeuvré, j'ai toujours bien assez de photographies mobiles à trier, classer et traiter. 

Pour être clair, mon choix ne tient pas à des considérations techniques. Après tout, depuis peu l'iPhone "shoot" en Raw, il n'y a donc plus guère de différence entre les deux. Non, la différence tient plus à la façon de fonctionner. Avec l'iPhone, je capture des images instantanées, que je souhaite conserver avec moi, à la manière d'un polaroid. Souvent improvisées, souvenirs, clins d'oeil, bref des images la plupart du temps de moindre importance, destinée à être traitées et partagées plus rapidement et de manière plus "brute". Mes boitiers reflex sont eux utilisés dans des circonstances toutes autres, maîtrisées, préparées, plus lentes et choisies. De même sera leur postproduction. Je choisi donc l'un ou l'autre en fonction des circonstances. Point. 

Pour ceux qui voudraient néanmoins plus de souplesse afin de travailler à distance sur leurs fichiers, il existe différentes solutions. Des services cloud tels que Lightroom mobile, ou la possibilité d'utiliser un N.A.S. par exemple. 

 


II. Nommer

Lorsque l'on dit «archivage», la première vraie question -point sensible parmi les photographes- concerne le fait de renommer les images. Si certains photographes s'y opposent sous le couvert de dénaturer alors l'essence de ladite photographie, il n'en est rien pour moi. Attention, je comprends et suis sensible à cet enjeux. Mais je pense qu'il est hérité d'un passé baigné dans l'argentique, qui n'a plus de raison d'être au jour d'aujourd'hui. Si une photographie numérique est une image, elle est également un simple fichier. Fichier que l'on peut donc déplacer et renommer à volonté… 

Je renomme donc mes images. Toutes mes images! 
Quelle que soit leur provenance, leur contexte, leur but final, la première étape après avoir été transférées sur mon ordinateur est d'être renommées selon le modèle suivant: 

AAAA-MM-JJ-NomOriginal* 

*AAAA: Année
MM: Mois
JJ: Jour.

Exemple d'une image importée sur mon disque, réalisée le 18 juin 2016 (EPFL, Learning Center):
_DSC1220.nef devient donc 2016-06-18_DSC1220.nef

Les avantages d'une telle pratique sont multiples: 

  • Premièrement, chaque image possède dès lors un nom unique! Impossible en effet (ou presque) que des images prises le même jour se soient vues attribuées un nom générique identique. Fini donc les risques de conflits de nom ou d'écrasement de fichier par erreur… Et chaque fichier ayant un nom qui lui est propre, il est désormais très simple de retrouver une image particulière. 
  • Si le nom d'une image a pour moi peu d'importance, la date de prise de vue est quand à elle cruciale. Et il peut arriver lors de diverses opérations, ou corruption de fichier, que ces dates de création/modification soient altérées. Dans une perspective d'archivage à long terme, l'idée que le nom du fichier contienne en lui même sa date de création est une assurance de pérennité. Même un fichier exporté (photoshop par exemple) contient ainsi toujours la date de prise de vue de l'image originale. 
  • Un autre avantage est un classement chronologique automatique. Les images se classent et s'affichent directement par années, mois, et jours, les unes après les autres. Facile dès lors de retrouver des photographies prises au même moment, même par des boîtiers différents. Facile également de retrouver des images faites à une périodes données. Les recherches s'en trouvent simplifiées, de même que l'organisation. Un gain de temps précieux! 
  • Et pour les plus sceptiques, le nom générique est toujours intégré au nom de fichier. Il est donc toujours possible de revenir au nom d'origine si nécessaire… 

 


III. Classer

Force est de constater que de nombreux logiciels de catalogages de qualité ont vu le jour ces dernières années. iPhoto, Aperture, Lightroom pour ne citer qu'eux. Néanmoins, toujours dans une vision à long terme, il m'apparaît judicieux d'être le moins dépendant possible de tels logiciels. Du moins pour le moment. Faire une confiance totale à l'un ou l'autre logiciel se résume à remettre l'entier de son travail de classement aux mains d'un tiers. Et s'il vous rend service à l'heure actuelle, rien n'en est moins sûr dans les années à venir. Tous les photographes ayant fait confiance à iPhoto ou Aperture pour gérer leurs images -et qui perdirent des centaines d'heures de classement lorsque ces logiciels furent retirés- vous le confirmeront. Je suis un grand fan d'Apple, et Aperture était un excellent logiciel, sans doute meilleur que Lightroom. Il a cependant perdu la guerre des marchés, et s'est retrouvé obsolète. Tous les photographes qui organisaient des dizaines de milliers d'images sur ces bases de données ont perdu des centaines d'heures de travail de classement du jour au lendemain lors de sa disparition. 

Classement chronologique par dossiers. 

Il est impossible d'être totalement indépendant d'un logiciel de traitement. Mais, quel que soit le logiciel que j'utilise, mon organisation se doit d'être aussi indépendante que possible de celui-ci; elle doit pouvoir lui survivre au mieux si je devais avoir à m'en passer. Mon classement se fait donc au niveau le plus initial: le Finder. Le logiciel de traitement se greffant sur cette organisation existante, et non l'inverse. 

Alors comment classer ses images? Roland Barthes le disait déjà dans La Chambre claire, la photographie est singulière, par essence désordonnée, et rend cette partie extrêmement complexe. La classer selon son type (argentique, numérique)? Son support (diapositive, négatif, monochrome...)? Son contenu (personnalités, lieux, événements...)? Son utilisation (commerciale, éditoriale, artistique...)? Son style (mode, reportage, studio)?...  
Difficile donc de s'arrêter sur une méthodologie unique. Libre à chacun de regrouper ses images selon ce qui lui paraît le plus approprié; le champ des possibles est conséquent. Pour ne pas dire infini. 

Aux prises avec la classification de mes images, il m'est néanmoins apparu un point récurrent, quelle que soit la situation. Peut-être le seul, que mes images soient commerciales, artistiques ou personnelles; leur plus petit dénominateur commun : la chronologie! 
J'ai donc groupé mes images dans différentes photothèques selon leurs utilisations (commerciale, personnelle, artistique), puis selon une arborescence basée la chronologie, suivant le même modèle que leur nom: 

 

AAAA / MM / JJ / Session /

 

Je groupe donc mes images en années, mois et jours. Les sessions offrent ensuite la possibilité de séparer plusieurs événements survenus la même journée, ou un même shooting en plusieurs sous-séries. Chacune de ces sessions contient alors mes originaux ainsi que mes exports. J'ajoute aux fichiers des tags correspondant (original/export) afin de pouvoir les identifier, quelle que soit la situation. 

Il est clair que les noms de dossier ne possédant aucune référence aux sujets photographiés, il est alors plus difficile de retrouver rapidement un événement. Mais il faut bien comprendre ici l'enjeu. Ce n'est pas un système de visualisation. Il s'agit ici d'un système de classement, d'archivage. Parallèlement à ce classement, chacun de mes exports est réimporté dans un logiciel de visualisation -ou un service cloud-, me permettant d'avoir alors à disposition un portfolio de mes tirages finaux, soigné, organisé, à tout moment. De même, je n'accède que rarement à mes originaux via le Finder, mais directement depuis le logiciel de catalogage… 

 


IV. CATALOGUER

Une organisation chronologique -telle que vue précédemment- offre une base de travail efficace; très efficace. Mais clairement insuffisante. Le recours à un catalogue permet dès lors de développer une organisation plus fine encore. Il existe nombre de tutoriels sur le sujet, et la façon de gérer un catalogue d'images. Néanmoins, un point me paraît important: pour les mêmes raisons que précédemment, je cherche à développer une méthodologie capable de se transposer sur différents logiciels, de s'adapter, de survivre à l'obsolescence. Une méthodologie aussi simple que possible, sans pour autant devenir simpliste; un projet complexe mais flexible, ramené à ses premiers fondements, ses principes essentiels: une méthodologie efficace et intuitive. Là est l’enjeu. 

Dans cette perspective, quelles que soient mes images, je cherche à répondre à la trilogie suivante: Quand? Où? Quoi?
Ce sont pour moi les axes primordiaux qui permettent de situer une image, de l'ancrer dans la réalité. Certes, ces trois points ne répondent pas à tout, mais ils me permettent dans l'essentiel de remettre mes images en situation. Ils sont pour moi le parfait équilibre entre le trop peu et le trop d'informations. Et l'organisation précédemment expliquée répondant déjà à la question de «quand», nous verrons dans les points ci-après comment répondre aux deux axes suivants… 

 

GÉOLOCALISATION

Après la chronologie, la (géo)localisation est pour moi l'un des points les plus importants en ce qui concerne mes images. Photographies de voyages, souvenirs personnels, reportages, la localisation a une importance considérable pour la plupart de mes images. La localisation d'une photographie se fait à l'aide des données EXIF/IPTC de l'image, qui offrent l'avantage d'être extrêmement compatibles. Ces données inscrites dans l'image l'accompagneront donc, quel que soit son parcours de postproduction. Dès lors, aucune raison de s'en priver! 

Visualisation des données EXIF (dont les coordonnées GPS)

Visualisation des données IPTC

Certaines photographies sont automatiquement géolocalisées lors de la prise de vues. Pour les autres,  j'utilise les fonctions de mon catalogue (Lightroom) pour géolocaliser mes images au moment de leur importation. En sus des coordonnées (longitudes & latitudes) inscrites alors dans l'image, je complète les champs de pays, de ville et si possible d'emplacement. À ce stade, mes photographies sont donc précisément situées dans le temps et l'espace. Et il devient beaucoup plus facile de les retrouver, ou de savoir à quels événements réels elles sont liées. 

 

MOTS-CLEFS & MÉTADONNÉES

Toujours dans une perspective à long terme, reste alors à comprendre, si ce n'est la photographie en elle-même, du moins ce qu'elle représente: le sujet, l'événement… Le «Quoi?» Les fonctions de mots-clefs et métadonnées sont là pour nous y aider. L'avantage est à nouveau le fait que ces données, liées à l'image, seront facilement transmissibles. Je vous conseille donc de les utiliser. Ceci dit, avec parcimonie. Non pas que vous risquiez d'endommager votre fichier, mais plutôt votre catalogue... De même que trop peu d'information est un problème, le trop-plein l'est également. Dans un catalogue grandissant, des dizaines de milliers d'images seront vite présentes, et autant de mots-clefs accumulés! Et, si vous être trop vague ou laxistes dans la gestion de ceux-ci, vous vous retrouverez avec un capharnaüm de mots-clefs inutilisables. Vos recherches futures deviendront compliquées, et vous offriront des résultats trop aléatoires pour être probants. Vous obtiendrez au final le résultat inverse de celui escompté. 

À vous donc d'établir une méthodologie efficace, et de vous y tenir dans la durée. Rien ne vous empêchera par la suite de la faire évoluer, de l'affiner en fonction de vos besoins. Mais de manière consciente et réfléchie. En sachant où vous vous dirigez. Commencez simplement. Et faites évoluer votre méthode au fur et à mesure de vos besoins. 

Pour ma part, j'ai isolé les points qui m'étaient réellement importants: la date, le lieu, le contexte, et l'identité des personnes photographiées. Les métadonnées IPTC sont utilisées pour décrire l'événement et le contexte, les mots-clefs pour l'identité des personnes, clients et lieux. Pour exemple, j'utilise les mots-clefs selon un protocole strict qui me permet d'identifier les personnes:

  1. Utilisation systématique des noms complets.
  2. Organisation systématique par nom de famille en premier.
  3. Suivi des changements (mariages…).
  4. Classement en arborescence par types.
  • Famille
    • Nom de famille / Prénom
    • Nom de famille / Prénom
  • Ami
    • Nom de famille / Prénom
    • Nom de famille / Prénom
  • Personnalité
    • Artiste
      • Nom de famille / Prénom
      • Nom de famille / Prénom
    • Sportif
      • Nom de famille / Prénom
      • Nom de famille / Prénom

Un tel classement prend du temps, certes. Du moins lors de sa mise en place. Mais aujourd'hui, il me permet de pratiquer des changements majeurs en quelques minutes, et de retrouver presque n'importe qui/quoi en quelques secondes à peine. À vous donc de trouver la méthode qui vous convient en fonction de vos propres besoins, puis de la faire évoluer. Commencez en douceur, puis donnez-lui de l'ampleur! 

 

CLASSEMENT À CINQ ÉTOILES

Un dernier point. L'avantage du système de notation par étoiles est sa très grande comptabilité entre plateformes; et que ce soit au niveau de logiciels, ou même de systèmes d'exploitation. Cette très grande flexibilité en fait un outil incontournable de classement, que je vous propose d'utiliser. À nouveau, pensez à long terme. Vous aurez très vite -si ce n'est pas déjà le cas- un nombre considérable d'images à gérer. Et un système de notation permet de rapidement se focaliser sur les images intéressantes, tout en écartant définitivement les plus faibles. Un outil qui se fera donc de plus en plus indispensable au fur et à mesure que votre photothèque prendra de l'importance. De plus, en ayant l'assurance qu'il sera relativement compatible dans les années à venir. Si le classement standard propose cinq étoiles, je me le suis approprié à travers ma propre interprétation du système: un classement à trois étoiles. 

Notation à trois étoiles. 

  • 3 étoiles: Il y a d'abord les images parfaites. La crème de la crème, les coups de coeur. À l'image d'une cible, celles-ci se trouvent pile au centre et méritent la note maximale: trois étoiles. 
  • 2 étoiles: Viennent ensuite les images qui n'atteignent juste pas cette catégorie; celles qui sont à peine en dehors du centre de la cible. Des images de qualité, réussies, mais hélas juste un peu plus faibles. Celles qui nous laissent à la fois un contentement de satisfaction, et une pointe de frustration. Des images à deux étoiles. 
  • 1 étoile: Ici se trouvent les viennent ensuite. Des images passables, correctes, mais qui ne méritent notre intérêt que moyennement.Des images «sauvables» aurais-je envie de dire. Les «aux-cas-où». Des images à une étoile. 
  • 0 étoile: Je considère les images qui n'atteignent pas ces standards comme des images ratées, des déchets. Je ne les supprime pas, mais les masque afin de clarifier la visibilité de ma photothèque. Lightroom permet de les définir comme «refusées». Un label de couleur ou un filtre fera parfaitement l'affaire si cette fonction n'est pas fournie dans votre logiciel de catalogage. 

 


V. Conclusion

Et qu'en est-il des albums, collections?… Je n'ai volontairement pas abordé ces questions… car j'essaye justement de m'en passer au maximum. Ces fonctions sont propres à certains logiciels, dépendantes de ceux-ci et donc peu compatibles; du moins pour l'instant. Migrer de logiciel impliquerait alors des pertes conséquentes; raison pour laquelle j'essaie de ne pas en être tributaire. Si je devais vous donner un conseil, c'est de garder à l'esprit que votre travaille de classement durera votre vie entière, accompagnant l'accumulation d'images qu'implique notre mode de vie moderne. Le plus vous garderez une méthodologie simple, flexible, moins vous risquez d'être confronté à de grandes difficultés dans le futur.

Un tel classement nécessite du temps. Mais nul doute que vous trouverez ensuite rapidement une image, même des années plus tard. Prenez donc votre courage à deux mains, l'enjeu en vaut la peine! Qui plus est, vous retrouverez alors nombre de souvenirs: pépites que vous aviez oubliées, noyées dans cet amas d'images, et source de motivation à continuer! En espérant que ces lignes vous seront utiles, il ne me reste donc plus qu'à vous souhaiter un bon classement… 

 


VI. Annexe

BETTER RENAME

Afin d'automatiser le renommage de mes images, j'utilise le logiciel Better Rename. Logiciel très puissant et polyvalent, capable de créer des séquences, de faire des conversions, de lire les métadonnées des images, les données exifs… il me permet de faire face à toutes les situations. Je le recommande vivement! 

INBOARD / PIXAVE

Une fois mes tirages finaux (exports) crées, je réimporte une copie desdits fichiers dans des logiciels de visualisation dédiés uniquement à mes exports. Ceci me permet d'avoir constamment un portfolio de mes tirages définitifs, classés en collections, projets… Parmi les logiciels que j'utilise, Inboard est très élégant, simple et efficace. Et Pixave, beaucoup plus complet, permettant notamment des imports référencés. L'un comme l'autre sont très efficaces et je vous les recommande.