(R)évolution.

Archives photographiques argentiques (~1988-2009)

Les révolutions se font rarement sans laisser dans leurs sillages des traînées de laissés pour compte, oublis de l'Histoire. La révolution numérique ne fait pas exception; et tout comme le milieu de la musique, la photographie a payé le prix de ses sacrifiés sur l'hôtel de l'évolution. Nombre d'échoppes, de marques, ont dû mettre la clef sous la porte faute d'avoir pu anticiper ces changements assez vite. D'autres structures -les plus imposantes-, lourdes de leur inertie, n'ont tout simplement pas pu effectuer un tel virage. Tout un secteur, une approche, une philosophie s'est vu modifié, transformé, en l'espace de quelques années. Le métier, le mode opératoire, tout à évolué, faisant place à de nouvelles choses, au prix des anciennes. 

Mais au-delà des hommes, il fut une autre victime de cette révolution; plus discrète, plus réservée celle-ci. Car c'est l’iconographie elle-même qui fût touchée: des milliers d'images issues de cet entre-deux monde; inaptes dans l'un comme dans l'autre. 

Les premières, issues d'une technologie encore mal maîtrisée, d'un univers en découverte, donnèrent naissance à des générations d'images de troisième classe, pas encore mures, pas encore abouties, tel un enfant prématuré. Puis les secondes: celles issues d'un monde en fin de vie, créées sur un ancien modèle, mais dans un univers n'ayant plus désormais les ressources de les mener à terme. Des milliers d'archives argentiques attendent ainsi dans des classeurs de pouvoir accéder à ce monde digital qui continue désormais d'avancer sans elles. 

Je suis de ceux-là; ma pratique argentique s'est poursuivie jusqu'en septembre 2009. Des milliers d'images réalisées sur gélatine, comme j'avais appris à le faire, alors même que je n'avais plus les moyens de les développer et tirer correctement: un investissement sur un monde alors agonisant, qui n'en valait plus la peine. L'avenir de ces images fut, pour les plus chanceuses, le passage au scanner. Mais des résultats moyennement satisfaisants, et des ressources chronophages du scanner en limitent son utilisation. Archiver l'ensemble de ma photothèque me prendrait des années… 

Voici deux ans déjà que je réfléchis à cette problématique. De fait, depuis avoir achevé d'archiver et classer ma photothèque numérique: la fin de trois années consacrées au tri de 50'000 images digitales. Dès lors, mon regard s'est tourné sur la dernière étape de cette réorganisation de ma vie photographique: ma photothèque argentique; à la fois présente et inaccessible. 

Durant ces deux années, je me suis documenté, j'ai pratiqué des essais, des tentatives avortées, infructueuses, d'une solution naissante: celle de photographier ses films à l'aide d'un appareil photographique digital. Une solution permettant une qualité et une rapidité inatteignable autrement. 

Aujourd'hui, j'ai atteint une maîtrise technique et un savoir-faire qui me permet de mener ce projet à bien, avec un résultat exceptionnel! Après deux ans d'attente, l'objectif est de numériser l'ensemble de mes archives argentiques. Une fois pour toutes. Sur un travail de quelques mois, offrir à des milliers d'images, étalées sur plus de 25 ans de ma vie, l'accès à ce monde numérique qui leur ouvre ses portes! 

 

P.S: Tout au long de l'avancement de ce projet, je publierai les images des différentes étapes atteintes. Et sachant l'importance de ce sujet pour nombre de photographes professionnels et amateurs, je décrirai ma méthodologie dans le détail dans un article dédié.